Chapitre 339. Gèle, Monde ! (3)

Un festival inopportun commença dans le Royaume des Esprits.

Bien qu’il ne s’agît pas d’un banquet joyeux rempli de viande, d’alcool et de danses, les environs du lac central étaient en effervescence.

Ce n’était pas surprenant. Le monde avait frôlé la ruine. Mais avec la mort et la retraite des deux Commandants d’armée, le monde avait retrouvé la paix.

Et était-ce tout ?

Grâce à la croissance rapide de l’Arbre-Monde qui avait atteint l’âge adulte, les Rois des Esprits avaient également recouvré leurs pouvoirs. Avec la renaissance des Esprits qui étaient retournés au néant, comment n’auraient-ils pas été heureux ?

À un moment donné, tous les Esprits en liesse se tournèrent dans une même direction. Le tumulte cessa, remplacé par des murmures.

Flap… Flap…

Sous les battements d’ailes du phénix descendant du ciel, un groupe d’humains accourait précipitamment.

C’étaient les sauveurs du Royaume des Esprits, ceux qui avaient risqué leur vie pour combattre les Commandants d’armée.

Les yeux des jeunes Esprits s’illuminèrent.

Seol Jihu courait.

Il fut surpris en voyant l’arbre gigantesque qui ne rentrait même pas entièrement dans son champ de vision, ainsi que la multitude soudaine d’Esprits, mais il ne s’arrêta pas.

Il ne restait plus qu’un seul pas à faire.

La Forteresse de Tigol devait être en pleine bataille acharnée, et il n’y avait donc pas de temps à perdre à savourer leur victoire.

S’ils traînaient trop longtemps et laissaient la forteresse tomber à cause de quelques minutes de retard, ce serait son plus grand regret.

Aussi, lorsqu’il aperçut les cinq existences supposées être les Rois des Esprits, il cria de toutes ses forces :

« Forteresse de Tigol ! »

Sautant dans le lac, il cria à nouveau :

« Le passage menant à la Forteresse de Tigol— ! »

Mais il ne put terminer sa phrase, car plusieurs Esprits se jetèrent dans ses bras dès qu’il entra dans l’eau.

« A-Attendez ! »

[Humain ! C’est l’un de ces humains !]

« Ah ! Hé ! »

[Waouh ! Waouuuuuh !]

« Ce n’est pas le moment pour ça… ! »

[Merci ! Merci infiniment !!]

« Poussez-vous ! »

[Ah… ! Aaaang— !]

Seol Jihu secoua son bras à la hâte, et l’Esprit qu’il repoussa cligna des yeux avec stupeur avant d’éclater en sanglots.

« Ah, Seigneur… ! »

[Arrêtez.]

À ce moment-là, une voix grave résonna dans toute la zone.

Tous les Esprits se figèrent et tombèrent dans le silence. Même l’Esprit rouge qui pleurait amèrement s’arrêta net.

[Veuillez leur pardonner, humain.]

Seol se retourna. Un géant rouge et flamboyant l’observait depuis le ciel.

[Les Esprits de feu sont naturellement sincères dans leurs émotions, surtout lorsqu’ils sont submergés par elles.]

Seol Jihu n’avait jamais vu ce géant auparavant, mais l’énergie qu’il dégageait lui permit de deviner facilement qu’il s’agissait du Roi des Esprits du Feu, Ifrit.

« …Je ne l’ai pas fait exprès. »

Alors qu’il caressait la tête de l’Esprit qui sanglotait doucement, celui-ci esquissa un sourire tendre, comme s’il n’avait jamais pleuré.

Seol Jihu poussa un soupir avant de lever un regard ardent vers Ifrit.

[…Je le sais.]

Ifrit hocha la tête, comprenant visiblement la précipitation de Seol Jihu.

[Une fois devenu adulte, l’Arbre-Monde a aidé votre groupe à acculer le Commandant d’armée. Il a ensuite repris le contrôle du Royaume des Esprits et a immédiatement déversé son énergie pour donner naissance à une nouvelle vie.]

Naissance d’une nouvelle vie ?

