Chapitre 389. La vengeance est un plat qui se mange froid (2)

Pas un seul nuage n’était visible dans le ciel clair et calme du matin, mais lorsque l’après-midi arriva, des nuages sombres s’amoncelèrent et une pluie battante se mit à tomber.

Alors que les roues de la carriole rebondissaient sur le terrain accidenté de l’immense plaine, elles laissèrent une longue trace dans la boue.

L’intérieur de la carriole était silencieux.

Quatre personnes y étaient assises. Ils étaient cinq au total en comptant Hoshino Urara, assise sur le toit.

Eun Yuri fixait l’air d’un regard absent, ses doigts allant et venant avec dextérité comme si elle jouait d’un piano invisible.

Quelqu’un qui ne la connaissait pas trouverait cela étrange, mais Chohong savait qu’elle était une Magicienne et n’y prêta pas plus d’attention.

En vérité, son regard indifférent était fixé sur une autre personne en face d’elle — un jeune homme assis dans un coin de la carriole et une femme qui utilisait sa cuisse comme oreiller.

C’étaient Seol Jihu et Seo Yuhui.

Hmm, hmm. Tandis qu’un doux fredonnement résonnait, Seol Jihu baissa la tête et regarda vers le bas.

« Tu ne vas pas dormir ? »

« Mmh. J’allais le faire, mais je n’y arrive pas, sans savoir pourquoi… Pourquoi, est-ce que c’est inconfortable ? »

« Non, pas du tout. »

« Alors je peux rester comme ça encore un peu ? Ma nuque est si à l’aise, là. »

« Bien sûr. Essaie de somnoler. Je sais que tu ne te sens pas très bien. »

Seol Jihu posa délicatement sa main sur les yeux de Seo Yuhui.

Et lorsque sa grande main chaude couvrit la moitié du visage de Seo Yuhui, un sourire comblé fleurit sur ses lèvres.

« Auuung~ je ne vois plus~ »

Il était évident pour quiconque regardait que Seo Yuhui se tortillait de bonheur.

Chohong fronça les sourcils. La façon dont elle roulait la tête de gauche à droite en savourant la cuisse de Seol Jihu était, pour le moins, peu ragoûtante.

« Hey, tu es sûre d’être malade ? »

Finalement, elle posa la question sans détour.

« Hein ? Ah, ça va pour l’instant grâce à ça. »

Seo Yuhui leva la main gauche, les yeux toujours clos. L’anneau émeraude à son doigt brillait de tout son éclat, exhibant sa beauté.

Chohong se pencha pour regarder de plus près.

« Qu’est-ce que c’est ? Une bague ? »

« Oui ! »

Seo Yuhui écartela les doigts.

« Jihu me l’a offerte~ »

Elle avait l’air de se vanter. La manière dont elle agitait la main donnait l’impression qu’elle voulait le montrer à tout le monde.

« Il a dit que c’était un cadeau et me l’a passée à l’annulaire lui-même. »

Pour mémoire, l’anneau se trouvait à son annulaire gauche.

Eun Yuri jeta un coup d’œil à Seo Yuhui. Puis elle regarda la bague à son propre annulaire gauche avant de pousser un soupir et de secouer la tête.

« Alors c’est quoi, exactement ? »

« C’est un artefact qui renferme une grande quantité de puissance sacrée. »

Seol Jihu répondit lorsque Chohong demanda avec une expression hésitante.

« L’évêque l’a reçue de Luxuria lorsqu’il est devenu Niveau 6. Yuhui pourrait manquer de puissance sacrée en route, pas vrai ? Cette bague règle le problème. On ne devrait avoir aucun souci pendant au moins dix jours. »

« Aha, c’est donc pour ça… »

Chohong hocha la tête avant de faire un double-take. Elle lança un regard noir à Seol Jihu et détourna la tête avec un reniflement. Elle semblait dire : « Qui t’a demandé, au juste ? »

Seol Jihu gloussa. On dirait que Chohong n’avait pas oublié la dispute qu’ils avaient eue quelques jours auparavant pendant l’entraînement.

