Chapitre 378. Merci (2)

Seol Jihu entra enfin dans la dernière épreuve. Comme pour les deux précédentes, les jours de répétition incessante recommencèrent.

Il apprit plusieurs choses sur la Chambre du Néant en gravissant inlassablement le troisième pic.

La première, c’était que ce n’étaient pas seulement ses cinq sens qui étaient limités. En réalité, tout autour de lui disparaissait. Non seulement la pente, mais même le rocher qu’il poussait s’évanouissait. Avec la disparition du toucher, il ne pouvait plus dire s’il gravissait réellement une pente ou s’il marchait sur un sol plat.

Il en allait de même pour sa perception du temps. Puisque tout sombrait dans le néant, il n’avait aucun moyen de ressentir l’écoulement du temps.

Mais une chose était certaine : malgré sa marche incessante, longue comme s’il avait gravi à lui seul les premier et deuxième pics, il ne voyait aucune fin à l’horizon.

Il souffrait seulement, sans cesse, dans des illusions sans fin.

[Jihu, Jihu… S’il te plaît… !]

Voir son grand frère effondré au sol, gémissant, déclencha une flamme brûlante au fond de son cœur, qui embrasa tout son corps.

[ Grand frère ! Grand frèèèèère ! Ne part pas !]

Quand il fuyait, laissant derrière lui sa petite sœur tombée en courant après lui, un poison douloureux s’infiltrait dans ses veines, et un froid glacial envahissait ses os.

[…Quoi ? Yankee… ?]

Son cœur se rétrécissait chaque fois qu’il croisait Yoo Seonhwa, jusqu’à finir par éclater en mille morceaux en même temps que son corps.

[Qu’est-ce qui t’est arrivé, Jihu… ?]

Quand il voyait sa mère pleurer devant une table renversée, il ne ressentait pas qu’un simple chagrin — il avait l’impression que sa chair et ses os se faisaient broyer.

[Jihu… ton père… n’arrive pas à comprendre… C’est trop dur…]

En voyant son père, murmurant d’un ton impuissant, la tête et les épaules affaissées, une apathie irrésistible l’envahissait.

Dans cette épreuve aussi, il avait dû mourir d’innombrables fois. Quand il ne pouvait plus supporter l’épuisement et s’effondrait, il se réveillait au point de départ.

D’après le Seol Jihu Noir, il s’était effondré sur la pente et avait été écrasé par le rocher.

À vrai dire, cette douleur n’était rien. Même si cela faisait mal, il avait bâti une solide résistance à la souffrance après presque cinq ans de morts répétées. Il suffisait de l’accepter comme un châtiment mérité pour ses péchés passés.

Cependant, ce qui le tourmentait le plus, c’était que, dans la Chambre du Néant, il se mettait à parler contre sa volonté.

« Abruti. Pourquoi t’es venu me chercher ? Surtout pour te faire étaler d’un seul coup. »

« Hé hé, opération réussie. Je devrais pouvoir me faire pas mal de jetons avec ça, hein ? »

« Eh beh, Yoo Seonhwa. T’as bien changé après tes études à l’étranger. Quoi, les Yankees étaient si bons que ça ? Hmm ? »

« Non, papa, j’ai arrêté de jouer. Je veux travailler dur, alors pourquoi tu peux pas me prêter un peu d’argent pour démarrer un business ? Tu crois que je vais le claquer au casino ? »

Il n’y avait pas de douleur, puisque ses actes n’étaient pas volontaires, mais la reconstitution de son passé de déchet ne lui inspirait qu’une honte et un regret indicibles.

Je ne peux pas continuer comme ça. Je n’y arrive pas. Je dois grimper en silence, mais je n’y parviens pas.

Seol Jihu commença à faire des efforts colossaux.

Pour tenter de changer ces illusions.

Non.

Les illusions, elles, ne changeaient pas.

Celui qui devait changer, c’était lui-même.

Et ainsi, il s’acharna de toutes ses forces à parler.

