Chapitre 95. Tu as bien fait, Jihu.

Après avoir entendu la brève explication de Kim Hannah, Seol Jihu ne pouvait s’empêcher d’être un peu perplexe.

« À Sinyoung ? »

Apparemment, Kim Hannah fut confrontée aux mots suivants : Est-il nécessaire qu’il aille dans une autre entreprise ? Amenez-le à Sinyoung. La personne qui avait dit cela était supposée être Yun Seohui, la cadre supérieure de Sinyoung Pharmaceuticals.

« Alors… je vais être affilié à Sinyoung ? »

« Pas nécessairement. »

Kim Hannah fit tourner ses baguettes autour de la soupe de poulet au ginseng, sa queue de cheval dansant dans les airs.

« Je te l’ai déjà dit, n’est-ce pas ? Que ceux qui ont l’autorité d’inviter les Terriens au Paradis ont le devoir de développer un environnement sûr pour que les Terriens puissent voyager vers l’autre monde. »

« Oui. »

« Penses-y de cette façon. Rien de plus, rien de moins. Tu as dit que tu allais à l’endroit que je t’ai recommandé, donc Sinyoung s’est porté volontaire. Franchement, ce n’est pas une mauvaise affaire. En fait, c’est une excellente opportunité. »

Il semblait que Sinyoung s’était porté volontaire alors que personne ne le lui avait demandé. Bien sûr, ils ne pouvaient pas obliger Kim Hannah à inviter Seol Jihu ou forcer Seol Jihu à accepter leur offre.

« Bien, il n’y a pas de problème en surface… »

Kim Hannah saisit subitement ses baguettes comme pour les couper en deux.

« Mais ça me fait bien chier. »

Elle fronça alors les sourcils et montra les dents.

« Cette salope. Tu sais ce qu’elle a dit ? Oh, Mademoiselle Hannah, vous ne trouvez pas que vous êtes un peu trop gourmande ? Qu’elle aille se faire foutre. Qu’est-ce qu’elle a à faire avec mes affaires ? C’est moi qui ai obtenu ce tampon d’or, et c’est moi qui suis sous contrat avec toi. Cette grosse pute. »

Les émotions derrière sa voix dépassaient le niveau de la rage et du ressentiment pour atteindre le stade de l’exécration et de l’injure. Il semblait que la fierté de Kim Hannah avait vraiment été blessée.

« Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de problème en surface, mais tu dois rester vigilant. Ça leur donne un point de contact avec toi. »

« Est-ce que je dois aller les voir ? Tu ne peux pas simplement dire que j’ai décliné leur offre ? »

« Il n’y a aucune raison pour que tu le fasses. »

« Tu peux toujours dire qu’il s’agit d’une préférence personnelle. »

« C’est vrai, mais ça ne fera que te créer plus d’ennemis. De plus, ça m’ennuiera aussi. »

« Mais… »

Seol Jihu s’apprêtait à dire Mais pourquoi ?, mais il ravala ses paroles. Il prit une expression un peu docile et impuissante.

« J’ai juste du mal à comprendre… »

« Comprendre quoi ? »

« J’ai… fait quelque chose de mal ? »

Les yeux de Kim Hannah s’écarquillèrent. Seol Jihu fit tourner sa cuillère en continuant.

« Pourquoi tout le monde s’acharne à me harceler ? Je souhaitais juste les sauver, c’est tout. J’avais pas d’autres intentions. C’est vrai que j’ai fait ce que je voulais à ce moment-là, mais c’est pas comme si je les avais blessés ou gênés d’une manière ou d’une autre. »

« … »

« Je suis occupé à essayer de me charger de mes affaires, pourtant… »

« C’est comme ça que le Paradis est. »

Kim Hannah le regarda avec amertume et lui coupa tranquillement la parole.

« Le monde n’est pas aussi simple et clair que tu le penses. Je peux te garantir une chose. »

« Garantir ? »

Demanda Seol Jihu. Kim Hannah hésita un long moment avant de finalement ouvrir la bouche.

