Kim Hannah raffermit son esprit tandis que Jang Maldong la fixait froidement.
Le sourire sur son visage disparut, et elle devint instantanément impassible.
Elle se redressa, serra les dents et soutint le regard du Jang Maldong furieux.
Juste au moment où Jang Maldong s’apprêtait à prendre son silence pour un aveu, Kim Hannah prit la parole.
« C’est… un malentendu. »
« Un malentendu ? »
« Oui. Je vois ce que vous voulez dire, mais vous vous trompez. »
Kim Hannah répondit d’une voix ferme et directe.
Jang Maldong ricana.
« Je ne pensais pas que vous étiez aussi incompétente, Mademoiselle Kim Hannah. »
« Je prends cela pour un compliment, mais… »
« Certes, Seol Jihu est celui qui a dépensé l’argent sans réfléchir. Mais était-ce si difficile de lui donner un conseil ? De lui dire de n’en rapporter qu’un peu à la fois, car sa famille risquait de se douter de quelque chose ? »
« Ça, c’est— »
« Bien. Supposons que vous ne saviez pas que Jihu agirait avec autant d’irréflexion. Peut-être trouvez-vous que je vous accuse injustement. Mais j’aimerais savoir. Cet incident a empiré une relation familiale déjà mauvaise : pourquoi l’avoir forcé à rendre visite à sa famille avec du vin ? »
« J’admets que la manière dont j’ai abordé le problème était mauvaise. Mais— »
« Oui, c’était mauvais. Très mauvais. Mais ce n’est pas ce que je vous demande. »
Répliqua Jang Maldong d’une voix grondante.
S’il insistait autant, c’était pour une raison.
La façon dont on gère un problème dès le départ est le facteur le plus important pour le résoudre.
En un sens, le problème entre Seol Jihu et sa famille aurait pu être résolu sans heurts. Même si cela n’aurait pas été simple, leur relation aurait au moins pu s’améliorer, bien plus qu’elle ne l’était à présent.
Mais parce que Seol Jihu avait fait le mauvais premier pas, ses liens familiaux s’étaient dégradés au point de devenir presque irréparables.
En cherchant pourquoi la situation avait empiré, la cause remontait à l’intervention de Kim Hannah.
Certes, elle pouvait être innocente.
Mais Jang Maldong se devait d’avoir un doute, connaissant son sens du détail habituel.
Que, peut-être, Kim Hannah avait fait empirer la situation à dessein…
« À ce moment-là, j’ai pensé que c’était le mieux. »
Kim Hannah parla alors.
« Vous vous souvenez de l’incident du laboratoire du Duché de Delphinion ? »
Jang Maldong haussa un sourcil à l’évocation soudaine de ce vieux souvenir.
Il connaissait évidemment l’incident, mais ne voyait pas pourquoi elle en parlait.
« Il n’y a pas eu que ça, en fait. L’expédition dans la Forêt du Déni, l’opération de diversion de la vallée d’Arden, la mission d’infiltration du laboratoire de Delphinion… Jihu s’est constamment mis dans des situations de danger extrême, que d’autres Terriens de bas niveau n’auraient même pas envisagées. Sans même m’en parler, alors que je suis son Invitante. »
La voix de Kim Hannah était calme et posée en énumérant le passé, et elle continua avec fermeté.
« Cela aurait pu être une coïncidence la première ou la deuxième fois. Mais quand cela arrive une troisième fois, ce n’est plus un hasard. Alors qu’il s’adaptait rapidement à ce milieu inconnu, Jihu tombait dans le Paradis plus vite que n’importe qui d’autre. Et ce, dès cette époque. »
« Vous voulez dire que vous avez agi ainsi par peur de son addiction au Paradis ? »
« Parce que ce que je craignais est devenu réalité. »
Kim Hannah fit claquer ses lèvres, puis répondit.
« Je lui ai répété sans cesse que le Paradis n’était pas sa place, mais il n’a jamais écouté. En fait, à chaque fois qu’il rentrait sur Terre, il avait l’air de vouloir retourner au Paradis le plus vite possible. »
Kim Hannah poussa un soupir.
