Chapitre 444. Pendant son absence (1)

La deuxième expédition du Serment Impérial.

La série d’incidents, qui avait commencé avec l’attaque surprise des Parasites sur Nur, prit fin quand l’expédition de 21 membres infiltra l’Empire au péril de leurs vies et atteignit son objectif initial.

L’expédition semblait s’être terminée sur un succès : l’équipe avait récupéré la stèle et ses vingt membres étaient revenus sains et saufs, mais c’était loin d’être la vérité, car, comme il s’avéra, l’objectif réel des Parasites n’était pas la stèle. La Fédération et l’humanité avaient tourné en rond dans la paume de la Reine Parasite tout ce temps.

L’expédition était finie, mais l’équipe ne se dispersa pas. Une fois sortis du territoire des Parasites, ils se rendirent à la base d’opérations de Haramark, la forteresse de la Vallée d’Arden, afin d’attendre le dernier membre de l’expédition qui n’était pas encore rentré.

Chohong était assise en tailleur au poste de garde le plus élevé de la vallée. Elle observait la route près de l’entrée de la vallée depuis tôt le matin, sans bouger d’un muscle.

Kazuki, qui portait un plateau de petit-déjeuner, soupira en voyant Chohong. Ce n’était pas la première fois aujourd’hui. Chohong fixait la route depuis qu’elle était arrivée à la forteresse de la vallée. Elle mangeait au poste de garde et dormait au poste de garde, alors même qu’elle savait exactement ce qui s’était passé.

Et ce n’était pas seulement Chohong. Tout le monde savait ce qui était arrivé à Seol Jihu. L’Observatio Vitae de Teresa s’était transformé en tas de cendres, et Eun Yuri avait confirmé sa mort avec Roselle.

« La nourriture est là. »

Kazuki posa le plateau à côté de Chohong, mais elle ne regarda même pas. Kazuki ne dit rien. Il était fatigué d’essayer de la persuader. Et ce n’était pas comme si Chohong était la seule dans cet état. Elle mangera quand elle aura faim. Kazuki marmonna pour lui-même et se retourna.

« Ah. »

Mais il s’arrêta juste avant de poser le pied sur la pente, parce qu’il se souvint de quelque chose.

« On dirait qu’il arrivera demain matin. »

Chohong sursauta légèrement.

« …Où ? »

« On ne sait pas vraiment. On vient à peine de déterminer sa position actuelle. »

« … »

« Attends-le. Ne fais rien d’imprudent. »

Kazuki dit cela avant de continuer à descendre la pente.

Le lendemain matin.

La pluie tombait depuis l’aube. Ce qui avait commencé comme une bruine devint rapidement une averse qui s’abattait sans pitié sur la forteresse, comme si un trou avait été percé dans le ciel rempli de nuages sombres.

Chwaaaa—

En plissant les yeux à travers la pluie battante, Yi Seol-Ah aperçut au loin un homme qui approchait de la forteresse.

« Regardez ! Là-bas ! »

Cria-t-elle, surprise.

Même si la silhouette titubait, elle avançait bel et bien. Ça ne pouvait vouloir dire qu’une chose : il était encore vivant. Même Kazuki écarquilla les yeux.

Mais après avoir regardé de plus près, ils réalisèrent que c’était la fumée noire autour du corps de l’homme qui le faisait bouger.

À mesure qu’il se rapprochait, ils voyaient clairement sa tête pendante, son bras ballant, et ses deux jambes traînant sur le sol mouillé, laissant derrière elles de longues traces.

La porte s’ouvrit.

Flone flotta à travers la porte, le bras gauche passé autour du cou de Seol Jihu. En relevant lentement la tête, tous les regards hébétés se tournèrent vers elle.

[Nous sommes de retour…]

Flone pleurait encore. Ses larmes de sang se mêlaient à la pluie et s’étalaient sur ses joues comme de l’aquarelle.