« Attends. Même si tu ne fais rien, il y aura des personnes qui te maudiront. Plus tu seras célèbre, plus tu recevras de haine. Certains t’en voudront même. Ce n’est pas tout. Il y aura une tonne de gens qui essaieront de se servir de toi. »

« Mais, mais pourquoi ? »

Seol Jihu était visiblement confus.

« Parce que tu essaies de prendre de l’avance. »

Kim Hannah sourit amèrement.

« C’est ainsi que va le monde. »

Elle marmonna à voix basse. Elle n’avait pas fini.

« Ce n’est pas tout. Même sur Terre, il y a des milliers d’incidents que les gens ont du mal à comprendre. Par exemple, un tueur en série qui assassine des gens au hasard. Les agresseurs ne se soucient pas du tout des intentions des victimes. »

« … »

« Il suffit de regarder les célébrités. Bien sûr, certaines d’entre elles méritent la haine qu’elles reçoivent, mais il y en a beaucoup d’autres pour qui ce n’est pas le cas. Tu sais pourquoi les haineux laissent des commentaires méchants ou les attaquent sur les réseaux sociaux ? C’est très simple. Parce qu’ils sont malheureux, parce qu’ils souhaitent attirer l’attention, parce qu’ils s’ennuient, parce qu’ils n’aiment pas l’apparence de quelqu’un, parce qu’ils veulent juste se disputer, parce qu’ils sont jaloux. Les raisons sont innombrables. »

Seol Jihu resta sans voix. Il ne comprenait pas encore tout à fait, mais il ne trouvait rien à dire non plus.

« … Ne t’en fais pas trop. »

Voyant l’expression déprimée de Seol Jihu, Kim Hannah fit une remarque comme pour le consoler.

« Tu sais qui je suis, n’est-ce pas ? Je suis ta protectrice. Et donc je ferai en sorte qu’aucun mal ne te soit fait à cause de ça, alors ne t’inquiète pas. »

Kim Hannah semblait avoir un plan, vu la façon dont elle parlait. Seol Jihu hocha la tête, s’excusant au fond de lui. Il ne se sentait pas à l’aise de voir Kim Hannah courir partout en essayant de nettoyer le désordre qu’il avait causé.

Après un moment de silence, Kim Hannah ouvrit la bouche.

« Quoi qu’il en soit, arrêtons-nous là en ce qui concerne ce sujet et passons à autre chose. Toi. »

« Moi ? »

« Je pensais que tu t’amuserais plus au Paradis. Je suis surprise que tu sois venu ici au bon moment. »

Kim Hannah nettoya la table et posa un grand panier dessus. L’objet était décoré de fleurs et d’un ruban, et l’on pouvait voir deux bouteilles de vin à l’intérieur. Seol Jihu pouvait dire qu’il s’agissait de vins de qualité supérieure rien qu’en regardant leurs étiquettes.

« Wow, qu’est-ce que c’est ? Elles ont l’air chères. »

« Dom Pérignon, Rosé Vintage 2004. Ce n’est pas si cher, environ 500 000 wons la bouteille. »

« Dom… quoi ? »

« Peu importe. Tiens, écris. »

Kim Hannah lui tendit un stylo et une lettre simple, mais belle. Lorsque Seol Jihu la regarda d’un air absent, elle marmonna comme si elle regardait un imbécile.

« Tu ne sais pas quel jour on est aujourd’hui ? »

« Ce n’est pas mon anniversaire, en tout cas. Ah, c’est le tien ? »

« Non, le mien est le 1er août. »

« Alors… c’est un jour de fête pour moi, parce que j’ai trouvé du travail ? »

« Tu es fou ? »

Kim Hannah plissa les yeux et gloussa.

« Bon sang… tu veux vraiment te réconcilier avec ta famille ? »

Seol Jihu pencha la tête. Son père, sa mère, son frère aîné et sa sœur cadette… aucun d’entre eux n’avait son anniversaire en mai.

« Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de mariage de tes parents. Mariage ! Anniversaire ! »

« Vraiment ? »

Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent.

« Comment tu sais quelque chose que j’ignore ? »

« Oh s’il te plaît, j’ai enquêté sur tes antécédents pendant six mois. D’ailleurs, comment tu peux ne pas connaître celui de tes parents… ? Non, ce n’est pas grave. Je suppose que j’en attendais trop d’un accro au jeu. »

Kim Hannah secoua la tête avant de jeter le stylo et la lettre à Seol Jihu. Bien sûr, il ne savait pas vraiment quoi en faire. Sans parler de quoi écrire, il ignorait même s’il devait aller leur rendre visite.

Est-ce que je dois y aller ?

Il se souvint soudain de la dernière fois qu’il leur avait rendu visite.

[Arrête de me faire perdre mon temps, putain, d’accord ? Tu penses que je vais encore me faire avoir par tes mensonges ?]

[Les courses de chevaux ? Ou les paris sportifs ?]

Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis, mais se remémorer ce jour le faisait toujours souffrir, comme si son cœur était transpercé par un couteau. De plus, cela l’effrayait.

« Allez, qu’est-ce que tu attends ? Écris. Fais-moi voir ce que tu peux inventer. »

« Hum, tu sais… »

Seol Jihu se força à sourire et ouvrit prudemment la bouche.

« Je peux leur envoyer ça par la poste ? Je paierai également un supplément pour qu’il leur parvienne rapidement. »

En entendant cela, Kim Hannah le fusilla du regard. Seol Jihu tressaillit et reprit immédiatement la parole.

« Je veux dire, aujourd’hui est censé être un jour heureux pour eux. Si j’y vais, je ne ferai que gâcher l’ambiance. Je ne pense même pas qu’ils me laisseront entrer. »

« Hé. »

Kim Hannah fronça les sourcils et croisa les bras.

« Si tu as un cerveau, utilise-le. Tu es déjà une ordure. Si tu étais à la place de tes parents, que penserais-tu si leur ordure de fils envoyait une simple lettre par la poste pour leur anniversaire ? Tu crois qu’ils diraient : Oh~ Notre fils prend soin de nous maintenant qu’il est financièrement stable~ Quel bon garçon~, hein ? »

Seol Jihu n’avait rien à répondre à la remarque sarcastique de Kim Hannah.

« Pour ta famille, tu es toujours accro au jeu. Tu ne veux pas échapper à cette image ? »

« … »

« Dis-moi. »

« … Je le veux. »

Seol Jihu parvint à peine à répondre. Kim Hannah désigna le panier du menton.

« Alors, prends ça et va leur dire. Regarde-les dans les yeux et demande-leur de te pardonner. N’est-ce pas le moins que tu puisses faire en tant que leur fils ? »

Seol Jihu ne put que se mouiller les lèvres sans mot dire.

« Tu plaisantes, n’est-ce pas ? Tu as la moindre idée du temps qu’il faut pour guérir un cœur blessé ? Implorer leur pardon des dizaines de fois pourrait ne pas suffire, mais… le courrier ? »

Kim Hannah renifla comme si elle venait d’entendre la blague la plus absurde du monde.

« Et soyons clairs. Comme tu l’as dit, ils ne te laisseront peut-être même pas entrer. Tu vas certainement gâcher l’ambiance si tu y vas. Mais ça ne veut pas dire que tu ne dois pas y aller. Tu ne souhaites pas le faire parce que tu sais comment ils vont te traiter. Tu les évites. »

Seol Jihu se sentit étourdi par la violente rafale de vérités de Kim Hannah.

« Non, ce n’est pas… »

« Tu es vraiment un salaud, n’est-ce pas ? Après les avoir laissés avec tant de blessures, tu as peur de te faire crier dessus ? Tu es sérieux ? »

« Hé. »

« Quoi ? Tu crois que j’exagère ? Tu veux que j’arrête ? Très bien, fais ce que tu veux. C’est ta famille, pas la mienne. »

« … Ok, ok, j’ai compris. »

Finalement, Seol Jihu céda et prit le stylo. En le voyant saisir la lettre, Kim Hannah renifla une fois de plus.