Observant les alentours, Seol Jihu fit « Ah ». Il se demandait d’où venaient tous ces Esprits. Des Esprits de haut rang, incomparables aux Esprits de très bas et de bas rang, le fixaient au loin.

[Ce processus vient également de se terminer.]

Souriant doucement, Sylphide reprit la parole là où Ifrit s’était arrêté. Elle ne semblait plus affaiblie, la fraîcheur du vent transparaissait désormais dans sa voix.

[Ce qu’il reste à faire maintenant, c’est…]

Ssss, ssss !

Alors que Sylphide parlait, les branches de l’arbre se mirent soudain à trembler.

Quand Seol Jihu tourna les yeux vers le centre du lac, son expression changea peu à peu.

L’urgence qui l’habitait disparut, remplacée par la stupéfaction.

Se tenait là un frêne immense et majestueux qui dominait tout le lac. Il se dressait avec noblesse, semblant soutenir le ciel, et ses feuilles d’un vert éclatant dégageaient une aura céleste.

Un fruit rouge comme une pomme pendait aussi à son sommet, l’air terriblement succulent. Avec les lueurs ambrées qui voletaient autour de l’arbre comme si elles dansaient, ce paysage digne d’un tableau suffisait à émerveiller quiconque le contemplait.

La beauté noble de l’Arbre-Monde laissa Seol Jihu sans voix.

À cet instant, l’une des branches se baissa doucement. Elle se dirigea droit vers Seol Jihu, comme pour le désigner, et les feuilles suspendues frémirent doucement.

C’était presque comme si elle l’invitait timidement à s’approcher.

Une brise douce souffla alors que Sylphide agitait la main avec un petit rire.

« Uuuuh… »

En conséquence, Seol Jihu et les membres de l’expédition derrière lui furent poussés à travers le lac.

Une fois déposés devant l’Arbre-Monde, les branches descendirent et entourèrent fermement Seol Jihu.

Les feuilles frémissantes caressaient ses joues, semblables à un nouveau-né reconnaissant sa mère et courant dans ses bras.

[Vous faites erreur, vénérable Arbre-Monde. C’est bien lui qui vous a aidé à naître, mais il est humain. Ce n’est pas votre père.]

Sylphide dit quelque chose que Seol Jihu ne comprit pas, alors il resta immobile.

À vrai dire, la sensation était plutôt agréable. Lorsqu’il inspira profondément l’air pur dégagé par les feuilles, son vertige sembla se dissiper, comme purifié.

Ssss…

…Hein ?

Non, ce n’était pas juste une impression.

Lorsque la lumière qui luisait doucement toucha Seol Jihu et les autres membres de l’expédition, leur corps changea réellement.

Toutes les blessures, grandes ou petites, disparurent, une peau neuve germa, et la vitalité afflua dans leurs corps fatigués. Une énergie pure et limpide jaillit du fond d’eux et les emplit comme l’eau d’un fleuve.

Seol Jihu gémit faiblement alors que du mana pur entrait en ébullition, apaisant ses circuits magiques en souffrance. Ce ne fut que lorsqu’un objet tomba sur sa tête qu’il sortit de sa torpeur.

Il sursauta, puis attrapa des deux mains ce qui avait roulé de sa tête.

Ce qui l’avait frappé n’était autre que le fruit rouge comme une pomme qui pendait au sommet de l’Arbre-Monde.

[Oh là là.]

Sylphide, qui observait la scène avec ravissement, laissa échapper une exclamation douce.

[C’est le tout premier fruit de l’Arbre-Monde, qui ne peut exister qu’une fois qu’il atteint l’âge adulte… Il doit vraiment vous apprécier.]

Seol Jihu fit tourner le fruit frais entre ses mains.

Ça a l’air incroyable…

Il reconnut ainsi la gratitude de l’Arbre-Monde et se sentit touché de recevoir un tel présent.

Mais ce n’était pas ce qui comptait maintenant.

[Ne vous inquiétez pas, humain.]

Ayant perçu l’inquiétude de Seol Jihu, Ifrit répondit calmement.

[Vous voyez les lumières qui flottent autour du vénérable Arbre-Monde ?]

