FLASH !
La lumière jaillit dans toute la pièce.
Un grand jeune homme apparut soudain au centre d’une chambre vide.
« … »
Seol Jihu balaya la pièce du regard, l’air abattu.
C’était déjà la quatrième fois.
Il était donc normal qu’il n’éprouve plus rien de particulier.
Après être resté un moment debout, l’air absent, il finit par errer dans la pièce.
Lorsqu’il ouvrit la fenêtre coulissante, la lumière du soleil l’inonda et le chant des cigales envahit l’air.
Dans la rue, les passants étaient en manches courtes et en short.
L’année avait changé et l’été était revenu sans qu’il s’en rende compte.
C’est seulement alors que son cerveau prit la mesure du temps qui s’était écoulé.
Seol Jihu contempla la rue, puis baissa la tête avec un profond soupir.
Il feuilleta distraitement un livre pris au hasard, alluma son ordinateur portable et navigua sur quelques sites web.
Finalement, après avoir épuisé toutes les autres options, il s’assit contre le mur et alluma la télévision.
— Ah~ Ah~ Ah~ Aqua lipstick~
Devant une publicité de rouge à lèvres mettant en scène quatre célébrités, il fuma cigarette sur cigarette.
Ses yeux fixés sur l’écran étaient totalement vides, tout comme son esprit.
Ce n’est que lorsque le cendrier fut rempli de mégots que Seol Jihu se rendit compte que sa main était dans sa poche.
Ses doigts tripotaient le minuscule bout de papier reçu en quittant le Paradis.
Ses lèvres s’étirèrent en un sourire d’autodérision.
« Putain, qu’est-ce que je m’ennuie… »
Voilà pourquoi il ne voulait pas revenir.
Il avait tant de choses à faire au Paradis.
S’il n’y avait pas de mission, il pouvait toujours s’entraîner.
Mais sur Terre, il n’avait rien à faire.
Ou, plus précisément, il ne savait pas quoi faire.
…Et si j’y retournais ?
Seol Jihu se mordit les lèvres.
Un air contrarié passa sur son visage.
Ce n’était pas comme s’il fuyait. C’était juste une courte visite au Paradis.
Tous les membres de Valhalla devaient déjà avoir quitté le Paradis.
Et puis, peu importait s’il se faisait prendre.
Il se disait qu’il n’aurait qu’à prétexter avoir oublié quelque chose et être repassé le chercher.
Passer un jour ou deux là-bas l’apaiserait sûrement. L’idée semblait bonne.
Enfin, grande sœur est peut-être revenue. Et puis, je dois nourrir le petit poussin en pouvoir sacré…
Le coin de la bouche de Seol Jihu se releva.
Le simple fait de penser au Paradis le réconfortait.
Oui, une courte visite ne ferait pas de mal.
Il conclut ainsi et attrapa le petit bout de papier dans sa poche.
C’est alors.
Ding-dong !
La sonnerie de notification le fit sursauter.
Il retira rapidement sa main, comme un enfant pris en faute.
Son téléphone portable, branché à un chargeur, clignotait.
« Bordel. Qui ça peut bien être ? »
Seol Jihu fronça les sourcils et s’empara du téléphone.
Le timing était trop parfait. Quelqu’un — sans doute Kim Hannah — avait dû prévoir qu’il tenterait un coup pareil et lui envoyer un message de menace.
Mais, contrairement à ses attentes, l’expéditeur n’était pas Kim Hannah.
Plus important encore, son téléphone débordait de messages non lus. Il y en avait au moins une douzaine.
« Qu’est-ce que… ? »
Seol Jihu parcourut rapidement les messages.
La plupart venaient de la même personne, qui n’était ni de sa famille, ni un de ses amis.
[Grand frère. Quoi de neuf ?]
C’était Yun Seora, la benjamine de Sinyoung.
[Vous êtes occupé ?]
[Grand frère, vous dormez ?]
[C’est bien le numéro de grand frère Jihu ?]
[Vous m’aviez promis de m’inviter à dîner…]
[Je pensais que vous seriez déjà rentré… Vous êtes toujours là-bas ?]
[Je vous déteste.]
[Non, je ne vous déteste pas. Vous me manquez.]
