Après l’exclamation de Gula, plusieurs messages apparurent en même temps.
[En récompense pour avoir passé la première épreuve, le rang de Cœur Vertueux a été changé en EX, et son effet a été étendu de Cultivation du Mana à Technique de Mana.]
[En récompense pour avoir passé la deuxième épreuve, vous avez obtenu la capacité « Volonté Indomptable (Spéciale) ».]
[En récompense pour avoir passé la troisième épreuve, vous avez obtenu l’aptitude « Miroir Clair, Eau Calme ».]
[Vous avez obtenu l’Autorité « Tueur de Dieux (Grade Inconnu) ».]
Les yeux de Seol Jihu restèrent fixés sur le dernier message.
Aussi intrigué qu’il fût par les trois premiers, il savait que le quatrième était le plus important.
Le Seol Jihu Noir avait souligné à plusieurs reprises l’importance de l’Autorité « Tueur de Dieux ».
[Je… n’ai pas été choisi.]
Le Non-Choisi.
C’était l’un des nombreux surnoms du Seol Jihu Noir.
Bien que sa puissance martiale fût de tout premier ordre, aucun dieu ne l’avait désigné comme Exécuteur ni gratifié d’un vestige divin.
[Je comprends le choix des Sept Dieux. À l’époque, j’étais à moitié fou et je me fichais un peu du Paradis.]
[Je l’ai regretté plus tard. Si j’avais eu l’Autorité du Tueur de Dieux, ou au moins la Lance de Pureté…]
Le Seol Jihu Noir avait souri amèrement, disant qu’il n’avait eu d’autre choix que de se reposer sur des techniques fondées sur l’Épée d’énergie renforcée, très coûteuses en énergie mentale face aux Commandants de l’Armée.
Seol Jihu serra fermement la Lance de Pureté.
Les mortels ne pouvaient vaincre les immortels.
Parce que, par définition, les immortels ne pouvaient mourir.
Cependant, Seol Jihu venait de devenir une exception à cette règle absolue.
Le Tueur de Dieux était une Autorité que seuls les dieux pouvaient accorder, conférant à son détenteur le pouvoir de tuer un dieu, ou plus précisément, de détruire la divinité d’un dieu.
Cela signifiait que Seol Jihu avait désormais les moyens de tuer non seulement les Commandants de l’Armée, mais aussi la Reine Parasite.
Bien entendu, cela ne garantissait en rien sa victoire. Le Tueur de Dieux n’était qu’un droit, et c’était à Seol Jihu de l’exercer correctement pour obtenir des résultats.
À part le Tueur de Dieux…
Seol Jihu consulta un à un les trois autres messages.
Ses yeux s’assombrirent peu à peu à mesure qu’ils parcouraient la fenêtre de message.
Il semblait perdu dans ses pensées.
[Je n’en reviens pas.]
Gula sourit doucement.
[Tu penses déjà à t’entraîner ?]
Ah, je réfléchissais juste à comment appliquer ces nouvelles compétences.
Son choix de mots avait changé.
Auparavant, il aurait dit « utiliser » au lieu de « appliquer ».
« Utiliser » désignait l’acte d’exploiter quelque chose tel quel pour son usage prévu, tandis que « appliquer » impliquait une adaptation pour un objectif personnel.
La nuance était subtile, mais réelle.
Cela prouvait que sa capacité de réflexion avait suffisamment évolué pour qu’il considère non seulement la compétence en elle-même, mais aussi sa relation avec son état actuel.
[Souhaites-tu entrer de nouveau dans le Chemin de l’Âme ?]
Comprenant où Gula voulait en venir, Seol Jihu secoua la tête avec un sourire.
Il en avait envie, mais huit mois n’étaient pas une durée négligeable.
Je ne pense pas. À présent, j’aimerais acquérir d’autres compétences.
Cela signifiait qu’il voulait acquérir des compétences qu’il n’avait pas encore apprises, celles qui s’étaient ouvertes lorsqu’il avait atteint les niveaux 5, 6 et 7.
Depuis le niveau 1, Seol Jihu s’était toujours reposé uniquement sur l’entraînement pour maîtriser différentes techniques, et il était réticent à utiliser des points de contribution pour obtenir facilement de nouvelles compétences.
Cependant, ses échanges avec le Seol Jihu Noir lui avaient fait changer d’avis.
[Quoi ? Une compétence qui peut altérer la loi de causalité ? Pourquoi tu ne l’as pas encore apprise ?]
