Chapitre 411. Présage (2)

C’était un appel de sa mère. Seol Jihu appuya sur le bouton répondre même dans son état de confusion.

« Maman ? »

—Jihu !

Une voix mêlée de larmes frappa aussitôt son oreille. Le cœur de Seol Jihu s’enfonça.

—Espèce de vaurien, pourquoi tu ne répondais pas au téléphone !?

« M-Maman. Désolé. J’étais juste un peu trop occupé. »

—Même comme ça ! Tu as la moindre idée à quel point Wooseok et moi… !

« Maman, calme-toi. Qu’est-ce qui s’est passé, exactement ? »

Une nervosité inconnue s’insinua lentement en lui, mais Seol Jihu l’écrasa et demanda.

Puis…

—Eh bien…

Ce pressentiment inquiétant devint réalité.

« …Répète ? »

Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent.

« Q-Qu’est-ce que tu viens de dire ? »

Il faillit lâcher son téléphone.

« Jinhee est… ? »

C’est alors.

—Un policier était allongé au milieu de la rue.

—Un coup de feu a retenti depuis un endroit inconnu, et…

Il pouvait même entendre le reportage venant de la télévision qu’il avait allumée sans y penser.

L’écran affichait : Fusillade dans le centre-ville, deux policiers morts.

—Vers dix-huit heures, alors que la foule quittant le travail envahissait les rues…

—Je ne sais pas si c’est la police qui a tiré en premier ou si c’était le tireur, mais j’ai entendu un coup de feu, puis une rafale.

—Le coupable était caché dans les buissons et tirait…

—Mademoiselle Seol, étudiante de 23 ans qui passait dans le secteur, a été touchée au ventre par la balle du tireur.

La voix en pleurs de sa mère, les explications de la présentatrice, et les témoignages se mêlèrent et agitèrent son esprit.

L’esprit de Seol Jihu devint blanc.

« Jinhee… Où est Jinhee ? »

Sa voix trembla. Ses pupilles, sa gorge, ses mains, tout son corps se mirent à frissonner.

De toutes les personnes, sa petite sœur avait été touchée par balle.

À cet instant.

C’était une coïncidence bien trop énorme.

« Et Papa ? Et toi ? Et Hyung, et Seonhwa, et Seunghae ? Vous êtes où, tous ? »

—On est à l’hôpital Soyoung… !

« J’arrive tout de suite. »

Seol Jihu se retourna.

Il ne pensait même plus aux textos.

Vérifier l’état de Seol Jinhee était devenu sa priorité absolue.

Il sortit donc de sa chambre en courant dès qu’il raccrocha. Mais—

« Keuk ! »

Il heurta quelqu’un dehors.

En relevant les yeux, surpris, il vit un homme grand et longiligne en costume noir. Il se tenait devant la porte, le regardant à travers des lunettes noires.

Seol Jihu tressaillit en repensant à Kim Hannah qui lui avait dit d’être prudent, mais en le regardant de nouveau, il réalisa qu’il connaissait cet homme.

L’homme retira ses lunettes.

C’était Ming Jie, un cadre des Triades.

Comme s’il n’avait aucune intention de faire du mal à Seol Jihu, Ming Jie leva son bras gauche et indiqua le couloir. Il semblait lui dire de le suivre.

Devant l’immeuble, plusieurs berlines noires étaient alignées, en attente.

Seol Jihu monta dans l’une d’elles, et lorsque la voiture descendit la route en pente devant son appartement et entra sur la grande avenue, Seol Jihu inspira brièvement.

Ce n’était pas seulement devant chez lui. Des ruelles qui rejoignaient l’avenue, des berlines noires sortirent les unes après les autres.

Elles roulèrent à côté de la voiture où se trouvait Seol Jihu, en gardant une distance fixe.

Ming Jie tapota l’épaule de Seol Jihu. Puis il lui tendit un téléphone, déjà en communication.

« …Allô ? »

—C’est moi. C’est sûrement la première fois qu’on parle sur Terre.

Un homme parla en coréen parfait.

Seol Jihu reconnut la voix.

« Monsieur Hao Win ? »

—Mm, vu la situation, je vais faire court.