[:‑P Ehehehe. Je suis tellement bourrée♡ Je vous détesteuuuuh.]
[J’ai appris la nouvelle. Félicitations pour votre victoire. Ah, le dernier message venait de ma sœur. Ignorez-le.]
…Et ainsi de suite.
Deux tiers des messages venaient de Yun Seora, bien qu’il n’ait jamais répondu.
On aurait dit une harceleuse.
« Flippant… »
La ténacité de Yun Seora terrifiait Seol Jihu, mais il se reprit rapidement et continua à lire les messages.
Il en vit plusieurs longs de la part de sa mère, et d’autres de son frère.
[Tu travailles ?]
[Préviens-moi quand tu sors du boulot. J’ai reçu un appel du bureau d’arrondissement au sujet de ta formation militaire. Apparemment, la réserve envisage de suspendre ta carte d’identité. Tu sais que le travail n’excuse pas l’absence de formation.][1]
[Pourquoi est-ce si difficile de te joindre ? Tu manques beaucoup à Maman.]
[Tu es occupé à ce point… ? Appelle-moi. Je sais que tu bosses pour rembourser tes dettes, mais ça ne vaut pas le coup si tu t’effondres d’épuisement.]
Le dernier message venait aussi de son frère.
[Demain c’est l’anniversaire de Maman. Tu as reçu son message ? Rentre à la maison. Ne t’en fais pas trop. Passe au moins un coup de fil si tu ne peux pas venir.]
Soudain, Seol Jihu reprit ses esprits.
C’était comme si on venait de lui jeter un seau d’eau froide.
Qu’est-ce que j’étais… sur le point de faire ?
Un de ses plus grands regrets était de n’avoir jamais écouté sa famille.
S’il n’était pas sorti alors qu’on lui disait de rester, s’il n’avait pas fait ci ou ça malgré leurs conseils… sa vie n’aurait jamais été aussi mauvaise.
Et là, il était sur le point de refaire la même erreur.
Si Jang Maldong avait su que Seol Jihu était retourné au Paradis moins d’une heure après être revenu sur Terre, il aurait été terriblement déçu.
En pensant à cela, il n’eut plus envie de déchirer le papier.
« Haaaa… »
Soupirant, Seol Jihu amena son doigt vers le bouton d’appel.
Puis il s’arrêta.
Attends une seconde.
Encore une fois, il avait failli agir sans réfléchir.
Son frère croyait qu’il travaillait chez Sinyoung, alors qu’il œuvrait en réalité au Paradis.
Jusqu’à présent, il ne s’était jamais vraiment soucié de ce détail.
Il s’était contenté de supposer que Kim Hannah avait tout réglé. Mais il comprit qu’il ne devait plus être aussi négligent.
Seol Jihu fouilla aussitôt chaque recoin de la pièce à la recherche des documents reçus il y a longtemps.
Il vérifia aussi les entrées de son livret et fit ses calculs.
Bon. Je peux lui dire que j’ai remboursé toutes mes dettes, et que j’ai de l’argent maintenant…
Finalement, il appuya sur le bouton d’appel.
Il n’eut pas à attendre longtemps. Une voix familière répondit presque aussitôt.
— Toi.
La voix semblait un peu énervée.
— Pourquoi t’as mis autant de temps à…
Seol Jihu prit un ton volontairement enjoué.
« Hé, grand frère ! C’est moi. »
Ce soir-là, la famille se retrouva autour de la table pour le dîner.
« Ah, au fait. »
L’ambiance dans la salle à manger était paisible, presque comme dans un temple. Seol Jinhee était la seule à parler.
« Je veux parler de Jihu. »
Ce fut alors que Seol Wooseok lâcha une bombe sans prévenir.
« J’en ai ras-le-bol. Je suis en dernière année, mais le prof continue de… ? »
La voix de Seol Jinhee faiblit avant de se muer en cri strident.
Le bruit des couverts s’arrêta.
Le père se figea, sa cuillère suspendue à mi-chemin de sa bouche, et la mère ouvrit grand les yeux.
« Merde. Pourquoi il fallait que tu parles de lui ? Ça m’a coupé l’appétit. »
Seol Jinhee abattit ses baguettes sur la table.
