Chapitre 445. Pendant son absence (2)

Séoul, hôpital général SY.

Le ciel du matin était calme et paisible, mais la chambre privée au dernier étage de l’hôpital était extrêmement agitée.

« Mais qu’est-ce que… ! »

Seol Jihu ouvrit lentement les yeux lorsqu’une voix perçante et brouillonne lui frappa les oreilles. Son visage se contracta faiblement dès qu’il distingua son environnement à travers sa vision floue.

La dernière chose dont Seol Jihu se souvenait, c’était d’avoir été maîtrisé par un groupe d’hommes en costumes noirs et d’avoir perdu connaissance. Pourtant, il n’était pas dans un entrepôt sombre ou quoi que ce soit du genre. En fait, il ne voyait même pas une seule personne portant un accoutrement pareil.

Les gens qui lui faisaient mal aux oreilles n’étaient autres que sa famille.

« Qu’est-ce que ça veut dire, “un accident inattendu” !? »

Son père hurlait de rage. Le visage rouge, il criait encore et encore en pointant du doigt le visage d’une femme. La femme, que Seol Jihu ne reconnaissait pas, joignait les mains et s’excusait.

« Juste au moment où on essaie de tourner la page et de commencer une nouvelle vie… ! »

À mesure que la voix de son père montait, la femme baissait la tête encore plus. Pendant ce temps, sa mère pleurait.

« Jihu… Qu’est-ce qui t’est arrivé… Juste au moment où Jinhee allait mieux… »

Elle tenait ses mains et pleurait sans arrêt.

Bientôt, il vit un médecin en blouse blanche et une infirmière aux cheveux au carré entrer précipitamment.

L’infirmière se plaça entre la femme et le père de Seol Jihu, et le médecin sembla expliquer quelque chose au père.

Cependant, la situation ne se calma pas le moins du monde.

Le père de Seol Jihu poussa le médecin sous le coup de l’émotion. Ce dernier tomba en arrière, et l’infirmière poussa un petit cri.

Seol Wooseok et Seol Jinhee durent alors déployer un effort considérable pour calmer leur père.

Pendant tout ce temps, la femme inconnue gardait la tête baissée comme si elle avait commis un grave péché. Des gouttes d’eau tombaient de ses yeux.

Mais qui est-elle… ?

Les pensées de Seol Jihu ne durèrent pas longtemps. Une somnolence intense l’envahit comme s’il avait été injecté d’un anesthésiant ou d’un autre médicament qui induit le sommeil.

Alors que Seol Jihu fermait les yeux, la dernière chose qu’il vit fut Seol Wooseok guidant leur père vers la sortie.

Combien de temps passa ?

Quand Seol Jihu ouvrit de nouveau les yeux, tout était silencieux. La première chose qu’il vit fut le plafond de la chambre d’hôpital et la perfusion.

Bip… Bip… Bip…

Des bips périodiques retentissaient aussi.

Quand il tourna la tête sur le côté avec grande difficulté, il vit un moniteur de surveillance affichant son rythme cardiaque ainsi que d’autres informations.

Ce n’est qu’à ce moment-là que Seol Jihu comprit qu’il était dans une chambre d’hôpital.

Le coucher du soleil renvoyait une teinte orange depuis la fenêtre aux barreaux d’acier. C’était le matin quand il s’était réveillé et avait été agressé par un groupe de gens mystérieux. On dirait qu’une demi-journée s’était écoulée depuis.

Seol Jihu expira un long soupir. Peut-être parce qu’il avait la tête qui tournait, il ne savait pas s’il était réveillé ou encore à moitié endormi. C’était difficile de dire s’il était dans un rêve ou dans la réalité.

Presque comme s’il souffrait d’une amnésie sévère qu’il n’avait vue que dans des dramas à la télé. Il ne savait pas qui étaient les noms inconnus sur son téléphone, ce qui était arrivé à ces mystérieux hommes en costume, pourquoi on l’avait soudainement amené à l’hôpital, ni qui était cette femme qui pleurait tristement…

Toutes sortes de pensées erraient dans sa tête.

« Ugh… »

Il gémit en fronçant lourdement les sourcils. Il avait mal à la tête quand il essayait d’y réfléchir.

Mais ça, c’était supportable. Peut-être parce qu’il était encore un peu engourdi, il ne sentait pas tant de douleur.

