Puk ! Le Seol Jihu Noir enfonça ses doigts dans ses propres yeux.
« Tu sais que tu marches sur un chemin semé d’épines. »
Il posa ensuite ses mains sur ses oreilles, y injecta du mana, et détruisit lui-même ses tympans.
« Pourquoi tu essaies de le franchir d’un seul coup ? Ce qui ne marche pas, ne marchera pas, peu importe combien de fois tu t’y prends. »
Il fit la même chose à son nez.
« Ah, bien sûr, il y a des gens qui peuvent le faire. »
Pendant ce temps, il bavardait comme s’il avait l’habitude de ce processus.
« Alors que certains ont du mal à saisir les bases, ces gens-là réussissent naturellement, comme ils respirent, et atteignent leur propre domaine. Les premiers peinent à faire un seul pas en avant, quand les seconds bondissent de vingt en un instant. On les appelle des génies. »
Le Seol Jihu Noir afficha ses dents dans un large sourire.
« Ce sont les vrais Irréguliers, pas comme toi qui te reposes sur la Vision du futur et les Neuf Yeux. »
En pensant soudainement à Eun Yuri, Seol Jihu serra les dents.
« Suis-moi. »
Le Seol Jihu Noir fit demi-tour. Il traîna les pieds jusqu’au rocher et le poussa.
Ce n’est qu’à ce moment-là que Seol Jihu remarqua dans quel état se trouvait son double. Sa vue, son ouïe et son odorat étaient dans le même état que les siens juste avant sa dernière résurrection.
Seol Jihu fixa son autre lui avec insistance avant de se lever inconsciemment.
Le Seol Jihu Noir fit rouler le rocher d’une seule main, franchissant facilement la première pente, puis atteignit la seconde.
Drrrrrk ! Bientôt, le deuxième sommet gronda, et plusieurs rochers surgirent de nulle part.
« Je ne comprends pas. »
Les yeux de Seol Jihu s’amenuisèrent.
Le Seol Jihu Noir s’arrêta et leva le rocher dans les airs d’une seule main avant de le lancer comme s’il jouait au tennis.
Le rocher, de la taille d’une maison, disparut au loin, rétrécissant en un point minuscule en un clin d’œil.
Puis…
« Pourquoi tu t’acharnes à répéter ce que tu sais inefficace ? »
Au même moment, alors que le Seol Jihu Noir tendait la main vers la pente, le rocher de tête roula jusqu’à sa paume.
Ce qui se produisit ensuite était totalement surréaliste.
Le Seol Jihu Noir fit une légère torsion de son bras et tira : la trajectoire du rocher changea. Il se mit à rouler dans la direction de sa main, comme si un fil invisible les reliait.
Ce n’était pas seulement le rocher de tête qui changea de direction. Les autres le suivirent et dévièrent aussi.
« Si ta destination est lointaine, tu dois réfléchir à comment y parvenir étape par étape. »
Sur ces mots, le Seol Jihu Noir abaissa les bras comme un chef d’orchestre.
Une rotation fut appliquée aux rochers en mouvement. Quand le Seol Jihu Noir agita de nouveau les bras, les rochers cessèrent de dévaler et remontèrent la pente.
Drrrrrk ! C’est alors que de nouveaux rochers surgirent des croisements.
Mais à ce moment-là, les premiers rochers tournaient déjà autour du Seol Jihu Noir.
Kwang, kwang ! Les rochers des intersections furent expulsés sans même s’approcher de lui.
La Capacité Spatiale Unique de Seol Jihu — Grand Changement Cosmique.
Seol Jihu n’en croyait pas ses yeux.
Mais ce n’était pas fini. Le Seol Jihu Noir leva sa jambe bien haut.
« Sans parler de ça… ! »
Kwang ! En frappant le sol du pied, toute la pente trembla. Les rochers qui tournaient autour de lui, ainsi que ceux repoussés, rebondirent dans les airs.
À cet instant, alors que les rochers s’envolaient, une puissante décharge électrique jaillit du corps du Seol Jihu Noir.
