Chapitre 376. Sentiment du fer (2)

C’est fini.

C’est ce que pensèrent les deux observateurs en regardant la pente.

Il était évident de ce qui allait suivre.

Il tomberait, serait écrasé et ce jusqu’à la mort.

Et ensuite ? Que se passerait-il une fois que Seol Jihu reviendrait au point de départ ?

À l’instant où leurs pensées atteignirent ce point, les deux partirent dans des directions opposées. Le Seol Jihu Noir grimpa vers le sommet, tandis que Baek Haeju courut vers le point de départ, en bas de la pente.

Cependant…

…

Le visage de Seol Jihu resta calme. Les yeux mi-clos, il paraissait étonnamment serein pour une bombe sur le point d’exploser.

C’était parce qu’il y était habitué.

Il n’avait pas mal. Il ressentait toujours la douleur, mais celle-ci lui était devenue si familière qu’il n’éprouvait plus le besoin de se tordre.

La mort ne lui faisait plus peur. Il était déjà mort tant de fois… Il n’y avait aucune raison pour que celle-ci soit différente.

Sa tête était vide, dépourvue de toute pensée, comme si tout avait été évacué.

Et pourtant, Seol Jihu savait — non, il sentait que le rocher venait de heurter sa tempe, que ses paumes avaient glissé, et qu’il était en train de tomber.

Oui, cette fois ne serait pas différente. Il mourrait comme il l’avait déjà fait des milliers de fois.

Mais même si la mort était inévitable, il y avait encore quelque chose qu’il voulait faire.

Allez. Allez.

Encore un pas.

Avance, même d’un seul pas.

De son corps vidé de tout le reste, seule sa volonté subsistait, hurlant de toutes ses forces.

Il ne voyait plus. Il ne pensait plus. À présent, il ne percevait même plus.

Et à l’instant où il s’abandonna à la dernière parcelle de conscience qui restait dans son corps, Seol Jihu s’oublia lui-même.

Il était entré en transe.

Et ainsi, sa volonté de gravir la pente le poussa à avancer.

Ce n’était rien de difficile. Après tout, il avait répété ce mouvement des centaines de milliers, voire des millions de fois.

Allant au-delà de l’instinct ou de l’habitude, il était guidé par des gestes ancrés dans son corps par des répétitions mécaniques.

« ! »

Le Seol Jihu Noir, qui montait la pente tel un ouragan, écarquilla les yeux.

La tête de Seol Jihu, qui penchait en arrière, se redressa. Son pied à moitié levé frappa de nouveau la pente. Ses genoux, qui pliaient sans résistance, s’immobilisèrent. Ses jambes et ses hanches tremblèrent, puis ses jambes chancelantes commencèrent lentement à se redresser.

Le Seol Jihu Noir s’arrêta instinctivement. Il fixa la scène sans cligner des yeux.

Il pensait que tout était terminé, mais Seol Jihu s’était arrêté en pleine chute, et il rebondissait comme un culbuto.

Il avait réussi à se relever à la toute dernière seconde.

Seol Jihu avait clairement perdu tous ses sens. Son corps avait perdu l’équilibre et tremblait comme un roseau.

Et pourtant, ses bras se levaient en grinçant, comme une machine détraquée.

Ne me dis pas que…

Le Seol Jihu Noir prit une profonde inspiration.

En raison de sa concentration extrême, il pouvait percevoir chaque mouvement, aussi infime soit-il, de Seol Jihu. Mais il ne fallut pas longtemps pour que la situation bascule.

Trois secondes ? Quatre secondes ?

C’est forcément ça.

Harmonie Parfaite — l’état dans lequel la volonté et l’action sont parfaitement unies, sans le moindre décalage.

« Ne pense pas ! »

Le Seol Jihu Noir s’écria :

« Voilà ! Accepte cet état et laisse ton corps faire ce qu’il veut ! »

Il savait que Seol Jihu ne pouvait pas l’entendre avec ses tympans brisés.