Et un jour, un petit changement survint.

« Fous-moi la paix, merde… Juste quand j’étais en ve… aah, euu… »

« Bref, j’vais juste doubler deux trois fois et lui acheter un truc meil… d, dé, dés… »

Sa bouche bougeait toujours de son propre chef. Cependant, des marmonnements semblables à des grognements commencèrent à se mêler à ses paroles.

« Quoi, ces yank… non… Se, Seonhwa… »

Et après une durée indéterminée, son bégaiement devint de plus en plus clair.

« …d, dés… désolé… »

« Je suis désolé… papa… »

Finalement, la volonté de Seol Jihu surpassa ses actions.

Il avait réussi à manifester l’Harmonie Parfaite dans la Chambre du Néant.

Une fois qu’il put parler librement, le contrôle de son corps suivit rapidement.

Seol Jihu ne frappa plus son grand frère, ni ne vola la voiture de sa sœur pour s’enfuir.

Il se contentait d’avancer.

Et alors, les réactions de sa famille changèrent elles aussi.

Évidemment, ils ne le prirent pas soudainement dans leurs bras en larmes pour le pardonner.

Ils pleuraient, oui. Mais c’étaient des larmes de sang, et ils se jetaient sur lui comme des esprits vengeurs.

« Désolé ? Comment tu peux dire ça alors que tu mens encore ? Quoi ? Sinyoung ? Quelle blague ! »

Son père fonça comme un éclair et lui administra une gifle en plein visage.

« Crève ! Crève ! Tu m’as soupçonnée, enfoiré ? J’vais t’tuer, et m’tuer après ! »

Yoo Seonhwa lui planta un couteau dans le ventre et le tordit dans tous les sens.

Sa mère ne disait rien, mais elle restait debout à côté de lui, le fixant de ses yeux vides.

Mais quand Seol Jihu continua d’avancer malgré tout cela, leurs attitudes changèrent encore une fois.

« Ne pars pas. »

Seol Wooseok parla en étant allongé au sol.

« Si t’es vraiment désolé, pars pas. Reviens m’aider. »

Il tendit alors la main et saisit les chevilles de Seol Jihu.

« Ne pars pas ! NE PARS PAS ! »

Seol Jihu entendit aussi les hurlements de Seol Jinhee.

« T’as dit que t’étais désolé, pas vrai !? Enfoiré. C’était encore du baratin !? Tu m’abandonnes encore une fois !? »

Elle fonça sur lui et s’agrippa à son bras.

Il était entouré de rancune, de colère et de ressentiment.

Au milieu de tout cela, Seol Jihu esquissa un léger sourire. Les illusions lui paraissaient enfin comme de simples illusions.

Le temps s’écoulait comme un fleuve.

Sans qu’il s’en rende compte, tout autour de lui s’assombrit.

Son corps ne réagissait plus à la douleur, et les mots des illusions flottaient dans sa tête, vides de sens.

Finalement, même les illusions s’étiolèrent.

Seol Jihu s’assimilait au néant.

Combien de temps encore marcha-t-il ?

Tête baissée comme un criminel, Seol Jihu avançait, quand il releva soudain les yeux, clignant des paupières.

Une lumière… ?

Une clarté éclatante l’aveugla.

En plissant les yeux, il aperçut une lumière brillante au loin.

Cette petite lueur grandit à mesure qu’il avançait, jusqu’à atteindre la taille d’un portail.

Seol Jihu s’arrêta.

Il fixa cette lumière ovale, solitaire, qui brillait dans l’obscurité.

Ce que disait l’alerte était donc vrai. En marchant à l’aveugle, on atteignait finalement la sortie.

Seol Jihu se retourna un instant avant de se diriger vers la lumière.

Son père gémissant, sa mère silencieuse, Yoo Seonhwa tenant un couteau ensanglanté, son grand frère, sa petite sœur…

Les cinq personnes qui le poursuivaient tels des faucheurs s’étaient toutes arrêtées, le fusillant du regard.