« Ce qui compte, c’est que tu ailles leur rendre visite. Et assure-toi d’écrire chaque mot soigneusement et proprement. Ce qui guérit un cœur blessé, ce n’est pas le temps ou les médicaments. C’est la sincérité. »

« Je sais… »

Seol Jihu fit la moue, mais commença à bouger lentement le stylo dans sa main. Kim Hannah sourit secrètement en le voyant se creuser les méninges pour trouver les mots justes.

Elle avait minutieusement préparé leur rencontre. Elle avait élaboré des réponses à toutes les questions qu’ils pourraient poser, y compris des informations sur la société qui l’avait embauché et sur la source de l’argent qu’il avait reçu auparavant. Elle lui avait même préparé un costume officiel.

Bien sûr, il n’était pas tout neuf. Le col de la chemise était lâche et la veste du costume dégageait une odeur de vieux. En d’autres termes, c’était l’uniforme d’un employé typique d’une compagnie qui fait des heures supplémentaires tous les jours. C’était ce look de salarié d’entreprise travailleur que Kim Hannah recherchait.

Je dois vraiment aller aussi loin ?

Seol Jihu ne put s’empêcher de se poser la question, mais il fit tout de même ce que Kim Hannah lui avait dit et attendit le bon moment pour leur rendre visite.

Le soleil se couchait et le ciel se teintait d’une lumière orangée. Il était un peu plus de sept heures. Il avait volontairement évité de leur rendre visite à l’heure du dîner. D’après ce qu’il savait de la personnalité de ses parents, il savait qu’ils auraient un dîner de fête.

Plutôt que de venir avant l’heure du dîner et de leur rendre difficile d’avaler la nourriture, il estima qu’il serait préférable qu’ils aient le temps de digérer ce qu’ils avaient mangé.

Calme-toi mon cœur, s’il te plaît.

Au fur et à mesure que des bâtiments familiers apparaissaient, son rythme cardiaque s’accélérait. Il avait déjà éprouvé la même sensation, mais la peur l’envahissait comme un raz-de-marée.

Il savait ce qui allait se passer, mais il ne pouvait s’empêcher de garder un peu d’espoir.

Ne t’attends à rien, ne t’attends à rien.

Il récita la même phrase encore et encore dans son cœur, comme s’il s’agissait d’une sorte de formule magique. En peu de temps, il se rendit à destination.

Il ouvrit prudemment la porte principale et monta les escaliers. Ses jambes se déplacèrent d’abord rapidement, mais lorsqu’il arriva à l’entrée, elles ralentirent jusqu’à marquer une pause.

Une mallette dans une main et le panier préparé par Kim Hannah dans l’autre, Seol Jihu fixa longuement la porte fermée. Son cœur battant ne décélérait pas et ne faisait que s’accélérer. Il commençait même à craindre qu’il ne sorte de sa poitrine.

« Huuu… »

Il se frappa la poitrine plusieurs fois et appuya sur la sonnette après mûre réflexion. Dring, dring. Le son qui s’ensuivit le fit frissonner, comme s’il s’agissait d’une alarme annonçant le début de son exécution.

Un sentiment de nausée commençait à naître dans son estomac quand…

« … »

La sonnerie s’arrêta. Il appuya de nouveau sur la sonnette, mais il n’entendit personne venir à la porte. Cette dernière demeurait fermée.

Ils sont sortis ?

Vu l’occasion, il serait logique qu’ils soient sortis dîner. Lorsque ses pensées atteignirent ce point, il sentit soudain l’air quitter son corps et un sentiment de soulagement s’empara de lui.

Je fais quoi ?

J’attends ? Ou je laisse le panier ici ? Seol Jihu fit les cent pas dans le couloir pendant des dizaines de minutes avant de décider de poser le panier devant la porte.