Mais il ne pouvait pas s’en empêcher.

Puis, comme pour lui répondre, le torse de Seol Jihu se pencha en avant, et ses bras s’étendirent.

À cet instant, le Seol Jihu Noir vit très clairement—

Kwang !

Des étincelles jaillirent de la bombe — du moins, c’est ce qu’il lui sembla.

Il y avait une chose dont il était sûr.

C’était que Seol Jihu tenait fermement le rocher.

Et au-delà du simple fait de se tenir debout, il levait la jambe.

« C’est ça, encore une fois… ! »

Finalement, alors que d’autres rochers dévalaient les croisements, Seol Jihu poussa le rocher dans ses bras et fit un pas en avant.

Le Seol Jihu Noir serra les poings.

Et à cet instant—

Kwang, kwang, kwang, kwang, kwang !!

La bombe explosa enfin.

Même aux yeux du Seol Jihu Noir, ce fut un feu d’artifice intense, éclatant.

*

Seol Jihu leva son index et son majeur dès qu’il réapparut au point de départ.

Mais il s’arrêta avant de s’enfoncer les doigts dans les yeux comme une machine.

…Hein ?

Plusieurs messages s’étaient affichés sans qu’il ne s’en rende compte. Et pas un seul, mais plusieurs.

[Tempérament « Ténacité » évolue en « Surhumain ».]

[Tempérament « Sanguin » est effacé.]

[Aptitude « Unité du cœur et de l’âme » est créée.]

[Compétence de classe « Harmonie Parfaite » est créée.]

[Compétence diverse « Intuition (Élevée) » évolue en « Intuition (Apogée) ».]

[Veuillez consulter votre Fenêtre de Statut.]

Seol Jihu cligna plusieurs fois des yeux.

Son bras retomba lentement.

[Votre Fenêtre de Statut]

[2. Traits]

1. Tempérament

  1. — Maîtrise de soi (Réprime les émotions, la cupidité et les impulsions par la volonté rationnelle)
  2. — Compétitif (Désir de vaincre)
  3. — Surhumain (Endure la douleur et l’adversité à un niveau incroyablement supérieur à la moyenne humaine)

2. Aptitudes

  1. — Effort (S’investit corps et âme pour atteindre un objectif)
  2. — Unité du cœur et de l’âme (Inébranlable et concentré lorsqu’il se focalise sur une seule chose)
  3. — Moyen (Normal en tout point ; ne possède aucun talent particulier)

[4. Compétences]

1. Compétences de classe (6)

— Harmonie Parfaite (Niveau le plus bas)

2. Autres compétences (3)

— Intuition (Apogée)

Les pupilles de Seol Jihu s’animèrent tandis qu’il fixait sa fenêtre de statut.

Je…

À vrai dire, il n’était pas sûr de ce qu’il faisait à l’instant.

Il ne se rappelait que vaguement d’une chose. Il se répétait sans cesse : Grimper.

« …Ah, merde. »

Il avait l’impression d’avoir ressenti quelque chose. Même maintenant, la sensation qu’il avait eue en tendant les bras semblait encore flotter autour de son corps. Il ne savait simplement pas comment la nommer.

Seol Jihu s’effondra au sol et s’assit en tailleur. Sentant le besoin de revivre et d’analyser la sensation qu’il venait de ressentir, il méditait calmement sur son état précédent.

Combien de temps s’était écoulé ?

Seol Jihu rouvrit les yeux une fois que la chaleur de son corps s’était un peu apaisée.

Je vais devenir fou…

Alors qu’il penchait la tête, son regard croisa soudain quelqu’un.

Le Seol Jihu Noir était adossé au rocher, le regardant fixement.

Quand leurs yeux se croisèrent, le Seol Jihu Noir esquissa un sourire.

« Alors, c’est pour quand, le vomi de sang ? »

« …Hein ? »

« Tu sais, ça arrive. Un artiste martial assis en tailleur, méditant sur un éclair de compréhension, puis qui recrache du sang noir et nauséabond avant d’atteindre l’illumination. »

Seol Jihu lâcha un rire sec. Il n’avait pas l’impression que ce qui venait de se produire méritait d’être qualifié d’illumination.