Après un moment de silence, elle allongea Seol Jihu au sol, avec précaution, devant tout le monde. Puis elle posa la Lance de pureté et l’œuf rouge à côté du corps.

Enfin, le dernier membre de l’équipe d’expédition était rentré.

Tout le monde resta silencieux en voyant Seol Jihu.

L’homme allongé par terre semblait à peine familier une fois que la pluie eut lavé le sang qui recouvrait son corps et révéla les traces de la lutte.

Ses blessures ne pouvaient être décrites que comme atroces. De quoi faire frissonner d’horreur ceux qui regardaient.

En voyant ses lèvres bleues et les cernes sombres sous ses yeux, Yi Seol-Ah se mit à sangloter. L’état de son corps était la preuve à quel point il s’était battu désespérément.

Soudain, une femme chancela en avant. Elle s’effondra à côté du corps et commença à réciter des sorts sacrés. Cette femme était… Seo Yuhui.

En marmonnant des sorts de soin encore et encore, Seo Yuhui semblait hors d’elle.

« Son bras…. Son bras… »

Ses doigts palpèrent l’épaule droite de Seol Jihu, là où son bras avait été tranché. Elle leva bientôt la main en l’air, sortit un autel, attrapa toutes les offrandes qu’elle pouvait trouver dans sa Poche Dimensionnelle, et les plaça sur l’autel.

Philip Muller regarda Eun Yuri. Cette dernière se mordit la lèvre inférieure et lança rapidement un sort. Lorsqu’elle eut fini de dessiner deux cercles du doigt, Seo Yuhui, qui s’apprêtait à s’incliner devant l’autel, tomba au sol.

Si Seo Yuhui avait été dans son état normal, elle aurait facilement résisté à un simple sort de sommeil comme celui qu’Eun Yuri venait d’utiliser. Mais comme sa force mentale avait été fortement affaiblie, elle ne put y résister et perdit connaissance.

« La Reine Parasite ne s’est jamais souciée de la stèle… Je pense qu’elle le visait depuis le début. »

Après qu’Oh Rahee eut emmené Seo Yuhui à l’intérieur, Eun Yuri se mit à parler.

« Toute l’armée Parasite, même ceux qui étaient censés nous poursuivre, se sont acharnée sur lui… Ils sont même allés jusqu’à utiliser la Tactique de la Roue contre lui… »

D’une petite voix mais claire, elle raconta à tout le monde tout ce qu’elle avait appris de Roselle.

« Après notre séparation… il n’a pas pu se reposer une seconde… entouré par l’ennemi, il a combattu sans arrêt, sans fin… »

Pendant 12 jours d’affilée.

« Même contre l’armée de dizaines de milliers de Parasites… il ne tombait pas… alors la Reine Parasite et les six Commandants d’Armée ont dû intervenir… »

Eun Yuri s’interrompit en parlant, puis serra les dents.

« La vérité, c’est… »

Il y avait une chose que son enseignante avait insisté pour que tout le monde sache.

« Il… savait. »

Roselle lui avait dit qu’ils devaient être reconnaissants envers Seol Jihu. Elle lui avait dit que même s’agenouiller devant lui et s’incliner cent fois ne suffirait pas.

« Il a compris la véritable intention de la Reine Parasite au moment où il s’est échappé… »

Parce que….

« Et il a été soulagé… »

Il n’y avait aucun moyen que Seol Jihu ne sache pas qu’entrer dans le piège de l’ennemi réduirait sa chance de revenir vivant à presque zéro.

Pourtant, Seol Jihu ne s’est pas enfui. Il est entré dans le piège en sachant que c’en était un. Et ce n’était pas pour prouver quoi que ce soit. Il ne voulait qu’une chose, une seule: que ses camarades puissent s’échapper en sécurité.

Pour ça, Seol Jihu leva sa lance sans hésiter. Craignant que l’ennemi ne commence à poursuivre ses camarades, il choisit d’affronter les Parasites de front, même au risque de mourir.