[Je comprends tes inquiétudes, mais tu as une fenêtre de statut. Quel est ton objectif ? Atteindre l’illumination spirituelle ? Tu veux devenir un être céleste après des milliers d’années d’entraînement ? C’est vraiment ce que tu veux ?]
[Faisons une hypothèse absurde. Disons qu’il existe une lance magique qui tue automatiquement la Reine Parasite si tu la pointes une seule fois dans les airs. Tu ne vas quand même pas refuser de l’utiliser, si ?]
[Ce système semblable à un jeu que les Sept Dieux ont accordé aux Terriens fait aussi partie de ton pouvoir. Capacités physiques, capacités mentales, et système. Ton objectif doit être d’atteindre l’harmonie entre les trois. Tu te souviens de cette Tri-Harmonie que tu aimes tant ?]
[Apprends-la dès que tu sortiras d’ici.]
Seol Jihu se souvint qu’Agnes lui avait déjà fait des remarques similaires dans le passé, et le moindre doute qu’il avait encore s’évapora.
Bien sûr, ce n’est pas parce qu’il acquérait de nouvelles compétences à l’aide de points de contribution que ses sept années d’entraînement rigoureux devenaient inutiles.
[Vous avez obtenu une nouvelle Capacité de Classe : « Némésis : Lance de malédiction porteuse de malheur (Inférieure) ».]
[Vous avez obtenu une nouvelle Capacité de Classe : « Némésis : Lance de la vengeance punitive (Inférieure) ».]
[Vous avez obtenu une nouvelle Capacité de Classe : « Berserk (Inférieure) ».]
Une pluie de messages fut suivie d’une autre série informant que le « Grand Changement Cosmique » réagissait à la Lance de la Vengeance Punitive, et que les aptitudes « Miroir Clair, Eau Calme », « Cœur et Âme Unifiés » ainsi que les « Neuf Yeux de la Prévoyance » réagissaient à Berserk.
En conséquence, le rang des deux compétences nouvellement acquises — à l’exception de la Lance maudite — augmenta rapidement.
Donc même les aptitudes affectent les compétences.
Il fut un peu perplexe au départ, mais se rappela ensuite que Berserk était une compétence d’éveil particulière.
Seol Jihu sourit doucement.
Il avait le sentiment que tous ses efforts passés avaient été récompensés.
Merci.
[Où vas-tu ?]
La voix de Gula l’arrêta alors qu’il s’apprêtait à partir.
[J’ai encore quelque chose à te donner.]
Me donner ?
[Oui. Tu sais sûrement que tu es désormais un Porteur de Classe Unique.]
Oui.
[Tu n’imagines pas à quel point j’ai attendu ce jour.]
Seol Jihu pencha la tête, curieux, puis s’immobilisa soudainement.
Il comprit ce que Gula allait faire.
Mais je—
[Cela n’a rien à voir avec l’épreuve.]
Répondit Gula calmement.
[Plus précisément, l’épreuve est destinée aux enfants qui nous rejettent, mais tu l’as remplacée par le Stigmate Divin.]
…
[Si Eun Yuri me servait, j’aurais peut-être hésité à cause de son potentiel futur. Mais parmi tous mes enfants, c’est toi qui as le plus contribué. Te voir affronter les épreuves n’a fait que confirmer ma décision. Maintenant que tu as obtenu l’Autorité du Tueur de Dieux, je ne vois plus aucune raison d’attendre.]
Gula exposa ses pensées dans un long monologue, clair et déterminé.
Grâce à cette démonstration de volonté de la déesse, Seol Jihu prit pleinement conscience que le moment tant attendu était enfin arrivé.
…Vous êtes sûre ?
[Évidemment.]
Gula demanda alors d’un ton légèrement pincé :
[Ne me dis pas que tu ne veux pas me servir ?]
Seol Jihu esquissa un petit sourire face à cette déesse manifestement nerveuse.
Bien sûr que non. Ce serait un honneur.
Même si l’excuse était que c’était une récompense pour avoir réussi l’épreuve, le fait est que Gula venait de lui donner le pouvoir de la tuer.
Son Autorité était la preuve que la déesse lui faisait confiance, ce qui le rendait lui aussi plus confiant envers elle.
[Dans ce cas.]
Dit Gula.
[Approche-toi, mon enfant.]
Une voix digne résonna dans tout le temple.
Seol Jihu s’approcha lentement de la statue de pierre et s’inclina devant elle.
[À partir de ce jour…]
Gula posa doucement sa main sur la tête de Seol Jihu.