Hao Win se racla la gorge de l’autre côté du téléphone.

—D’abord, ta petite sœur va bien.

—Elle a été transportée dans un hôpital proche immédiatement après la fusillade. Elle y a reçu des soins d’urgence, puis a été transférée à l’hôpital Soyoung. L’opération a réussi, et elle s’en est sortie vivante.

L’assurance de Hao Win calma au moins un peu le cœur battant de Seol Jihu.

—Sinyoung a agi plus vite qu’on ne le pensait.

C’est jusqu’à ce qu’il entende ces mots.

—L’hôpital Soyoung a ses meilleurs médecins et infirmiers à son chevet vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils prennent en charge cent pour cent des frais médicaux, et le directeur exécutif est venu en personne lui souhaiter un prompt rétablissement…. Tu vois à quel point ils s’occupent d’elle.

Seol Jihu douta de ses oreilles.

Parce qu’il avait soupçonné Sinyoung d’être derrière l’attaque en apprenant que Seol Jinhee avait été touchée.

« Sinyoung… aide ? »

—Je sais ce que tu penses. C’est certainement suspect. Mais tu dois garder la tête froide et regarder la vérité qui s’est présentée.

Hao Win continua.

—Les Triades et Sicilia se relayaient pour protéger les membres de ta famille. Sicilia était en charge de ta petite sœur. Mais il semble qu’il y ait eu un petit incident.

—L’assaillant a été abattu sur place. Même si ce n’est pas quelqu’un que nous connaissons, on peut supposer que Jung Minjong est derrière ça. Ce n’est pas surprenant que Sinyoung ait réagi vite après en avoir perdu la trace.

—Jung Minjong a disparu après avoir été relâché par la police, mais comme Taciana Cinzia et la mafia le pourchassent les yeux injectés de sang, ce n’est qu’une question de temps avant qu’il soit attrapé.

—Voilà ce qui a été révélé jusqu’à présent.

Hao Win parla calmement et rapporta les faits.

—Si je peux te donner un conseil, retourne au Paradis dès que possible. La situation est globalement prise en main, mais on ne sait pas ce qui pourrait encore arriver.

—Je comprends ce que tu ressens, donc je ne te dirai pas de rentrer immédiatement. Mais pour être direct, il n’y a pas grand-chose que tu puisses faire ici.

—Tu pourrais être la prochaine cible. Je suis sûr que Jung Minjong n’est pas le seul à grincer des dents en cherchant une ouverture.

—Les Triades et Sicilia vont renforcer la sécurité. Peut-être que Sinyoung aussi.

Hao Win marqua une brève pause avant de poursuivre.

—Si tu comptes rester ici, nous ferons de ta protection notre priorité absolue. Bien sûr, cela signifie naturellement que la garde autour de tes proches deviendra plus mince. Je veux que tu le saches.

En résumé, il disait à Seol Jihu de laisser cette affaire sur Terre aux experts.

« …Je comprends. »

—Bien. Garde le téléphone que Ming Jie t’a donné. On te tiendra au courant si on fait des progrès. Je suis sûr que ça te sera utile d’une manière ou d’une autre.

« D’accord. »

Avant que Seol Jihu ne raccroche, Hao Win ajouta une dernière chose.

—N’oublie pas. Tu ne peux pas laisser tes émotions prendre le dessus. C’est le moment où nous devons agir avec sagesse.

*

Seol Jihu arriva à l’hôpital. La berline s’arrêta devant le portail principal.

Ming Jie s’inclina après être sorti de la voiture.

Seol Jihu le remercia et courut dans l’hôpital.

Après avoir demandé à l’accueil, on lui dit que Seol Jinhee était dans une chambre privée où les gens ordinaires ne pouvaient pas entrer.

Apparemment, cela coûtait plus d’un million de wons par jour.

Seol Jihu fut conduit au dernier étage et vit Seol Wooseok assis sur un banc dans le couloir, la tête baissée.

« Grand frère. »

Seol Wooseok sursauta.

« Jihu. »

Il releva la tête et se leva dès qu’il vit Seol Jihu.

« Pourquoi c’est si difficile de te joindre ? »

Bien qu’il maîtrisât sa voix, son ton était critique.