Seol Jihu croisa les yeux de sa mère.

C’était la personne à laquelle il résistait le moins.

Cela aurait été plus simple si elle l’avait insulté ou fait souffrir, comme les autres. Mais comme elle restait simplement là, à le fixer, toutes sortes de pensées envahissaient son esprit.

« …Quand tout ça sera fini… »

Seol Jihu ouvrit la bouche, sa voix rauque.

« Je retournerai sur Terre et je t’appellerai tout de suite. Promis. »

Alors, sa mère recula d’un pas. Elle ne dit rien de plus, et son expression restait indéchiffrable.

« Alors… »

Seol Jihu sourit faiblement et s’inclina.

« Prends soin de toi. »

Il se retourna et sauta dans la lumière.

À l’instant suivant, la Chambre du Néant s’effondra.

« …Ah. »

Seol Jihu poussa une petite exclamation.

Quand il reprit ses esprits, un nouveau paysage s’étalait devant lui.

Non, ce n’était pas tout à fait nouveau.

Il l’avait déjà vu une fois, en compagnie de Baek Haeju.

Un sol plat recouvert de nuages, une altitude vertigineuse dominant l’ensemble du Chemin de l’Âme, et un autel solitaire posé au centre.

[Vous avez réussi la troisième épreuve.]

Seol Jihu avait atteint le sommet. Le sommet du Chemin de l’Âme.

« … »

Il ne ressentait rien de particulier. Pourtant, lorsqu’il regarda vers la troisième pente, il eut un peu de mal à y croire. Il avait eu l’impression d’avoir marché pendant des mois dans la Chambre du Néant, mais la distance qu’il avait réellement parcourue était relativement courte.

[Temps total écoulé pour réussir les épreuves : 1 672 jours, 17 heures, 24 minutes.]

[Si vous souhaitez réinitialiser les épreuves, faites rouler le rocher jusqu’en bas de la montagne.]

[Si vous souhaitez mettre fin aux épreuves, placez-vous devant l’autel.]

Des alertes aussi calmes que l’esprit de Seol Jihu s’affichèrent dans les airs.

1 672 jours… soit quatre ans et cinq mois…

Seol Jihu fixa longtemps les messages. Puis, quand il se tourna enfin vers l’autel—

« Félicitations. »

Une voix familière retentit dans ses oreilles.

Le Seol Jihu Noir s’approchait de lui avec une expression étrange.

« Disons que tu as battu les épreuves en 167 jours. Sur Terre, ça représente presque deux mois… mais ce serait un peu trop prétentieux de le dire comme ça. »

Seol Jihu rit doucement.

Pour la première fois, tout cela lui paraissait réel. Il retira lentement ses mains du rocher, devenu comme une ombre fidèle à ses côtés.

« Tu as enfin terminé les épreuves… mais que dirais-tu de rester ici encore un peu ? »

Le Seol Jihu Noir reprit.

« Tu n’es pas vraiment pressé par le temps, et un endroit pareil, c’est pas tous les jours qu’on en trouve. »

C’est vrai, Seol Jihu n’avait aucune intention de quitter cet endroit pour le moment. Il avait encore des choses à accomplir ici.

Des compétences à perfectionner, des essais à faire avec différentes conditions de réussite.

Partir maintenant aurait été bien trop regrettable.

« J’en avais bien l’intention. »

« Parfait, parfait. Plutôt que de partir avec des scores de 80, 65 et 100, ce serait quand même plus classe de quitter ce lieu avec trois scores parfaits, non ? »

Seol Jihu hocha la tête, puis s’interrompit.

« J’ai eu 100 points à la troisième épreuve ? »

« Oui. À mes yeux, en tout cas. »

Le Seol Jihu Noir parla avec détachement.

« Honnêtement, il est difficile d’évaluer une performance pour cette épreuve-là. Comment quelqu’un de moins bon que le candidat pourrait-il se permettre de juger ? Pour cette troisième épreuve, tu es bien meilleur que moi. »

Les paroles du Seol Jihu Noir étaient lourdes de sens.

