« Att… ! »
Alors que Vulgaire Chasteté allait hurler « Attaque ! », elle sursauta par instinct.
« …Hein ? »
Elle ne savait pas pourquoi elle avait soudainement sursauté, ni pourquoi elle avait rentré la tête dans les épaules.
Rien n’avait changé dans le décor devant elle.
L’Arbre-Monde brûlait toujours, tout comme la Forteresse de Tigol.
« … »
C’était juste que… elle ressentait un infime décalage.
Non, peut-être devrait-elle plutôt dire que quelque chose semblait différent ?
C’était comme si la réalité devant elle n’était pas vraie.
Quelque chose de peu naturel, de légèrement dissonant… oui… comme si deux mondes se superposaient l’un sur l’autre.
Lorsque ses pensées atteignirent ce point, Vulgaire Chasteté inspira profondément.
« Le Monde… Astral… ? »
Cette sensation de séparation entre la réalité et ce qui se trouvait devant elle se renforça rapidement. Le temps que le doute devienne certitude…
[Tiens, tiens…]
« ? »
[Quel rire grossier.]
Une voix froide et moqueuse résonna soudain… Chak, accompagnée d’un claquement de mains.
« ! »
Vulgaire Chasteté leva brusquement la tête, les yeux écarquillés.
Le paysage devant elle s’éleva aussitôt.
Son visage pâlit. Elle flottait dans les airs un instant auparavant, mais elle était désormais en train de tomber sans s’en être aperçue. Avant qu’elle ne puisse bouger les ailes, qui s’étaient stoppées à son insu, ses pieds touchèrent le sol.
« … ! »
Une touche de confusion se mêla à son expression déjà hagarde.
Les piliers de feu qui embrasaient la forteresse avaient disparu sans qu’elle s’en rende compte.
L’Arbre-Monde ne brûlait plus non plus.
Le décor était exactement le même que lorsqu’elle était arrivée.
Comme si tout n’avait été qu’un rêve.
Que s’était-il passé ?
Regardant autour d’elle, hébétée, Vulgaire Chasteté…
[Voilà une bien belle expression.]
…leva les yeux à la voix soudaine.
Une femme élancée aux cheveux longs était assise au sommet de l’arbre desséché. Les jambes croisées, le menton posé sur le dos de la main, elle observait Vulgaire Chasteté avec un air joyeux.
Vulgaire Chasteté resta sans voix un instant, ressentant l’énergie extraordinaire émanant de cette femme.
Leurs regards se croisèrent. Les yeux de la femme étaient aussi calmes que l’océan.
[Qu’y a-t-il ?]
Ses yeux aguicheurs, ornés d’un grain de beauté, se courbèrent en forme de croissant de lune.
[As-tu fait un joli rêve ?]
Elle parla avec moquerie.
Vulgaire Chasteté sortit aussitôt de sa torpeur. Puis elle serra les dents.
Elle ne connaissait pas les détails, mais elle savait parfaitement qu’elle venait de se faire berner par cette maudite garce.
« Sale pute… ! »
Vulgaire Chasteté tendit le bras, les yeux écarquillés.
Kwaaaa !
Un pilier de feu jaillit de sa paume et fonça vers l’arbre mort.
Mais au moment où le brasier qui fonçait furieusement allait l’atteindre—
Chwaaaa !
Il se divisa en huit directions, comme bloqué par une barrière invisible.
Vulgaire Chasteté fronça les sourcils tandis que le sourire de la femme s’élargissait.
[Fufu.]
D’un rire léger, la femme disparut soudainement.
« Transfert instantané ? »
Un sort de haut niveau permettant d’échanger deux espaces.
Vulgaire Chasteté fut choquée qu’un tel sort ait été lancé sans incantation.
Ensuite, alors qu’elle tournait précipitamment la tête—
Cling !
Une gigantesque épine de glace jaillit soudain du sol et la transperça au ventre.
« Aaaaack ! »
Koong !
Vulgaire Chasteté cracha une gerbe de sang en s’écrasant contre le mur de la forteresse.
« Keuf, keuf ! »
Ses pupilles tremblèrent légèrement alors qu’elle toussait violemment.
Pendant un instant, elle ne comprit pas la situation.
[Pourquoi fais-tu semblant d’avoir mal ?]
La femme atterrit doucement au sol.
[C’était juste une petite salutation. Tu ne vas pas mourir de ça, si ?]
Alors qu’elle demandait cela avec un sourire, les lèvres de Vulgaire Chasteté tremblèrent.
Il y avait autre chose dont elle était désormais certaine.
Cette femme n’était pas humaine.
Elle débordait d’une énergie si puissante qu’il était impossible qu’elle ait été accumulée durant une vie humaine normale.