La Capacité Spatiale Unique de Seol Jihu — Mille Tonnerres.
Tandis qu’un millier de courants électriques s’élevaient, la silhouette du Seol Jihu Noir se déforma comme une image statique sur un écran brisé.
Ce n’était ni bruyant ni assourdissant, mais Seol Jihu ne pouvait détourner le regard.
À cause de l’énergie électrique dans son corps, il pouvait sentir avec une clarté terrifiante combien de puissance destructrice était comprimée dans chacun de ces éclairs.
Au moment où les rochers s’arrêtèrent dans les airs, le Seol Jihu Noir saisit sa lance et la pointa vers le ciel.
« Ce n’est pas comme s’il n’y avait qu’un seul moyen de réussir cette épreuve. »
L’instant suivant, les courants électriques qui entouraient le Seol Jihu Noir se déplacèrent comme de l’eau tout en émettant de violentes étincelles.
De son bras droit à la hampe de la lance, de la lame jusqu’à la pointe… bientôt, un orbe tranchant et glacial se forma à son extrémité.
Kiiiii— ! Kiiiaaa— !
La lance hurla.
Un cri glaçant résonna dans l’air.
Les yeux du Seol Jihu Noir s’écarquillèrent. Son bras se plia comme une canne à pêche, tremblant violemment. En même temps, le petit orbe commença à émettre une faible lueur.
La Capacité Spatiale Unique de Seol Jihu — Séparation Infernale.
Craaaaack ! Une explosion assourdissante éclata, suivie d’un éclair fulgurant qui fendit les airs. L’éclair terrifiant recouvrit la montagne entière en un instant, teintant le monde de lumière foudroyante.
Seol Jihu détourna le regard, incapable de supporter cette scène de destruction faisant trembler le ciel et la terre.
Combien de temps passa ?
Seol Jihu ouvrit lentement les yeux alors que les grondements s’estompaient.
Il resta sans voix devant le spectacle qui s’offrait à lui.
La pente n’était plus. Toute la montagne était carbonisée. Il ne restait plus un seul rocher dans les environs.
Seule la poussière brûlante volait au vent, effleurant son visage.
Même pas une cendre ne subsistait de l’attaque destructrice.
Le Seol Jihu Noir inspira profondément et leva le bras.
« Comment crois-tu que ton esprit et ton corps vont tenir si tu continues à forcer l’impossible ? »
Koong ! Ce n’est que maintenant que le rocher qu’il avait lancé retomba dans sa paume.
Le Seol Jihu Noir se tourna, le rocher en main.
Il regarda Seol Jihu, encore hébété, et esquissa un sourire en coin.
« Pourquoi es-tu si pressé ? »
Quand leurs regards se croisèrent, la mâchoire de Seol Jihu se détendit lentement.
« …Monstre… »
C’était tout ce que Seol Jihu pouvait penser après avoir vu l’incroyable démonstration de pouvoir du Seol Jihu Noir. Il était clairement dans un domaine que même cent vies ordinaires ne permettraient d’atteindre.
« Monstre ? »
Le Seol Jihu Noir ricana.
« Tu m’appelles monstre juste pour ça ? C’est gênant… hehehehe. »
Il s’avança vers Seol Jihu, le rocher toujours en main.
« Dis-moi, t’as pas affronté plusieurs Commandants de l’Armée ? »
Il s’arrêta à environ deux mètres devant lui.
« Comment peux-tu dire ça, alors ? Ou quoi, tu penses que les Commandants de l’Armée sont des clowns juste parce que tu les as battus une ou deux fois par chance ? Tu crois que tu gagnerais encore ? »
« Sans Vision du futur, sans tes camarades, sans la bénédiction de l’Arbre-Monde… si tu devais affronter un seul d’entre eux dans ton état actuel… tu penses que tu survivrais ? »
Seol Jihu sursauta en entendant le rire du Seol Jihu Noir. Le sang qui coulait de ses narines, de ses oreilles et de ses orbites vides lui donnait l’apparence d’un spectre démoniaque.