Alors que Seol Jihu fixait Chohong, le coin de ses lèvres se releva subrepticement. Son expression semblait dire qu’il venait d’avoir une bonne idée.

« Oh non ! »

Clac ! À ce moment-là, accompagné d’un cri aigu, la porte de la carriole s’ouvrit à la volée.

Une femme trempée par la pluie s’engouffra à l’intérieur telle une gymnaste agile.

C’était Hoshino Urara.

« Le cocher a dit qu’il va devoir arrêter la carriole bientôt ! »

Seo Yuhui se redressa d’un bond.

Chohong saisit l’Épine d’Acier, et Eun Yuri commença à incanter un sort.

Quand Seol Jihu attrapa la Lance de Pureté, Hoshino Urara balaya l’intérieur du regard puis hocha la tête.

« Il a dit qu’on devra établir le camp plus tôt que prévu parce que l’Horus est fatigué d’avoir couru sous la pluie. »

Le silence retomba.

« Vous avez bien compris ? »

Hoshino Urara posa les mains sur ses hanches et bomba le torse.

La violente ruade de Chohong ne se fit pas attendre.

« Kwack— ! »

Hoshino Urara fut éjectée hors de la carriole avec le couinement d’un cochon à l’agonie.

« Cette folle. Hé, referme la porte. »

Chohong souffla, furibonde.

Seo Yuhui se rallongea sur la cuisse de Seol Jihu, et Eun Yuri referma la porte.

« Uaaaaang ! Je suis désolée ! Ne m’abandonneeeez pas ! »

On pouvait entendre Hoshino Urara courir derrière en hurlant à plein poumons.


*


Alors que les gouttes s’épaississaient, la carriole s’arrêta complètement.

Ils auraient dû arriver à destination aujourd’hui ou demain, mais ils prirent du retard à cause de l’averse soudaine et violente.

L’équipe principale de Valhalla dressa le campement et prépara le dîner avec les ramens de Seol Jihu.

Comme il s’agissait de la première expédition d’Eun Yuri, Seol Jihu lui remit quelque chose qu’il avait préparé spécialement pour elle.

Eun Yuri baissa les yeux sur une paire de baguettes « d’argent » et un gobelet « en verre ». [1]

Voyant que tous les autres avaient des baguettes en bois et des gobelets en papier, elle se précipita vers Seol Jihu et jeta, furieuse, les baguettes d’argent et le gobelet en verre au sol.

Lorsque le dîner prit fin, Hoshino Urara arriva au camp, haletante.

Après l’avoir regardée lécher jusqu’à la dernière goutte de soupe dans la marmite comme un chien affamé, les membres de l’équipe se rassemblèrent dans la tente et installèrent leurs duvets.

Seol Jihu s’allongea sur le duvet qu’Eun Yuri avait préparé pour lui et se perdit dans ses pensées.

Je me demande comment ils ont justifié cette affaire.

Une question fondamentale lui traversa l’esprit tandis qu’il remuait ses réflexions.

Mais ce n’était pas vraiment un problème. Il était clair que les traîtres bougeaient, et il avait pris ses précautions.

Grâce à Seo Yuhui, il pouvait avoir un coup d’avance sur eux et réagir en conséquence.

Tout de même, est-ce que les choses ne se passent pas un peu trop bien ?

Si Seo Yuhui n’avait pas préparé un piège si opportun, Seol Jihu aurait réellement pu tomber dans les manœuvres des traîtres, en dépit des Neuf Yeux qui scrutent l’avenir. Voilà à quel point l’évêque agissait avec minutie.

Il a caché des mensonges au milieu de vérités.

Cependant, Seo Yuhui avait percé ses mensonges à jour à la perfection.

Non seulement ça, mais elle avait aussi prédit chacun de ses mouvements.

Comme si elle savait que l’évêque ferait cela.

Comme si elle avait déjà tout vécu une première fois.

Bien sûr, Seo Yuhui était une Terrienne active depuis longtemps au Paradis, il était donc naturel qu’elle en sache plus que lui sur la politique locale.