« O-Oui. »

[Le vénérable Arbre-Monde est déjà en train d’exaucer votre vœu. Il a commencé dès qu’il a terminé de donner naissance à la nouvelle vie.]

Cela signifie donc…

Seol Jihu hocha inconsciemment la tête.

Il ne comprenait pas exactement ce qui se passait, mais il avait l’impression que l’Arbre-Monde faisait de son mieux.

Je suis soulagé de l’apprendre, mais…

Seol Jihu demanda :

« Combien de temps cela prendra-t-il ? »

[Je ne sais pas. Se connecter au Monde du Milieu et créer un nouvel avatar dans la Forteresse de Tigol n’est pas une tâche aisée.]

Bien qu’il dît cela, Ifrit esquissa un sourire doux.

[Mais le vénérable Arbre-Monde est une existence qui rivalise avec un dieu.]

[Et comme il vient juste d’atteindre l’âge adulte, son pouvoir est à son apogée. Cela ne devrait pas prendre longtemps. Quelques minutes devraient suffire.]

Quelques minutes…

Même si ce n’était pas assez pour le satisfaire, Seol Jihu ravala ses mots. Cela semblait être le meilleur scénario possible.

[Quoi qu’il en soit, penser qu’il vous offrirait le premier Yggdrasil… Je ne m’y attendais pas.]

[Il possède certainement les qualifications pour le recevoir.]

[Je l’admets.]

Ifrit acquiesça, puis se redressa.

[Puisque le vénérable Arbre-Monde vous a reconnu, il est juste que nous exprimions aussi notre gratitude et notre respect.]

À commencer par Ifrit, les quatre autres Rois des Esprits bougèrent.

Sylphide s’inclina poliment, les mains jointes sur son nombril. Ea exécuta une révérence gracieuse, une main sur la poitrine. Les autres exprimèrent chacun leur reconnaissance à leur manière.

Et ce ne furent pas seulement les Rois.

Les Esprits alentour, au service de ces Rois, s’inclinèrent aussi.

Seol Jihu se gratta la joue. Il ressentait sincèrement leur reconnaissance, mais ce genre de situation l’avait toujours mis mal à l’aise.

[Vous avez ressuscité le dieu que nous servons et sauvé le monde dans lequel nous vivons. Vous méritez notre admiration et notre vénération.]

Ifrit insista à nouveau, puis demanda soudainement :

[Y a-t-il quelque chose que vous souhaitez particulièrement ?]

« Quelque chose que je souhaite ? »

[Nous désirons vous remercier pour tout ce que vous avez fait. Nous n’hésiterons pas à exaucer n’importe quel vœu, tant qu’il est à notre portée.]

Seol Jihu réfléchit profondément.

Même s’ils lui proposaient cela, il n’y avait pas vraiment de chose en particulier qui lui venait en tête.

Il envisagea de demander aux Esprits de se battre de toutes leurs forces contre les Parasites, mais ils semblaient déjà prêts à le faire.

« Je ne sais pas. Je ne pense pas vraiment à— »

Mais avant qu’il ne puisse finir, quelque chose s’interposa sur le côté.

En se retournant par réflexe, Seol Jihu aperçut le phénix qui tendait son long cou, et sursauta.

« Q-Qu’est-ce qu’il y a ? »

— Partenaire, prête-moi ton oreille.

Le phénix lui murmura rapidement quelque chose, et les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent.

« Hmm ? »

— Tu peux répéter mot pour mot ce que j’ai dit.

« Mais qu’est-ce que ça signifie ? »

— À ton avis ? Ce sont des paroles magiques qui forceront ces imbéciles à agir. Ce monde ne peut pas continuer ainsi. Un changement est nécessaire.

Seol Jihu leva les yeux vers les Rois des Esprits, l’air perplexe.

« Euh, je ne souhaite rien de particulier, mais… kuhum. »

S’éclaircissant la gorge, il rapporta ce qu’il avait entendu.

« J’aimerais que vous pardonniez désormais aux Fées des Cavernes. »

À ces mots, Baek Haeju fronça les sourcils et tourna vivement la tête vers Seol Jihu.