« Idiot… »

Phi Sora fit la moue, les yeux rouges d’avoir pleuré.

« Je t’avais dit de ne pas y faire attention… »

Elle s’essuya les larmes de la main.

Kazuki s’approcha vite de Chohong par derrière et lui attrapa les bras pour l’empêcher de bouger. La respiration de Chohong était devenue irrégulière et la main qui tenait l’Épine d’Acier tremblait. Ses yeux injectés de sang étaient remplis de larmes et elle semblait sur le point de partir en trombe dans le territoire ennemi.

« N’y pense même pas. »

« Penser à quoi ? »

« Tu sais ce que je veux dire. C’est trop tard pour faire quoi que ce soit. »

« Lâche-moi. Lâche-moi ! Tu ne vois pas ça ? »

Le corps de Chohong trembla comme s’il allait exploser.

« Ça te ressemble à un corps humain ? Non, c’est un morceau de viande massacrée ! Je ferai pareil aux Parasites ! Ces enfoirés… ! »

Chohong hurla de toutes ses forces, se débattant pour échapper à la prise de Kazuki. Tout à coup, une main grande comme un couvercle de marmite attrapa son bras. Elle essaya de la secouer, mais la main appuya encore plus fort.

« Lâche… ! »

« Arrête. »

Juste au moment où elle allait exploser, elle entendit une voix sombre.

Chohong se retourna.

Un air perplexe traversa son visage.

C’était Hugo qui lui tenait le bras. Il avait l’air calme et sérieux, ce qui était inhabituel chez lui. Les veines de sang qui se ramifiaient dans le blanc de ses yeux étaient la preuve qu’une myriade d’émotions traversait son esprit, mais on voyait qu’il les contenait de toutes ses forces.

Hugo parla, les yeux fixés sur Seol Jihu.

« …Il est revenu. »

Ce fut tout ce qu’il dit. Trois mots seulement, mais en les entendant, Chohong sentit toute force quitter son corps.

Une goutte de larme roula sur la joue de Hugo et se mêla à la pluie. Et ce n’était pas seulement Hugo. Marcel Ghionea pleurait aussi. Son visage était trempé de pluie, mais les filets d’eau qui coulaient sur ses joues étaient, sans aucun doute, des larmes de ressentiment envers les Parasites.

Boum !

L’Épine d’Acier s’enfonça dans le sol et la tête de Chohong s’abaissa en même temps. La tristesse tordit son visage et elle sanglota. Comme si c’était un signal, des sanglots étouffés commencèrent lentement à remplir la forteresse.

« La pluie tombe plus fort… »

Le Roi Prihi, qui était resté silencieux jusque-là, leva la tête vers le ciel.

« Nous devrions le rentrer avant qu’il ne fasse plus froid. »

Aux mots de Prihi, Jan Sanctus ouvrit le cercueil en bois qu’ils avaient préparé à l’avance.

Teresa souleva Seol Jihu du sol et l’allongea avec précaution dans le cercueil.

Avant de fermer le couvercle, elle prit la main pâle et inerte de Seol Jihu dans la sienne.

« Ne t’inquiète pas. »

Teresa murmura à Seol Jihu, qui semblait dormir profondément.

« Nous protégerons le Paradis jusqu’à ton retour… »

Elle l’embrassa sur le front froid et referma le couvercle. Puis elle recouvrit le cercueil d’un tissu blanc.

« Notre héros est revenu parmi nous. »

Prihi déclara solennellement.

« Traitez-le avec le respect et la courtoisie qu’il mérite. »

Jan Sanctus et ses soldats s’enfoncèrent plus profondément dans la forteresse, portant le cercueil sur leurs épaules. Les camarades du héros suivirent la procession, le visage solennel.

La pluie continua de tomber, mouillant le tissu qui recouvrait le cercueil…

*

La famille royale de Haramark envoya le corps de Seol Jihu à Eva. Avec cela, la nouvelle de sa mort se répandit rapidement, et la famille royale d’Eva, qui attendait avec impatience le retour de Seol Jihu, fut plongée dans le chaos.