« Dis-moi pourquoi ! »
« Baisse d’un ton. Les parents sont là. »
« T-Tu as eu des nouvelles de lui ? Il va bien ? Il n’est pas malade ? »
S’apercevant de la tension, la mère s’empressa de demander.
« Oui, je l’ai eu au téléphone ce midi. Il avait l’air en forme. »
« Pourquoi il n’a pas appelé plus tôt ? Je me faisais un sang d’encre… »
« Je t’ai dit que Jihu avait soldé ses crédits, non ? »
« Oui, tu as dit que c’était de là qu’il avait eu l’argent avant… »
« Quand je l’ai vu au café il y a quelque temps, il a dit qu’il ne nous contacterait qu’après avoir remboursé ses dettes. C’est peut-être pour ça qu’il n’a pas donné de nouvelles. Tu sais, Jihu est assez consciencieux pour ce genre de choses. »
« Oui, il a toujours été têtu. »
« Bref, il m’a dit qu’il avait remboursé ses dettes. »
« Vraiment ? Ah, mais j’aurais aimé qu’il passe au moins un coup de fil… »
Sa voix exprimait un brin de déception, mais son visage disait le contraire.
Elle poussa un soupir de soulagement, en se frottant doucement la poitrine.
« Et… »
Seol Wooseok reposa lentement ses baguettes et joignit les mains.
De l’extérieur, il paraissait calme, mais intérieurement, il cherchait le courage de dire ce qu’il avait à dire ensuite.
« Il rentre demain, pour l’anniversaire de Maman. »
Les yeux de Seol Jinhee s’écarquillèrent.
« Q-Quoi ? Qui vient où ? »
« Il était très hésitant. Il voulait juste appeler, mais j’ai insisté pour qu’il vienne. »
« T’as perdu la tête ? À force de bosser jour et nuit, t’as pété un plomb ou quoi ? »
« Baisse d’un ton. »
« Pourquoi je devrais ? C’est MA maison ! »
« C’est la maison de nos parents, pas la tienne. Et demain, c’est l’anniversaire de Maman, pas le tien. »
« Quoi… »
Seol Jinhee serra les dents et détourna la tête.
« Papa ! »
Elle interpella l’homme d’âge mûr qui versait de l’eau en silence.
« Papa ! Tu vas juste te taire comme ça ? Dis quelque chose ! »
Le père but d’un trait et reposa violemment son verre sur la table.
Il poussa un profond soupir et jeta un regard neutre à Seol Wooseok.
Ses yeux inexpressifs mirent ce dernier mal à l’aise.
« Tu as regardé les documents que je t’ai envoyés ? Les fiches de paie de Jihu, sa cote de crédit, et le reste. »
« Je les ai déchirés et jetés. »
« Pourquoi ? »
« Il avait déjà emprunté le livret d’un ami pour nous duper. Tu crois que je vais encore faire confiance à ce vaurien ? »
« Bien sûr, je me souviens de cet incident. »
Seol Wooseok acquiesça.
« Mais ce n’est pas le cas cette fois. J’en suis sûr. »
« Comment tu peux en être sûr ? »
« Quand Jihu nous a ramené le livret de son ami, Maman et Jinhee l’ont cru tout de suite. C’est moi qui ai insisté pour le tenir à l’œil. Tu t’en rappelles ? »
Le père s’en souvenait, et il émit un grognement d’assentiment.
« Quand je l’ai vu au café, j’ai tout vérifié. Les chiffres collaient. Il aurait fallu qu’il soit sacrément méticuleux pour me tromper sur ces chiffres, et je ne pense pas que Jihu irait jusque-là. »
Le père grogna.
« Que ce soit vrai ou non, ça ne change rien ! Je ne lui ferai plus jamais confiance. Je ne peux pas comprendre comment il a remboursé aussi vite. »
« Tu sais que Sinyoung est connu pour ses salaires et ses avantages. Il fait aussi des heures sup tous les jours et saute sur chaque occasion de déplacement. »
« Déplacement ? Ne te fous pas de moi. Il a dû gagner tout ça au jeu. »
« Jihu a demandé une interdiction d’entrée à Seorak Land en mars l’année dernière. Je les ai appelés hier. Il n’y a plus mis les pieds depuis. »
« Bon sang, tu es si naïf parfois. Y’a des casinos qu’en Corée ? Il n’y en a pas à l’étranger, peut-être ? Ah, il a sûrement prétexté un voyage d’affaires à l’étranger pour aller au casino. Ouais, c’est ça. Tout s’explique. »
Seol Jinhee lança, sarcastique, sûre d’elle car leur père l’appuyait.