« Désolé, j’ai laissé mon téléphone à la maison. »

« Tu n’avais pas ton téléphone sur toi pendant que tu travaillais ? »

« J’ai un téléphone séparé pour le travail. »

« …Montre-moi. »

Seol Jihu sortit le téléphone que Ming Jie lui avait donné. Seol Wooseok, qui le regardait avec suspicion, parla.

« Quand est-ce que tu as appris que Jinhee avait été blessée ? »

« Aujourd’hui, quand j’ai appelé Maman. »

« Ton entreprise ne t’a rien dit ? »

« Tout ce qu’on m’a dit, c’est qu’il s’était passé quelque chose et que je devais rentrer. Ils ne m’ont rien dit de précis même quand j’ai demandé… »

Seol Wooseok fronça les sourcils. Il était clairement confus, mais il secoua la tête comme pour balayer ça.

« …D’accord. »

« Comment va Jinhee ? »

Seol Wooseok pointa la chambre.

Seol Jihu ouvrit la porte avec précaution.

Il sentit une forte odeur d’alcool dès qu’il entra.

Bip… Bip… Bip…

Le moniteur du patient émettait des bips réguliers en traçant un graphique. Et sur le lit à côté, Seol Jihu put voir Seol Jinhee allongée, les yeux fermés.

Elle respirait régulièrement, une longue perfusion reliée à son bras gauche.

Seol Jihu s’avança pas à pas et s’agenouilla devant le lit.

« … »

Elle avait été touchée par balle.

Une balle avait traversé son ventre, y laissant un trou.

C’était une enfant qui n’avait jamais eu la moindre coupure.

À quel point ça avait dû faire mal ?

C’est à cause de moi…

Seol Jihu prit les mains faibles de Seol Jinhee et les pressa contre son front.

« La Directrice Yun Seohui est venue rendre visite tôt ce matin. »

La voix de Seol Wooseok retentit derrière lui.

« Elle a dit qu’elle avait été choquée en voyant les informations et qu’elle avait regardé l’affaire de plus près puisque Seol n’est pas un nom de famille courant… Elle a consolé Maman et Papa et elle nous a beaucoup aidés. »

« …. »

« C’est quoi votre relation, à vous deux ? »

« …Je ne sais pas. »

« Hein ? »

« Je ne sais pas. Vraiment, je ne sais pas. »

Seol Jihu marmonna doucement et baissa la tête.

Seol Wooseok ne dit rien en voyant à quel point Seol Jihu avait l’air perdu.

*

Seol Jihu ne quitta pas Seol Jinhee.

Il resta dans la chambre toute la nuit et les jours suivants.

Il sortait rarement, sauf lorsqu’il était traîné au restaurant par ses parents et son grand frère.

Il savait qu’il devait retourner au Paradis, comme Hao Win le disait, mais il n’arrivait pas à se résoudre à partir.

Il était juste trop désolé.

Sa petite sœur avait été blessée à cause de ses activités au Paradis. Il n’arrivait pas à relever la tête de culpabilité.

Pendant ce temps, Hao Win continua de le tenir au courant.

L’homme qui avait tiré sur Seol Jinhee était mort sur place, et la police poursuivait les mafieux qui avaient abattu l’assaillant.

Et quatre jours plus tard, une nouvelle mise à jour arriva.

Seol Jihu, qui mangeait à contrecœur au restaurant de l’hôpital, fit une expression hébétée en voyant l’écran de télévision accroché au mur.

—Ce matin, à Incheon, Jung-gu, Eurwang-dong…

C’était la nouvelle qu’un certain Monsieur Jung avait été retrouvé mort sur une colline près de l’aéroport international d’Incheon.

Hao Win lui dit ensuite que les Triades et Sicilia n’y étaient pour rien, et qu’il était déjà mort lorsqu’on l’avait trouvé.

Les médias ne relièrent pas la mort de Jung Minjong à la récente fusillade.

Avec cela, l’incident semblait toucher à sa fin, mais Seol Jihu restait dans le brouillard.

« Tu n’es pas fatigué ? »

Aujourd’hui, alors que Seol Jihu tenait les mains de sa petite sœur comateuse, la voix de Yoo Seonhwa le ramena à lui.