« Ah… »

Seol Jihu essaya de se relever, puis réalisa qu’il ne pouvait pas bouger. Ce n’est qu’alors qu’il vit des sangles noires qui attachaient ses bras et ses jambes au lit. Même ses cuisses, sa taille et sa poitrine étaient attachées.

Seol Jihu regarda les entraves d’un air hébété avant de se recoucher. Il n’avait pas la force de se débattre, et il se sentait plutôt somnolent de toute façon. Son esprit était embrumé, sans doute à cause des médicaments encore présents dans son organisme.

Seol Jihu ferma les yeux à moitié et fixa le plafond. Il ne voulait penser à rien.

Il voulait juste rester là et se reposer.

Pour l’éternité.

*

La journée folle passa, et la nuit arriva.

Seol Jinhee laissa échapper un profond soupir en restant maladroitement devant la porte d’une chambre d’hôpital.

Elle était venue à l’hôpital après avoir reçu un appel de sa mère, mais elle ne savait toujours pas ce qui s’était passé.

« Sérieusement… pourquoi faut-il que ce soit comme ça… »

Seol Wooseok, assis sur un banc devant la porte, baissa la tête.

« J’imagine que c’est ça, quand on dit que le malheur n’arrive jamais seul… Juste après ta sortie de l’hôpital, un truc comme ça arrive à Jihu… »

Seol Jinhee hocha la tête sans s’en rendre compte aux murmures de Seol Wooseok. Elle ressentait la même chose.

« Dieu est vraiment sans cœur… Juste au moment où je pensais que les choses revenaient à la normale… Putain, c’est injuste. Comment c’est juste ? »

Seol Wooseok cracha un juron.

Seol Jinhee fixa son grand frère avec une expression compliquée tandis qu’il se couvrait le visage de ses mains. Elle n’avait jamais vu Seol Wooseok aussi frustré.

Et ce n’était pas seulement Seol Wooseok. Son père avait fumé cigarette sur cigarette avant de partir en marmonnant qu’il “ne laisserait pas ces fils de pute de Sinyoung tranquilles”. Sa mère avait pleuré toute la journée avant de finir par s’endormir en pleurant.

Ce fauteur de troubles…

Seol Jinhee lança un regard noir à Seol Jihu et râla intérieurement. Il n’y avait vraiment jamais un seul jour paisible avec lui dans les parages.

« …Je vais prendre quelque chose à boire. »

Après un bref silence, Seol Wooseok se leva du banc. Seol Jinhee le regarda traîner les pieds au loin avant de se perdre dans ses pensées.

Cet enfoiré, il manigance encore quelque chose ?

Par exemple, il pourrait faire semblant d’avoir un problème psychologique pour s’en servir comme prétexte et aller jouer.

Mais d’un autre côté, ça n’avait pas de sens que les médecins et les infirmières d’un hôpital renommé coopèrent à la combine d’une seule personne.

Seol Jinhee le savait, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de douter à cause du nombre de fois où elle s’était fait avoir. Plus précisément, l’intuition exceptionnellement bonne de Seol Jinhee sentait que quelque chose clochait.

Seol Jihu était censé s’être effondré d’un coup, et un représentant de Sinyoung était venu s’excuser personnellement, disant qu’ils feraient tout ce qu’ils pouvaient pour compenser. En plus de ça, les médecins et infirmières avaient dit qu’il avait une amnésie dissociative due au stress ou à un traumatisme.

C’était presque comme si tout le monde travaillait ensemble pour vendre un mensonge bien construit.

À bien y penser, beaucoup de cadres de Sinyoung ont eu de l’amnésie récemment… Ils ont servi de cobayes pour un nouveau médicament ? Non, ça n’a pas de sens que des cadres supérieurs soient des sujets expérimentaux…

Alors que Seol Jinhee repensait à un reportage qu’elle avait entendu l’autre jour, de légers pas résonnèrent dans le couloir. Seol Jinhee tourna la tête par réflexe, et ses yeux s’ouvrirent aussitôt en grand.

Une fille aux cheveux courts en uniforme d’infirmière marchait vers elle, une tablette à la main. C’était la même infirmière que Seol Jinhee avait eue lorsqu’elle était hospitalisée après s’être fait tirer dessus.

« Mademoiselle l’infirmière ! »

« Ah, bonjour, vous n’êtes pas encore partie ? »

Quand Seol Jinhee se leva et agita la main, l’infirmière jeune lui rendit son salut en s’inclinant.

« Vous vous sentez bien ? »

L’infirmière parla d’une voix réconfortante, mais Seol Jinhee haussa simplement les épaules.