D’après les rumeurs, Charlotte Aria s’évanouissait à répétition après avoir appris la nouvelle, et même Sorg Kühne refusait de sortir de sa chambre.

La situation à Valhalla n’était pas très différente.

« Qui tu as dit qui était mort ? Qui ? Impossible ! C’est impossible ! »

Le cri de Jang Maldong résonna dans tout le bâtiment.

« Maître Jang ! S’il vous plaît, calmez-vous… ! »

On entendait aussi la supplique désespérée de Kim Hannah.

« Pousse-toi ! Je… je dois aller le voir…. Toux, toux ! »

« Maître ? Maître ! »

Yi Sungjin, qui hésitait à entrer ou non, ouvrit vite la porte quand il entendit Kim Hannah demander de l’aide. Lui et Kim Hannah forcèrent Jang Maldong à se calmer.

« Haaaaa… »

Les cheveux en bataille, Kim Hannah laissa échapper un profond soupir. Elle avait l’air loin d’être au mieux, à cause d’un manque de sommeil sévère ces derniers jours.

« Euh… »

Après un moment d’hésitation, Yi Sungjin se tourna vers Kim Hannah. Elle avait de gros cernes sous les yeux.

« Tu ne devrais pas te dépêcher ? »

Kim Hannah, qui soupirait sans arrêt, jeta un regard à Yi Sungjin.

« Je sais… Je pars bientôt. J’ai déjà terminé les préparatifs. »

« Les préparatifs ? »

« …Ouais. »

En répondant d’une voix épuisée, une pointe d’inquiétude traversa ses sourcils.

« Ça devrait être en train de se produire, là… »

Il y a quelques jours.

Il était passé minuit et l’air était froid.

« Heuuuuu ! »

Seol Jihu se réveilla en sursaut. Ses yeux s’ouvrirent grand et il haleta, respirant à grandes goulées comme s’il venait d’échapper à un cauchemar.

Sa vision floue s’éclaircit et il vit un motif familier sur le mur.

Il était dans sa chambre.

Pendant un instant, il resta silencieux à cligner des yeux rapidement, puis il repoussa sa couverture pour se lever. C’est alors qu’une vague soudaine de vertige le submergea.

« Ugh… »

Avec un grognement, Seol Jihu retomba sur le lit.

Il fait froid…

En serrant les dents, il se prit dans ses bras. Il n’arrivait pas à arrêter de frissonner, et sa tête battait comme s’il avait la gueule de bois. Il ne s’était jamais senti aussi malade.

J’ai trop bu hier soir ?

Allongé en étoile sur le lit, Seol Jihu bougea seulement ses globes oculaires pour balayer la chambre du regard. Il ne voyait aucune bouteille ni aucun verre à proximité.

…Hein ?

Soudain, sa tête pencha légèrement, confuse.

Ma chambre… elle a toujours été aussi propre ?

Il y avait une fine couche de poussière sur les meubles, mais globalement sa chambre semblait en ordre. Le cendrier dans lequel il avait construit une tour de mégots avait aussi disparu.

Seonhwa est passée ? Ou… attends une seconde.

Les yeux de Seol Jihu se plissèrent. Quelque chose lui semblait étrange.

Je suis allé voir Seonhwa hier… Elle m’a donné 2 millions de wons et je suis rentré avec, et ensuite… ?

Seol Jihu fronça les sourcils. Il essaya de rester calme, mais plus il essayait de se souvenir de ce qui s’était passé, plus il se sentait désorganisé.

Il était abasourdi. Pourquoi avait-il l’impression que quelque chose qui s’était produit il y a plus d’un an venait d’arriver hier ?

Seol Jihu inspira profondément et tenta d’ordonner ses pensées.

Non, je…

Voilà. Ce n’était pas hier qu’il avait rencontré Yoo Seonhwa. C’était il y a bien plus longtemps. Et après ça, il…

Hmm ? Hein ?