Après avoir placé la lettre qu’il avait pris la peine d’écrire entre les fleurs, il se retourna. C’est alors.

« Haha… »

« Oui, donc je… »

Il pouvait entendre le son d’une conversation harmonieuse venant de loin.

« J’étais presque déçu quand tu as dit que tu ne pouvais pas venir. »

« Désolé, j’ai eu un empêchement soudain… »

Le son s’amplifia rapidement.

« Tu as tout résolu ? »

« Oui, heureusement… »

Et il s’approcha bientôt de la porte principale.

« Ah. »

Le temps que Seol Jihu sorte de sa torpeur, ils étaient déjà entrés. Pour une raison ou une autre, Seol Jihu cherchait un endroit où se cacher. Bien sûr, il n’y avait rien de tel.

« Attends, pourquoi la porte principale est-elle ouverte… ? »

« Tu ne l’as pas fermée en sortant, grand frère ? »

« Je l’ai fait. »

« Attends, peut-être que quelqu’un est venu ? »

Seol Jihu commençait à descendre lorsqu’il les rencontra. Dès que les six paires d’yeux découvrirent le jeune homme, leur bavardage harmonieux s’arrêta.

La première à parler fut Seol Jinhee.

« C’est quoi ce bordel ? Pourquoi ce fils de pute est ici ? »

Son ton cassant le piqua au vif. Seol Jihu était tout aussi troublé que les autres. Il s’en doutait un peu, mais en plus de son père, de sa mère, de son frère aîné et de sa sœur cadette, Yoo Seonhwa et Yoo Seunghae étaient également présentes.

Tous les six semblaient être rentrés après avoir mangé au restaurant. Comme le jeune homme ne s’attendait pas à les rencontrer ainsi, il se contenta de les regarder d’un air hébété. Voyant cela, un homme d’âge moyen à la peau brune ouvrit légèrement la bouche.

« Toi. »

Mais cela ne dura qu’un instant. Son visage se déforma rapidement, et il ferma immédiatement la bouche.

« … Kuhum ! »

Il jeta un regard noir au jeune homme avant de monter les escaliers d’un pas lourd, en silence. Après cela, il ne lui prêta plus attention, et lui parla encore moins. Il ignora délibérément le panier devant la porte et entra le mot de passe pour déverrouiller la porte.

« Mon fils ? »

Alors que le jeune homme était sur le point de devenir un poisson hors de l’eau, une voix nostalgique lui parvint aux oreilles. Sa mère le regardait d’un air fasciné.

« M-Maman. »

« Aigo, aigo, mon petit garçon… »

Elle monta les escaliers en titubant et s’apprêtait à lui prendre la main quand le père ouvrit la porte en hurlant.

« Qu’est-ce que tu fais ?! Viens à l’intérieur ! »

Surpris, le teint de la mère se déforma.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

« Qu’est-ce que tu veux dire par “qu’est-ce que je fais” ? Pourquoi tu demandes pas à ce bâtard ? »

Lorsque le père du jeune homme sortit et commença à s’approcher de lui le poing serré, sa mère s’interposa rapidement entre eux.

« Calme-toi. Il est venu nous rendre visite. »

« Nous rendre visite ? Et alors ? »

« Chéri, tu ne vois pas que Jihu marche sur des œufs depuis tout à l’heure ? Comment peux-tu l’ignorer ? … Tu ne te sens pas mal ? »

Ha ! Un grognement sonore s’ensuivit.

« C’est toi le problème. Combien de fois tu t’es fait avoir jusqu’à présent ? Tu ne comprends toujours pas ? Ce salaud n’est pas un être humain. Ce n’est qu’une ordure. Il est pire qu’une bête. »

L’atmosphère changea rapidement pour le pire. Peut-être parce que des voix fortes s’élevaient de part et d’autre, Yoo Seunghae se cachait derrière sa grande sœur, et Seol Jinhee regardait le spectacle d’un air satisfait.

Chacun avait des réactions différentes, mais une chose dont Seol Jihu pouvait être sûr, c’est qu’ils le regardaient avec des yeux qui semblaient dire : Pourquoi tu es venu ?

