Chapitre 97. Grande fortune dans la difficulté (1)

Le cerveau du jeune homme avait du mal à accepter que la femme devant lui était Yun Seora. Seol Jihu examina attentivement les traits délicats de son visage, qui lui rappelaient une sculpture de la Renaissance.

Sa première impression de Yun Seora était qu’il s’agissait d’une citadine arrogante et pudibonde. Mais après l’avoir sauvée de Kang Seok pendant le Tutoriel et avoir vécu avec elle dans la Zone Neutre, il avait découvert qu’elle avait aussi une personnalité chaleureuse, semblable à celle d’un chiot.

Ses sourcils étaient encore hérissés comme ceux d’un chat espiègle, et la forme de ses yeux dégageaient une aura froide, mais son regard était si manifestement tourné vers lui qu’il commença à se demander si elle n’était pas revenue chez elle après des années de dur labeur à l’étranger.

« Monsieur Jihu ? »

Il parvint à peine à se retenir de s’étouffer. Elle avait dû l’appeler puisqu’il ne disait rien, mais monsieur ? MONSIEUR !?

Yun Seora dut voir son air choqué et marmonna prudemment.

« Hum, vous m’avez donné un faux nom ? »

Elle se trompait. Le problème venait de la façon dont elle s’adressait à lui. Seol Jihu secoua vivement la tête.

« Non, vous avez le bon nom. Mais, euh, m’appeler monsieur, c’est un peu… »

En fille intelligente qu’elle était, Yun Seora comprit rapidement qu’il était gêné d’être nommé de cette façon.

« Ah… alors. »

Elle pencha légèrement la tête avant d’ouvrir la bouche.

« Grand frère Jihu ? »

… Mm.

Grand frère. Il n’avait jamais imaginé qu’un simple terme pouvait avoir un pouvoir aussi destructeur. Il réalisa qu’un même mot pouvait avoir des nuances et des saveurs différentes selon la personne qui les prononçait.

C’est au moins mieux que monsieur…

Une fois qu’il eut désactivé Neuf yeux, il comprit enfin la cause du sentiment d’incongruité qu’elle lui inspirait. C’était sa tenue.

Des lunettes de soleil imprimées léopard pendaient au-dessus de son front laiteux. Une robe en tweed bleu marine à dentelles enveloppait sa silhouette mince, une ceinture en cuir bordeaux soulignait sa taille, une petite boucle d’oreille en diamant étincelait sur son lobe gauche et un fin bas à pois de 20 deniers ornait ses jambes…

Dès le premier coup d’œil, ses vêtements criaient : Je suis la fille d’une famille riche. Comme Seol Jihu ne l’avait vue qu’en sweat à capuche ou en armure, il ne pouvait que se sentir mal à l’aise face à Yun Seora dans sa tenue soigneusement choisie.

C’est vrai, c’était la plus jeune fille de Sinyoung…

C’est alors que Seol Jihu se rendit compte que Yun Seora avait l’air anxieuse. Cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus. En considérant qu’il avait critiqué la façon dont elle s’était adressée à lui et qu’il n’avait rien dit depuis, on ne pouvait pas lui reprocher d’avoir pensé que Seol Jihu était frustré d’avoir été forcé de venir malgré qu’il ne le souhaitait pas.

Bien sûr, ce serait mentir que de dire que Seol Jihu n’était pas contrarié, mais dès qu’il sut que c’était Yun Seora qui voulait le voir, la rancœur qui l’habitait disparut comme de la neige fondue.

Bien que Yun Seora était affiliée à Sinyoung, elle était aussi une bonne amie qui l’avait accompagné dans la joie et la tristesse. De plus, Kim Hannah l’avait qualifiée de seule alliée capable de le protéger des mains de Yun Seohui, et le Commandement d’or en était la preuve.

Sachant cela, Seol Jihu put sourire.

« Je suis surpris. »

Les yeux de Yun Seora s’écarquillèrent.

« Je ne pensais pas que ce serait vous, Mademoiselle Yun Seora. »

Son visage inquiet s’adoucit enfin, et un sourire apparut sur son visage.

« Hum… si vous êtes d’accord avec… »

Yun Seora saisit fermement la main de Seol Jihu et se tourna vers la porte coulissante.