« Évidemment que je ne suis pas si inquiète. Je suis sûre qu’il fait semblant. »

« Ah… Il ne fait clairement pas semblant… Attendez. »

Avec un sourire amer, l’infirmière demanda à être excusée et entra dans la chambre. Elle vérifia ses yeux, lui posa quelques questions, et examina le moniteur.

Seol Jinhee observa l’infirmière avec un air intéressé. Cette infirmière mignonne était assez célèbre à l’hôpital SY ; ses admirateurs l’appelaient l’ange en robe blanche.

Parfois, elle posait sa main sur une blessure et chantonnait : “Mes mains sont des mains magiques~” Et comme par magie, la douleur disparaissait vraiment.

Seol Jinhee l’avait vécu plusieurs fois aussi.

Bientôt, l’infirmière sortit de la chambre tout en notant quelques trucs sur sa tablette. Puis elle laissa échapper un profond soupir. Elle avait d’habitude un sourire joyeux qui illuminait la journée de ceux qui l’entouraient, mais pour une raison quelconque, elle avait l’air un peu mal aujourd’hui.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Ah… Mm… »

« Eh, ne vous en faites pas autant. Il sautera du lit en urgence si tu dis “allons faires des paris.” »

« Paris, hein… »

Seol Jinhee dit ça en plaisantant, mais l’infirmière avait une expression sérieuse.

« Je ne sais pas… Jouer peut être une bonne méthode de traitement. Il y a déjà eu des cas où des toxicomanes ont arrêté la drogue grâce au jeu… Mais… »

L’infirmière regarda la chambre derrière elle et continua.

« Je doute que de simples paris suffise… »

« Des simples paris ? »

« Oui. L’hôpital SY reçoit beaucoup de patients comme lui. Mais votre frère… son état est particulièrement grave… Pour être honnête, la plupart des gens ne vont pas aussi mal le premier jour d’hospitalisation. »

L’infirmière baissa la tête.

« Les blessures externes peuvent être soignées tant que la personne est en vie… La plupart des blessures internes peuvent être soignées aussi… Mais même moi, je ne peux rien faire contre les maladies mentales… »

« …Pardon ? »

Seol Jinhee demanda d’une voix hébétée.

« Le trou dans sa mémoire est trop grand… Je ne sais vraiment pas ce qui peut combler un trou pareil… Ah. »

L’infirmière, qui marmonnait pour elle-même, ouvrit soudain les yeux en grand et releva la tête.

« R-Rien. »

Elle secoua la tête comme si elle avait fait une erreur, puis sourit.

« Ne vous inquiétez pas trop. Nous ferons de notre mieux. Oh, et gardez la porte ouverte, au cas où. »

Sur ces mots, l’infirmière quitta le couloir à pas rapides.

Seol Jinhee resta figée, sans voix, tandis que l’infirmière disparaissait au loin. C’était la même infirmière qui souriait en disant qu’elle allait soigner un homme mourant après un accident de voiture, alors Seol Jinhee ne pouvait pas ne pas être surprise par son manque de confiance.

…C’est vraiment vrai ?

Seol Jinhee se tourna vers la chambre où la porte était ouverte. Son regard sévère s’adoucit, remplacé par de l’inquiétude.

C’est alors.

« …Hmm ? »

Alors qu’elle fixait Seol Jihu en silence, ses yeux tressaillirent brusquement.

« Grand frère… »

Seol Jinhee murmura, hébétée. Tandis que Seol Jihu fixait le plafond sans émotion…

« Il pleure… ? »

Un filet transparent de larmes coulait de ses yeux.

*

Roe Scheherazade était de nouveau sur les remparts. Les bras posés sur le mur de briques et le menton sur la paume, elle regardait sans expression un spectacle — une exécution publique — qui se déroulait au-delà de Gorad Boga.

Beaucoup de temps s’était écoulé depuis que les Parasites avaient quitté la ville. Les forces humaines auraient dû être au courant de la situation à présent.

Seule dans cette vaste cité, elle n’avait aucun moyen de recevoir des nouvelles de l’extérieur. Mais elle estimait qu’il y avait une chance que la situation soit déjà terminée.

Malgré cela, Yun Seora n’avait pas arrêté les punitions. Elle menait une enquête sur tous ceux impliqués avec Sinyoung.

Sans faire de distinction entre cadres et employés ordinaires, elle les enquêta avec ténacité, révéla leurs méfaits, et les fit punir. Elle garantissait même qu’elle pourrait mettre la main sur Yun Seojin bientôt.