C’est pour ça que je ne voulais pas venir.

Face aux regards méprisants et aux condamnations grossières, Seol Jihu ferma les yeux de toutes ses forces. Son père et sa mère étaient toujours en train de se disputer.

« Il a dit qu’il avait arrêté de jouer et qu’il travaillait dur maintenant. »

« Et tu crois ça ? Ah~ L’interdiction des casinos ? Seorak Land n’est pas le seul casino en Corée. Ce qu’il prépare est évident. Je dois te l’expliquer ? »

« Arrête, tu veux bien ! Il a déjà remboursé ce qu’il devait. Il est même venu nous voir avec un cadeau, sachant que c’était notre anniversaire. Nous devrions au moins l’écouter. »

« Il a remboursé ce qu’il devait ? Tu veux parler d’argent ? Très bien. »

Vlan ! La porte s’ouvrit brutalement. Des bruits de pas retentirent, et quelque chose frappa le visage de Seol Jihu.

« Eup ! »

Seol Jihu ouvrit les yeux et vit une enveloppe tomber avec une liasse de billets à l’intérieur.

« Espèce de salaud ! »

Son père hurla en pointant son doigt sur lui.

« Tu crois que tout est réglé maintenant que tu as rendu l’argent ? Tu veux recommencer à te comporter comme un fils ? »

« P-Père. »

« Tais-toi ! Ne m’appelle pas père. Je ne me souviens pas d’avoir eu un bâtard comme toi comme fils ! »

Son rugissement tonitruant fit tressaillir sa femme. Seol Jihu ouvrit la bouche aussi calmement que possible.

« Père, je suis désolé, je… »

« Je t’ai dit de la fermer ! »

Il hurla comme s’il ne voulait rien entendre. Sa colère ne sembla pas se calmer après tous ces cris et sa respiration se faisait de plus en plus rauque.

« Je te l’ai déjà dit, n’est-ce pas ? Que tu ne devais plus jamais faire quoi que ce soit qui t’oblige à t’excuser ou à donner une excuse. »

Sa façon de parler en grognant fit fermer la bouche à Seol Jihu.

« E-Espèce de fils de pute éhonté. Tu crois que l’argent était le problème ? Tu penses que tout est fini après nous avoir jeté une enveloppe d’argent sans même une simple explication ? Hein !? »

« Père… »

« Je t’ai dit de te taire. Je te défie d’ouvrir encore la bouche. Je la déchirerai en morceaux. »

« Chéri ! »

« Maintenant, va te faire foutre ! Je ne veux plus te voir ! »

Eii ! Après un fort grognement, le père de Seol Jihu se retourna et rentra dans la maison à grands pas. Sa mère lui courut après pour le supplier. Bientôt, de nouvelles disputes retentirent, et Seol Jihu se mordit les lèvres à cause de la culpabilité qui montait.

Ils ont dû s’amuser. Je n’aurais pas dû venir.

Un silence pesant s’installa. Seol Wooseok, qui se tenait immobile à une certaine distance, se gratta l’arrière de la tête. Regardant son jeune frère debout comme une statue de pierre, il ouvrit la bouche.

« … Tu reviens du travail ? »

« … Hein ? Oh, euh, oui. »

Seol Jihu acquiesça d’un air hébété. Il se trompait peut-être, mais la voix de Seol Wooseok semblait s’être adoucie.

« Tu aurais dû venir un peu plus tôt. Nous sommes allés à l’endroit que tu aimes. »

« Bong Pyeongyang ? »

« Oui. Tu aimes leur naengmyeon. »

« Ah… eh bien, si j’étais venu plus tôt, vous n’auriez probablement rien mangé. »

« Probablement. »

Seol Wooseok gloussa amèrement.

Seol Jihu déglutit difficilement. Depuis combien de temps n’avait-il pas eu de conversation avec son frère aîné ? Il ne savait pas quoi en penser.