« Bien sûr. »

Il entra dans la pièce sans hésiter. La seule chose qu’il ne comprenait pas, c’était pourquoi elle s’était assise à côté de lui alors qu’il y avait un siège juste en face. Elle s’était même agenouillée comme une dame guindée.

La façon dont elle le regardait affectueusement du début à la fin lui faisait penser à un chihuahua qui suppliait qu’on le caresse. Seol Jihu trouvait tout cela un peu gênant.

Que devrait-il dire ?

Vous allez bien ? lui paraissait trop simple. Pourquoi m’avez-vous appelé ? lui semblait trop formel et trop professionnel. Alors que Seol Jihu se creusait la tête pour trouver les mots justes, Yun Seora entama la conversation.

« Je suis désolée de vous appeler si rapidement. Avez-vous rencontré des problèmes en chemin ? »

« Non, pas du tout. »

Son ton prudent et plein d’excuses poussa immédiatement Seol Jihu à secouer les mains en signe de dénégation.

« J’ai juste été un peu surpris. Je ne m’attendais pas à voir Mademoiselle Yun Seora, et… »

Alors qu’il brouillait la fin de son discours, Yun Seora fixa sa posture, ses genoux touchant toujours le sol. En fait, elle joignit ses mains et les plaça sur ses genoux.

Dois-je le dire ou non ? Seol Jihu pouvait pratiquement lire dans ses pensées alors que sa nervosité augmentait. Bientôt, elle ouvrit la bouche d’un ton sérieux.

« J’ai entendu dire que vous allez rejoindre Sinyoung. »

Le sourire inconfortable de Seol Jihu disparut rapidement pour laisser place à une expression sérieuse.

« J’ai aussi entendu dire que vous aviez l’intention d’aller ailleurs, mais que vous avez été forcé par Yun Seohui faisant pression sur la directrice Kim. »

Il se sentit un peu bizarre d’entendre comment elle s’adressait à sa sœur aînée comme à une parfaite inconnue, mais il garda le silence et continua à l’écouter.

« Je vais être franche avec vous. Postulez au département dont je suis responsable. »

Seol Jihu baissa la mâchoire et fit « Ah ». Ce que Kim Hannah lui avait dit hier lui revint à l’esprit.

« L’affaire du faux emploi a-t-elle déjà été tranchée ? Les détails, je veux dire. »

« Non, rien n’est décidé pour le moment. »

Yun Seora secoua la tête, tandis que Seol Jihu hocha la sienne. Il commençait à comprendre pourquoi Kim Hannah jubilait tant la dernière fois qu’ils s’étaient rencontrés.

Bien que l’emploi de Seol Jihu chez Sinyoung ne soit que de nom, comme il serait leur employé officiel selon les documents, il devrait être associé à un département. Il y avait, bien sûr, de fortes chances que ce département soit celui de Yun Seohui.

En d’autres termes, sous prétexte de fournir un environnement sécurisé, Yun Seohui obtiendrait un point de contact avec lui. Elle pouvait facilement lui demander de se montrer de temps en temps ou le convoquer en mentionnant un dîner d’entreprise obligatoire. Il y avait des dizaines de façons de procéder.

Yun Seora devait être l’atout que Kim Hannah avait sorti pour empêcher cela. En répandant la rumeur selon laquelle Seol Jihu rejoignait Sinyoung, elle avait poussé Yun Seora à agir.

Yun Seora était parfaitement justifiée pour se comporter de la sorte. Puisqu’elle avait reçu une si grande aide pendant son séjour dans la Zone Neutre, qui pourrait dire quoi que ce soit si elle disait qu’elle souhaitait rembourser ses dettes ?

C’est donc ce qu’elle voulait dire en parlant de faire fausse route.

Il avait découvert les pièces manquantes du puzzle, mais il demanda quand même pour être sûr.

« Y a-t-il quelque chose que je doive faire si j’entre dans le département de Mademoiselle Yun Seora ? Ou même une règle à suivre ? »

« Non, je peux vous promettre qu’il n’y aura rien de tel. »

Yun Seora répliqua fermement, comme si elle avait attendu cette question. Son attitude nerveuse indiquait clairement à quel point elle anticipait une réponse.

« D’accord, alors ça me va. »

Une fleur s’épanouit sur le visage de Yun Seora. En voyant l’expression de soulagement qui se répandait chez elle, Seol Jihu devint certain de quelque chose. Cette réaction annonçait je l’ai protégé plutôt que je l’ai fait.