Non, après être rentré de chez Seonhwa… ce jour-là…

J’ai fait un rêve bizarre… ?

Oui, il avait fait un rêve, même s’il ne se rappelait pas de quoi il parlait. Après s’être réveillé, il avait erré un moment dans le quartier. Puis, à Tancheon…

Je crois… que j’ai rencontré quelqu’un… ?

La main sur la tête, Seol Jihu gémit.

La personne que j’ai rencontrée, c’était…

Quand il essaya de se rappeler, une douleur terriblement aiguë transperça son cerveau, et ses yeux s’ouvrirent d’un coup.

« Aak ! »

Un cri jaillit de ses lèvres. La douleur devint plus vive à mesure que des scènes du passé commencèrent à défiler dans son esprit. Le problème, c’était que ces scènes n’étaient qu’un fragment de l’ensemble, une image fixe découpée dans une bande.

Mais c’est quoi…

Seol Jihu se cramponna la tête, face à ce chaos de souvenirs.

Qu’est-ce qui se passe… !?

Le motif, la cause, il ne se souvenait de rien. Tout ce qu’il pouvait rappeler, c’était le résultat final.

« Keuaaaa… »

En gémissant, Seol Jihu roula sur le sol de sa chambre.

Non…

Il se tortilla de gauche à droite sur le sol dur avant de redresser soudain la tête.

Quelqu’un, s’il vous plaît… !

Ses yeux repérèrent le téléphone portable branché au chargeur dans un coin de la chambre.

Pourquoi j’ai deux téléphones ?

Même avec la nausée, Seol Jihu parvint à attraper le bon. Il tapota l’écran et appuya sur l’icône d’appel avec son pouce tremblant.

« …Kim Hannah ? »

Les sourcils de Seol Jihu se froncèrent aussitôt.

« Yun Seora ? Phi Sora ? C’est qui ces gens… ? »

Koong. Il posa son front contre le sol. Voir ces noms inconnus le désorientait encore plus, et son mal de tête empirait.

« C’est qui… ? »

La voix de Seol Jihu se mit à trembler.

« C’est quoi ce bordel… !? »

Il hurla à pleins poumons. Pris de rage, il lança le téléphone à travers la chambre et se releva.

« On est en 2018 ? Pas en 2017 ? »

Faisant les cent pas comme un fou, il marmonna pour lui-même.

« Et c’est quoi ce téléphone ? »

Il cria en trouvant un téléphone dont il ne se souvenait pas l’avoir acheté. Finalement, il se mit à se cogner la tête contre le mur pour soulager cette douleur pulsatile.

Quelque chose d’énorme était arrivé dans sa vie, mais il ne pouvait pas s’en souvenir. Il avait l’impression de s’être réveillé après une décennie d’hibernation, mais il savait que c’était impossible.

Il savait juste avant que tout ça arrive qu’il faisait quelque chose. Mais à chaque fois qu’il essayait de se rappeler ce que c’était, son mal de tête empirait, comme si quelqu’un avait intentionnellement effacé cette partie de sa mémoire de son cerveau. Et ça le rendait fou.

« …Putain ! »

Seol Jihu frappa le mur du poing.

« C’est quoi, ça !? »

Puis il donna un coup de pied dans la télé et renversa le bureau. Il devait évacuer, sinon il savait qu’il allait perdre la tête.

Ses voisins semblaient avoir remarqué le vacarme. Seol Jihu entendit des pas approcher.

Ding-dong ! Ding-dong !

Il entendit la sonnette, il entendit frapper, il entendit une voix appeler son nom.

Mais ces sons étaient le cadet de ses soucis.

« Uaaaargh ! »

Seol Jihu n’était plus lui-même, et ce n’était pas seulement à cause du stress psychologique de ne pas pouvoir se souvenir. Il y avait aussi des facteurs physiques. Il avait du mal à respirer, l’air semblait étouffant, et il avait l’impression que son cœur allait exploser. Des élancements de douleur, accompagnés d’un mal de tête, semblaient secouer son cerveau.