Seol Jihu voulut lui demander ce qu’il en était de sa propre famille, à lui, mais il y renonça.

Car la question était dénuée de sens, tant pour le Seol Jihu Noir que pour lui-même.

« Quoi qu’il en soit, essaie d’être plus rapide la prochaine fois. 1 672 jours, c’est vraiment trop. Moi, j’aurais mis moins d’une minute. »

En supposant que la troisième épreuve n’existe pas. murmura le Seol Jihu Noir, ce qui fit éclater Seol Jihu de rire.

« Une minute, c’est un peu exagéré. Mais je ne sais même pas combien de temps j’ai mis à gravir le troisième pic, alors je ne sais pas quoi viser. »

« Ça ne t’a pas pris tant que ça. Peut-être quarante minutes. »

« Parfait, alors je vais te montrer un tour de magie spectaculaire — réduire 1 672 jours à deux heures. Ah, j’ai l’impression qu’un autre bento nous attend si on redescend. Ce ne serait pas une mauvaise idée de commencer par du poulet frit. »

Seol Jihu lança joyeusement en commençant à faire rouler le rocher en bas.

C’est alors—

« …J’aurais aimé voir ton deuxième score, mais on dirait que je n’en aurai pas l’occasion. Pareil pour le poulet frit. »

Seol Jihu s’immobilisa au milieu de sa poussée.

Le Seol Jihu Noir l’observait calmement, les bras croisés.

Seol Jihu s’apprêtait à demander ce qu’il voulait dire, mais il remarqua quelque chose et se frotta les yeux.

Une lumière pâle émanait du corps du Seol Jihu Noir. Depuis ses pieds, son corps se faisait lentement engloutir, devenant translucide.

« Q-Qu’est-ce qui se passe ? Depuis quand— »

« Depuis l’instant où tu as réussi la troisième épreuve et posé le pied sur le sommet. »

Le Seol Jihu Noir haussa les épaules.

« Je n’y peux rien. C’était les termes du contrat que j’ai passé avec Gula. Que je disparaîtrais une fois que tu aurais atteint le sommet par ta propre force, au moins une fois. Enfin… c’est ici que mon boulot se termine. »

En entendant cela pour la première fois, Seol Jihu retint son souffle.

Bien sûr, il s’attendait à ce que ce moment arrive un jour.

Le Seol Jihu Noir n’était qu’un vestige du futur, ou plutôt une vision du futur.

Il ne pouvait pas continuer à exister dans le présent aux côtés du Seol Jihu actuel.

Il le savait, mais…

« Mais… »

Seol Jihu parla avec hésitation.

« C’est… trop soudain. »

« Comment ça, soudain ? »

« Si, ça l’est ! Il y a encore plein de choses que je veux apprendre. »

« Je t’ai déjà tout enseigné. Le reste, tu peux l’apprendre par toi-même… Alors ne sois pas comme ça. »

Le Seol Jihu Noir sourit avec amertume.

« Il est temps que tu fasses les choses par toi-même, non ? »

Seol Jihu se tut. Il disait tout ce qui lui passait par la tête, et maintenant, il ne savait plus quoi dire.

Le Seol Jihu Noir claqua des lèvres.

« Bref, je vais disparaître bientôt, mais je veux que tu restes ici un peu plus longtemps. Aussi… hmm, comment dire… »

Il semblait lui aussi à court de mots.