« Tu devrais te reposer si tu es fatigué. Ton entreprise ne dit rien ? Tu as dit que tu étais revenu en urgence au milieu d’un voyage d’affaires. »

« … »

« Le médecin a dit qu’elle était dans un état stable et qu’elle devrait se réveiller bientôt. »

Hao Win lui avait aussi suggéré de rentrer.

Comme Hao Win le disait, il n’y avait rien que Seol Jihu puisse faire sur Terre.

Il ne croyait pas à une coïncidence.

Quelqu’un qui connaissait le Paradis devait être derrière tout ça.

Dans ce cas, ce qu’il fallait faire, c’était régler le problème au Paradis, où il pouvait exercer son pouvoir.

Pour sa famille.

« Oui, je pensais rentrer. »

En organisant ses pensées, Seol Jihu lâcha les mains de Seol Jinhee avec difficulté.

« C’est bien. J’avais même peur que Jinhee explose si tu es la première personne qu’elle voit au réveil. »

Yoo Seonhwa dit ça sur le ton de la plaisanterie, mais Seol Jihu ne rit pas.

Elle toussota sèchement et continua.

« Bref, Oncle Seol et Wooseok ont dit qu’ils viendraient dès qu’ils auront fini le travail, alors tu devrais te reposer un peu aussi. »

« …D’accord. »

« Bon, si tu t’inquiètes autant, pourquoi tu ne quittes pas ton travail ? »

Seol Jihu eut un petit rire, pensant qu’elle plaisantait.

« …Seonhwa. »

Il se leva lentement, puis prit soudain un air sérieux.

« Fais attention. »

« Hmm ? »

« Toi aussi, fais attention. »

Yoo Seonhwa fixa Seol Jihu, puis rit et lui pinça les joues.

« C’est toi qui dois faire attention. »

« Non, je ne dis pas ça pour rien. »

« Je sais. Mon pipster s’inquiète pour moi, c’est ça ? Hehe, comme c’est gentil. »

Yoo Seonhwa prit son sac, le sourire aux lèvres.

« Allons-y. Je vais te raccompagner. »

Seol Jihu soupira et se retourna.

« …Je me suis toujours demandé, pourquoi tu m’appelles “pipster” ? »

« C’est un mélange de pipsqueak et prankster. Ça sonne mignon, non ? »

L’homme et la femme discutèrent avec affection en quittant la chambre.

Au même moment, l’expression de Seol Jinhee s’assombrit légèrement.

Quand le bruit de la porte qui se ferma retentit, ses yeux fermés s’ouvrirent d’une fente.

Seol Jinhee jeta un coup d’œil au siège où Seol Jihu était assis jusqu’à il y a un instant. Puis elle leva les yeux et fixa la porte qui s’ouvrait et se refermait à plusieurs reprises.

*

Seol Jihu retourna enfin au Paradis.

Il s’arrêta en sortant du temple.

Son visage absent se figea en un instant, et ses yeux s’ouvrirent en grand.

La rage qu’il avait contenue explosa enfin.

Sa famille avait été visée. Sa petite sœur avait été touchée par balle. L’image de Seol Jinhee allongée, inconsciente sur le lit d’hôpital, était encore nette dans son esprit.

Seol Jihu faillit perdre le contrôle sous cette rage bouillonnante...

« KKeuk… ! »

Mais il la retint.

Non, il essaya.

Il savait qu’il ne devait pas laisser ses émotions prendre le dessus, comme Hao Win l’avait dit, mais son ennemi avait touché son écaille inversée. [1]

À cause de moi…

Yun Seohui, salope… !

Non, non, ce n’est qu’une supposition…

Mais il est peu probable que Jung Minjong soit le cerveau derrière tout ça. Si ce n’est pas Yun Seohui, alors qui… ?

Toutes sortes de pensées compliquées tourbillonnèrent dans sa tête.

Plus elles faisaient rage, plus le feu en lui rugissait.

S’il ne se calmait pas avec Eau Claire, Miroir Immobile, il aurait déjà foncé avec sa lance.

Seol Jihu reprit son souffle et posa le pied dans la rue. Comme c’était l’aube et que tout le monde dormait, la ville était étrangement silencieuse.