[…]

Les Rois des Esprits ne répondirent pas immédiatement.

Après un court silence, Ifrit croisa les bras et soupira.

[Lui apprendre des choses inutiles…]

— Inutile ?

Le phénix fronça les sourcils.

— Idiots. Vous comptez vraiment rester figés dans le passé après la tragédie quasi irrémédiable que ce monde vient de traverser ?

[Mais.]

— Mais mon cul. Le Royaume des Esprits a été sauvé. Et c’est grâce à mon partenaire et ses compagnons.

Le phénix ne haussa pas la voix, mais son ton moqueur était clair.

— Mais ces gens doivent bientôt partir. Et si les Parasites attaquent à nouveau ? Que ferez-vous alors ?

[Ça n’arrivera pas.]

— Ça n’arrivera pas ? Quoi, vous allez encore appeler à l’aide ?

Ifrit se tut.

— Vous le savez, si nous avons sauvé le Royaume des Esprits cette fois, c’est grâce à la chance, un miracle né d’une accumulation de coïncidences !

[Mm…]

— Si vous n’aviez pas été aussi obstinés, nous n’aurions même pas eu à venir. Vous imaginez le nombre de choses à gérer dans le Monde du Milieu ? Nous n’avons pas le temps de nous occuper d’ici !

[…]

— Si vous refusez de faire des compromis et qu’une autre catastrophe se produit… alors le Royaume des Esprits n’aura d’autre choix que de courir à sa destruction totale. Gardez-le bien en tête, abrutis.

Ifrit fit claquer ses lèvres face à la sévère réprimande du phénix.

[Je n’ai rien à répondre…]

[J’accepte cette requête.]

Alors qu’Ifrit murmurait amèrement, le Roi des Esprits de l’Eau, Aqua, prit la parole d’une voix sereine.

[Ce qu’a dit le vénérable Arcus est juste. Nous nous étions préparés à affronter les Commandants d’armée, mais nous avons été trop facilement vaincus.]

[En effet. Si nous ne changeons pas, cela se reproduira aisément.]

Sylphide approuva Aqua et accepta aussi la requête.

[Voilà ce que nous devons éviter à tout prix. Le péché des Fées des Cavernes ne peut être lavé, mais nous devons tout de même libérer les deux Seigneurs.]

Ainsi, deux Rois des Esprits votèrent en faveur de la requête de Seol Jihu.

Ifrit se tourna vers les deux restants.

[Eh bien… Les Fées des Cavernes et celles du Ciel coopèrent déjà dans le Monde du Milieu. Je pense aussi que nous devons nous concentrer sur notre ennemi commun.]

Le Roi des Esprits de la Terre donna son accord à contrecœur, de façon quelque peu ambiguë.

Ea ne dit rien. Elle se contenta de détourner la tête avec un grognement. Il était clair qu’elle n’était pas ravie, mais elle semblait comprendre qu’on n’y pouvait rien.

[Comme la majorité des Rois des Esprits sont d’accord… Huuu.]

Ifrit poussa un long soupir avant de poser un regard profond sur Seol Jihu.

[Humain… non, notre sauveur.]

Il poursuivit d’une voix claire, bien qu’hésitante.

[Est-ce vraiment votre souhait ?]

« Oui. Je vous en prie, pardonnez désormais aux Fées des Cavernes. »

Seol Jihu acquiesça immédiatement.

[Dans ce cas… qu’il en soit ainsi. Après tout, c’est la requête de notre sauveur… et cela nous sera bénéfique à long terme.]

Après un moment d’hésitation, il déclara avec détermination :

[…Nous acceptons votre requête !]

Baek Haeju et quelques autres écarquillèrent les yeux d’incrédulité.

[Moi, Ifrit, représentant tous les Esprits, promets par la présente de pardonner aux Fées des Cavernes.]

[Dès maintenant, Ophinü Odor sera libéré, entraînant la libération de Diffidem Odor.]

[Mais que cela soit clair, ceci n’est pas de notre propre volonté, mais uniquement dû à la requête de notre sauveur.]