« C’était compliqué. Jihu a agi sans réfléchir, aggravé le problème, puis il a cherché à l’éviter et voulait retourner au Paradis… J’ai jugé que s’il laissait la situation ainsi, sa relation avec sa famille deviendrait irrécupérable. Alors je l’ai forcé à aller les voir, en utilisant l’anniversaire de mariage comme excuse. Car à ce moment-là, sa famille était le seul endroit sur Terre où il pouvait encore trouver la paix. »
Jang Maldong la fusilla du regard, mais resta silencieux.
« Vous pensez peut-être que j’ai été trop pressée, Maître Jang, mais Jihu n’a montré aucun symptôme de manque, comme le font souvent les accros. Il n’a même jamais reparlé de jeu après tout ce qu’il a vécu au Paradis. C’était comme s’il n’avait jamais été dépendant au jeu… »
Kim Hannah voulait dire que la vitesse à laquelle Seol Jihu était devenu accro au Paradis dépassait l’imagination.
« Une fois entré au Paradis, Jihu rechignait à en repartir. Je me suis dit qu’il aurait mieux valu qu’il prenne le temps de se rapprocher de sa famille, mais cela entrait en conflit avec son besoin pressant d’un refuge sur Terre. J’ai donc préféré qu’il voie sa famille plutôt que de laisser le fossé s’agrandir. »
« … »
« Bien sûr, j’admets que j’ai été trop hâtive. C’est mon erreur. »
« Je comprends ce que vous dites. »
Jang Maldong releva le menton et toisa Kim Hannah.
« Mais ai-je tort de penser que vous essayez d’embellir la situation à votre avantage ? »
« Maître Jang. »
« Même un singe peut tomber d’un arbre, mais Miss Foxy qui commet une erreur ? Cela seul, j’ai du mal à le croire. »
« Je suis humaine, moi aussi. Je ne dis pas que j’ai eu raison, mais je ne peux pas être parfaite en permanence. Sinon, je serais toujours à Sinyoung au lieu d’être ici. »
Kim Hannah eut un sourire pâle.
« Avec le recul, j’ai toujours commis des erreurs concernant Jihu. »
Elle s’éclaircit la gorge et poursuivit.
« Pour être tout à fait honnête… vous avez raison. J’ai essayé de contrôler Jihu. »
« Contrôler ? »
« N’en prenez pas ombrage. Jihu, à l’époque, avait d’innombrables problèmes, tant au Paradis que sur Terre. »
Kim Hannah continua.
« Je sais que le Jihu d’aujourd’hui a accompli de grandes choses qui le rendent comparable aux légendes du Paradis. Mais si l’on met cela de côté et qu’on le considère comme un simple homme, Jihu est le genre de personne qui a besoin d’un producteur méticuleux. Je suis certaine que vous voyez ce que je veux dire, en tant que son maître. »
Puis Kim Hannah esquissa un sourire amer.
« Mais… Jihu ne pouvait pas être contrôlé. »
« … »
« Je l’ai senti dès le premier jour à Eva. Jihu était incontrôlable. Mon erreur a été de le réaliser trop tard. »
Kim Hannah poussa un profond soupir. Jang Maldong ne dit rien. Il la clouait sur place d’un regard silencieux.
« …Je suis sûr que vous le savez. »
Jang Maldong reprit après un moment de silence.
« Mais je ne peux pas vous voir, Mademoiselle Kim Hannah, sous un jour favorable. »
« Oui, j’ai bien senti que vous ne m’aimiez pas. »
« Je pense que vous savez pourquoi. Lorsque vous vous êtes alliée avec les Triades sans rien dire à Jihu, je n’ai rien dit, car je savais que c’était pour son bien… Mais cela m’a toujours mis mal à l’aise. »
« Je comprends. D’autres membres me détestent aussi pour ça. J’ai agi en connaissance de cause. »
« Oui. Je sais tout ce que vous avez fait pour Jihu jusqu’à présent, alors je veux bien considérer ce qui est arrivé avec sa famille comme un jugement dans son intérêt. Mais sachez que ce sera la dernière fois. »
Jang Maldong appuya bien sur le fait qu’il n’y aurait pas de prochaine fois.