Le Seol Jihu Noir ricana un moment avant de reprendre la parole.
« Tu crois que tu fais des efforts, hein ? Que tu t’en sors bien. C’est suffisant, tu te dis, non ? »
Il claqua la langue et secoua la tête.
« Bien sûr, tu peux penser ça. Selon les standards d’un homme ordinaire. Mais de mon point de vue, tu ne fais pas d’efforts. Du tout. »
Je ne fais pas d’efforts ? Mais que pourrais-je faire de plus ? Seol Jihu resta bouche bée face au Seol Jihu Noir.
« Pour moi, vivre n’a été qu’une suite d’épreuves. Chaque jour était une épreuve. »
« Quand je mangeais, quand je marchais, quand je respirais. Même en dormant, je gardais au-dessus de ma tête un rocher prêt à s’écraser à tout moment. »
« C’est comme ça que je suis monté au Niveau 8, et mon aptitude a évolué avec. »
« Avant même de m’en rendre compte, les gens autour de moi ont commencé à m’appeler monstre. Démon du Champ de Bataille, Démon de la Lance, tu sais bien. »
La voix du Seol Jihu Noir se fit de plus en plus froide.
« …Mais, mon pote. »
Elle devint un murmure.
« Ces types-là… ce sont eux, les monstres. Les Commandants de l’Armée. »
Sa voix glaciale reprit.
« Ce sont des monstres dès la naissance, et ils ont reçu en plus la divinité, devenant des demi-dieux. Tu comprends ? Ce sont des demi-dieux. »
« Quant à la Reine des Parasites, elle est d’un tout autre ordre. C’est une véritable déesse. Comment un humain pourrait-il battre un dieu ? C’est impossible. »
Les mortels ne peuvent vaincre les immortels.
Seol Jihu voulait protester, mais il ne le pouvait pas. Il n’en avait ni la force ni le droit. Alors il ne fit que mordre ses lèvres avec frustration.
Le Seol Jihu Noir le fixa un moment avant de soupirer :
« …Je ne te dis pas de devenir un dieu. »
« … »
« Je te dis juste de devenir au moins un monstre. »
« … »
« Ce sont des demi-dieux. Une déesse. Pour tuer ces saloperies, tu dois devenir un monstre. Alors pourquoi t’obstines-tu à rester humain ? Pourquoi poses-tu toi-même tes limites… Non, laisse tomber. »
Le Seol Jihu Noir grogna dans sa barbe.
« À quoi bon parler avec toi ? Tu veux pas le faire ? Très bien, alors ne le fais pas. »
« Peut-être qu’un jour, quand les Parasites t’écraseront et que tu crèveras sous une montagne de cadavres, tu supplieras désespérément Gula : donne-moi une autre chance, renvoie-moi dans le passé… »
Le Seol Jihu Noir balança le rocher à Seol Jihu.
*
Ressuscité au point de départ, Seol Jihu resta immobile pendant un long moment.
Ce qu’il venait d’entendre résonnait encore dans sa tête.
Les humains ne peuvent vaincre un dieu. Alors deviens un monstre.
Mais… est-ce seulement possible ?
Le regard de Seol Jihu tomba vers le sol. Bien qu’il fût en colère, il savait que ce qu’avait dit le Seol Jihu Noir était vrai.
En vérité, il avait déjà pensé, dans un moment de semi-folie : À quoi bon réussir cette foutue épreuve ? Qu’est-ce que ça va m’apporter ?
Mais en prenant le problème à l’envers, serait-il capable d’affronter les Commandants de l’Armée s’il échouait ici ? Serait-il capable d’affronter la Reine des Parasites ?
En se remémorant la descente de la Reine au fort Tigol, Seol Jihu n’eut d’autre choix que d’acquiescer intérieurement aux paroles du Seol Jihu Noir.
Le Seol Jihu Noir avait dû, lui aussi, retrouver ses esprits après s’être fait briser de bout en bout.
Moi…
Seol Jihu serra les poings.