« Mon tempérament et mon aptitude ont changé. »

« Il était temps… Quoi ? Ton aptitude aussi ? »

Le Seol Jihu Noir ouvrit grand les yeux.

« Ton aptitude au talent ? Elle n’est plus “Moyenne” ? »

« Non, elle l’est toujours. Mais j’ai obtenu un truc appelé “Unité du cœur et de l’âme”. »

« Ah… »

Lorsque Seol Jihu secoua la tête, le Seol Jihu Noir afficha un air légèrement déçu.

« Je suppose que mon aptitude n’a changé qu’une fois que j’ai obtenu la Sublimation Parfaite. Mais “Unité du cœur et de l’âme”, c’est pas mal non plus. C’est utile dans plein de domaines : combat, entraînement… et relations sexuelles. »

« Oh, c’est bon à sav… Hein ? En quoi ? »

« Les rapports. Je parle de sexe, abruti. »

« Quel rapport avec “Unité du cœur et de l’âme” ? »

« Tu comprendras quand tu essaieras. Les filles adorent. »

Seol Jihu resta bouche bée.

Le Seol Jihu Noir demanda à nouveau, ricanant :

« Bon, et quoi d’autre ? »

« L’intuition est passée au rang Apogée. »

Chak ! Le Seol Jihu Noir applaudit. Il marmonna : « Parfait. »

Puis il fit un signe du menton, invitant Seol Jihu à poursuivre.

« J’ai eu une compétence de classe appelée “Harmonie Parfaite”… »

Seol Jihu claqua des lèvres.

« Mais je sais pas trop. Je suis pas certain de l’état dans lequel j’étais. Tu sais ce que c’est ? »

« C’est évident. On appelle ça un domaine. »

« ? »

« Un état où la volonté et l’action ne font qu’un, sans le moindre décalage. On dirait que tu es juste avant l’harmonie complète entre l’esprit, la technique et le corps. Une forme de “Triple Harmonie”, si tu veux… Bon, tu comprendras pas si je t’explique comme ça, alors dis-toi juste que c’est un peu au-dessus de “ne faire qu’un avec la lance”. »

« Les domaines ont aussi des rangs ? »

« Pourquoi n’en auraient-ils pas ? Avec ma Sublimation Parfaite, j’ai éclaté Sung Shihyun, qui se vantait de son domaine “ne faire qu’un avec la nature”. » [1]

Seol Jihu se gratta la tête.

Il pensait enfin comprendre ce que signifiait un domaine, mais c’était encore plus flou que prévu.

« C’est normal au début. Pour quelqu’un qui a vécu comme un homme ordinaire pendant plus de vingt ans, c’est logique que ça semble bizarre. Tu t’y habitueras petit à petit. »

Le Seol Jihu Noir se redressa et s’approcha de Seol Jihu. Il s’arrêta juste devant lui, puis parla avec une expression douce :

« Et aussi… »

C’est alors que—

Seol Jihu, qui attendait curieusement la suite, écarquilla brusquement les yeux et tourna la tête d’un coup.

Deux doigts — le majeur et l’index — venaient de frôler ses yeux à un cheveu près.

« … »

Lorsqu’il jeta un œil sur le côté, il vit le Seol Jihu Noir qui souriait en coin.

« Tes réflexes se sont vraiment améliorés. Par rapport à il y a trois ans, en tout cas. »

« ? »

« À l’époque, tu faisais que grimacer. Tu ne pouvais même pas esquiver. »

Seol Jihu ouvrit grand les yeux.

Il n’avait pas vu les mouvements du Seol Jihu Noir, mais il les avait ressentis instinctivement et avait bougé en conséquence.

C’était sûrement le résultat d’une combinaison d’Intuition et d’Harmonie Parfaite.

Et grâce à cela, il commençait à mieux comprendre son nouveau domaine.