C’était sa limite, et il ne laisserait pas passer une nouvelle ingérence.
Kim Hannah n’était pas sotte, elle comprit aussitôt.
« Si vous voulez prouver votre bonne foi, montrez-le par vos actes. Surtout sur tout ce qui touche à la famille de Jihu. »
« Vous n’avez pas à vous inquiéter. Jihu m’a déjà dit la dernière fois qu’il s’en occuperait lui-même. J’ai accepté. »
« J’espère que vous assumerez ces paroles. »
Ce fut tout.
Jang Maldong détourna enfin les yeux, Kim Hannah ayant confirmé qu’elle ne s’occuperait plus de la famille de Seol Jihu.
Il se retourna et reprit sa marche.
Il fut assailli de sentiments mêlés jusqu’à son arrivée au bâtiment de Valhalla.
Seol Jihu ne quittait pas ses pensées.
C’est alors.
Jang Maldong aperçut quelqu’un en entrant, toujours perdu dans ses réflexions.
Phi Sora était assise dans le salon, en train de manger un sorbet.
Une idée traversa soudain l’esprit de Jang Maldong ; il éleva la voix.
« Sora ! »
« Quoiii !? »
Surprise par ce cri soudain, Phi Sora, qui fredonnait joyeusement, jeta de saisissement la cuillère qu’elle tenait.
Elle se retourna, fronça les sourcils et souffla.
« Papy ? »
« Viens ici une minute. »
« Pourquoi t’as crié comme ça !? Tu m’as fichu la trouille ! »
« Depuis quand es-tu si peureuse ? Allez, viens ici ! J’ai quelque chose à te dire. »
« Ugh, j’étais de si bonne humeur… Quel boulot pénible il va encore me filer cette fois… »
Phi Sora ronchonna, mais se leva docilement et suivit Jang Maldong.
« Bon, qu’est-ce que tu veux ? »
« Rends-moi un service. »
« Un service ? Moi ? À toi ? »
« Écoute bien. »
Jang Maldong expliqua lentement, et Phi Sora ne put cacher sa surprise.
« Q-Quoi ? »
« Tu penses pouvoir le faire ? »
« Eh bien, ce n’est pas que je ne peux pas… mais pourquoi moi ? »
Elle allait protester, mais devant le regard brûlant de Jang Maldong, elle se tut.
« …Argh, fais chier ! Mais je me suis disputée avec ce fils de pute ! »
Phi Sora se gratta la tête et fit la grimace.
Seol Jihu se leva tard le lendemain matin.
Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit.
Les paroles de Jang Maldong ne cessaient de résonner dans sa tête.
Il ne pouvait s’empêcher d’avoir des pensées puériles du genre : mais on a gagné la guerre ou j’ai travaillé plus dur que quiconque. Mais Seol Jihu finit par chasser ces idées.
Jang Maldong l’avait toujours guidé sans rien attendre en retour, et ce qu’il avait dit n’était pas vraiment faux non plus.
Quoi qu’il en soit, une journée était déjà passée, et il devait retourner sur Terre avant la fin de celle-ci.
« …Mince ! »
Soupirant, Seol Jihu gravit les escaliers, quand il aperçut soudain une belle femme aux cheveux roux qui descendait.
Par coïncidence, leurs regards se croisèrent.
« Euh… »
Les yeux de la femme s’écarquillèrent.
Un léger sourire se dessina sur le visage de Seol Jihu.
Rien qu’en voyant Phi Sora, il retrouva un peu le moral.
Il se sentait un peu déprimé, et maintenant, il avait la cible idéale pour une farce.
Bien sûr, Phi Sora réagit tout autrement. Elle fronça immédiatement les sourcils et fit la grimace. Et alors qu’elle tentait de prendre une pose indifférente et de passer à côté de lui, Seol Jihu s’accrocha à elle.
« Mademoiselle Phi Sora~ »
« Fous-moi la paix. »
« Eii, Madame Phi, pourquoi t’es si fâchée~ ? »
« Je t’ai dit de me foutre la paix. »
Phi Sora rétorqua d’un ton sec.