C’était pareil pour le bâtiment de Valhalla. Une seule personne se trouvait dans le jardin, s’entraînant torse nu et suant abondamment.

L’homme qui balançait son bras long et musclé et maniait sa faux-chaîne n’était autre que Vlad Halep.

Il se réveillait toujours avant l’aube et s’entraînait jusqu’au lever du jour. Jang Maldong lui avait même donné des conseils, évaluant très haut sa diligence.

Vlad Halep, levé tôt comme tous les jours, se retourna en percevant une présence soudaine.

« ...Hmm ? »

Un jeune homme avançait d’un pas lourd depuis l’entrée principale.

Saisi d’un étrange sentiment de déjà-vu, Vlad Halep observa Seol Jihu attentivement.

Lèvres serrées, yeux anormalement grands, le blanc des yeux occupant plus de la moitié à cause de cela… Il ressemblait à un fantôme consumé par le ressentiment.

Alors qu’un frisson parcourait l’échine de Vlad Halep, il finit par comprendre d’où venait ce déjà-vu.

En y repensant, il avait déjà vu ce visage de Seol Jihu une fois.

Au stade 3 du Banquet.

Bien qu’il ne fût qu’un niveau 3, son intention de tuer terrifiante avait submergé à la fois lui et Oh Rahee, qui était alors des Hauts-Rangs.

Qu’est-ce qui avait bien pu se produire pour que Seol Jihu soit de nouveau rempli d’une telle intention meurtrière ?

...Maintenant que j’y pense, j’ai entendu dire que quelque chose s’était passé sur Terre.

L’atmosphère interne de Valhalla ces derniers jours était un peu agitée.

Même si Vlad Halep se souciait peu des affaires des autres, sa petite sœur, Oana Halep, était plutôt curieuse.

Elle lui avait raconté ce qu’elle avait entendu de la part des membres de Valhalla, et elle avait même plaisanté en disant qu’ils devraient donner un conseil en tant que vétérans dans ce domaine.

Il a l’air un peu dangereux…

Seol Jihu était devenu bien plus fort qu’à l’époque du Banquet. Incomparablement plus fort, même.

Peut-être à cause de ça, son intention meurtrière s’était renforcée de plusieurs degrés aussi.

Même s’il semblait se contenir, il était évident qu’une tempête de sang se déchaînerait au moment où il exploserait.

Qu’est-ce que je devrais faire ?

Vlad Halep hésita un instant. Puis, en se rappelant la demande de sa sœur, il fit un pas en avant.

« Hé. »

Seol Jihu s’arrêta quand il l’appela de sa voix grave et rauque.

« On peut parler un peu ? »

Seol Jihu tourna lentement la tête, ses yeux féroces s’écarquillant de surprise.

Vlad Halep fit un geste vers le bâtiment.

« Viens prendre un café. Si tu as le temps. »

Seol Jihu cligna des yeux.

*

Au même moment.

« Mm ! »

Seol Jinhee posa ses mains sur son ventre et hocha fermement la tête.

« Je le savais ! Mon corps est solide ! »

Elle parla avec satisfaction avant de tourner la tête vers Yoo Seonhwa, qui coupait une pêche à côté d’elle.

« Tu l’as vu aussi, hein ? Le docteur était surpris aussi. Il a dit que c’était la première fois qu’il voyait une blessure par balle guérir aussi vite. »

Yoo Seonhwa sourit doucement sans rien dire.

Et tandis que Seol Jinhee gloussait toute seule, elle versa quelques gouttes de liquide transparent dans la boisson de Seol Jinhee.

Yoo Seonhwa remua ensuite la boisson avec une paille avant de la lui tendre.

« Tiens. Bois tout, d’accord ? »

« D’accord~ »

Seol Jinhee engloutit l’eau, puis ouvrit grand la bouche.

Yoo Seonhwa afficha un sourire amer et lui donna l’assiette de pêches coupées.

Seol Jinhee gémit après en avoir croqué une.