Philip Muller en resta bouche bée. Seo Yuhui et Agnes regardèrent Seol Jihu avec des expressions abasourdies.

Ils connaissaient l’histoire — ce qui s’était passé dans le passé, pourquoi les Fées s’étaient séparées, et pourquoi les Fées des Cavernes étaient devenues aveugles et se couvraient les yeux de bandeaux.

Mais les Rois des Esprits venaient d’accepter la requête de Seol Jihu et de jurer de pardonner aux Fées des Cavernes.

L’hostilité enracinée entre les Fées, insoluble depuis des milliers d’années, venait d’être levée.

À tout le moins, cela devait représenter un nombre astronomique de points de contribution.

— …Hmph.

Le phénix ricana.

— Bien. Vous avez enfin compris ce qui est important.

« Merci. »

Bien qu’il exprimât sa gratitude, Seol Jihu affichait toujours un air confus, ignorant tout ou presque du passé entre les Esprits et les Fées.

« Je ne connais pas tous les détails… mais j’espère que vous ne verrez pas trop mal cette décision. Comme on dit, l’ennemi de ton ennemi est ton ami. »

[L’ennemi de ton ennemi est ton ami…]

Ifrit répéta les mots de Seol Jihu, puis laissa échapper un petit rire.

[C’est en effet l’expression parfaite pour cette situation.]

Dès qu’Ifrit eut terminé, les branches de l’Arbre-Monde, y compris celles enroulées autour de Seol Jihu, se redressèrent lentement.

Woooooong !

Un vrombissement puissant résonna, et les cinq Rois des Esprits se tournèrent simultanément.

Au même moment, la vision de Seol Jihu devint jaune éclatant.

Chohong cria :

« L’Arbre-Monde… ! »

…brillait.

Les lumières autour de l’Arbre-Monde s’étaient réunies, et l’arbre entier irradiait d’une lumière dorée éclatante.

Ce n’était pas tout. Comme pour résonner avec ce phénomène, les corps des membres de l’expédition se mirent aussi à scintiller de la même lumière.

Seol Jihu leva lentement les mains.

Ses mains brillantes se désintégrèrent en une fine pluie de lumière qui flotta dans l’air. Cette lumière s’éleva et fut absorbée par l’Arbre-Monde.

« C’est… »

[Les préparatifs semblent achevés.]

Ifrit parla doucement, puis leva la tête.

[Oui, c’est prêt.]

Ensuite, tandis que Seol Jihu et les autres levaient les yeux—

Kwaaaaaaaa !

L’Arbre-Monde entier se transforma soudainement en un immense amas de lumière et s’élança dans le ciel.

En un instant, une magnifique colonne lumineuse se dressa, perçant le ciel jusqu’à l’espace.

À ce moment-là, la moitié du corps de Seol Jihu s’était déjà dispersée. Tandis que sa conscience s’évanouissait lentement, il se sentit happé au loin.

Et alors que sa vision devenait blanche…

[Merci. De nous avoir donné une chance de nous venger.]

Ce que Seol Jihu entendit…

[On se retrouve à la Forteresse de Tigol… !]

…fut la voix digne d’Ifrit, qui s’élevait avec force.

Pendant ce temps, à la Forteresse de Tigol, la Fédération et l’humanité livraient une bataille acharnée qu’on ne pouvait qualifier que de chaos total.

Un combat sanglant avait éclaté dès que les Parasites avaient lancé leur attaque totale.

« Les Banshees arrivent ! »

« Quoi ? »

Gabriel regarda précipitamment par-delà le mur de la forteresse. Comme on le lui avait dit, des âmes hideuses fonçaient vers la forteresse à une vitesse effrayante.

« Elles chargent frontalement tout d’un coup… ? Non. »

Gabriel serra les dents.

« Préparez les Tonnerres ! Formez un filet de feu ! »

Elle se mordit la lèvre, anxieuse, même en donnant ses ordres.

Les forces principales des Parasites arrivèrent enfin à la forteresse.

D’un côté, ils tentaient de percer. De l’autre, ils essayaient de les arrêter.

Il allait de soi que les premiers bénéficiaient d’un avantage écrasant.