Mais Seol Jihu ne lâcha pas l’affaire.
Presse, presse.
Il lui massa habilement les épaules en la flattant.
« Arrête ! Où crois-tu mettre tes mains ? Lâche-moi tout de suite ! »
« Eii, pourquoi tu boudes ? Quelle susceptibilité. »
« Quoi ? »
« Bon, bon, t’as pris ton petit-déj ? Non, hein ? Allons-y. »
Il attrapa la main de Phi Sora et la tira vers l’étage supérieur.
Phi Sora se laissa entraîner, feignant la résignation. Seol Jihu venait à point nommé, alors qu’elle se demandait comment engager la conversation.
Ils arrivèrent au dixième étage.
Comme c’était l’heure du petit-déjeuner, plusieurs personnes étaient déjà réunies et discutaient bruyamment.
Seol Jihu installa Phi Sora à une table, puis se dirigea directement vers la cuisine.
Peu après, il en ressortit avec un plateau.
Un bol de ramen fumant fut posé sur la table.
Seol Jihu ajouta une petite assiette de kimchi et un bol de riz blanc, achevant ainsi le Spécial Ramen de Seol Jihu.
Phi Sora resta bouche bée.
« Ah, au fait, t’es passée niveau 6, non ? »
« …Oui. »
« Félicitations. Quel est le nom de ta classe ? Je sais que c’était Garde royale avant… »
« C’est Duchesse. »
« Iya~ Sacré nom, ça en jette. Ah, les nouilles vont devenir toutes molles. Vas-y, mange. »
Avec un sourire niais, Seol Jihu poussa le bol de ramen vers elle.
Phi Sora avait l’air mal à l’aise, mais son corps ne mentait pas.
Gloups. Dans un bruit de salive avalée, elle céda à la tentation et attrapa les baguettes.
« Bordel, tu mets de la drogue dans tes ramens ou quoi ? Pourquoi c’est si foutrement bon ? »
Elle grogna en attrapant une cascade de nouilles.
Slurp, slurrrp.
Seol Jihu rayonna en voyant Phi Sora manger bruyamment, avec appétit.
Gênée par ce regard, Phi Sora leva les yeux vers lui.
« Je préfère prévenir. »
Dit-elle d’un ton indifférent, les joues gonflées de ramen.
« Ne crois pas que ça suffira à apaiser ma colère. »
« Tu veux dire que tu ne veux plus jamais manger mes ramens ? »
« Argh, putain, c’est pas ce que je veux dire. Je dis juste que tu devrais te montrer sincère après avoir autant énervé quelqu’un. »
Phi Sora rectifia comme si la perspective de ne plus manger de ramen la terrifiait.
Seol Jihu pencha la tête.
« De la sincérité ? »
« Oui, de la sincérité. Par exemple… »
Phi Sora lança un regard de côté.
« On s’est déjà vus sur Terre, non ? »
« Oui, au resto de poitrine de porc. »
« Parfait. Alors fais un petit pique-nique avec moi. »
« …Pardon ? »
« Tu vas de toute façon sur Terre, non ? Profites-en pour faire une sortie avec moi. Voyons… où est-ce que je veux aller… »
Phi Sora repensa à la discussion de la veille avec Jang Maldong, tout en feignant de réfléchir.
[Il y a un endroit où tu dois emmener Jihu.]
[C’est…]
« J’ai toujours rêvé d’aller à Hawaï. »
Phi Sora haussa les épaules.
« C’est l’été sur Terre, non ? Pourquoi ne pas aller ensemble à la plage ? Il y a un endroit appelé Waikiki, très connu pour ses stations balnéaires. »
Le sourire de Seol Jihu s’effaça instantanément.
Son visage se figea de façon effrayante, comme s’il venait d’entendre une énormité.
Alors c’est vrai qu’il déteste retourner sur Terre…
Phi Sora fut intérieurement étonnée.