« Ah~ C’est trop bon. Tu es sûre que j’ai le droit de manger ça ? »

« Je suis sûre. Le docteur a dit que c’était bon. »

« Mm. Quelle pêche sucrée. Les pêches étaient toujours aussi bonnes ? »

Seol Jinhee dévora les pêches comme un écureuil. Puis…

« Celles-là sont chères. C’est Jihu qui les a achetées. »

PTOUI !

Elle les recracha en entendant ce que Yoo Seonhwa venait de dire.

Elle toussa comme si elle s’étouffait avec.

« Je plaisante. Je plaisante. C’est moi qui les ai achetées. »

Yoo Seonhwa s’excusa et lui tendit une autre pêche.

Seol Jinhee la fusilla du regard, mais la mâcha joyeusement l’instant d’après.

Puis, comme si elle n’avait plus d’appétit, sa façon de manger ralentit, et elle fit une grimace. Elle frissonna même.

Yoo Seonhwa rit, incrédule.

« Tu le détestes à ce point-là ? »

« ...Dis »

La voix de Seol Jinhee s’abaissa soudain.

« Tu sais ce que ce salaud fait ces derniers temps ? »

« Ce salaud ? »

Sachant de qui Seol Jinhee parlait, Yoo Seonhwa jeta un regard de côté.

« Il travaille dans une entreprise. »

« Tu en es sûre ? Et si ses dettes l’avaient enfin rattrapé, et qu’il était forcé de faire des boulots dangereux pour les rembourser ? »

« ...Pourquoi tu demandes ça d’un coup ? »

« Eh bien, je me suis réveillée il y a un petit moment. »

« Tu t’es réveillée ? Mais pourquoi— »

« La nuit… »

Seol Jinhee coupa Yoo Seonhwa.

« Je me suis réveillée au milieu de la nuit… et ce salaud marmonnait quelque chose avec ma main sur son front. »

« ...Qu’est-ce qu’il disait ? »

« Qui que tu sois, enfoiré… je vais te tuer, toi et tous ceux qui sont impliqués… »

Seol Jinhee claqua la langue.

« Il me tenait la main chaque nuit et marmonnait sans s’arrêter… J’ai failli hurler au début, en pensant que c’était un fantôme. Auu~ J’ai encore des frissons rien qu’en y pensant. »

Yoo Seonhwa simula un rire en voyant Seol Jinhee se frotter les bras.

« Réfléchis. Sa précieuse petite sœur a été blessée. C’est normal qu’il soit en colère. »

« Aiya~ arrêtons d’écrire des romans. »

Seol Jinhee renifla.

« C’est le même type qui a abandonné sa précieuse petite sœur au milieu d’une autoroute. J’ai attendu cent jours après cet incident. Cent jours ! Juste pour être sûre. Argh, ça m’énerve rien que d’y penser. »

Seol Jinhee s’adossa au lit en grommelant.

« Bref, veille sur lui et assure-toi qu’il ne fasse pas de bêtises. Ne le laisse pas courir partout pour rien et se faire tirer dessus comme moi. »

« Oh, donc tu t’inquiètes pour lui ? »

« Non, je ne m’inquiète pas ! »

Seol Jinhee éclata.

« Alors quoi ? »

Yoo Seonhwa demanda, taquine.

« Je me sens super bien là. La chambre d’hôpital est confortable, la nourriture est excellente, et j’ai vu une infirmière mignonne aux cheveux courts et à la peau laiteuse, et aussi un garçon incroyablement beau. Si ce salaud se fait tirer dessus, il vivra aussi ce bonheur, et je ne veux pas que ça arrive. »

« N’importe quoi, ce n’est pas un endroit où n’importe qui peut entrer, tu sais. »

« Je dis la vérité ! »

« Ah, c’est vrai, un homme incroyablement beau est resté à ton chevet chaque nuit et te tenait la main. Tu dois être ravie. »

« Aaack ! »

Seol Jinhee attrapa l’oreiller près de sa tête.

« Sors ! »

Elle le jeta vers Yoo Seonhwa qui gloussait, puis remonta la couverture jusqu’à sa tête.

[1] Les dragons ont une écaille qui pousse en sens inverse de toutes les autres. Toucher cette écaille inversée est censé mettre le dragon en rage. « Toucher l’écaille inversée » signifie « offenser l’empereur ou un homme de pouvoir ». ☜