C’est à ce moment que les autres Commandants d’armée sentirent que quelque chose clochait. Ils avaient sacrifié deux armées pour permettre à Vulgaire Chasteté de percer en un seul coup.
Elle aurait dû avoir largement le temps de pulvériser le centre de la forteresse, et pourtant… aucune nouvelle.
« Que se passe-t-il… ? »
« … »
Patience explosive et Abominable Charité se retournèrent simultanément.
Pendant ce temps…
« Toi… »
Sentant une pression redoutable peser lentement sur elle, Vulgaire Chasteté demanda en inspirant profondément :
« Qui… qui es-tu !? »
[Qui je suis… ? Cela a-t-il de l’importance, dans cette situation ?]
La femme haussa les épaules en jouant avec un petit bloc de glace dans sa main gauche.
[Eh bien, puisque tu étais autrefois une escorte de luxe de l’Empire, il y a une chance que tu aies entendu mon nom.]
« Qu’est-ce que tu as dit !? »
Vulgaire Chasteté cria, choquée.
L’escorte de luxe de l’Empire.
Ce terme était couramment utilisé avant l’invasion des Parasites, à l’époque où l’Empire dominait le Paradis.
À l’époque, les succubes n’étaient que de misérables créatures traquées par les humains.
En raison de leur beauté et de leurs compétences sexuelles hors pair, elles étaient souvent capturées et offertes aux hauts dignitaires de l’Empire comme esclaves.
C’est ainsi qu’elles furent appelées escortes de luxe. Et c’est aussi pour cela que Vulgaire Chasteté haïssait tant les humains.
Le simple fait que cette femme connaisse ce terme signifiait qu’elle était une humaine de l’époque impériale.
« Impossible ! Je n’ai jamais vu une Magicienne de ton niveau à l’époque de l’Empire ! »
[Je suis désolée.]
La femme sourit avec éclat.
[Cette dame ne vient pas d’il y a quelques décennies, mais d’il y a plusieurs centaines d’années.]
« Q-Quoi ? »
La femme gloussa, puis soupira brusquement.
[Enfin bref.]
Regardant autour d’elle, elle claqua la langue.
[Un Nécromancien, une Banshee, une succube et un mort-vivant… Je suis surprise. Votre Reine a réussi à rassembler les créatures les plus immondes.]
Puis, le bloc de glace dans sa main fondit. La fleur de glace emprisonnée à l’intérieur apparut, et la femme en extirpa une petite essence translucide depuis son pistil.
Lorsqu’elle glissa l’essence de glace entre ses petites lèvres—
[Hm !]
Son aura changea instantanément.
Alors que son énergie déjà redoutable émettait désormais un froid extrême, la température chuta brutalement.
Un froid si mordant qu’il semblait capable de lui arracher la chair s’en dégagea.
[Je voulais éviter d’utiliser l’énergie anti-mal… mais après tout, ce n’est pas mon corps.]
« Ce n’est pas ton corps… ? »
Vulgaire Chasteté murmura, l’air absent, avant de faire « Ah ».
« La manifestation d’âme ! »
Elle comprit enfin.
Un titan d’un autre monde empruntait le corps de cette humaine pour parler.
Pourquoi ne l’avait-elle pas compris plus tôt ? C’était évident, ne serait-ce qu’au fait que sa voix ne sortait pas de ses cordes vocales, mais résonnait autour d’elle.
C’est alors.
[Je ferais bien de me préparer à accueillir les nouveaux invités.]
Le corps de la femme scintilla faiblement.
Un chapeau de sorcière apparut sur sa tête, et sa tenue devint une longue robe violette.
Une sphère lumineuse se forma devant ses yeux, se transforma en un long objet semblable à un balai, et se plaça sous elle.
[Bienvenue au banquet, ma chère première invitée.]
Avec un clin d’œil, la sorcière s’assit doucement sur le balai.
Le balai flottant tourna dans les airs, puis s’envola au loin.
La mâchoire de Vulgaire Chasteté s’ouvrit lentement alors qu’elle fixait la scène, abasourdie.
Les doigts gauche et droit de la sorcière formèrent des mudrās.
Elle ouvrit la bouche au même moment—
« ——. ———. ——. ———. »
…et entama une incantation.
C’était une triple incantation composée de trois sorts simultanés.
Ses dix doigts dansaient dans les airs comme sur un piano. La manière dont elle fermait les yeux et remuait la bouche évoquait un magnifique récital donné devant une foule nombreuse.
Voyant cela, un nom traversa l’esprit de Vulgaire Chasteté.
Il y a plusieurs siècles, à l’âge d’or de l’Empire, une femme régnait, disait-on, en maître sur les innombrables Magiciens de l’Empire.