On dirait que j’aurai une chose de moins à laquelle penser.

Le problème qui le tracassait dans un coin de son esprit avait été réglé grâce à l’intervention de Yun Seora. D’une certaine façon, il était chanceux. La faveur qu’il lui avait faite pendant son séjour dans la Zone Neutre lui était revenue comme une fortune inattendue.

À ce moment-là, plusieurs plats arrivèrent. Seol Jihu regarda la nourriture luxueuse et écarquilla les yeux. Il y en avait trop.

« Je me suis dit que vous n’aviez pas encore mangé… »

Yun Seora joignit les mains et parla avec modestie.

« Je n’étais pas sûre de ce que vous aimeriez, alors j’ai préparé un peu de tout… »

Une soupe à la chair de crabe qui scintillait d’une lumière savoureuse, une appétissante poitrine de porc frite à la sauce soja, des germes de soja bouillis, de gros ormeaux grillés, et bien d’autres encore… Toutes sortes d’arômes succulent et délicieux lui piquaient le nez, ce qui lui donnait le vertige.

Il ne pouvait détacher ses yeux des plats et demanda en bavant.

« Puis-je… manger tout ça ? »

Dès qu’il entendit les mots « Bien sûr », il prit ses baguettes. Il était du genre à perdre la tête devant un plat savoureux, aussi se concentra-t-il sur son repas.

Après l’avoir observé un moment avec un sourire satisfait, Yun Seora commença à lui en recommander en disant : « Essayez ceci ».

Elle n’oubliait pas de remplir constamment sa tasse d’eau et de lui rappeler de manger plus lentement.

Après avoir dévoré tout ce qu’on lui donnait pendant un long moment, il sortit soudainement de son état d’hébétude.

« Ah, Mademoiselle Yun Seora, vous devriez manger… »

Il ne put se résoudre à terminer sa phrase par « aussi ». Toutes les assiettes sur la table avaient été nettoyées. Lorsqu’il leva les yeux, étourdi, il vit Yun Seora avec les yeux fermés et une main sur la bouche. Elle retenait manifestement son rire.

Aaaaaah.

Il hurla intérieurement, incapable de supporter le sentiment d’embarras qui montait en lui. D’un autre côté, il avait l’impression que c’était la première fois qu’il voyait Yun Seora rire. D’ailleurs, qui ne trouverait pas drôle que quelqu’un demande à manger ensemble après avoir tout dévoré ?

« Ne vous inquiétez pas. Il y en a encore. »

Yun Seora réprima son rire et commença à se servir parmi les restes. Même si Seol Jihu tremblait de honte, il ne pouvait s’empêcher de trouver mignonne la petite bouche grignoteuse de Yun Seora.

« J’ai entendu les nouvelles. »

Semblant vouloir sauver l’épave nerveuse qui se trouvait devant elle, Yun Seora aborda un autre sujet. Il s’agissait, bien sûr, du Paradis. Ils commencèrent à discuter de toutes sortes de choses.

Ce qui surprit Seol Jihu, c’était que Yun Seora était au courant de toutes ses réalisations. Mais Kim Hannah connaissait également ses principaux exploits, et comme ils étaient des compères de la Zone Neutre, il comprenait pourquoi elle pouvait être intéressée.

Une fois ses pensées arrivées à ce point, il se demanda comment allaient Shin Sang-Ah et Hyun Sangmin et posa la question si elle savait quelque chose à leur sujet.

« Je n’en ai aucune idée. »

Yun Seora répondit d’un ton tranchant. Remarquant l’expression hébétée de Seol Jihu, elle fit Ah avant de s’empresser d’ajouter plus de détails.

« Mais j’ai entendu parler de Seol-Ah. Apparemment, son talent d’archère est excellent. Il semblerait qu’elle atteindra le niveau 2 dans quelques mois. »

Après avoir demandé des nouvelles de ses anciens amis de la Zone Neutre…

« Moi ? Je suis une Berserker de niveau 2. N-Non… Je ne suis pas si extraordinaire que ça. Ce n’est pas comme si j’étais montée de niveau grâce à mes propres exploits, comme vous, grand frère. »

Il s’enquit de Yun Seora. Comme il avait du temps devant lui, il était profondément absorbé par la conversation. Il la trouvait à la fois amusante et intéressante. Lorsqu’il avait rencontré Yun Seora pour la première fois, il n’avait jamais imaginé qu’ils se retrouveraient ainsi en dehors du Paradis.