Roe Scheherazade ressentait une confiance inexplicable envers les paroles de Yun Seora. Les cadavres étendus à l’extérieur de la ville donnaient du poids à ses mots.

Elle en avait amené un aujourd’hui aussi. L’homme capturé avait confessé ses crimes seulement après qu’un doigt ou deux eurent été écrasés. Il avait été dépouillé de ses vêtements et dansait maintenant pour que tous puissent le voir.

Ce qu’il exigeait de Roe Scheherazade en la violant était maintenant fait sur lui. Pourtant, le visage de Roe Scheherazade restait extrêmement impassible même en regardant ça.

On pouvait voir une pointe d’ennui dans ses yeux.

Bien sûr, voir un homme de presque 60 ans danser nu n’était pas un spectacle particulièrement agréable. Mais est-ce que ça ne devrait pas au moins la rafraîchir ?

Eh bien, au début, oui. Voir ses ennemis jurés subir la même humiliation la remplissait d’une douce extase au niveau des narcotiques.

Pendant ce temps, Roe Scheherazade savourait chaque moment de plaisir que ce spectacle lui procurait et riait chaque jour en demandant toutes sortes de choses à Yun Seora.

Mais peu importe à quel point un plat est savoureux, le manger tous les jours finit forcément par lasser.

Roe Scheherazade sentait son plaisir diminuer jour après jour. Puis, après un certain point, elle se surprit à regarder le spectacle par sens du devoir.

Elle ne comprenait pas pourquoi. Si elle devait mettre un mot sur ce qu’elle ressentait, elle dirait seulement qu’elle se sentait… vide.

Elle avait commencé cette affaire avec rien d’autre qu’un sentiment de haine et de vengeance. Et en conséquence, elle avait obtenu sa revanche dans une certaine mesure.

Sa vengeance une fois satisfaite, son cœur, qui bouillonnait autrefois de colère au seul fait de penser à ses ennemis jurés, s’était refroidi.

Et maintenant que la majorité de ses cibles avaient disparu… tout ce qu’il restait, c’était le vide.

Pardonner ? Non, elle n’avait aucune intention de pardonner.

C’était juste qu’elle n’avait plus de raison de vivre, car le seul désir qui la faisait avancer était en train de disparaître.

Maintenant qu’elle y pensait, la barrière enveloppant la ville allait bientôt s’épuiser. Gorad Boga devrait se lever peu après que sa vengeance soit accomplie.

Et quand ce moment viendra…

On dirait que je devrai chercher ton pardon, Gairos.

Pour m’excuser d’avoir détruit le Paradis que tu voulais tant protéger.

Roe Scheherazade éclata soudain de rire.

Elle était de nouveau sur les remparts. Les bras posés sur le mur de briques et le menton sur la paume, elle regardait sans expression un spectacle.

En voyant l’homme nu pleurer toutes les larmes de son corps et supplier qu’on lui pardonne, Roe Scheherazade haussa soudain un sourcil.

C’était parce qu’elle se rappela les mots de l’assistante qui devrait être l’un des cadavres pourrissants dans la ville à présent.

Même si elle s’était moquée intérieurement à l’époque, elle avait changé d’avis après l’avoir vécu.

« …Ouais. »

Roe Scheherazade étendit ses bras sur le mur.

« Tu avais raison. »

Elle posa la tête sur ses bras tendus et murmura. Un rire creux s’échappa de ses lèvres tordues.

« C’est putain d’ennuyeux. »

*

La librairie délabrée dans une ruelle d’Honolulu passait une journée paisible comme d’habitude.

Un vieil homme à la barbe blanche et un homme noir à la carrure massive discutaient amicalement.

« Alors, c’est pour quand le prochain chapitre du roman que tu écris ? »

« Hé, je t’ai pas dit d’arrêter de me harceler avec ça ? Tu crois que c’est facile, écrire ? »

« Beaucoup d’entre nous à l’hôpital attendent ton œuvre avec impatience. Moi aussi. »

« Ah bon ? C’est embêtant. On dirait que ça va prendre du temps avant que je puisse écrire la suite. »

Même en disant “embêtant”, Ian rigolait comme s’il aimait cette réaction.

« Bref, tu as dit que tu le publiais quand ? »

« Quand il sera terminé. Pourquoi ? »

« J’espère que tu le feras vite. Comme ça, je pourrai encaisser des droits d’auteur. »

« Des droits d’auteur ? »

« Tu as utilisé mon nom sans me demander, non ? Je mérite pas une part, alors ? »

« Écoutez-moi bien, Monsieur Edward Dylan, ce n’est pas comme ça que ça marche. »

Le ton d’Ian devint soudain plus formel.