Capable de réciter trois sorts à l’unisson, tout en amplifiant leur puissance, cette Magicienne surnommée la Sorcière rêveuse avait un jour mené à elle seule l’Empire au bord de la destruction.
« …C’est impossible ! »
Vulgaire Chasteté cria dans un déni total et libéra son énergie.
Cling ! Le cristal éclata et elle fut libérée.
Grimaçant de douleur alors que son ventre la lançait, elle pointa rapidement du doigt vers le ciel.
« Arrêtez-la ! »
À son cri strident, les succubes déployèrent aussitôt leurs ailes et s’élancèrent de tous côtés.
Pendant ce temps, le coin de la bouche de la sorcière se courba subtilement, l’un de ses yeux entrouvert.
Ensuite, alors que les succubes l’encerclaient de toutes parts, la femme étendit le bras comme une cheffe d’orchestre.
Puis…
Pang !
Quelque chose de stupéfiant se produisit.
Les succubes qui fonçaient vers elle furent toutes pulvérisées sans même avoir pu l’approcher.
Et pourtant, l’incantation et les gestes de la sorcière ne s’interrompirent pas.
Vulgaire Chasteté murmura, bouche bée :
« Roselle… Récital… »
Les yeux de Roselle se plissèrent, comme pour demander comment une misérable succube connaissait son nom.
La colère envahit Vulgaire Chasteté en voyant ce regard arrogant, mais une bourrasque tranchante la fit tressaillir.
Ziiiiiiou !
Un gigantesque tourbillon de froid entoura la sorcière.
La tempête déchaînée diminua rapidement de taille jusqu’à se compacter dans ses paumes ouvertes.
À ce moment-là, voyant deux armées approcher, Vulgaire Chasteté murmura malgré elle :
« N-Non. »
Elle ressentait une intention meurtrière concentrée dans l’orbe que la sorcière tenait.
[Yuri, vous disiez vouloir emprunter la Voie du mana, n’est-ce pas ?]
Quoi qu’il en soit—
[Regardez bien.]
Eun Yuri… non, Roselle, qui empruntait le corps d’Eun Yuri, chuchota :
[Voici l’art suprême des Magiciens poursuivant la Voie du mana !]
Puis, voyant deux Commandants d’armée foncer vers elle, Roselle eut un large sourire.
« N-N’approchez pas !! »
Alors que Vulgaire Chasteté hurlait de panique, Roselle leva la main bien haut.
— GÈLE !
Craque !
L’orbe se fissura, libérant une énergie glaciale extrême.
Devant, derrière, à gauche, à droite — dans toutes les directions —, en tout, quarante-huit faisceaux d’énergie jaillirent. L’espace où ils se croisaient se brisa, et les zones tranchées gelèrent.
Les faisceaux s’élancèrent, couvrant le champ de bataille tout entier, tandis que Roselle hurlait à pleine voix :
— MONDE !!
La technique ultime emblématique de Roselle, le Solo final, explosa.
Sa voix sirénique, chargée de mana, résonna dans les faisceaux. Puis, les énergies glacées, déchirant violemment l’espace, se transformèrent en ondes de choc—
Paaaaaaaaat !
Et se propagèrent à grande échelle.
En un instant, les cheveux de Vulgaire Chasteté s’agitèrent follement.
Kwang !
Elle venait à peine de se dégager du mur de la forteresse, mais elle y fut à nouveau projetée, enfoncée encore plus profondément.
« Kyaaaaaaaaa ! »
Finalement, incapable de résister à la tempête glaciale, elle hurla tout en se couvrant le visage.
« Q-Quoi !? »
Patience explosive, qui s’approchait, fut également repoussée.
« Merde… ! »
Abominable Charité s’arrêta précipitamment et tenta de rebrousser chemin.
Mais il était déjà trop tard.
Comme une tempête furieuse balayant tout sur son passage, une énergie glaciale recouvrit le ciel.
Les nuages gelèrent, la neige se mit à tomber, et la grêle s’abattit. La terre elle-même gela. Partout où passait l’onde de choc glaciale, tout devenait recouvert de givre.
Bientôt, le paysage devint une étendue enneigée silencieuse. La forteresse comprise, un froid mordant se répandit dans chaque recoin du champ de bataille.
C’était comme si des dizaines de puissants sorts de Blizzard avaient été lancés simultanément, comme si le monde avait réellement gelé.
Mais ce qui surprit véritablement, c’est que les membres de la Fédération et de l’humanité n’étaient pas affectés. Bien qu’ils fussent figés de stupeur face à ce retournement de situation, la glace ne les avait pas touchés.