Ses pupilles autrefois rongées par la folie retrouvèrent un peu de calme.
Puis, il secoua la tête, fit un pas en avant, et posa sa main sur le rocher.
« Tu veux continuer ? »
La voix du Seol Jihu Noir résonna.
Il était descendu sans que Seol Jihu ne le remarque, ses blessures auto-infligées déjà guéries.
« Tu es libre de continuer, mais… »
Il s’approcha et leva la main.
« Ne te plains plus jamais. Je ne suis pas Yuhui ou Maître Jang. N’attends pas de moi que je te console ou que je t’écoute comme aujourd’hui. »
Avec un sourire en coin, il leva son index et son majeur.
Et alors qu’il allait viser les yeux de Seol Jihu…
« ? »
Sa main fut repoussée.
Seol Jihu avait écarté sa main d’un geste.
« Quoi, tu comptes arrêter de limiter tes sens ? »
Seol Jihu ne répondit pas. Il se contenta de fusiller le Seol Jihu Noir du regard, une flamme brûlant dans ses yeux.
Le Seol Jihu Noir haussa les sourcils, puis ouvrit grand les yeux.
« …Aide-moi juste à limiter l’odorat. »
Car Seol Jihu venait de s’arracher les yeux avec une voix rauque.
Sans attendre, il retira ses doigts ensanglantés… et les planta dans ses oreilles.
« …Oho. »
Le visage de Seol Jihu se vida alors qu’il luttait pour supporter la douleur. Le sang coulait de sa lèvre inférieure, serrée à l’extrême.
Ce salopard…
Le coin des lèvres du Seol Jihu Noir se souleva.
*
L’épreuve recommença.
Seol Jihu gravissait la montagne en silence, et le Seol Jihu Noir le regardait pousser le rocher en silence.
Combien de temps va-t-il tenir ?
Le Seol Jihu Noir poussa un léger soupir en le voyant mourir écrasé par une nouvelle avalanche de rochers.
Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis leur dernière conversation, mais Seol Jihu était toujours au point mort.
Vu l’éclat qu’il avait eu, ce serait bien s’il avait changé de manière positive ou obtenu une illumination quelconque.
Mais le Seol Jihu Noir, réaliste jusqu’au bout, savait que c’était impossible.
Même si une héroïne versait des larmes auprès d’un héros effondré, celui-ci mourrait quand même sans s’éveiller à un nouveau pouvoir.
Même s’il se mettait à tout saccager dans un accès de rage, il deviendrait juste une proie plus facile.
C’était la conclusion à laquelle le Seol Jihu Noir était parvenu après toutes ses années passées à se briser dans le Paradis.
Sans talent inné, tout le monde est pareil.
Ce n’est que lorsqu’on affronte ses limites… et qu’on les dépasse… qu’on peut obtenir ce qu’on désire. Mais tout le monde n’est pas capable de surpasser ses limites.
Plus le mur est haut, moins nombreux sont ceux qui peuvent le franchir. Les autres abandonnent dans le désespoir ou finissent estropiés à force d’essayer.
Le Seol Jihu actuel n’était rien de plus qu’une bombe à retardement.
Il avait atteint ses limites depuis longtemps.
Il tenait encore à un fil après avoir frôlé l’effondrement.
Désormais, deux options restaient : faire partie des rares à dépasser leurs limites… ou finir comme les autres.
Ou peut-être…
Le temps s’écoulait inlassablement pendant que le Seol Jihu Noir observait avec appréhension.
Les saisons changèrent trois fois.
Un vent froid souffla.
L’hiver était arrivé. La saison la plus difficile pour l’entraînement.
Jour 1348.
La neige blanche tombait du ciel.
Le Seol Jihu Noir abandonna définitivement tout espoir.
Et il conclut.
Il allait réduire le niveau de difficulté de la deuxième épreuve à son niveau d’origine.
C’était une erreur de sa part que de croire que Seol Jihu pouvait y parvenir simplement parce qu’il était lui.