[Au nom de la déesse Gula, je confère par la présente à Seol Jihu le droit de recevoir l’épreuve de l’« Apôtre de Gula ».] [1]
[À l’issue de cette épreuve, tu seras connu comme mon Exécuteur, le porteur de mon nom !]
Les yeux semblables à un miroir de Seol Jihu brillèrent intensément.
*
Après avoir quitté le temple de Gula, Seol Jihu ouvrit sa fenêtre de statut pour la première fois depuis des années.
[Votre fenêtre de statut]
[1. Informations générales]
Classe : LV 7. Chercheur d’Étoiles
[2. Traits]
Tempérament
— Maîtrise de soi (Réprime les émotions, la cupidité et les impulsions par la volonté rationnelle)
— Esprit de compétition (Un désir de vaincre)
— Surhumain (Supporte incroyablement bien la douleur et les épreuves comparé à un humain ordinaire)
Aptitudes
— Effort (S’investit corps et âme pour atteindre un objectif)
— Miroir Clair, Eau Calme (Possède un esprit calme et pur semblable à un miroir brillant et une eau immobile)
— Cœur et Âme Unifiés (Inébranlable et concentré lorsqu’il se focalise sur une chose)
— Moyenne (Ordinaire à tous égards ; ne possède aucun talent particulier)
[3. Niveau physique]
Force : Élevée (Faible)
Endurance : Intermédiaire (Élevée)
Agilité : Élevée (Faible)
Résistance : Élevée (Faible)
Mana : Élevé (Élevé)
Chance : Intermédiaire (Intermédiaire)
Points d’attribut restants : 19
[4. Compétences]
Autorités (1)
— Tueur de Dieux (Grade Inconnu)
Compétence innée (1)
— Neuf Yeux de la Prévoyance (Grade Inconnu)
Compétences de classe (10)
— Compétence d’Éveil : Berserk (Élevé)
— Techniques de base à la lance : Estoc (Apogée), Frappe (Apogée), Taille (Apogée)
— Lance de Mana – Multiple (Apogée)
— Art Secret : Vague d’Épée d’énergie (Apogée)
— Art Secret : Mutilation (Apogée)
— Pas Éthéré (Apogée)
— Cœur Vertueux (EX)
— Némésis : Lance de malédiction porteuse de malheur (Inférieure)
— Némésis : Lance de la vengeance punitive (Élevée)
— Harmonie Parfaite (Apogée)
Compétences diverses (6)
— Circuit Renforcé (Spéciale)
— Grand Changement Cosmique (Apogée)
— Volonté Indomptable (Spéciale)
— Trancheur d’Enfer (Intermédiaire)
— Intuition (Apogée)
— Mille Tonnerres (Intermédiaire)
Il y a eu tant de changements.
C’était la seule chose qui lui venait à l’esprit.
Il ne ressentait aucune fierté particulière vis-à-vis de ses accomplissements.
Plutôt, le fait d’avoir gagné autant de nouvelles compétences signifiait qu’il allait devoir s’entraîner encore plus…
« …Ah. »
Seol Jihu se prit la tête et la secoua.
Depuis le départ du Seol Jihu Noir et de Baek Haeju, il était dans un état constant de Cœur et Âme Unifiés.
Il avait passé chaque instant de veille à réfléchir à ses défauts et à améliorer ses techniques.
Cela était devenu une habitude. Pas une mauvaise, mais il devait apprendre à pouvoir la désactiver à volonté.
Qu’est-ce que je devrais faire en premier ?
Ce fut alors que son estomac émit un grognement sonore.
La faim s’abattit sur lui comme un tsunami. Il ne s’était pas rendu compte que le processus de montée de niveau avait vidé toute son énergie.
Il aurait sans doute pu tenir un peu plus longtemps s’il le fallait, mais il n’en avait pas envie.
« Ah. »
Seol Jihu s’arrêta alors qu’il descendait les escaliers, se frottant le ventre.
Il se rappela la promesse qu’il s’était faite juste avant de réussir sa troisième épreuve.
Il l’avait oubliée un instant, car cela remontait à plusieurs années.
Seol Jihu fit aussitôt demi-tour et retourna dans le temple.
*
La première chose que fit Seol Jihu fut de retourner sur Terre.
Deux cent cinquante et un jours au Paradis correspondaient à quatre-vingt-quatre jours terrestres. Presque trois mois s’étaient écoulés.
« Oui, Maman. C’est moi. Oui, oui. Je suis rentré aujourd’hui. Bien sûr que je vais bien. »
À peine rentré chez lui, Seol Jihu appela sa mère.