« Tu as tort. »
Seol Wooseok réajusta ses lunettes.
« Jihu n’a jamais quitté le pays. »
« Comment tu le sais ? »
« L’armée de réserve de Hongeun-dong m’a appelé récemment. Ils ont dit que Jihu n’est pas venu à la formation. Faute de contact, ils traitent son dossier comme non-distribué. Au début, je pensais qu’il était en mission à l’étranger, mais non. La formation militaire est reportée d’office à l’étranger, et l’administration du service militaire n’a aucun enregistrement de sortie du territoire. »
Il continua.
« Donc il était en déplacement national. Et Seorak Land est le seul casino accessible aux citoyens du pays. Il a vraiment arrêté le jeu. »
Son raisonnement était irréprochable, et Seol Jinhee hésita.
Elle savait à quel point son frère était méticuleux.
S’il était aussi sûr de lui, c’est qu’il avait de bonnes raisons d’y croire.
Mais son expérience passée lui disait de ne pas faire confiance à son frère. Seol Jihu les avait trop souvent trahis.
Sa raison comprenait, mais son cœur n’arrivait pas à s’y résoudre.
« Tu n’es pas un peu trop indulgent ? Le jeu ne se limite pas aux casinos. Et les courses hippiques ? Les paris sportifs illégaux ? Les casinos clandestins ? »
« Je ne sais pas. Même au plus fort de son addiction, il ne jouait qu’au Blackjack ou aux machines à sous de Seorak Land. Jamais à rien d’autre. »
« Mais tu ne peux pas en être sûr à 100 %, si ? Et— c’était quoi déjà ? Sinyoung ? C’est louche aussi. Pourquoi Sinyoung Pharmaceuticals voudrait de quelqu’un comme lui ? »
« C’est vrai qu’il a été embauché. Aucun doute là-dessus. Tu sais que Jihu a toujours eu un CV assez impressionnant. Et j’ai même appelé Sinyoung pour vérifier. »
« Tu as appelé ? »
« Tu croyais que je me contenterais de ses paroles ? Je leur ai posé la question, et ils m’ont tout de suite confirmé son poste d’employé dans l’équipe commerciale. Sa chef d’équipe, Yun Seora, n’a dit que du bien de Jihu. »
Impossible.
Seol Jinhee ricana.
« Comment elle s’appelle ? Yun Seora ? Je devrais l’appeler moi-même. C’est forcément une de ses amies ou connaissances. »
« Impossible. La sécurité de Sinyoung est draconienne. Et j’ai creusé un peu plus. J’ai été surpris d’apprendre que Yun Seora est la benjamine de Sinyoung Pharmaceuticals. »
« …Q-Quoi ? »
Seol Jinhee écarquilla les yeux.
« Elle fait partie de la famille directe de Yun Seojin, le président de Sinyoung Pharmaceuticals. C’est sans doute pour ça qu’elle est chef d’équipe si jeune. »
Il poursuivit.
« Mais ce n’est pas tout. Quand j’ai vu Jihu au café à côté de l’immeuble de Sinyoung, l’un des directeurs de Sinyoung est venu le saluer. »
« Un directeur ? »
« Je l’ai reconnue : c’était Yun Seohui, l’aînée des Yun. »
Seol Jinhee sortit aussitôt son téléphone et chercha le nom.
Elle fronça les sourcils.
« Ça n’a aucun sens… Il n’avait pas dit qu’il n’était qu’un employé ? Grand frère, tu nous mens aussi ? »
« Je mens pas. Je n’y aurais pas cru moi-même si je ne l’avais pas vue de mes propres yeux. Il doit être très bien vu au boulot. »
Il haussa la voix.
« Ce que je veux dire, c’est que je ne pense pas que Jihu aurait pu demander à ces gens-là de mentir pour lui. »
Il paraissait en effet bien improbable qu’un homme ordinaire comme Seol Jihu adresse une requête aussi personnelle aux filles de Sinyoung.