Mais le Seol Jihu entré dans le Paradis avec une Marque Dorée était fondamentalement différent de celui qui y était entré en tant qu’esclave.
Une différence fondamentale, indescriptible, qu’aucun effort ne pourrait combler.
C’est regrettable, mais je suppose que je n’ai pas le choix…
Le Seol Jihu Noir rassembla ses pensées, se dirigea vers le point de départ… et s’arrêta.
Dernièrement, Seol Jihu agissait comme une machine.
Il s’arrachait les yeux et les oreilles dès sa résurrection, attendait que le Seol Jihu Noir limite son odorat, puis poussait le rocher jusqu’au deuxième sommet… pour finir tué d’une manière ou d’une autre.
Le Seol Jihu Noir avait vu cette séquence se répéter plus d’un millier de fois. Mais aujourd’hui, il s’arrêta pour une autre raison.
Parce que Seol Jihu pleurait.
Des larmes coulaient de ses yeux morts.
Et à en juger par son visage épuisé et sans expression, il semblait même ne pas s’en rendre compte lui-même.
Mauvais signe…
L’état mental de Seol Jihu était déjà connu pour être catastrophique, mais il était encore pire que ce que le Seol Jihu Noir avait imaginé.
Le fait qu’il ne remarque même pas qu’il pleurait montrait à quel point ses émotions et sa raison étaient érodées.
Et même si le Seol Jihu Noir y avait grandement contribué, il ne pouvait pas rester là à le regarder sombrer complètement dans la folie.
C’était la limite.
Prenant sa décision, le Seol Jihu Noir avança précipitamment.
Juste au moment où Seol Jihu s’apprêtait à s’arracher les tympans après les yeux, le Seol Jihu Noir lui attrapa la main au vol.
« Tu as bien tenu. On arrête ici. »
« … »
« Je parle de la privation des sens. »
Seol Jihu ne répondit pas. Il resta immobile quelques secondes, puis tenta de bouger sa main. Sans la poigne du Seol Jihu Noir, il aurait déjà replongé ses doigts dans ses oreilles.
Il ne voulait clairement pas s’arrêter.
« Allez, je t’ai dit que tu pouvais t’arrêter. »
Le Seol Jihu Noir claqua des lèvres.
« Ne te méprends pas. Je ne suis pas en colère contre toi. Je dis juste qu’on devrait reprendre l’épreuve telle qu’elle était censée être. »
« … »
« Tu en as fait assez. Essaie, tu verras la différence. Tu seras surpris. »
Connaissant la personnalité du Seol Jihu Noir, c’était le maximum de compassion qu’il pouvait offrir. Si Seol Jihu n’avait pas eu la bonne attitude, il lui aurait balancé toutes les insultes du monde. Mais récemment, Seol Jihu n’avait montré aucun défaut.
Que dire face à un homme qui se donnait corps et âme, mais échouait encore ?
Bien sûr, tous deux connaissaient le véritable sens des paroles du Seol Jihu Noir : Abandonne.
« …L’odorat… »
À cet instant, Seol Jihu murmura d’une voix tremblante :
« Après le premier sommet… je le ferai… »
« Quoi ? Hé ! »
Alors que Seol Jihu tentait de bouger de nouveau sa main, le Seol Jihu Noir serra instinctivement sa prise. La force de Seol Jihu avait bien augmenté depuis le début.
« Écoute-moi, tu es dans un état critique, tu t’en rends compte ? »
Voyant que Seol Jihu ne montrait aucun signe d’écoute, le Seol Jihu Noir éleva la voix :
« Tu es au bord de la rupture mentale. Tu crois que tu vas y arriver en continuant juste un peu plus longtemps ? »
« … »
« Si c’était le cas, tu aurais déjà vu des résultats. Je peux te promettre que ça n’arrivera pas. »
« … »
« Alors arrête de t’acharner et mets-y fin. Savoir ce qui ne fonctionne pas, c’est déjà une bonne chose. Si une méthode ne marche pas, il faut en chercher une autre. S’accrocher à ce qui ne fonctionne pas, c’est de la stupidité. »
« …Je sais… »
Seol Jihu murmura doucement.