« Si tu veux apprendre par l’expérience… »

Le Seol Jihu Noir tendit le bras.

La Lance de Pureté décrivit une courbe dans l’air avant de venir se loger dans sa main. Il la tendit ensuite à Seol Jihu.

« L’épée renforcée d’énergie est encore un peu trop, alors essaie l’épée d’énergie. »

« Épée d’énergie ? »

« Va au premier sommet et tente de faire circuler ton mana. »

Le Seol Jihu Noir leva sa lance.

Woong, woong ! Et étrangement, la Lance de Pureté vibrait également.

Saisissant la lance, Seol Jihu courut jusqu’au premier sommet. Après avoir confirmé que la restriction sur l’utilisation du mana avait été levée, il reprit son souffle et activa son énergie interne. À cet instant—

« Ah. »

Enfin. Il sentit enfin le changement.

Le flux du mana avait légèrement changé.

Avant, il devait penser à activer une compétence, guider son énergie et la matérialiser. Mais maintenant, son mana bougeait naturellement avec sa volonté.

La différence était mince, mais pour lui, c’était radical.

C’était comme s’il faisait un avec son énergie, au point de croire que son mana lisait ses pensées.

C’était un monde complètement nouveau.

« Tu comprends maintenant pourquoi je disais que l’épée d’énergie des Hauts-Rang n’était qu’une imitation ? »

La voix du Seol Jihu Noir résonna dans son dos.

Seol Jihu acquiesça sans même s’en rendre compte. Il comprenait désormais parfaitement ce que le Seol Jihu Noir voulait dire.

Il raffermit sa prise sur la Lance de Pureté. Il n’avait plus besoin de connecter consciemment son circuit interne ni de guider prudemment son énergie à travers lui.

Car il faisait un avec le mana.

Et c’était pareil avec la Lance de Pureté.

En un instant, l’énergie porteuse de sa volonté s’empara de la lance.

Wooooong !

Dès qu’il ressentit une unité complète avec toute la lance, celle-ci émit un tintement argenté et libéra brusquement l’énergie qu’elle contenait.

Non seulement la vitesse de matérialisation était incomparablement plus rapide qu’avant, mais son pouvoir tranchant et destructeur semblait avoir au moins doublé.

Et ce n’était que le début. L’épée d’énergie continua de s’amplifier, s’élevant au-dessus de sa tête avant de redescendre. Elle s’allongeait et se raccourcissait à volonté, un peu comme le bâton magique de Sun Wukong. [2]

Et ce n’était pas tout. Lorsqu’il balaya l’air avec la lance dans un large mouvement, des vagues d’énergie jaillirent de la lame et volèrent au loin. Il pouvait les projeter sous forme de lance ou en croissant de lune.

C’était donc ça !

Seol Jihu se rappela le moment où Baek Haeju avait attaqué le Seol Jihu Noir en formant un filet d’épées d’énergie.

Il avait été impressionné lorsqu’il l’avait vue détruire les rochers roulants en tirant des dizaines de projectiles simultanément, mais maintenant, il se disait qu’il pourrait en faire autant avec un peu d’entraînement.

Et cette intuition se concrétisa rapidement.

Ding !

[Compétence de classe « Épée d’énergie (Intermédiaire) » évolue en « Art Secret : Vague d’Épées d’Énergie (Niveau le plus bas) ».]

Un carillon agréable retentit.

Seol Jihu en resta sans voix.

Il venait d’apprendre un Art Secret, chose impossible à obtenir même avec des points de contribution, et considéré comme une compétence de niveau 7 suprême. Cela voulait dire qu’apprendre des compétences de niveau inférieur serait désormais beaucoup plus simple.

Comme toujours, l’amertume de l’effort contrastait avec la douceur du succès.

Mais cette fois, le fruit de son labeur était particulièrement savoureux. Suffisamment pour étancher la soif brûlante qui le rongeait.