Seol Jinhee se tut.
Sa mère, au contraire, souriait.
Ses yeux étaient humides de joie.
« J’ai toujours cru en Jihu. Je savais qu’il réussirait s’il s’en donnait la peine. »
Elle hocha la tête en reniflant.
« …Papa. »
Seol Wooseok s’éclaircit la gorge et tourna le regard vers son père.
L’homme resta silencieux.
Il fixait la table, impassible.
« …Laisse-moi te demander un truc. »
Soudain, la voix du père brisa le silence pesant.
« Pourquoi tu fais tout ça ? »
« Pardon ? »
« Il n’y a pas que moi, ta mère ou Jinhee à avoir été trahis par ce salaud. Il t’a aussi roulé et même frappé. Alors pourquoi t’obstines-tu à l’aider ? »
« Il a raison. Tu sais comment mes copines t’appellent ? Un pigeon, une mauviette ! »
Malgré les piques de Seol Jinhee, Seol Wooseok resta calme.
Il baissa les yeux et répondit d’une voix basse.
« Ça m’énerve toujours d’y penser, mais… je tapais beaucoup Jihu, moi aussi. »
« Tu le frappais ? Toi ? »
« Oui, quand on était petits. C’est même allé jusqu’à presque l’étrangler. Mais Jihu n’est pas du genre à rapporter, donc vous ne pouviez pas savoir. »
Il eut un sourire amer.
Le père écouta la confession de son fils, stupéfait.
« Franchement… je ne suis pas le seul à lui avoir fait du mal. Vous aussi, vous êtes complices. »
« Nous ? Quand est-ce qu’on lui a fait du tort ? »
« Quand on a recueilli Seonhwa et Seunghae après la mort d’Oncle et Tante. »
Le visage du père se durcit.
« Aujourd’hui, je comprends ce que vous ressentiez. Ça n’a pas dû être une décision facile, de prendre en charge les enfants de vos amis morts dans un accident. Mais à l’époque, Jinhee et moi étions jeunes. Trop immatures pour comprendre votre décision. »
C’était vrai.
L’intention était noble, mais la réalité fut cruelle.
La famille Seol n’était pas pauvre à l’époque, mais pas riche non plus.
Accueillir deux enfants en plus mit la famille à rude épreuve financièrement.
En voyant leurs parents se tuer à la tâche pour joindre les deux bouts, Seol Wooseok et Jinhee n’arrivaient pas à voir les sœurs Yoo d’un bon œil.
Il y eut même une période où ils leur en voulaient de détourner l’attention de leur mère.
« Jihu et moi nous sommes battus à cause de Seonhwa et Seunghae. »
C’était Seol Jihu qui les arrêtait chaque fois qu’ils cédaient à leurs impulsions.
« C’est grâce à lui que Jinhee, Seonhwa, Seunghae et moi avons pu grandir sans que tout parte en vrille. Papa, tu le sais. »
Le père se mordit les lèvres.
Évidemment, il savait.
C’est Seol Jihu qui avait ouvert le cœur des sœurs, qui refusaient de communiquer avec le monde depuis la mort de leurs parents.
C’était Seol Jihu qui avait servi de médiateur entre Seol Wooseok, Seol Jinhee et les sœurs Yoo, veillant à ce que tous s’entendent.
Il avait fait ce que ses parents ne pouvaient pas faire, et accompli l’essentiel pour souder la famille.
Durant tout ce temps, le petit garçon n’avait jamais bronché.
« À plus tard, patron. » C’est ce que son fils lui disait chaque fois qu’il partait au travail. Et quand il rentrait le soir, le garçon lui souriait d’un air espiègle et demandait : « T’as gagné beaucoup d’argent aujourd’hui, papa ? »
Le sourire de son fils le réconfortait quand le poids de la réalité l’écrasait, à la maison comme au travail. Il en était fier, même s’il ne l’avait jamais dit.
« Wooseok a raison. Jihu a beau être un plaisantin, il a toujours été mûr pour son âge. Quand Wooseok et Jinhee se battaient pour s’asseoir à côté de moi, Jihu s’installait tout seul, disant que ça ne le dérangeait pas. »
La mère intervint.