Alors que Dylan riait à la réponse sérieuse d’Ian, il se tourna brusquement vers la porte.

Un homme âgé portant un fedora et un costume bleu marine le fixait intensément.

« C’est… »

« Tu le connais ? »

« Réjouis-toi. On dirait que je peux écrire la suite de l’histoire. »

« Pardon ? »

« Reste pas planté là. Entre ! »

Quand Ian se leva et salua le vieil homme, Dylan se leva avec lui.

« Je vous laisse parler tous les deux alors. Je dois rentrer de toute façon. »

Dylan s’excusa. En partant, le vieil homme le regarda avec un air empreint de nostalgie. Quand Ian lui dit de se dépêcher d’entrer, il sourit timidement et détourna la tête.

« Ça fait longtemps. »

« Maître Jang ! Comment allez-vous ? Non, qu’est-ce qui se passe ? Ce n’est pas votre genre de venir sans appeler. »

« Je suis venu te donner un coup de main pour écrire. »

« Ha ! Mes lecteurs me harcèlent aussi ! Quel timing parfait. »

Ian proposa un siège au vieil homme. Mais Jang Maldong ne s’assit pas. Il bégaya un peu avant d’enlever son fedora.

« Pour être honnête… je suis venu te demander une faveur. »

« Une faveur ? »

« Peux-tu me prêter le roman que tu as écrit ? »

Ian cligna des yeux.

« Bien sûr, ce n’est pas difficile du tout… Au fait, est-ce que ce jeune homme est venu avec vous ? »

Le teint de Jang Maldong s’assombrit. Voyant son visage inquiet, Ian inclina la tête.

« Je doute que vous me demandiez ça parce que vous avez soudainement pris goût à lire le travail d’un amateur… Vous pouvez m’expliquer la situation ? »

« Bien sûr. »

Ce n’est qu’alors que Jang Maldong commença à parler.

Quand son explication se termina, une expression grave s’était installée sur le visage d’Ian.

« Et donc… »

« Attendez un instant. »

Ian coupa Jang Maldong. Puis il arracha une feuille de papier et y traça des mots avec son stylo-plume.

« Je comprends ce que vous dites. Je suis sûr que ça aura un effet. J’ai beaucoup d’amis à l’hôpital qui se sont améliorés grâce à ça… Maintenant, je suis sûr qu’ils accepteront d’attendre si je leur dis que je dois partir en vacances pour planifier la suite de l’histoire. »

Ian se leva et colla le papier sur la porte. Puis il se retourna.

« Allons-y. D’abord, contactez les traducteurs coréens les plus compétents que vous connaissez. Le plus possible ! »

« Non, je peux faire la traduction… »

« Ne plaisante pas. »

Drrk ! Ian ouvrit le tiroir.

« Vous allez traduire tout ça tout seul ? Alors qu’il n’y a pas une seconde à perdre ? »

Jang Maldong eut un sursaut en voyant la quantité d’écriture dans le tiroir.

« Et ce n’est pas tout. Appelez tous ceux qui connaissent ce jeune homme. Ce sera encore mieux s’ils connaissent des informations personnelles sur lui. Si c’est difficile de les faire venir, allez les voir et ramenez leurs histoires. »

Ian continua en bouclant rapidement son sac.

« Ce journal est écrit de mon point de vue. Si on veut que ça soit utile à ce jeune homme, ce sera plus efficace d’ajouter des histoires que lui seul connaît. Ou alors on peut faire ça sous forme d’histoires annexes. Bien sûr, ce sera difficile et chronophage de faire de grosses modifications à ce stade, mais je ferai autant que je peux. »

Il n’avait pas beaucoup de choses à emporter. Après avoir jeté son portefeuille, son passeport, son matériel d’écriture et son journal dans le sac, Ian ouvrit la porte et regarda Jang Maldong.

« Qu’est-ce que vous faites ? On y va ! Allez ! »

Jang Maldong, qui clignait des yeux, prit bientôt un air déterminé.

« Merci ! »

« Vous pourrez me remercier plus tard. Pour l’instant, direction l’aéroport d’Honolulu ! On pourra parler en route ! »

Ian avait déjà le bras tendu comme pour héler un taxi.

Sa barbe blanche flottait dans le vent comme une cape.