Les cils de Seol Jihu tremblèrent tandis que des larmes montaient à ses yeux. Il ne savait pas pourquoi, mais il se sentait vide et perdu. Ces sentiments alimentaient encore plus son impression de décalage, et la perplexité se propageait comme un feu en lui. La douleur était si violente qu’il souhaitait mourir. Parce que si sa tête explosait vraiment, alors il n’aurait plus à souffrir.

Drrrrk !

Comme il devenait de plus en plus difficile de respirer, Seol Jihu ouvrit la fenêtre sans s’en rendre compte. L’air froid de la nuit effleura son visage. Haletant comme une bête, Seol Jihu passa la tête dehors et baissa le menton. C’est alors qu’il remarqua une berline noire garée devant l’immeuble.

En voyant la berline, pour une raison quelconque, il…

« Ah… »

Les yeux de Seol Jihu s’assombrirent un instant tandis qu’il fixait en bas.

C’est alors.

KWANG ! Le bruit d’une porte forcée résonna dans l’air.

Quatre ou cinq hommes en costumes noirs entrèrent dans la chambre de Seol Jihu.

« Quoi… »

Seol Jihu, qui s’était tourné par réflexe, siffla, surpris.

« Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ? »

Un des hommes, avec des lunettes noires, jeta un rapide coup d’œil autour de lui pour saisir la situation. La chambre était en désordre, et le propriétaire semblait instable, voire agressif.

Et s’il ne se trompait pas… le corps de Seol Jihu était légèrement penché vers l’extérieur de la fenêtre.

« C’est pire que je ne pensais. Dans cet état, même si on essaie de le convaincre, il n’écoutera pas. »

« Qu’est-ce que vous dites ? Me convaincre ? Mais de quoi vous parlez ? »

Seol Jihu cria, et l’homme claqua la langue.

« Je suis désolé, mais c’est pour votre bien. »

« Sortez ! Si vous ne partez pas, je vais appeler la police… ! »

« Attrapez-le. »

Seol Jihu sursauta, parce que la langue que l’homme venait de parler n’était pas le coréen.

L’instant d’après, quatre hommes en costumes noirs se ruèrent sur lui.

Seol Jihu se débattit pour se défendre.

Hein ?

Quand il réussit à repousser un bras, il sursauta de surprise. Il pensait ne pas faire le poids, mais il parvint à dégager l’un d’eux sans grande difficulté. Et après ça, il tint tête à quatre hommes grands et robustes.

« Même sans mémoire, il est… »

Une tension s’installa entre Seol Jihu et le groupe d’hommes.

Soudain, Seol Jihu entendit une voix grave derrière lui.

« Ce doit être le fruit de tout son entraînement acharné. Son corps se souvient de ce que son cerveau a oublié. »

Surpris, Seol Jihu donna immédiatement un coup vers l’homme derrière lui, mais celui-ci le bloqua de la paume. En même temps, son autre main, qui tenait un mouchoir, couvrit le nez et la bouche de Seol Jihu. Le mouchoir sentait le gaz anesthésiant.

« Uup ! Uuuuep ! »

Seol Jihu se débattit pour se libérer, mais les quatre hommes attrapèrent vite ses bras et ses jambes, s’y accrochant comme des cigales à un arbre.

Après plusieurs minutes de lutte acharnée, le corps de Seol Jihu se ramollit.

Hao Win poussa un profond soupir et essuya la sueur de son front.

« On doit partir vite. Faites attention quand vous le portez. »

Deux hommes attrapèrent Seol Jihu de chaque côté et sortirent par la porte d’entrée. Ils suivirent Hao Win dans l’escalier.

Peu après, la berline noire garée devant l’immeuble sortit de l’allée et partit à toute vitesse, le bruit de son moteur s’évanouissant.