« Maintenant ? Non, ça me va. Ton timing est parfait. En fait, je suis affamé. D’accord. Je vous retrouve, toi et Wooseok, là-bas. »
Sa mère lui avait dit vouloir le voir, alors ils prirent rendez-vous pour dîner ensemble.
Plus tard dans la journée, Seol Jihu retrouva sa mère et son frère au restaurant qu’ils s’étaient fixés. Ils commandèrent à manger et grignotèrent tout en discutant.
Une étrange sensation traversa Seol Jihu.
Trois mois pour sa mère et son frère, mais sept années pour lui.
Il n’avait cependant pas le droit de le montrer. Il ne pouvait pas leur dire.
« Tu vas bien ? »
Seol Jihu leva les yeux de son quatrième bol de nouilles froides.
Sa mère semblait un peu inquiète.
« Hmm ? Pourquoi tu demandes ça ? »
Demanda Seol Jihu en avalant une autre bouchée.
« Eh bien, c’est juste que… »
Sa mère hésita un moment avant de reprendre.
« C’est comme si tu n’étais pas mon fils. »
« Moi ? »
« Oui. J’ai l’impression de regarder Wooseok. »
Seol Wooseok sursauta à l’entente de son nom alors qu’il déplaçait une grosse portion de ses nouilles vers l’assiette de Seol Jihu.
« Mais il est aussi ton fils. »
« Tu vois ce que je veux dire. Tu sembles… différent. »
Sa mère pencha la tête sur le côté, visiblement perplexe.
Seol Jihu jeta un œil à son frère.
« Eh bien, à mon avis… »
Murmura Seol Wooseok en coupant ses nouilles avec des ciseaux.
« Il dégage une aura différente. C’est comme s’il avait soudainement cinq ans de plus. »
« Oui, c’est exactement ça. »
Sa mère applaudit, en signe d’approbation.
« C’est à cause de ce projet confidentiel dont tu avais parlé ? La boîte te traite mal ? »
Demanda Seol Wooseok, et Seol Jihu se mordilla les lèvres nerveusement.
Il ne s’attendait pas à ce qu’ils le remarquent, mais une famille reste une famille après tout.
« L’entreprise ne me traite pas mal. Je viens juste de finir un… travail très spécial. En tout cas, je vais bien. Ne vous inquiétez pas. »
Avec un large sourire, Seol Jihu replongea le visage dans son bol.
Après le repas, les deux frères se rendirent dans l’espace fumeur du restaurant avec un café en gobelet à la main.
« Tu vas vraiment bien ? »
Demanda Seol Wooseok, prudemment, observant son frère siroter son café chaud.
« Tout va bien. Pourquoi tu poses encore la question ? »
« Les nouilles d’aujourd’hui étaient loin d’être bonnes. Et te connaissant, j’étais sûr que tu refuserais de les manger. Mais tu n’as même pas râlé. »
…Son doute était justifié.
Seol Jihu était extrêmement, incroyablement pointilleux avec les nouilles. Seol Wooseok avait toutes les raisons de se poser des questions.
« Ce n’était pas si mauvais. Et tu sais bien que tout paraît bon quand on a faim. »
« Non, tu ne m’auras pas comme ça. Je te connais. Tu es plus strict qu’un grand chef en matière de nouilles. Même si tu crèves de faim, tu ne touches pas à des nouilles qui ne sont pas à ton goût. »
Son frère avait raison, et Seol Jihu dut trouver une autre excuse.
« Là-bas, la bouffe était mauvaise. Tu peux pas savoir à quel point la bouffe d’ici m’a manqué. »
Répondit-il calmement, bien que son cœur soit empli de culpabilité envers Baek Haeju.
« Mais t’étais parti que deux ou trois mois. Comment t’as survécu à l’armée, sérieux ? »
« Un jour là-bas, c’était comme un mois. »
« Un mois ? Donc ça fait genre sept ans au total… Tu t’entraînais dans une Salle de l’Esprit et du Temps ou quoi ? »
Avec un petit rire, Seol Wooseok sortit un paquet de cigarettes de sa poche.
Par réflexe, Seol Jihu tâta ses propres poches… puis baissa le bras.
« Tiens. »
Avec une cigarette entre les lèvres, Seol Wooseok lui tendit le paquet.
« … »
Seol Jihu le fixa un instant, puis secoua la tête.
Les yeux de Seol Wooseok s’écarquillèrent.