Vu sous cet angle, ce n’était pas si étrange, mais quand même…

Si je vais au temple demander si je peux dépenser des points de contribution pour revoir ce rêve, Gula accepterait-elle ?

Alors qu’il se tournait et se retournait, plongé dans ses pensées, il aperçut soudain quelqu’un.

C’était la personne qui ne lui avait pas adressé un mot depuis leur départ d’Eva.

« … »

Seol Jihu se tortilla et se coucha à côté d’elle.

Chohong s’écarta sans rien dire.

De l’autre côté.

Seol Jihu eut un petit rire amer avant de rouler à nouveau vers elle.

« Chohong. »

Il chuchota son nom, mais aucune réponse ne vint.

Cependant, dès qu’il souleva la jambe et la posa sur elle…

« Enlève ça. »

Elle réagit aussitôt.

« Ah, que c’est confortable. »

« Je t’ai dit de l’enlever. »

« Ehem. »

Seol Jihu prit un ton solennel.

« C’est comme ça qu’on parle à son cher mari ? »

« T’es cinglé ? »

Chohong renifla, le dos tourné à Seol Jihu.

« Un mari, mon cul. Si tu n’enlèves pas ta jambe avant que je finisse mon compte à rebours, je te la casse. Trois. »

« Je te renvoie tes paroles. Tu vas le regretter si tu ne te tournes pas vers moi avant que je fasse la même chose. »

« Deux. »

« Bon sang, tu te prends pour Hugo ? Bouder juste parce que j’ai été un peu stricte… »

« Un. »

« J’ai dit quelque chose de faux ? Il faut rester concentrée quand on apprend. Ça t’a blessée à ce point quand j’ai demandé si tu venais juste pour jouer avec moi pendant l’entraînement ? »

« Très bien, t’es mort… »

« Yuhui ! »

Cria Seol Jihu.

Seo Yuhui, qui était assise à côté d’Eun Yuri et apprenait des postures de yoga bonnes pour le corps, sursauta et se tourna.

« H-Hum ? »

« J’ai une question. Comment fonctionnent les vœux au Paradis quand un Prêtre jure au nom de son dieu ? »

Chohong tressaillit. Elle sentait clairement la pression de la jambe posée sur elle.

« Quand un Prêtre jure au nom de son dieu ? Ce n’est pas quelque chose qu’on fait à la légère… En tout cas pas les Prêtres. »

« Vraiment ? »

« Oui. Les Prêtres ont la relation la plus étroite avec leurs dieux parmi les quatre classes de base, donc un vœu fait au nom de son dieu impose une lourde contrainte, comparable à un serment. C’est pourquoi les Prêtres un tant soit peu réfléchis ne jureraient jamais au nom de leur dieu. »

En d’autres termes, Chohong était totalement irréfléchie.

Seol Jihu esquissa un large sourire.

« Et s’ils avaient signé un contrat ? Même informel. »

« Alors là, ils n’auraient vraiment aucune échappatoire. Mais pourquoi tu demandes ça tout d’un coup ? »

Demanda Seo Yuhui tout en faisant un papillon.

Seol Jihu dévisagea Chohong d’un air suffisant.

« Trois, deux, un… Aigoo, où ai-je bien pu mettre ce contrat déjà ? »

« … »

« Bon, je suppose que tu n’as pas besoin de m’appeler Cher Mari. Chéri~ Maître~ »

Chohong trembla dans son duvet.

Puis elle se tourna lentement face à Seol Jihu.

Son visage avait rougi dans le duvet et virait au violet sous l’effet de la rage.

« Tu… en es toujours là… ! »

« J’ai bonne mémoire. Tu ferais mieux de me respecter, j’ai encore le tableau périodique des éléments dans la tête. »

Seol Jihu ricana avant de poser son autre jambe au-dessus d’elle.

« Auu, que c’est confortable. Oreiller-Chohong, c’est le meilleur. »

« T-T’es éhonté ! »

« Silence, oreiller. Et prends bien soin de moi cette nuit. »

À cette scène, Seo Yuhui ne put que pencher la tête, sans savoir que Chohong avait autrefois parié sur la venue de Kim Hannah et d’elle-même à Valhalla.