Après avoir bu un thé coûteux pour garder la bouche fraîche, Seol Jihu quitta finalement la salle VIP avec Yun Seora. Ils avaient déjà passé deux heures à discuter à l’intérieur. Seol Jihu fit un pas en avant pour régler la note, mais il se sentit un peu coupable lorsqu’il s’aperçut que le repas avait déjà été payé.

« La prochaine fois, je paierai notre repas. »

Seol Jihu se promit de lui offrir un bon repas pour effacer la honte d’aujourd’hui. Cependant, Yun Seora tressaillit en entendant ce qu’il disait.

« Vraiment ? »

En entendant son ton aigu, des sueurs froides coulèrent dans le dos de Seol Jihu. Yun Seora avait déjà ri à ce sujet, mais il ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle était intérieurement en colère.

Après avoir hésité un moment, Yun Seora sortit son téléphone portable et le regarda fixement.

« Alors… je peux vous rappeler ? »

« Bien sûr. »

Seol Jihu hocha immédiatement la tête. Après avoir échangé leurs numéros, ils quittèrent tous les deux le restaurant. Le ciel était déjà sombre, ce qui montrait bien le temps qu’ils avaient passé à discuter à l’intérieur.

Sur le parking, l’homme qui l’avait conduit jusqu’ici attendait avec sa voiture. Seol Jihu insista pour rentrer en taxi, mais il se retrouva sur la banquette arrière de la berline avant même de le comprendre.

Un air gêné envahit l’atmosphère. Yun Seora était déjà bavarde lorsqu’ils étaient tous les deux, mais elle restait silencieuse, peut-être parce qu’il y avait quelqu’un d’autre avec eux.

Fff, fff— Il ne pouvait qu’entendre ses respirations douces.

Poc. Soudain, il sentit quelque chose frapper son avant-bras.

Hm ?

Lorsqu’il tourna les yeux sur le côté, il vit Yun Seora s’appuyer sur son épaule, les yeux fermés.

« Mademoiselle Yun Seora ? »

Quand il écarta son bras, elle tomba et se retrouva la tête sur ses genoux. Lorsqu’il la poussa pour la réveiller, Yun Seora attrapa brusquement sa main et s’en couvrit les yeux.

« Mmnn. »

Elle gémit doucement, apparemment satisfaite.

« … »

Il n’était pas sûr qu’elle le fasse dans son sommeil, mais il était surpris par l’audace dont elle faisait preuve.

« Monsieur Seol Jihu. »

À ce moment-là, le chauffeur l’appela par son nom.

« Vous aimez conduire la nuit ? »

Seol Jihu cligna des yeux à plusieurs reprises à cette question apparemment aléatoire.

« Je connais un bon endroit où conduire à cette heure de la nuit. Regarder le paysage nocturne en roulant lentement donne un tout nouveau sens à la vie. Vous ne le regretterez pas. »

Seol Jihu continuant à le fixer d’un air hébété, l’homme laissa échapper un sourire amer.

« Cela fait un moment que la jeune dame n’a pas piqué une… Non, cela fait longtemps qu’elle ne s’est pas endormie paisiblement. Alors, s’il vous plaît. »

Ce n’est qu’à ce moment-là que Seol Jihu comprit ce qu’il voulait dire.

« Vous avez un lien avec cet endroit ? »

« Bien sûr. »

« J’en serais ravi tant que j’ai quelqu’un à qui parler. »

« Je m’engage à le faire. »

L’homme changea de cap et demanda avec un sourire.

« Je vous le demande juste par souci, mais vous n’êtes pas de ce bord, n’est-ce pas ? »

« Je vais descendre. »

« Je plaisante, je plaisante. »

Les deux hommes rirent sans mot dire.

Seol Jihu s’était fait une nouvelle amie. Pour être honnête, sa position sociale était trop élevée pour qu’il la considère comme une amie, mais il décida de ne pas penser à tout cela. Ce qui comptait, c’était qu’ils partageaient un secret qu’ils ne pouvaient pas révéler aux autres.