Le mana surhumain de Roselle était déjà stupéfiant, mais son contrôle du mana relevait de l’art divin.
Avec un seul sort, elle avait temporairement réduit au silence les Parasites qui se déchaînaient comme un feu de brousse.
Même la Reine des Parasites fut grandement secouée par cette vision.
Elle s’était déjà levée à moitié. Sa surprise était telle que son postérieur ne touchait plus le trône, et son cou était tendu vers l’image couverte de givre.
[Qu’est-ce que…]
Elle était à court de mots.
Elle avait pressenti un grand danger. Mais il restait encore de l’espoir. C’est pourquoi elle avait exhorté les Commandants d’armée à lancer une attaque totale.
Elle s’attendait pleinement à réussir lorsque Vulgaire Chasteté avait franchi le mur de la forteresse et atteint le centre. Mais…
[C’est…]
Une puissante sorcière était apparue de nulle part et avait ruiné son plan pourtant bien élaboré.
Elle pouvait tolérer qu’on vienne troubler son plan à la dernière minute une ou deux fois. Mais là, elle restait bouche bée devant l’absurdité de voir cela se reproduire à chaque moment crucial.
Bien sûr, ce n’était pas encore fini.
Les Commandants d’armée n’avaient été que repoussés par la tempête de froid. Ils étaient encore en vie.
La tempête avait sûrement anéanti les soldats les plus faibles, mais les plus puissants ne tarderaient pas à se libérer de la glace.
Et même si ce n’était pas le cas, l’armée pouvait simplement être reconstituée sur place.
Oui, la guerre n’était pas encore terminée.
Mais le problème, c’est que l’attaque précédente avait retardé la chute du centre de la Forteresse de Tigol de quelques dizaines de secondes.
On pourrait dire que ce n’étaient que quelques dizaines de secondes.
Mais ce qui venait de se produire ne pouvait en aucun cas se résumer à seulement quelques dizaines de secondes.
Ces secondes suffisaient à bouleverser l’histoire et l’avenir de la Fédération, de l’humanité, et donc de tout le Paradis.
[…]
Le regard figé, la Reine des Parasites leva lentement la tête.
Bientôt—
[…Je.]
Ses yeux, tournés vers les astres, se fermèrent lentement, comme si elle pressentait intuitivement ce qui allait suivre.
[Me suis-je encore trompée… ?]
Dans la grande salle vide, la voix creuse de la Reine résonna.
Pendant ce temps…
Le chaos qui s’était abattu sur la Forteresse de Tigol se dissipa rapidement.
« Que s’est-il passé… ? »
Une Fée du Ciel, qui pleurait à genoux, balaya les environs du regard, abasourdie.
Puis…
« …Ah ? »
En voyant l’air, elle cligna des yeux à plusieurs reprises, incrédule.
Une petite étincelle de lumière descendait lentement du ciel vers elle. La suivant du regard, elle baissa la tête.
La lumière tomba directement sur le dos de sa main et y pénétra. Aussitôt, ses forces l’abandonnèrent, et elle sentit quelque chose résonner en elle.
« Ah… Ah… ! »
Les yeux de la Fée du Ciel s’agrandirent, sa mâchoire tomba.
C’était une sensation familière, profondément gravée en elle.
Comment aurait-elle pu oublier ce sentiment ?
Tremblante, elle leva les mains avec précaution malgré la résonance temporaire.
« Mon pouvoir… revient… ? »
C’était le pouvoir des Esprits.
L’instant suivant, la Fée du Ciel leva les yeux avec difficulté.
« ! »
Elle n’était pas seule.
D’innombrables lumières scintillantes descendaient du ciel, illuminant le monde entier. Elles dansaient depuis les cieux, cherchant leur maître, et se posaient dans leurs mains.
Pas seulement chez les Fées du Ciel, mais aussi chez les Fées des Cavernes.
« Ah… Ah… »
Haletant, submergée par l’émotion, la Fée du Ciel tourna les yeux vers l’Arbre-Monde au loin.
Puis, elle leva son regard vers le ciel au-dessus de celui-ci. Les nuages sombres s’étaient fendus, et une lumière descendait de l’ouverture.
Non, la lumière tombait.
Elle ne rêvait pas, ce n’était pas une hallucination.
La lumière descendait bel et bien.
Kwaaaaaaaa !
Depuis le ciel fendu, un flot de lumière se déversa. Il enveloppa l’arbre mort, et bientôt, une large colonne de lumière reliant l’arbre et le ciel apparut.
Oui. Ce que tous, dans le Monde du Milieu, attendaient avec ferveur se produisait enfin.
La renaissance de l’Arbre-Monde—
« Ah… ! »
Et le retour du Roi.