« Qu’est-ce qu’il y a ? T’es pas difficile sur les marques, pourtant. »
« …Non. »
Après une brève pause, Seol Jihu sourit.
« J’ai arrêté de fumer. »
*
Après le dîner avec sa mère et son frère, Seol Jihu retourna directement dans son appartement.
Il leur avait donné une excuse crédible quant à sa disparition afin d’éviter qu’ils s’inquiètent inutilement.
Dès son retour au Paradis, Seol Jihu se dirigea aussitôt vers Valhalla.
Les rues de l’aube étaient silencieuses et vides, tout comme le bâtiment de Valhalla.
Combien Eun Yuri avait-elle progressé ? Est-ce que Yi Seol-Ah et Yi Sungjin étaient de retour ? Il savait que les frères et sœurs Halep étaient rentrés, tout comme Seo Yuhui. Comment allaient-ils tous ?
Tant de questions lui trottaient dans la tête.
Discrètement, un sourire aux lèvres, Seol Jihu entra dans le bâtiment.
*
Le lendemain matin.
Vers six heures, Kim Hannah ouvrit brusquement les yeux, surprise par la chaleur à côté d’elle.
Une odeur familière lui chatouilla les narines.
Aucun doute possible. C’était lui.
Elle venait de se réveiller d’un rêve où un chiot ressemblant à Seol Jihu lui sautait dans les bras. Était-ce une sorte de prémonition ?
Les yeux encore fermés, Kim Hannah demanda :
« Depuis quand t’es là ? »
« … L’aube. »
Une voix endormie, un peu rauque, lui répondit.
L’aube.
Kim Hannah répéta ces mots dans sa tête.
Peut-être ne s’était-elle pas rendu compte de son arrivée parce que la réalité différait complètement de son rêve.
Dans son rêve, il remuait la queue et frottait sa tête contre son visage.
Mais maintenant, il était simplement silencieux. Il ne s’accrochait plus à elle comme autrefois, à l’auberge de Scheherazade.
Elle le devinait rien qu’à son souffle chaud effleurant son visage — pas le sommet de sa tête ou sa poitrine, mais son visage — il était allongé face à elle.
Pour qui se prenait-il, à se glisser dans son lit en pleine nuit comme un mari de retour après un long voyage ?
Kim Hannah étouffa un petit rire.
« Tu aurais dû me réveiller, mon cœur. »
Elle tendit lentement la main, qu’elle posa sur le dos de Seol Jihu.
Elle la fit glisser doucement, impressionnée par la texture de ses muscles sous sa paume.
On aurait dit qu’elle caressait une sculpture parfaite, façonnée par un artiste divin.
« Au fait, j’ai une question. »
La main de Kim Hannah s’immobilisa soudain dans sa caresse.
« Est-ce que je suis la première personne que tu es venu voir ? »
« …C’est ma chambre. »
« Ah. »
Réponse inattendue.
C’était effectivement la chambre de Seol Jihu.
Épuisée par une nuit de travail qui s’était prolongée après minuit, elle s’était écroulée dans la pièce la plus proche de son bureau plutôt que de rentrer dans la sienne.
En se remémorant cela, Kim Hannah entrouvrit les yeux.
Elle vit alors Seol Jihu, les yeux clos, baigné dans la lumière du matin.
Kim Hannah s’adossa contre l’oreiller, soutenant sa tête de la main, et observa son visage.
« Tu ne devrais pas te lever ? Tu es le représentant, après tout. »
« Encore un peu… »
Il était encore tôt.
Kim Hannah le regarda un moment, puis se leva du lit.
L’horloge indiquait déjà 6 h 30.
Chaque jour, elle se couchait à deux heures et se levait à six. Pour quelqu’un d’aussi rigoureuse qu’elle, ce retard était impensable.
« Dors bien. J’ai beaucoup de choses à te dire quand tu te réveilleras… Ah, tiens. C’est pour toi. »
Kim Hannah lança ce qu’elle avait en main, et un tissu doux recouvrit le visage de Seol Jihu.
Peu après son départ, Seol Jihu ouvrit les yeux.
Son champ de vision était rempli de gris clair.
Sans surprise, c’était le manteau de Kim Hannah.
« …J’ai passé l’âge pour ça. »
Seol Jihu mit le manteau de côté et roula hors du lit pour atterrir sur le sol.
Le contact dur du parquet lui procura une sensation de confort, sans doute parce qu’il s’était habitué à dormir dehors.
« C’est grave. »
Seol Jihu sourit avec amertume. Soudain, il sentit deux paires d’yeux posées sur lui.