Mais cela ne signifiait pas que les défenseurs allaient rester les bras croisés.

« Feu ! »

Gabriel ordonna aux soldats de la Fédération de tirer, et les Fées du Ciel s’envolèrent en portant les Tonnerres dans leurs mains.

KIAAAAAAAA !

Les Banshees hurlèrent comme si elles n’avaient pas peur de la mort.

Flash !

Une immense lumière s’empara du ciel, suivie d’un bang sonique qui résonna dans toute la terre.

« Keeeeu ! »

« Aaaaack ! »

Les membres de la Fédération proches de l’épicentre du bang sonique s’effondrèrent en hurlant.

Tous se bouchèrent les oreilles, secoués de spasmes et grimaçant de douleur.

« Euuuu… ! »

Gabriel chancela elle aussi.

Le seul soulagement, c’était que la détonation des Tonnerres avait été légèrement amortie.

Elle s’accrocha au mur pour retrouver son équilibre, mais elle fronça les sourcils en voyant une vague de succubes apparaître dans le sillage de la lumière disparue.

Juste au moment où elle s’apprêtait à réagir—

« ? »

Elle s’arrêta.

Au lieu d’attaquer, les succubes traversèrent paresseusement le ciel.

Chacune ramassa un cadavre au hasard, franchit le mur de la forteresse et s’envola vers le point le plus élevé de Tigol.

« Qu’est-ce que… »

Gabriel regarda Vulgaire Chasteté, hébétée.

Ne me dis pas que…

Puis, ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’elle comprit enfin l’intention de Vulgaire Chasteté.

« ARRÊTEEEZ-LAAAA ! »

Alors qu’elle hurlait de toutes ses forces, les soldats positionnés dans le passage menant au sommet s’élancèrent en urgence.

Mais quand les Anges Déchus et les Fées du Ciel déployèrent leurs ailes pour s’élever, les succubes jetèrent les cadavres qu’elles portaient, comme si elles n’attendaient que cela.

Plop, plop ! Les corps tombés au sol vomirent du sang noir-rougeâtre. Ce sang, en bouillonnant, donna naissance à des monstres.

C’étaient les Golems de sang, l’armée d’Abominable Charité.

Guooooooo !

Alors que les Golems de sang rugissaient férocement et fonçaient, une bataille chaotique éclata en plein cœur du passage.

Pendant ce temps, Vulgaire Chasteté menait les succubes jusqu’au point le plus élevé du centre de la forteresse, là où se trouvait l’Arbre-Monde.

Gabriel ne comprenait pas pourquoi les Parasites gaspillaient ainsi leur précieuse armée, de manière si inefficace, pour viser un Arbre-Monde déjà mort.

Elle laissa tomber la main, impuissante. Elle voulut dire quelque chose, mais aucun mot ne sortit.

Quelle que soit l’intention des Parasites, elle leur avait permis d’entrer dans la forteresse.

Deux armées, en fait !

Même si leurs actions dépassaient toutes ses attentes, elle ne pouvait vraiment rien contre une percée qui faisait fi de tout le reste.

« … »

Gabriel se mit soudain à rire, en pensant : Aurions-nous dû économiser les Tonnerres ?

En vérité, elle le savait.

Elle savait que la Forteresse de Tigol, sans la protection de l’Arbre-Monde et des pouvoirs des Esprits, n’était qu’un immense mur qui s’effondrerait aisément si l’ennemi attaquait sérieusement.

C’est pourquoi Gabriel ne dit rien.

Car désormais, ils devraient affronter leurs ennemis à l’intérieur des murs, et il était évident qu’ils ne tiendraient pas longtemps.

En d’autres termes, peu importait la résistance qu’ils opposeraient à partir de maintenant, elle serait vaine.

Grondement !

À cet instant, la statue de pierre située sur la falaise changea de couleur et s’effondra, comme pour annoncer le sort funeste de la Fédération.

Les yeux de Yuirel se ternirent en voyant cela.

Cela signifiait que l’infestation des Nids avait atteint la forteresse.