« Bordel, c’est chiant. Je peux rien dire qui enfreigne la loi de causalité… »

Il marmonna avant de reprendre :

« Utilise tes points de contribution pour apprendre Lance Double et Furie. Tu te souviens de ce que j’ai dit, non ? Vouloir tout apprendre par l’entraînement, c’est être borné. Mais tu devrais quand même essayer de faire évoluer ta Cultivation du Mana en Technique du Mana. Ça ne veut pas dire que tu dois apprendre une Technique du Mana Inversée comme moi. Fais attention, très attention, en utilisant Tonnerre Éclair. Et… »

« … »

« Voyons voir… Je n’ai rien à dire sur notre famille… Ah, ne fais pas pleurer Yuhui. Quant à Haeju, assure-toi que… enfin, bref, c’est pas important. Ne perds jamais contre Sung Shihyun. Eun Yuri est un bon choix. C’est une battante, tu peux compter sur elle. Méfie-toi de Yun Seohui. Et Kim Hannah… ah, elle aussi, elle a changé. »

Le Seol Jihu Noir marmonna, puis éclata soudain de rire.

« J’imagine que ça ne sert à rien que je te dise tout ça, hein. Le chemin que tu as emprunté est bien trop différent du mien. »

Il regarda alors Seol Jihu droit dans les yeux.

« …Tu sais. »

Il baissa la voix, puis continua, hésitant :

« Je dis ça parce que ça vient de me traverser l’esprit. Tu te souviens de toutes les saloperies que je t’ai balancées sous prétexte que c’était l’épreuve ? J’ai probablement été aussi dur avec toi parce que… j’étais jal… ah… »

C’est alors—

Les yeux du Seol Jihu Noir vacillèrent légèrement.

Ses pupilles perdirent leur éclat, sa bouche s’ouvrit un peu, et son expression s’effaça.

Il chancela lentement, comme s’il allait disparaître d’un instant à l’autre.

« Ça va ? »

« …Ah, ouais, ça va… »

Le Seol Jihu Noir tendit la main tout en se pressant les tempes.

« J’ai eu un blanc d’un coup… »

Sans qu’on le remarque, la lumière avait déjà dépassé ses pieds et virevoltait autour de sa poitrine.

Elle le dévorait plus vite que prévu.

Le Seol Jihu Noir vacilla avant de se ressaisir de justesse.

Il poussa un léger soupir, puis fixa Seol Jihu.

« …Tu savais ? »

« Hein ? »

« Que la vie, c’est comme un train. »

Cela semblait surgir de nulle part.

« Je veux pas dire que le monde bouge en parallèle… Je veux dire que ta vie et la mienne sont connectées, comme les wagons d’un train. Pour toi, ce moment est peut-être le présent, mais pour moi, c’est le passé. Et si le passé change, alors le présent et le futur changent aussi. »

Le Seol Jihu Noir rit maladroitement en voyant le visage de Seol Jihu.

« C’est un peu tiré par les cheveux, hein ? Mais essaie de comprendre ce que je veux dire. »

« Je— »

« On dirait que j’ai plus beaucoup de temps… Aussi, bon, je sais que j’ai un caractère de merde, et que t’as supporté ça longtemps… argh, qu’est-ce que je raconte… »

C’était l’heure de la séparation.

« Bref, y a quelque chose que j’ai vraiment envie de dire… »

Le Seol Jihu Noir semblait très peu à l’aise dans une telle situation. Il se gratta la joue, embarrassé, et s’approcha lentement de Seol Jihu.

« T’as mis le temps, mais t’as jamais abandonné, et t’as atteint le sommet par ta propre force. »

Il inspira profondément, puis parla d’une voix claire :

« En plus, t’as suivi un chemin totalement différent du mien. Pour ça… »

Le Seol Jihu Noir s’arrêta devant lui.

Il leva les mains et les posa sur ses épaules.

Puis, il serra doucement dans ses bras Seol Jihu, qui ne savait que dire.

« Merci. »

Un léger murmure résonna dans ses oreilles.

Seol Jihu tourna la tête malgré lui.

Le Seol Jihu Noir le fixait lui aussi.

« C’est vrai. Je te suis vraiment reconnaissant. »

Et il souriait.

Ce n’était pas un sourire moqueur ou narquois comme à son habitude, mais un sourire doux, paisible.

Peut-être parce que la lumière avait atteint son visage, l’enveloppant tout entier, son sourire paraissait éclatant.