« Je sais, mais… »
Après un long silence, il demanda soudain :
« Les Commandants de l’Armée… tu peux les battre ? En un contre un… »
« …Non. »
Le Seol Jihu Noir répondit, bien qu’il ne comprenne pas tout de suite pourquoi Seol Jihu posait cette question.
« J’ai tué Abominable Charité, mais je n’étais pas seul. Ce serait différent s’ils n’utilisaient pas leur divinité, mais s’ils la libèrent… c’est difficile, même pour moi. »
« …Je vois… »
Seol Jihu esquissa un léger sourire.
Un sourire d’autodérision.
Le Seol Jihu Noir comprit alors.
« Hé, attends… »
« Pendant que je grimpais la montagne… j’ai eu cette pensée. »
Juste au moment où le Seol Jihu Noir allait ajouter quelque chose, la voix de Seol Jihu devint un peu plus claire :
« Si je n’arrive pas à réussir ici… la prochaine fois que je croiserai les Parasites… je mourrai à coup sûr, non ? »
Seol Jihu poursuivit avec difficulté :
« J’ai gagné quelques fois… contre les Parasites… par chance… »
« … »
« Mais… pour une raison que j’ignore… j’ai senti que la guerre du fort Tigol serait la dernière fois… »
Le Seol Jihu Noir ferma la bouche.
« J’ai eu le pressentiment… qu’il n’y aurait plus de miracle… plus de coïncidence… plus de coup de chance… »
Il avait raison. Le nom de Seol Jihu était désormais gravé dans l’esprit des Parasites depuis la dernière guerre.
Avec la notoriété qu’il avait acquise, plus jamais il ne bénéficierait de la clémence de Furieuse Tempérance, ni des essais à la légère de Douceur Tordue.
Au contraire, ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour le tuer. Peut-être même qu’ils libéreraient leur divinité dès qu’ils le verraient.
« C’est difficile… même pour toi, alors que tu es déjà si fort… »
Les yeux de Seol Jihu tremblèrent.
« Mais… moi, je n’arrive même pas à faire ça… »
Ses lèvres frémirent elles aussi.
« Quand j’y ai pensé… je me suis juste senti… pathétique… »
Malgré tous ses efforts pour se contenir, les larmes recommencèrent à couler.
La voix de Seol Jihu devint plus tremblante encore :
« Je sais que ça ne marche pas… mais je n’arrive pas à m’arrêter… ! »
Le Seol Jihu Noir desserra sa prise sans s’en rendre compte.
Car il comprit enfin pourquoi Seol Jihu ne pouvait pas abandonner.
Finalement, Seol Jihu dégagea sa main et s’arracha les tympans.
Puis, il s’avança en poussant le rocher.
Sans que personne ne lui dise quoi faire, il suivit son instinct et se dirigea vers le sommet.
Sous la neige tombante, gravissant le sentier glacé, Seol Jihu s’abandonna à ses pensées.
Ce n’était pas qu’il n’était pas tenté par l’offre du Seol Jihu Noir.
En vérité, il avait presque hoché la tête.
Mais la raison pour laquelle il ne pouvait l’accepter…
Je préfère mourir que d’échouer cette épreuve.
…c’était parce qu’il ne pouvait pas abandonner le Paradis.
Et comme c’était une vérité indiscutable, il savait qu’il devrait affronter un jour ou l’autre les Parasites dans un combat à mort.
Il préférait mourir ici que de souffrir toutes sortes d’humiliations ce jour-là.
Grimpant jusqu’au premier sommet et limitant son odorat, Seol Jihu posa le pied sur le second embranchement.
Il avait perdu le compte du nombre de fois qu’il avait gravé ce chemin.
Drrrrrk ! Kwang !
Un choc écrasant remonta dans son corps depuis ses paumes.
Ses pieds s’arrêtèrent.