« Déjà… »

Combattre quatre armées était déjà une tâche difficile. Et maintenant, les murs eux-mêmes commençaient à tomber.

Koong !

Le son de la statue s’écrasant au sol et se brisant, mêlé aux cris et hurlements environnants, résonnait comme un prélude à la fin.

« C’est… »

Yuirel baissa la tête et soupira.

« Vraiment… la fin… »

Chaque mot arraché de sa gorge débordait de désespoir.

Au final, elle regarda fixement les succubes qui s’éloignaient.

« Si seulement nous avions le pouvoir des Esprits… ! »

Soudain, une Fée du Ciel tomba à genoux en hurlant de désespoir.

Ses yeux, levés vers l’Arbre-Monde avec amertume, se vidèrent…

« Heheuk ! »

Puis elle éclata en sanglots.

Peut-être parce que son désespoir et sa frustration étaient si palpables, ses larmes se propagèrent rapidement aux alentours.

« Keuk… ! »

Même les Hommes-Bêtes gravement blessés, haletant à cause de leurs plaies, pleurèrent d’indignation.

« Heuk… kkeuk… »

Et les Nains, qui forgeaient encore de nouveaux Tonnerres malgré tout, furent eux aussi envahis par les larmes.

Des sanglots commencèrent à résonner dans toute la forteresse.

Ils étaient prêts à résister jusqu’à la toute fin, mais ils ne pouvaient retenir leurs larmes.

Parce qu’ils sentaient, comme Yuirel l’avait dit, que c’était la fin.

Vulgaire Chasteté ne s’arrêta qu’une fois arrivée au sommet dominant toute la forteresse.

Depuis cet endroit, la forteresse entière semblait tenir dans le creux de sa main.

L’arbre mort au centre de la forteresse aussi.

Qu’est-ce que c’est ?

Elle pencha la tête en observant l’état de l’Arbre-Monde.

L’arbre était desséché dans un état pitoyable, exactement comme elle l’avait prévu.

Il est toujours le même, alors pourquoi…

Elle aperçut des centaines de soldats et une grande stèle protégeant l’Arbre-Monde, mais aucun ne semblait particulièrement menaçant.

Quelle que soit la façon dont elle envisageait la situation, cela ne justifiait pas de sacrifier l’armée de Patience explosive aux Tonnerres et de jeter celle d’Abominable Charité au centre de la forteresse.

Non.

Cependant, Vulgaire Chasteté secoua bientôt la tête.

La Reine devait avoir ses raisons.

Il n’était pas du ressort d’une simple servante comme elle de la remettre en question.

Ce qu’elle devait faire maintenant, c’était apaiser la colère de la Reine au plus vite.

Bien que la stèle légèrement brillante la dérangeât quelque peu, Vulgaire Chasteté n’y prêta pas attention et ouvrit les bras.

Puis—

« BRÛLE ! »

Au moment où elle relâcha l’énergie qu’elle avait comprimée— !

BOUUUUUM !

Une gigantesque colonne de flammes surgit du pied de l’arbre mort et l’engloutit complètement.

Et ce n’était pas tout. De la lave jaillit du sol tel un geyser. Un véritable banquet de feu embrasa toute la forteresse !

« Ahahahahahaha ! »

Au milieu des piliers de feu s’élevant vers le ciel, Vulgaire Chasteté se renversa en arrière et éclata de rire.

« Vous avez vu ça, ma Reine !? »

Se retournant avec un sourire rayonnant, elle pointa le doigt vers le bas, les yeux levés vers l’immense image dans le ciel.

« Regardez ! L’Arbre-Monde et la forteresse sont en train de brûler ! »

La Forteresse de Tigol n’était plus qu’une mer de flammes, comme elle l’avait dit. L’Arbre-Monde devenait noir, calciné par les flammes.

« Attendez encore un peu, Reine ! Moi, Vulgaire Chasteté, vais accomplir votre ordre et réduire cette forteresse en cendres une bonne fois pour toutes— ! »

S’exclamant fièrement, Vulgaire Chasteté fit un signe de la main à son armée de succubes.

« Maintenant ! Que tout le monde… ! »

C’est alors.