« Une fois, je me suis endormie en surveillant Seonhwa et Seunghae, et Jihu s’est glissé contre moi. Mais j’étais à moitié endormie et épuisée, alors je l’ai repoussé. Je n’imagine même pas combien ça l’a blessé. Il n’était qu’un petit garçon… mais il me massait les mains, les épaules, sans se plaindre. Juste d’y repenser, je… »
Elle essuya ses yeux pleins de larmes.
Le père s’écria, grimaçant.
« Pourquoi tu ressasses toujours le passé ? »
« Très bien ! Tu n’es pas obligé de le voir si tu ne veux pas, mais moi, si. Alors tais-toi et reste dans ta chambre, d’accord ? Ne viens pas tout gâcher comme la dernière fois. »
« Quoi ? »
Le père s’énerva.
« Je sais ! Je sais comment il était petit. Mais pourquoi tu parles toujours du passé ? Ce salaud a abusé de ma confiance pas une fois, ni deux, mais au moins une douzaine ! Que lui faut-il de plus ? Combien de temps vous allez rester bloqués là-dessus ? Le passé, c’est le passé. Toi et Wooseok, allez boire un verre d’eau froide et reprenez-vous ! »
« Je comprends ce que tu ressens, Papa. Oui, Jihu a fait une énorme erreur. Il a laissé à notre famille une cicatrice qui ne s’effacera peut-être jamais. »
« Et tu me dis ça comme si de rien n’était ? »
« Tu me connais. »
Seol Wooseok répondit.
« Je sais ce que tu ressens. Je le sais. C’est pour ça que j’ai attendu si longtemps pour t’en parler. J’y ai réfléchi longtemps et j’en suis convaincu. J’espère que tu lui laisseras une dernière chance. »
« Encore ? Il en aura eu combien, des dernières chances ? »
Le père fulminait, mais Wooseok insista.
« Papa. »
Il continua calmement.
« Il n’était pas comme ça au début. »
« Toi… »
« Tu as raison. Jihu n’est plus le petit garçon qu’il était. Il a changé. Mais ça veut aussi dire qu’il peut rechanger. »
« …Ha ! »
« Je ne te demande pas de lui pardonner tout de suite. Mais peux-tu nier que Jihu essaie ? S’il te plaît, écoute au moins ce qu’il a à dire— »
Le père se leva d’un bond.
Il tourna les talons et gagna sa chambre, refusant d’écouter la suite.
« Chéri ! » cria la mère, mais il claqua la porte.
« …Tu vois, je le savais. »
Lança Seol Jinhee, sarcastique, en se levant à son tour.
« Très bien. Faites ce que vous voulez, je ferai pareil. Vous allez voir, ce sera le pire anniversaire de tous. »
« Hé ! »
« Je lui pardonnerai jamais, à ce salaud ! Jamais ! »
« Jinhee ! »
Appela la mère, mais la jeune fille monta à l’étage, furieuse.
Seol Wooseok se passa une main dans les cheveux.
Il ne s’attendait pas à ce que ce soit facile, mais la réaction de la famille fut bien pire qu’il ne le pensait.
Mais d’un autre côté, c’était compréhensible.
Il comprenait leur point de vue.
Rien qu’à se rappeler le passé récent, il sentait la colère lui remonter.
Seol Wooseok poussa un soupir discret.
Pour ce que ça valait, il avait fait tout ce qu’il pouvait.
Désormais, tout dépendait de lui…
Après avoir raccroché, Seol Jihu quitta son appartement.
Le lendemain était l’anniversaire de sa mère, et le jour où il reverrait sa famille pour la première fois depuis longtemps. Il ne voulait pas arriver les mains vides.
Très vite, il se retrouva chargé de cadeaux choisis pour chacun : sa famille, Yoo Seonhwa et Yoo Seunghae.
Bien sûr, il s’agissait de présents raisonnables, rien à voir avec ceux à des dizaines de millions de wons qu’il achetait autrefois.
Enfin, le jour tant attendu arriva.
Ce soir-là…
« … »
Un jeune homme en costume impeccable, six sacs à la main, se tenait devant la maison des Seol.