Si une fois ne suffit pas, essaie cent fois. Si cent fois ne suffisent pas, essaie mille fois. Si mille fois ne suffisent pas, essaie dix mille fois. Il avait abandonné ce genre de pensées naïves depuis longtemps.
Tout ce qu’il voulait… c’était savoir.
Même si ce qui l’attendait au bout était la destruction, il voulait voir au moins une fois — jusqu’où lui, Seol Jihu, pouvait aller.
Et ainsi…
Avance…
Il força ses jambes affaiblies à faire un pas.
Avance…
Il se concentra sur ses sens tout en repliant sa paume avec une immense difficulté.
Bientôt, des rochers allaient commencer à dévaler depuis les croisements.
Il lança des Lances de Mana.
Il ne savait pas combien il en avait détruits.
Il savait seulement une chose.
Kwang ! Un impact violent frappa son épaule gauche.
« Heuuuu ! »
Un grognement étouffé s’échappa de sa gorge sous l’effet d’une douleur broyant les os.
Avant même qu’il puisse reprendre son souffle, un autre impact frappa ses côtes droites.
« Keeeeuu ! »
Il ravala de justesse le sang qui voulait jaillir.
Même en baissant la tête et en contractant les épaules, Seol Jihu ne cessa pas de lancer ses Lances de Mana.
Kwang !
« Heeuuuuu ! »
Au milieu du froid mordant de la tempête de neige…
Kwang !
« Huaaaaaaa ! »
Il hurla comme une bête et serra de tout son corps le rocher qu’il poussait. Comme s’il voulait ne faire qu’un avec lui. Comme s’il voulait le protéger coûte que coûte, sans lui permettre d’être ne serait-ce qu’éraflé.
Kwang !
« Keeeeuuuu ! »
Je dois endurer. Ce n’est qu’ainsi que j’obtiendrais le droit de franchir l’étape suivante.
Avance… !
Avance. Avance. Avance.
Peu importe si mon esprit se brise.
Juste encore un pas.
Peu importe si je rouvre les yeux au point de départ, brisé.
Alors, avançons encore… d’un pas.
*
Baek Haeju scruta les environs en entrant sur le Chemin de l’Âme.
Ce n’était pas sa deuxième visite.
Même si Seol Jihu ne le savait pas, Baek Haeju était déjà venue plusieurs fois.
Après sa première venue, elle avait passé une dizaine de jours sur Terre avant de revenir dans le Paradis. Et elle avait été sans voix en constatant que Seol Jihu n’était toujours pas sorti du Chemin de l’Âme.
Car cela signifiait qu’il y était resté plus de 400 jours.
Mais à chaque fois qu’elle voulait le voir, le Seol Jihu Noir la refoulait fermement.
« Non, repars », disait-il. « Il est en train de se forger. Si tu le vois maintenant, il retournera à son état d’avant », disait-il.
Elle se faisait chasser à chaque fois, sommée d’arrêter de le déranger et de revenir plus tard.
Elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir, car même en essayant de passer en force, le Seol Jihu Noir la maîtrisait.
Et sans qu’elle s’en rende compte, trois mois étaient passés dans le Paradis.
Aujourd’hui, je le verrai quoi qu’il arrive.
Des sacs de courses remplis de bentos pendaient à ses mains.
Même s’il n’était pas nécessaire de manger ou boire dans cet endroit, on pouvait tout de même en ressentir le goût. L’une des choses qui lui avaient le plus manqué pendant les épreuves, c’était la nourriture.
Quand elle voulait tout abandonner, elle rêvait du goût d’un bon repas… ou d’une canette de Coca bien fraîche.
J’espère que ça lui remontera un peu le moral…
Elle ne savait pas ce que le Seol Jihu Noir en penserait, mais elle se disait qu’après tout ce temps, ce serait acceptable.
Et alors qu’elle cherchait du regard en pensant à cela…
« ? »
Baek Haeju aperçut le Seol Jihu Noir, immobile comme une statue au sommet du premier pic, et inclina la tête.
Il n’y avait aucune chance qu’un homme de son niveau n’ait pas senti sa présence.