« Alors ? »

Le Seol Jihu Noir s’adressa à lui pendant que Seol Jihu enchaînait les projectiles d’énergie avec excitation.

« On dirait presque que la deuxième épreuve est devenue un jeu d’enfant, non ? »

Seol Jihu se retourna en hâte et acquiesça avec un sourire rayonnant.

Il n’avait fait qu’entrer dans ce qu’on appelait un domaine, et pourtant, le monde entier lui semblait transformé.

« Huuuuu. »

Le Seol Jihu Noir poussa soudain un long soupir. Il s’accroupit, puis esquissa un sourire amer.

« Eh beh, ça faisait longtemps que mon cœur n’avait pas autant battu. Tu as réussi pile au moment où j’allais abandonner… Enfin bref, le principal, c’est que tu y sois arrivé. Une Intuition au rang Apogée et l’Harmonie Parfaite, c’est déjà énorme. Il ne te reste plus qu’à t’élancer. »

Jang Maldong avait qualifié l’Intuition de tremplin. Et maintenant que Seol Jihu avait renforcé ce tremplin et ajouté un puissant ressort en dessous, appelé Harmonie Parfaite, il ne lui restait plus qu’à s’en servir pour s’envoler.

« J’aimerais qu’on commence tout de suite, mais… et si on réglait ça d’abord ? Ça nous changera un peu les idées. »

En suivant la direction indiquée par le Seol Jihu Noir, Seol Jihu ouvrit grand les yeux. Il aperçut trois ou quatre sacs de courses, débordant de boîtes à bento. Il y avait même un thermos.

« C’est quoi ça ? »

« Je sais pas. Haeju les a amenés. Je lui avais pourtant dit qu’elle n’avait pas à le faire… »

Seol Jihu regarda instinctivement autour de lui. Mais Baek Haeju était introuvable.

« Je ne la vois pas… »

« Soit elle est partie, soit elle nous observe en cachette. Peu importe, mangeons. »

Le Seol Jihu Noir attrapa une boîte à bento et l’ouvrit. Seol Jihu fit de même.

« Oooh… »

Seol Jihu s’extasia à chaque boîte qu’il ouvrait. Du riz blanc, du namul de radis [3], des galettes de légumes, des escargots d’eau douce… et même une soupe au soja. C’étaient tous ses plats préférés.

Il ignorait pourquoi elle le traitait aussi bien, mais au fond de lui, il lui en était sincèrement reconnaissant.

Bientôt, les deux hommes commencèrent à manger face à face.

En ajoutant quelques escargots dans la soupe de soja avant d’en prendre une cuillerée, une explosion de saveurs envahit la bouche de Seol Jihu. La texture élastique des escargots mêlée à la douceur subtile de la soupe lui arracha un sourire radieux.

C’était si délicieux qu’il avait envie de s’allonger et de ne plus rien faire.

« C’est bon, hein ? »

Le Seol Jihu Noir gloussa en voyant Seol Jihu avec les joues pleines.

« On dit que la faim est le meilleur des assaisonnements, mais rien ne vaut le contexte. Mange à ta guise. Même si tu manges la même chose une prochaine fois, tu n’en retrouveras pas la même saveur. »

Seol Jihu comprit immédiatement ce qu’il voulait dire.

Le repas était bon, certes, mais pas au point de se vautrer par terre. Si c’était si savoureux, c’était parce qu’il était grisé par son accomplissement.

Et il voulait retrouver cette saveur.

« Très bien. Une fois qu’on a fini, on commence avec la Force Poussant Mille Tonnes. »

Le Seol Jihu Noir parla en mélangeant le riz blanc, l’huile de sésame et le namul de radis.

« La Force Poussant Mille Tonnes ? C’est pas la technique d’arts martiaux où tu utilises la force d’un doigt pour déplacer mille tonnes ? » [4]

« Exact. Tu connais déjà. Pour faire simple, c’est une compétence qui permet de mobiliser une immense force avec un effort minime. »

Seol Jihu fronça les sourcils tout en enfournant une bouchée de riz. Ça avait l’air d’une compétence incroyable, mais il ne pouvait s’empêcher de penser au rocher.