Petit Poussin et le fantôme le fixaient depuis l’encadrement de la porte. Le départ de Kim Hannah semblait les avoir réveillés.
« Oh. »
Seol Jihu poussa un petit cri.
Petit Poussin avait changé.
Les plumes qui couvraient son corps étaient plus longues, plus douces. Elles avaient l’air moelleuses.
Sur son front se trouvaient deux plumes, une écarlate et une indigo.
Il semblait avoir évolué une fois de plus.
« Ça faisait longtemps. »
Seol Jihu les salua.
Pas de réponse.
Les deux semblaient déconcertés.
« Allez, viens. »
Seol Jihu claqua la langue et tendit la main vers Petit Poussin.
« Va te faire foutre. »
Petit Poussin ouvrit enfin le bec.
Offusqué que Seol Jihu le traite comme un animal de compagnie, il voulut protester, mais demanda à la place d’un ton réticent :
« Au fait, c’est quoi… ce que t’es devenu ? »
« Comment ça ? »
« Qu’est-ce que t’es, au juste ? Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »
« J’en ai aucune idée. »
Seol Jihu ricana.
Puis il se tourna vers Flone, qui flottait dans les airs.
« Flone ? Je t’ai manqué ? »
[…Ouais.]
Flone hésita, puis hocha la tête timidement.
Elle ne semblait pas très convaincue.
Seol Jihu ouvrit les bras.
Il attendit un câlin, mais Flone hésitait toujours.
« Flone ? »
[Mmmmm.]
Finalement, elle se cacha derrière Petit Poussin, comme une enfant timide.
Il pouvait encore la voir, bien sûr, mais elle semblait clairement mal à l’aise face à Seol Jihu.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? »
[Je sais pas—]
Flone grogna.
[T’es le même, ton corps et ton âme sont identiques… mais ta résonance d’âme est complètement différente.]
« Résonance d’âme ? »
[Ouais. Je peux la voir. Et c’est pas juste la fréquence. Ton âme brille faiblement, comme celle de quelqu’un qui s’entraîne pour devenir un saint… Qui es-tu, vraiment ?]
Les yeux de Seol Jihu tournèrent un instant.
Puis il haussa les épaules.
*
La chaude lumière du soleil baignait la ville.
Phi Sora descendait les escaliers le ventre plein de petit-déjeuner.
« Ne m’appelle paaaas~♪ femme cruel-le~♪ »
Elle chantait joyeusement, mais s’arrêta soudain.
Un jeune homme familier montait les marches en face d’elle.
…Hein ?
Cette rencontre inattendue effaça d’un coup toutes ses pensées.
Le jeune homme, lui aussi, la vit descendre les escaliers et lui fit un signe de la main avec un large sourire.
« Ah, Mademoiselle Phi Sora. »
Une salutation familière.
« Vous avez bien dormi ? »
Une voix familière.
Phi Sora resta bouche bée.
Elle cligna rapidement des yeux et fronça les sourcils.
Rien ne paraissait inhabituel. Tout lui était familier.
Non, quelque chose clochait. Mais elle n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.
« Vous avez déjà pris le petit-déjeuner ? »
« …Hein ? Oh, euh, ouais. Je viens d’en prendre un. »
Répondit-elle, un peu confuse.
Seol Jihu hocha la tête.
« Dommage. J’espérais manger avec vous. Bon, à plus tard alors. »
« Ah, d’accord. »
Seol Jihu s’inclina légèrement, puis continua de monter les escaliers.
Phi Sora resta plantée là longtemps.
Une expression perplexe lui traversa le visage. Le genre de regard qu’on a quand le plat tant attendu arrive enfin, mais qu’il ne semble ni bon ni mauvais.
Elle expira lentement — elle avait retenu son souffle sans s’en rendre compte. Peu importe. Elle secoua la tête et reprit sa descente.
« Nya nya nya nya~ Nyo nyo nyo nyo~ »
Soudain, elle se sentit mieux, sans raison. En bas de l’escalier, Phi Sora tourna à droite en fredonnant.
Un instant plus tard.
Tak, tak, tak, tak !
Moins de trente secondes après, le bruit de pas précipités résonna dans le couloir.
La femme qui courait à toute vitesse dans le hall, sa chevelure cramoisie flottant derrière elle, n’était autre que Phi Sora.
« Attends un peu— »
Elle gravit les marches quatre à quatre.
[1] Gula utilise spécifiquement ici le mot « apôtre » plutôt qu’« exécuteur ».