Mais contrairement à d’habitude, il ne disait rien.
Il se passe quelque chose ?
Un mauvais pressentiment la saisit. Baek Haeju suivit le regard du Seol Jihu Noir.
Et dès qu’elle vit le chemin en pente sous la haute montagne, ses yeux s’écarquillèrent.
La première chose qu’elle vit fut Seol Jihu gravissant le second sommet.
Non, on ne pouvait même pas dire qu’il grimpait.
Il s’accrochait à la bordure du sentier glacé, serrant désespérément le rocher contre lui.
Des rochers dévalant sans fin depuis les nombreux croisements brisaient et écrasaient son corps.
Kwang !
À l’instant même, son corps fut violemment secoué.
Et ce n’était pas tout. La montagne enneigée n’était pas blanche, mais rouge.
Le premier chemin et le deuxième étaient particulièrement écarlates.
Les rochers dévalant des croisements étaient eux aussi rouges.
« C’est… »
L’odeur du sang emplissait tout l’espace.
Ayant elle-même traversé les épreuves du Chemin de l’Âme par le passé, Baek Haeju comprit aussitôt d’où venait cette rougeur. Ces taches… c’était tout le sang de Seol Jihu.
Cela montrait combien de fois il avait dû mourir pendant tout ce temps.
Heeeeeeuuu— !
Huuaaaaaaa— !
L’espace d’un instant, le vent d’hiver soufflant depuis la montagne résonna comme les hurlements d’une bête mourante.
« C’est de la folie… »
Tk. Les sacs de courses tombèrent de ses mains, et les bentos roulèrent au sol.
« C’est complètement cinglé… ! »
Murmurant dans un souffle, Baek Haeju bondit d’un pas vif.
Elle n’avait besoin que d’un regard pour comprendre que Seol Jihu était dans un état critique.
Mais elle fut forcée de s’arrêter avant même d’avoir atteint le premier chemin.
Car une lance vint se ficher dans le sol devant elle avec une vitesse terrifiante.
Elle n’avait pas besoin de regarder pour savoir d’où elle venait.
« Toi… ! »
Les sourcils froncés, Baek Haeju hurla :
« Tu es devenu fou ! Tu veux vraiment le transformer en monstre !? »
« …Silence. »
Le Seol Jihu Noir murmura sans détourner son regard de Seol Jihu.
« Tu veux le tuer, c’est ça !? À ce rythme, il va… ! »
Alors que Baek Haeju criait,
« Je le sais, alors ferme-la ! »
Le Seol Jihu Noir rugit en retour.
Baek Haeju fronça les sourcils. Jusqu’à présent, le Seol Jihu Noir s’était toujours montré rusé et moqueur.
Mais aujourd’hui, il était différent. Il n’avait jamais semblé aussi sérieux ni aussi troublé.
Le Seol Jihu Noir le savait aussi.
Combien de temps restait-il avant que la bombe à retardement nommée Seol Jihu n’explose ?
Combien de fois pourrait-il encore tenir ? Une fois ? Deux ? Non, peut-être était-ce la dernière.
Il savait qu’il devait l’arrêter…
« S’il te plaît… »
Le Seol Jihu Noir serra inconsciemment ses paumes moites.
« S’il te plaît… ! »
Voyant Seol Jihu chanceler comme un roseau prêt à se briser, le Seol Jihu Noir hurla intérieurement encore et encore.
Ce fut alors.
Puk !
Un choc lourd retentit.
À cet instant, Baek Haeju pivota comme un éclair et vit clairement de ses propres yeux.
Seol Jihu s’effondrait, les yeux à moitié fermés.
Du sang giclait de sa tête comme une fontaine.
Sa tête pencha lentement, ses bras qui entouraient le rocher se relâchèrent, et enfin… ses genoux fléchirent et son corps bascula en arrière.
Baek Haeju resta figée.
Le Seol Jihu Noir en retint son souffle.
La mèche de la bombe… venait de se consumer jusqu’au bout.