« …Hawaï ? Comme ça, sans raison ? »
Bientôt, alors que Seol Jihu répondait avec un sourire—
« Quoi, quoi ? Vous parlez d’un voyage à la plage ? Je veux venir ! »
« Moi aussi ! Vous allez où ? »
Hugo et Chohong surgirent de nulle part et se joignirent à la discussion.
« On a déjà choisi : Hawaï. C’est Papy qui a décidé. »
« Hein ? Le vieux ? Vraiment ? Ce sera la première fois que je le verrai sur Terre. »
Sans qu’on s’en rende compte, de plus en plus de monde se rassemblait autour de Seol Jihu.
Seol Jihu resta ébahi alors qu’ils discutaient avec excitation.
« Seol, Seol, tu viens aussi, hein ? Ce sera la première fois qu’on se verra sur Terre, non ? »
Hugo demanda, tout sourire.
Seol Jihu ne répondit pas.
« Seol ? »
« … »
« Seol ? Seol ! Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es malade ? »
Hugo lui donna un petit coup de coude.
« Ah. »
Seol Jihu émergea de sa torpeur et répondit.
« Je ne sais pas… »
« Eii, tu ne peux pas te défiler. C’est une sortie de groupe ! Il faut que tu sois là comme représentant de Valhalla ! »
« Une sortie de groupe, hein. Je ne vois pas trop l’intérêt de se retrouver sur Terre. De toute façon, on ne parle même pas la même langue. »
« On s’en fiche ! Une fois sur place, tout roule. J’ai déjà rencontré Dylan et Chohong, et ça s’est passé comme ça. »
« Bonne idée, partir en vacances tous ensemble. Tout le monde rentre de toute façon. Ce n’est pas tous les jours que l’occasion se présente. »
Kim Hannah intervint aussi.
« Aha ! Mademoiselle Kim sait de quoi elle parle ! »
« Il y a un hôpital spécialisé pour les Terriens à Hawaï, je peux m’occuper des préparatifs. J’ai un contact là-bas. Mais il faudra l’accord du représentant… »
Tous se tournèrent vers Seol Jihu après les mots de Kim Hannah.
Seol Jihu eut un sourire affecté.
« Je ne comprends pas. »
« Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? »
« Vous partez toujours en vacances après un grand événement. Est-ce vraiment nécessaire ? »
« Bah, c’est pas qu’on en ait besoin… »
Chohong haussa les épaules.
« Mais qu’est-ce que tu ne comprends pas ? Ce n’est qu’une façon de s’amuser, non ? »
« S’amuser ? »
« Ouais. Quoi de mieux que de s’amuser pour oublier de mauvais souvenirs ? »
Mauvais souvenirs ?
Seol Jihu fronça les sourcils. Son regard réclamait une explication.
« Réfléchis. On vient de sortir d’une guerre énorme. Combien de fois avons-nous frôlé la mort ? Tu penses pouvoir oublier ça ? »
« … »
La réponse était non.
La guerre n’était pas anodine, et avec son impact, Seol Jihu ne pourrait jamais l’oublier.
Peut-être jusqu’à son dernier souffle.
« Mais on a gagné. »
« Victoire ou pas… Peu importe. Ce qui compte, c’est que le Paradis nous a laissés avec des souvenirs inoubliables, bons ou mauvais. »
Chohong poursuivit.
« Il faut les estomper avant qu’ils ne s’enracinent. Avec des souvenirs de la Terre, évidemment. Les remplacer par d’autres souvenirs du Paradis serait inutile. »
« … »
« Et en fait, c’est peut-être toi qui en as le plus besoin. Bien sûr, t’as pas besoin de partir en voyage. Chacun sa façon de se préparer à mourir au Paradis… Et toi, tu fais quoi ? »
Seol Jihu se tut. Il se souvint soudain comment Phi Sora avait travaillé à temps partiel pour se reconnecter à sa vie sur Terre.
Mais lui ?
« Si ce n’est pas le cas, viens avec nous à la plage. Ce serait amusant de se retrouver sur Terre pour une fois. On pourra s’insulter à loisir, vu qu’on ne se comprendra pas. »
« Ouais, ouais ! C’est plus fun qu’on le croit ! Alors ? Tu viens, Seol ? »
Hugo intervint sans le moindre tact.