Elle observa le duo, puis s’excusa de la leçon de yoga d’Eun Yuri et se leva.

« Jihu, ne fais pas ça. »

« Hein ? Ah, je plaisante juste. »

« Quand même, Mlle Chohong n’aime pas ça. Retire tes jambes, d’accord ? Et si tu dois vraiment le faire, je pourrais t’aider plutôt. »

« A-Argh, c’est bon ! »

s’écria soudain Chohong.

« Ce n’est pas la première fois qu’il me fait le coup. Je vais vivre avec. »

« M-Mais… »

« En plus, tu es malade. Va juste dormir tranquillement, loin de ce salaud. »

« Non, vois-tu, ma force vitale est dans le corps de Jihu… »

Soudain, la conversation prit un tournant bizarre.

Les deux femmes se chamaillèrent un moment avant de finalement trouver un compromis.

Seo Yuhui aurait le haut du corps de Seol Jihu, et Chohong aurait le bas.

Avec soudainement le visage niché dans les bras de Seo Yuhui et les jambes posées sur Chohong, Seol Jihu cligna rapidement des yeux. Mais comme c’était confortable, il décida de se satisfaire de la situation et s’endormit.

Cette nuit-là.

Seol Jihu fit un rêve.

Il était seul sur un bateau avec Seo Yuhui, voguant sur les vagues calmes d’une mer splendide étincelant sous la lueur du soleil couchant.

Il semblait allongé sur le bateau, et Seo Yuhui avait l’air heureuse de le tenir dans ses bras.

[Enfin, rien que nous deux.]

C’était indubitablement un rêve paisible.

[Mon petit lapin.]

Mais, sans raison, un frisson lui parcourut l’échine.

[Fuis ! Vite !]

[Oh ? Le Lapin Noir est là aussi !?]

Le Seol Jihu Noir apparut de nulle part et s’enfuit avec lui.

[Lapin Blanc~ Lapin Noir~]

Lorsqu’il ouvrit machinalement les yeux au beau milieu de la nuit, il se découvrit trempé de sueur de la tête aux pieds.


*


La carriole roula encore quatre jours avant de s’arrêter.

Là où ils descendirent marquait le début d’une chaîne de montagnes au-delà de Haramark et après la Forêt du Déni.

Comme la région autour d’Haramark s’était stabilisée ces derniers temps, la zone considérée comme sûre pour voyager s’était étendue.

L’équipe principale de Valhalla entama sa marche avec Hoshino Urara en tête. Ils se dirigeaient vers l’ancien duché de Delphinion.

La progression se fit sans accroc, Hoshino Urara étant une Archère de Rang Unique et Chohong ayant déjà emprunté cette route lorsqu’elle était allée secourir Seol Jihu, piégé dans le laboratoire.

Peut-être parce qu’ils étaient en montagne, la nuit tomba plutôt vite.

L’équipe principale de Valhalla marcha presque toute la journée avant d’arriver à destination.

Parce que l’évêque leur avait donné une carte détaillée, il ne fut pas difficile de trouver l’endroit.

Il y avait juste un problème.

« Hein ? C’est ici, ce Gorad Boga ? »

Chohong fronça les sourcils en regardant autour d’elle.

Tout ce qu’elle voyait, c’était une forêt dense remplie d’arbres et de broussailles envahissantes.

Elle ne voyait rien qui ressemble à la trace d’une cité autrefois gouvernée par un dieu à sa naissance.

Au contraire, l’obscurité de la forêt dégageait une impression morne et lugubre.

« La Montagne Rocheuse de l’Énorme Pierre et le Mont Peléeom, on percevait très facilement l’énergie vitale dans l’atmosphère. »

« On parle d’un mythe vieux de milliers d’années. On dit bien que montagnes et rivières changent en dix ans. Que cet endroit ressemble à ça n’a rien d’étonnant. »

« Mais quand même… »

Chohong claqua la langue.