Le plus grand changement dans la vie de Seol Jihu fut qu’il commença à regarder son téléphone plus souvent. Auparavant, non seulement il ne le regardait pas, mais il détestait l’avoir avec lui. Le plus souvent, il éteignait son smartphone et refusait d’y jeter un œil.

Mais après s’être fait une amie au Paradis, il se mit à prendre son téléphone avec lui. En ce moment, il lisait un livre d’arts martiaux sur la circulation du qi. D’après ce qu’il avait compris, le concept de qi était extrêmement similaire à celui du mana.

La circulation du qi désigne le mouvement de l’énergie interne le long des méridiens. Elle apaise l’esprit et le cœur, tout en…

Il était en train d’étudier ardemment lorsqu’une lumière s’alluma sur l’écran de son téléphone. Un message s’affichait dans la barre de notification. Il déverrouilla l’appareil en souriant.

[C’était super de voir comment vous les avez engloutis avec tant de voracité. Je suis contente qu’ils vous aient plu.]

Il n’y avait pas longtemps qu’ils avaient échangé des textos, et un autre était déjà arrivé. Depuis que Yun Seora lui avait envoyé un SMS le matin, les messages périodiques ne cessèrent d’aller et venir.

[Je vais avoir besoin d’une chance de me racheter. Qu’est-ce qui vous plaît ?]

[N’importe quoi me convient. Je ne suis vraiment pas difficile.]

N’importe quoi. C’était le type de réponse le plus pénible à gérer.

Seol Jihu tapota sur le clavier du téléphone avec un sourire épanoui.

[N’importe quoi ? Mm, je n’ai jamais entendu parler d’un tel plat. On ne le trouve pas non plus sur Internet.]

[…]

En voyant la réponse de Yun Seora, il rit en son for intérieur.

[Je plaisante. Il y a quelque chose que j’aime beaucoup. Je veux vous l’offrir.]

[Vraiment ? Qu’est-ce que c’est ?]

[Vous avez déjà essayé le Kwangdong Ssanghwa-tang de la supérette ? Si vous le mettez au micro-ondes et que vous le buvez quand il est chaud, c’est vraiment bon pour détendre le corps.]

[Je vous déteste.]

[Haha, je plaisante. Quoi qu’il en soit, pensez-y et tenez-moi au courant. Ce n’est pas grave, même si c’est cher.]

Après cette brève conversation, Seol Jihu se remit à étudier tout en étant satisfait de ses propres blagues. Maintenant qu’il y réfléchissait, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas autant ri sur Terre.

Bien sûr, cela ne signifiait pas que son désir de retourner au Paradis avait diminué. En fait, il ne faisait que se renforcer à chaque fois qu’il progressait dans ses études. Après tout, il n’avait toujours personne autour de lui sur Terre.

Kim Hannah était occupée par son travail, et il ne pouvait pas se contenter d’envoyer des messages à Yun Seora toute la journée. L’impression de solitude et d’isolement était particulièrement forte après avoir bavardé et ri avec Yun Seora.

Le sentiment de solitude et d’amertume qui l’envahissait avant de dormir était insupportablement douloureux. Dès que ces sentiments lui revinrent à l’esprit, Seol Jihu accéléra le pas. Plus tôt il terminerait ses études, plus tôt il pourrait retourner au Paradis.

Chss, chss !

Sa vitesse d’écriture se hâta.

Retournons-y.

Dix jours exactement s’étaient écoulés depuis le retour de Seol Jihu sur Terre. Kim Hannah fut surprise par la durée de son séjour et l’autorisa rapidement à partir. Elle insista sur le fait qu’il allait au Paradis et qu’il n’y retournait pas, mais Seol Jihu s’en moquait.

Peut-être que grâce à Yun Seora, il était un peu plus à l’aise que la dernière fois où il avait été pratiquement chassé au Paradis.

Six paquets de cigarettes, des sacs de sable, des articles de toilette, des vêtements, des baskets, des carnets de notes…

Après avoir rangé tout ce qu’il voulait emporter dans un grand sac à provisions, il sortit un petit bout de papier de la taille d’une paume. Soudain, il aperçut son téléphone, qui était branché sur le chargeur.

Yun Seora ne l’avait pas contacté depuis ce jour. Après l’avoir regardé un moment, Seol Jihu déchira le papier en deux sans hésiter.