Seol Jihu se lécha les lèvres, puis poussa un profond soupir de frustration.
Il comprenait ce qu’ils disaient, mais il ne pouvait pas s’y identifier du tout.
En réalité, des doutes naissaient en lui.
« …Vous n’aimez pas tant que ça la vie au Paradis, hein. »
La remarque tomba dans un murmure.
Chohong fronça les sourcils, et le sourire d’Hugo, jusque-là tout excité, s’effaça.
« Hé, ce n’est pas ce qu’on veut dire. »
« Oui, oui, j’ai compris. Un voyage à la plage, c’est sympa. Ceux qui veulent y aller devraient y aller. Se préparer au pire, c’est une bonne chose aussi. Je reconnais ça. »
Seol Jihu tourna autour du pot, laissant entendre qu’il ne fallait pas forcer qui que ce soit à participer.
« Parfait, faisons comme ça. Ah, au fait, je ne vous ai pas parlé du fruit et de la divinité, non ? »
Seol Jihu hocha la tête et changea de sujet d’un ton enjoué.
« Écoutez : c’est difficile de dire quoi que ce soit sur la divinité, mais le fruit, c’est incroyable. Son effet est… »
Il dut pourtant s’arrêter, car tout le monde le fixait. Certains semblaient perdus, d’autres jetaient des regards suspicieux.
Rien d’étonnant, vu l’attitude étrange de Seol Jihu.
Même Hugo, habituellement obtus, remarqua que Seol Jihu essayait de changer de sujet.
« Euh… Seol. »
Hugo prit prudemment la parole après un court silence.
« Tu détestes retourner sur Terre ? »
« …Non, ce n’est pas que je déteste ça. »
« Alors tu ne veux pas nous voir ? »
« Hugo. »
« C’est juste que… on a passé tellement de temps ensemble au Paradis… j’aurais aimé qu’on se voie aussi sur Terre… »
Hugo murmura, abattu.
Seol Jihu ferma les yeux de toutes ses forces.
Finalement, il fut décidé que Seol Jihu retournerait sur Terre.
Même s’il n’avait pas donné de réponse définitive sur le voyage, il semblait que tout le monde était partant.
Kim Hannah retourna sur Terre pour préparer les choses.
Lorsque le soleil disparut à l’horizon, le bâtiment de Valhalla devint animé.
Seol Jihu et les autres quittèrent le bâtiment après avoir réglé quelques affaires au Paradis.
En route vers le temple.
Tous discutaient joyeusement du voyage à venir, sauf Seol Jihu, qui restait silencieux.
En vérité, tout le monde savait.
Seol Jihu, qui depuis la guerre multipliait les farces à tout-va, était maintenant sérieux et silencieux. Il avait même l’air un peu en colère.
Même si ces regards furtifs l’agaçaient un peu, Seol Jihu n’en montra rien.
Il acceptait la nécessité de retourner sur Terre.
Mais qu’on l’y pousse ainsi…
Non.
Seol Jihu sourit amèrement en repensant sans cesse aux mots de Jang Maldong.
Il ne pouvait le nier.
Car la rage et l’anxiété mystérieuses qu’il ressentait maintenant étaient les mêmes qu’à l’époque où il n’avait pas d’argent pour jouer.
À moins qu’on ne le force comme maintenant, il n’aurait sans doute même pas envisagé de retourner sur Terre.
Il l’admettait…
Seol Jihu marchait, refoulant son mécontentement, et sans s’en rendre compte, il arriva au temple.
« Si tu vas directement à Hawaï dans la Zone 4, règle tes coordonnées. Pour le reste, envoie-nous un mail, d’accord ? »
Phi Sora fit un signe de la main devant le portail.
« Ouais ! À Hawaï, les amis ! »
Hugo cria, tout excité.
Seol Jihu ne dit rien. Il soupira une énième fois et gravit les marches.
Bien qu’il entendît quelqu’un l’appeler, il ne se retourna pas et se jeta dans le portail ondulant, couleur mer.
C’était son quatrième retour sur Terre.