Seol Wooseok jeta un coup d’œil au panier devant la porte et ouvrit la bouche.

« Tu es aussi occupé aujourd’hui ? Tu n’as pas l’intention de rentrer après avoir déposé ça, n’est-ce pas ? »

« … Non, j’attendais que vous reveniez. »

« Alors, entre. »

Seol Wooseok brandit le sac en plastique noir.

« Viens manger un dessert. C’est de la glace. »

Seol Jihu cligna des yeux à plusieurs reprises. Pendant un instant, il douta de ses propres oreilles.

« Je… je peux ? »

« Tu es venu leur parler, c’est ça ? »

« Mon Dieu, épargnez-moi ces conneries. »

À ce moment-là, une voix tranchante s’interposa entre eux.

« Où tu crois aller ? »

Seol Jinhee s’approcha, un sourire narquois sur le visage.

« Jinhee. »

« Reste en dehors de ça, grand frère. Hé, tu peux pas piger, bordel ? »

Elle leva la main et piqua la poitrine de Seol Jihu avec son doigt. En réalité, il s’agissait plutôt d’un coup de couteau, car il tressaillit de douleur.

« Tu as vu ce qui s’est passé la dernière fois et tu es quand même revenu ? Tu comprends pas ? Je sais comment ils vont me traiter, alors je ne devrais pas revenir ici. C’est le moins que je puisse faire pour les gens qui ont été ma famille. Ça ne t’est pas venu à l’esprit ? Hein ? »

Pique, pique ! À cause des coups de couteau répétés de sa sœur, Seol Jihu recula sans même s’en rendre compte.

« Si tu as remboursé tes dettes, disparais de nos vies. Tu as vu comment tu as gâché l’atmosphère, non ? Nous sommes heureux et en bonne santé sans toi, alors pourquoi te ramener et causer ce bordel ? »

Seol Jihu ne pouvait pas le nier. Il entendait encore ses parents se disputer à l’intérieur de la maison.

« Tu. Comprends. Maintenant ? Arrête d’essayer de revenir en rampant et va te faire foutre. Et n’apparais plus jamais devant nous. D’accord ? J’ai été claire ? »

« Euk ! »

Pique ! Seol Jinhee poignarda soudainement son plexus solaire, le faisant se pencher et gémir.

« Seol Jinhee. »

Seol Wooseok s’interposa, incapable de regarder ce qui se passait. Cependant, Seol Jihu leva la main et l’arrêta.

« C-C’est bon. »

Il se frotta le plexus solaire et se força à sourire.

« Je vais rentrer pour aujourd’hui. »

« Pas seulement pour aujourd’hui, mais pour toujours. S’il te plaît. »

Laissant derrière lui Seol Jinhee qui l’avait harcelé jusqu’au bout, Seol Jihu se dirigea en titubant vers l’escalier. Il avait l’impression que son frère et sa sœur commenceraient à se disputer s’il restait plus longtemps, alors il se dit qu’il valait mieux pour tout le monde qu’il parte tout de suite.

Mais alors qu’il s’apprêtait à descendre les escaliers, son regard croisa celui de Yoo Seonhwa. Elle semblait ne pas savoir quoi faire, mais elle le regardait clairement avec des sentiments mélangés de pitié et de sympathie.

Incapable de supporter la sensation d’humiliation qui s’emparait de lui, Seol Jihu accéléra le pas.

C’est alors.

« Hé ! »

Il se retourna en entendant la voix de Seol Jinhee.

« Prends ça. »

Vroush — Le panier vola vers lui.

Cling ! Après avoir heurté le coin de l’escalier en béton, la bouteille de vin se fracassa avec un grand bruit. Le liquide s’écoulant de la bouteille brisée mouilla la lettre écrite par Seol Jihu, et les pétales des fleurs dansèrent dans l’air avant de s’éparpiller partout.

« Jinhee ! »

« Quoi ? »

« Tu vas trop loin ! »

« C’est toi qui parles… ! »

Le frère et la sœur commencèrent enfin à se battre. Seol Jihu regarda fixement le liquide qui s’étalait sur le béton avant de s’accroupir.