Chwack ! En même temps qu’un bruit de déchirure, une lumière brillante envahit sa vision.

Il retourna enfin au Paradis.

« Uwaaaaah. »

Après avoir quitté le temple, Seol Jihu s’étira et observa les innombrables Terriens qui entraient et sortaient du temple. Lorsque ses yeux se tournèrent vers les bâtiments délabrés de la ville, la vitalité émergea lentement dans son regard.

À l’image de son surnom, Ville du Crime, Haramark était désordonnée et décadente. Cependant, elle était aussi remplie d’une mystérieuse vigueur et d’une virilité électrisante.

La lourdeur qui oppressait sa poitrine disparut lentement. D’un pas léger, Seol Jihu descendit les escaliers du temple. Alors qu’il regardait la ville avec excitation, il remarqua quelque chose d’étrange.

?

L’atmosphère générale de la ville était plutôt grave. Au lieu d’être sombre, c’était tout le contraire. Comme si un ressort incroyablement élastique était poussé à sa limite, un courant d’euphorie prêt à exploser emplissait l’air.

Il s’est passé quelque chose ?

Seol Jihu trouva un petit groupe de personnes qui marmonnaient quelque chose avec un visage sérieux. Il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu excité.

Il amena son corps animé dans le bâtiment de Carpe Diem, mais le bureau était complètement vide. Il n’y avait aucune trace de visite non plus.

Ils ne sont pas encore là ?

La différence de temps entre la Terre et le Paradis était de 1 à 3, c’est-à-dire que les dix jours qu’il avait passés sur Terre équivalaient à trente jours au Paradis.

Il pensait qu’il aurait été le dernier à venir, alors l’absence de tout le monde était plutôt surprenante.

Je suis sûr qu’ils ne vont pas tarder à arriver.

Il déballa ses affaires et sortit une cigarette. Après s’être installé sur le canapé, il souffla une bouffée de fumée. Maintenant qu’il était chez lui, il se sentait vivant.

Bien sûr, il n’avait pas l’intention de rester assis à ne rien faire. Il n’avait pas passé dix jours sur Terre pour se détendre au Paradis.

Seol Jihu était plongé dans ses pensées tout en continuant à fumer. Il songea à ce que Dylan avait dit. Qu’une expédition ou une exploration n’était pas terminée simplement parce qu’on était revenu. Qu’on ne pouvait devenir plus fort qu’en réfléchissant aux moindres détails et en s’efforçant de réduire les erreurs à l’avenir.

Comme Seol Jihu était tout à fait d’accord avec ce sentiment, il se remémora lentement l’incident précédent.

« … »

Peu de temps après, un sourire amer apparut sur son visage. Il avait beau y penser, il ne pouvait que remercier Dame Chance de l’avoir aidé à s’échapper.

Détruire le laboratoire et atteindre la Forêt du Déni ? Tout cela grâce à l’arme secrète de la Fédération, le Tonnerre, et à la capacité de ses membres à voler.

Réussir à survivre après le rattrapage des Parasites ? C’était grâce à la Sainte fantôme de la Forêt du Déni.

Bien sûr, ce n’était pas comme s’il n’avait rien fait. Mais si ceci n’était pas arrivé ? Ou bien cela ne s’était pas produit ? Une fois qu’il avait éliminé les éléments de coïncidence, il pouvait voir la réalité clairement.

S’il était seul, il ne serait jamais revenu vivant.

En réalité, il n’avait même pas besoin d’y penser. Il s’était déjà dit la même chose à maintes reprises pendant sa fuite.

Si j’étais plus fort. Si seulement j’avais plus de force.

Je ne peux pas continuer à m’enivrer de ce que j’ai accompli dans la Zone Neutre.

Même s’il était le meilleur parmi les nouveaux de la Zone Neutre, cela n’avait plus d’importance une fois qu’il était au Paradis. Il n’avait qu’à sortir et trouver un passant au hasard plus fort que lui.

Comme Cinzia l’avait dit, la différence entre les deux zones était la même que le ciel et la terre. En fin de compte, il n’y avait qu’une seule conclusion.

Je dois devenir plus fort.

Alors, que devait-il faire pour y arriver ?

Les yeux de Seol Jihu s’illuminèrent. Il serra les poings et les leva bien haut.

Il est temps de s’entraîner sérieusement.