« Pfiou, voilà, je l’ai enfin dit. Je suis vraiment pas fait pour ce genre de trucs. Alors, t’as rien à me dire, toi ? »

Seol Jihu ouvrit la bouche, puis la referma.

Non, c’est moi qui devrais te remercier. Je n’aurais jamais atteint le sommet sans toi. C’est moi qui devrais dire merci. Pour tout.

« …On dirait que non. Bon, c’est tout alors. Bonne chance, vieux, mon moi du passé. »

Il devait le dire. Il le fallait. Mais pour une raison étrange, les mots restaient coincés dans sa gorge.

« Ah, au fait ! Y a un autre truc que je voulais te dire ! Je viens de m’en souvenir. »

À ce moment, le Seol Jihu Noir reprit, comme s’il venait juste de se rappeler quelque chose.

Il regarda Seol Jihu et sourit.

« Arrête de fumer, connard. Tu sais que c’est pas bon pour toi. »

Il ricana.

Puis, alors que Seol Jihu s’apprêtait à prononcer les mots qu’il n’arrivait pas à dire…

À cet instant précis, la lumière engloutit complètement le Seol Jihu Noir et s’éleva vers le ciel.

Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent.

« Attends… ! »

Faisant volte-face, il leva la tête.

Mais la lumière, qui n’était autre que le Seol Jihu Noir quelques instants plus tôt, était déjà en train de disparaître dans le ciel lointain, réduite à un simple point.

Bientôt, elle éclata en une lumière éclatante comme un feu d’artifice et illumina le ciel.

Comme la flamme vacillante d’une bougie prête à s’éteindre.

Alors que la lumière s’estompait lentement, les pupilles de Seol Jihu tremblèrent légèrement.

« Ah… »

Quand il ferma les yeux, les souvenirs récents défilèrent dans son esprit.

Quatre ans et cinq mois s’étaient écoulés depuis leur première rencontre.

D’une certaine manière, cet alter ego était celui qui avait passé le plus de temps avec lui depuis son arrivée au Paradis.

Mais durant ces 1 672 jours, Seol Jihu n’avait jamais vraiment pensé que le Seol Jihu Noir était lui-même.

C’est dire à quel point il était différent.

Il était d’une force incomparable.

Seol Jihu avait peur de lui, il le trouvait agaçant, parfois même à en vouloir le tuer. Mais en même temps…

« … »

…Il l’aimait bien.

C’était quelqu’un qui l’avait formé avec passion, comme Jang Maldong.

Quelqu’un qui l’avait soutenu avec dévotion.

Quelqu’un qui l’avait accompagné silencieusement dans les moments les plus durs.

…Oui.

Durant tout ce temps, le Seol Jihu Noir avait été comme un grand frère fiable, et un ami proche, irremplaçable.

[Que dirais-tu de rester ici un peu plus longtemps ?]

[Ce serait mieux de partir avec trois scores parfaits, non ?]

Seol Jihu avait l’impression d’entendre encore sa voix.

Il croyait presque que, s’il ouvrait les yeux, le Seol Jihu Noir serait là, à ses côtés, pour lui dire que c’était une blague, pour se moquer de sa naïveté, lui dire de vite relancer les épreuves, et lui demander s’il y avait du poulet frit dans le bento.

Mais lorsqu’il ouvrit les yeux, tout ce qu’il vit, ce fut une alerte solitaire.

[La capacité innée « Neuf Yeux du Futur » qui avait temporairement disparu a…]

Seol Jihu ferma les yeux sans lire le reste de l’alerte. Il serra les lèvres, comme pour retenir quelque chose.

Combien de temps s’écoula ?

Le vent froid du début de l’hiver caressa le sommet de la montagne.

Resté là longtemps, tel une statue, Seol Jihu essuya ses yeux humides.

Il fit rouler le rocher et redescendit la montagne.

Même s’il avait réussi les épreuves, il retourna au point de départ.

Puis, les dents serrées, il recommença à pousser le rocher vers le sommet.

Dans ce lieu désormais vide.

Tout seul.