« Tu aurais pu me l’enseigner plus tôt, alors… »

« Tu crois que j’en avais pas envie ? »

Le Seol Jihu Noir ricana. Il lécha sa cuillère couverte d’huile de sésame, puis demanda :

« 72 fois 24, divisé par 12. Donne-moi la réponse. »

« Cent quarante-quatre. »

Seol Jihu répondit immédiatement, même s’il ne voyait pas trop le but de la question.

Le Seol Jihu Noir, qui posait sa question d’un ton détaché, tressaillit et fronça les sourcils.

« Ah ouais, c’est vrai que j’étais bon en calcul mental à l’époque. Bon, alors essaie : 81 922 757 multiplié par 22 233 847, puis divisé par 421 242. »

« …. »

« Essaie donc de me répondre. »

« Je suis pas une calculatrice, tu sais. »

« Tu peux pas, hein ? »

Le Seol Jihu Noir ricana à nouveau.

« C’est peut-être dur à faire mentalement, mais si tu avais un stylo et du papier, tu pourrais le calculer, non ? »

« Je suppose… Ça me prendrait un moment, par contre. »

« Voilà. »

Le Seol Jihu Noir mâcha une bouchée de bibimbap au namul de radis.

« Tu viens à peine d’apprendre à multiplier et diviser. Comment voulais-tu que je t’enseigne quelque chose qui demande déjà un doctorat alors que tu ne savais faire que des additions et des soustractions ? »

« Je crois que je vois ce que tu veux dire… »

« Parfait. Parce que je te l’explique en version simplifiée. L’Harmonie Parfaite, c’est du niveau postdoctorat. Tu sais, ce genre de trucs qu’on apprend en rédigeant sa thèse. »

Seol Jihu acquiesça. Puis, il attrapa une galette de légumes à pleine main et la dévora.

C’était juste… foutrement délicieux.

*

D’un autre côté…

« Mais pourquoi on commence par la Force Poussant Mille Tonnes ? »

« Parce que c’est la compétence la plus importante. Tu as déjà appris la Substitution Florale. Mais on dirait que tu sais pas trop t’en servir correctement, vu que tu l’as apprise à l’arrache en combattant cette saloperie de dragonne. »

« Oui. »

« Tu peux combiner cette compétence avec la Force Poussant Mille Tonnes. Si tu arrives à faire passer les deux au rang supérieur, elles évolueront en Grand Transfert Cosmique. C’est la compétence que j’ai utilisée au deuxième sommet. »

« Oho ! »

« Quoi qu’il en soit, tu dois apprendre le Grand Transfert Cosmique. Tu en auras besoin si tu comptes affronter la Reine des Parasites. »

Comme le Seol Jihu Noir s’y attendait, Baek Haeju observait les deux Seol Jihu en pleine discussion depuis un endroit éloigné.

« Attraper le ciel et la terre et les inverser dans un seul mouvement… Ah. »

L’un était blanc.

« Ouais. Tu te souviens comment elle a retourné le ciel et la terre dans la Forteresse de Tigol, pas vrai ? Si tu avais eu cette compétence, tu aurais pu rester debout, et le résultat aurait peut-être été différent. »

L’autre était noir.

La façon dont les deux Seol Jihu étaient assis face à face, grignotant leurs galettes de légumes…

« … Trop mignons. »

C’était comme voir deux lapins jumeaux mâchouillant gaiement de l’herbe.


[1] Ne faire qu’un avec la nature désigne l’harmonie entre soi et un objet extérieur, entre objectivité et subjectivité, ou encore entre le domaine mental et le domaine matériel.

[2] Le bâton du Roi Singe. Plus d’informations disponibles sur Wikipédia.

[3] Un type de salade.

[4] Cette technique utilise une ancienne unité de poids coréenne ; le sens littéral est « utiliser quatre nyang pour exercer la force de mille ».