Seo Yuhui inclina aussi la tête.

« Qu’en penses-tu, Yuhui? Tu sens quelque chose ? »

« Mmm… Je sens bien de la puissance sacrée, mais je ne suis pas très sûre… »

« Oh, tu la sens ? Alors peut-être que Seol a trouvé le bon endroit. »

« C’est juste… un peu étrange… »

Seo Yuhui continua d’un ton dubitatif.

« Je sens de petites poches ici et là, mais elles ne sont pas reliées. Elles ne sont pas nombreuses et sont éloignées les unes des autres. De plus, ce sont des poches de puissance sacrée, pas d’énergie vitale. »

« Hmm ? De la puissance sacrée ? Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Les Prêtres convertissent l’énergie vitale en puissance sacrée en priant dans des zones à forte concentration d’énergie vitale. Mais ici, c’est de la puissance sacrée raffinée. Je n’ai jamais entendu parler d’un endroit comme ça. »

Chohong se gratta la tête.

Seol Jihu croisa le regard de Seo Yuhui.

Tous deux hochèrent très légèrement la tête en même temps.

« Mais Yuhui, il y a quand même de la puissance sacrée, non ? »

« Mmn, oui, mais… »

« Alors pourquoi ne pas essayer de prier ici ? Je vais jeter un œil aux alentours entre-temps. »

Seol Jihu étendit un tapis de paille.

Seo Yuhui s’agenouilla prudemment, ferma les yeux et joignit les mains en prière.

« Chohong, installe le camp à côté de Yuhui. Mlle Hoshino Urara, restez aux aguets du moindre mouvement suspect. Mlle Eun Yuri, suivez-moi. »

Seol Jihu partit aussitôt.

Il fit une dizaine de pas avant de s’arrêter soudain et de s’agenouiller.

Eun Yuri, qui le suivait en observant les alentours, sursauta.

Whoosh !

Une énergie terrifiante, impossible à décrire avec des mots, jaillit du corps de Seol Jihu. Elle ne pouvait pas sentir la moindre impureté dans ce mana.

Mais ce qui surprit encore davantage Eun Yuri, ce fut que cette énergie sans limites se scinda en des milliers de fins filaments qui se répandirent dans toutes les directions.

Si Roselle voyait cela, elle s’exclamerait sans nul doute : « Quelle magnifique application du mana ! »

Pendant ce temps, les yeux de Seol Jihu s’assombrirent alors qu’il fixait le sol.

Oh ?

Un petit rire lui échappa avant qu’il ne fouille sa poche, puis il posa la main sur le sol.

Il tapota la terre boueuse, puis se releva.

« Mlle Eun Yuri. »

« Oui ? »

« Vous m’avez vu manipuler mon mana à l’instant, non ? »

« …Oui. »

« Pouvez-vous faire la même chose ? »

Eun Yuri pencha la tête, surprise par la question.

« Je ne sais pas. Il faudrait que j’essaie. »

« Et scinder en quelques dizaines de brins et les envoyer dans une direction ? »

« Ça, je devrais pouvoir. »

« Parfait. Alors mémorise les endroits où je m’arrête. »

Là-dessus, Seol Jihu se remit en marche.

Eun Yuri fixa l’endroit où Seol Jihu s’était tenu, puis le suivit à pas légers.

S’agenouiller, fouiller sa poche, poser la main sur le sol. Seol Jihu répéta la même série d’actions des dizaines de fois en décrivant un cercle autour du campement.

« Il y en a plus que je ne pensais. Tu peux tout mémoriser ? »

« O-Oui, mais… »

Eun Yuri fixa Seol Jihu avec curiosité.

Elle s’était tenue tranquille pour ne pas le gêner malgré elle, mais elle ne comprenait pas pourquoi il s’arrêtait à ces endroits précis.

« Très bien, voilà l’idée… »

Seol Jihu baissa la voix et expliqua.

Après l’avoir écouté, Eun Yuri fut encore plus perplexe.