Il récolta les pétales de fleurs et les fragments de verre brisé. Il entendit alors le bruit des pas de quelqu’un qui descendait les escaliers. Cette personne s’accroupit en face de lui.

« Ne ramasse pas les morceaux de verre. C’est dangereux. »

Chss, chss — Elle parlait en balayant les débris de verre avec sa main. Cette jeune femme aux longs cheveux flottants s’appelait Yoo Seonhwa.

« … Seonhwa. »

« Attends ici. Je vais aller chercher un aspirateur. »

« Seonhwa. »

La main de Yoo Seonhwa s’arrêta. Le morceau de verre brisé dans le poing serré de Seol Jihu s’enfonça dans sa paume. Du sang coula sur le sol. Un liquide cramoisi commença à se répandre, et Yoo Seonhwa sursauta en voyant la main tremblante du jeune homme.

« Rentre. Je vais nettoyer. »

Seol Jihu murmura faiblement.

« T-Tu saignes. »

« Ce n’est pas grave. Tu peux y aller. »

« Mais… »

« S’il te plaît, vas-y. S’il te plaît. »

La voix calme de Seol Jihu ne fit que pousser Yoo Seonhwa à le regarder avec des yeux pleins de tristesse.

Il serra les dents. Après avoir ramassé du sol tous les pétales de fleurs et les morceaux de verre, Seol Jihu partit en titubant comme un ivrogne.

Pendant tout ce temps, sa tête resta penchée vers le bas.

Le temps passa et l’obscurité s’abattit sur la ville après le crépuscule. Sous un lampadaire éclairant une rue, Kim Hannah se tenait appuyée contre sa voiture et contemplait le ciel nocturne. Ce n’est que lorsque des pas s’avancèrent vers elle qu’elle baissa le regard. Voyant un jeune homme s’approcher, un panier à la main, elle eut un sourire radieux.

Elle attendit qu’il se rapproche pour enfin ouvrir la bouche.

« Si tu continues à regarder le sol comme ça, tu vas te cogner contre quelque chose. »

Le jeune homme s’arrêta. Kim Hannah l’entendit inspirer un petit coup.

« … Tu attendais ? »

Étonnamment, sa voix semblait normale.

« Je suis venue au cas où tu serais parti ailleurs. Eh bien, à en juger par ce panier, on dirait que tu y es vraiment allé. »

« Tu n’as pas à me surveiller. T’es quoi, une harceleuse ? »

« Harceleuse ? Je préfère le mot protectrice. »

Kim Hannah sourit langoureusement.

« Comment c’était ? »

« Je suis sûr que tu t’en doutes. »

« Je m’en doute. Mais regrettes-tu d’y être allé ? »

Seol Jihu ne répondit pas immédiatement. Kim Hannah l’attendit patiemment. Après environ cinq minutes de silence, il ouvrit enfin la bouche.

« Tu sais comment j’ai… j’ai vécu comme une ordure ? »

« Dans le passé. »

« J’ai commis beaucoup de fautes, trop pour qu’on me les pardonne avec une ou deux excuses. J’ai mérité tout ce que j’ai eu aujourd’hui. »

« Eh bien, toi et moi, nous le savons tous les deux. »

Il soupira.

« Oui. »

Puis…

« Je sais que je l’ai mérité… »

Sa voix se mit à trembler.

« Je sais que c’est moi qui suis en tort. »

Ses épaules se mirent à trembler.

« Je sais… tout ça… »

Après l’avoir écouté pendant un moment, Kim Hannah se détacha de sa voiture et s’avança lentement. Elle se pencha en avant et regarda le jeune homme dont le visage était baissé.

Plic, plic. Voyant les gouttes de larmes couler sur ses joues déjà humides, elle sourit.

« Ça va aller. »

Kim Hannah étreignit Seol Jihu qui pleurait silencieusement et lui tapota le dos.

« Tu as bien fait, Jihu. »