« Donc… c’est le signal ? »

« Oui. Le fait que je lève cette lance. »

Seol Jihu sourit et tapota la Lance de Pureté.

« Considère ça comme un signal. Tu sais, un peu comme quand un réalisateur donne le signal avant de tourner. »

Eun Yuri roula des yeux.

Elle comprenait ce qu’il lui demandait. Elle ne comprenait juste pas pourquoi.

Et donc, alors qu’elle s’apprêtait à le lui demander…

« Qu’est-ce que vous fabriquez~ !? »

Une intruse débarqua.

C’était la grande sœur d’Yishino Seolara.

« Mlle Hoshino Urara, qu’est devenu le guet ? »

« Je l’ai fait et puis je suis venue. C’était trop ennuyeux. »

Eun Yuri fronça les sourcils.

Cependant, Seol Jihu ne se fâcha pas. S’il avait emmené Hoshino Urara, c’est justement parce qu’il avait calculé qu’elle agirait de la sorte.

S’il avait voulu quelqu’un qui s’acquitte fidèlement de sa tâche, il aurait emmené Marcel Ghionea ou Kazuki à la place.

« Bref, je vous regarde depuis tout à l’heure, et on dirait bien que vous faites un truc intéressant. »

« ? »

« Vous enterrez des trucs dans le sol. Et puis aussi… »

Hoshino Urara s’approcha de Seol Jihu.

« Ça, ça. Qu’est-ce qu’il est devenu ? »

« Qu’est-ce qui est devenu quoi ? »

« Tu sais bien, le pendentif que tu portes toujours à ton cou. Pourquoi tu ne l’as pas sur toi aujourd’hui~ ? »

« … »

« Trop suspect~ Je sens le fun à des kilomètres~ »

Hoshino Urara ferma les yeux et renifla.

Seol Jihu sourit en coin. Digne d’une Archère de Rang Unique, son sens du détail était impeccable.

Hoshino Urara rouvrit les yeux et sourit.

« Maintenant, dis-moi tout ! Je veux savoir ! »

C’est alors.

L’homme et la femme tournèrent le regard simultanément.

Seol Jihu à gauche, Hoshino Urara à droite.

Bientôt, un cri retentit.

Il venait de la direction où Seo Yuhui et Chohong avaient installé le camp.

« …Iya… »

S’exclama doucement Hoshino Urara.

« Ces deux-là doivent être bien échauffées. »

L’instant d’après, tandis qu’Hoshino Urara fléchissait les jambes pour se propulser, Seol Jihu tendit la main et lui saisit l’épaule.

« Mlle Urara. »

« Ang ? »

« Prometez-moi quelque chose avant d’y aller. Regardez-moi. »

Hoshino Urara tourna lentement la tête sur le côté.

« À partir de maintenant, écoute-moi attentivement. Si vous le faites, je te montrerai quelque chose d’amusant et d’excitant. Je suis sûr que ça vous plaira. »

« …Je vois ce que vous voulez dire… »

Hoshino Urara haussa légèrement les sourcils.

« Mais vous n’avez pas entendu ce cri ? »

« Si. C’est bien pour ça que je vous parle. Je vais vous laisser bien vous amuser. »

Les yeux écarquillés d’Hoshino Urara retrouvèrent lentement leur taille normale.

« …Vraiment ? »

« Bien sûr. »

« Oho. Je savais que je pouvais faire confiance à mon flair de chien. Bon, si vous le dites… »

Hoshino Urara se redressa lentement.

Eun Yuri regarda Seol Jihu, déconcertée.

Le cri venait très certainement de Seo Yuhui.

Le groupe de Seol Jihu était loin du camp. Il y avait une chance qu’ils arrivent trop tard même en courant. Alors pourquoi— ?

« Bon, alors. »

À cet instant, les yeux d’Eun Yuri s’illuminèrent.

« On y va. Pensez à prendre une tête très choquée et pressée. »

Car Seol Jihu venait de lever sa lance.

Il venait de donner le signal tant attendu.


[1] Encore une fois, « Eun » veut dire argent, et « Yuri » veut dire verre en coréen. ☜