Je m’en doutais.
Étant donné qu’elle était enfermée dans une cellule close, sans une seule lueur de lumière, il n’était pas si absurde qu’elle veuille sortir par tous les moyens.
Mais Hoshino Urara était une criminelle inscrite à la Notice rouge, coupable d’une infraction grave. En raison de la nature de son crime, on ne pouvait pas la libérer à la légère.
Pour être habilité à prendre une telle décision, il fallait être la reine d’Eva, l’administrateur royal, ou le représentant du partenaire royal d’Eva.
C’est là qu’Adam Galaev a dû être bloqué.
Il lui aurait fallu l’aide d’Evangeline Rose pour faire libérer Hoshino Urara, et il avait dû se retrouver dans une impasse face à ses refus constants.
Mais Seol Jihu était différent. Il était la figure incontestée numéro un parmi les Terriens d’Eva. L’administrateur royal comme la reine lui faisaient pleinement confiance.
S’il demandait la libération d’Hoshino Urara, il y avait de bonnes chances que sa requête soit sérieusement prise en considération.
Bien sûr, le scénario idéal restait qu’Hoshino Urara dise la vérité de son propre chef, avant qu’il n’ait à recourir à cette solution.
C’était la raison pour laquelle il avait amené Kim Hannah. Puisqu’elle avait réussi à faire parler Jung Sua, il pensait qu’elle pourrait faire de même cette fois encore.
« Kim Hannah. »
Seol Jihu lui lança un regard plein de sous-entendus. Mais à sa surprise, Kim Hannah affichait une expression embêtée.
Avec sa façon habituelle de régler ce genre d’affaires, il s’attendait à entendre : Oui, Monsieur le Représentant. Mais là, elle se contentait de faire claquer ses lèvres, les yeux légèrement plissés.
« Qu’y a-t-il ? »
Quand Seol Jihu posa la question, Kim Hannah poussa un léger soupir.
« Elle va être un peu difficile. »
Seol Jihu en resta bouche bée. Il ne l’avait jamais vue aussi peu sûre d’elle.
« Nous sommes en position de faiblesse. Nous avons quelque chose à perdre, pas elle. Et puis— »
Kim Hannah secoua la tête avant de continuer :
« Hoshino Urara est une vraie folle. Elle était déjà connue pour ses excentricités, même avant le massacre indiscriminé. »
« V-Vraiment ? »
« Oui. Tu as entendu parler des Six Folles, pas vrai ? La Démone de l’Argent, la Vierge de l’Abattoir, la Bouchère d’Haramark, le Faucon de Guerre, et le Trouble Explosif Intermittent. Parmi elles, Hoshino Urara est célèbre comme une version évoluée de Claire Agnes. Parce qu’elle, son déclencheur est toujours activé. »
Seol Jihu voulut lui demander pourquoi elle avait commodément oublié de mentionner l’une des Folles, mais il se retint.
« Donc notre seule option, c’est de faire appel à la famille royale ? »
« Je pense que c’est la méthode la plus simple et la moins chronophage. »
Seol Jihu jeta un regard peu satisfait à la femme allongée au sol.
…Je suppose qu’il n’y a pas d’autre choix.
Au final, il fit demi-tour et partit.
« Inacceptable !! »
Un ordre glacial retentit.
Seol Jihu redressa la tête, pris de court. Il s’était rendu auprès de la reine pour demander la libération d’Hoshino Urara, mais il avait été fermement rejeté.
« Hoshino Urara est une criminelle inscrite à la Notice rouge qui a commis des péchés graves contre la ville d’Eva. Elle a tué à la fois des Paradisiens et des Terriens, ce qui la rend encore plus dangereuse. Comment pouvez-vous proposer la libération de cette terroriste alors que nous ignorons quand et où elle pourrait à nouveau semer le chaos !? »
Elle poursuivit :
« Je comprends votre point de vue, mais je suis la reine d’Eva. Je dois donner la priorité à la sécurité de mon peuple, avant tout. Je ne peux donc pas accorder cette permission royale. »
Elle avança même un argument raisonnable.
Seol Jihu fixa Charlotte Aria, assise sur son trône, rayonnante de fureur, puis se tourna discrètement vers l’administrateur royal. Sorg Kühne semblait tout aussi décontenancé que Seol Jihu, son visage disant clairement : Vous avez mangé quelque chose de travers, Votre Majesté ?
La réaction normale de la reine aurait été : Hm~ D’accord, Jihu~ Fais comme tu veux~
Mais aujourd’hui, sa réaction était différente de d’habitude, presque comme si elle lui en voulait de quelque chose.
« V-Votre Majesté, c’est une demande du Représentant Seol. Il doit avoir ses raisons de vouloir la libération d’Hoshino Urara. Peut-être faudrait-il y réfléchir davantage… »
Sorg Kühne s’inclina en hâte.
D’ordinaire, Charlotte Aria aurait soutenu Seol Jihu. Là, on aurait dit que les rôles étaient inversés.
« Hm… En effet, les contributions du Représentant Seol doivent être prises en compte… »
Charlotte Aria ferma les yeux et feignit délibérément de réfléchir. Elle soupira ensuite avant de parler comme si elle n’y pouvait rien.
« Si vous insistez, je reconsidérerai. Comme vous le savez, Hoshino Urara est une personne très dangereuse. Rien qu’en imaginant une criminelle de la Notice rouge se baladant dans Eva, mon cœur bat à toute allure. »
« Oui. »
« Mais ce que vous dites a aussi du sens. Ce n’est clairement pas le moment de débattre. Il nous faut un compromis. »
« Un compromis ? »
Charlotte Aria hocha solennellement la tête.
« Vu les circonstances, je peux autoriser la libération d’Hoshino Urara. Mais vous aurez également pour tâche d’apaiser mon cœur. »
« Que voulez-vous dire par là… ? »
« C’est simple. Vous devrez passer au palais tous les jours pour une audience avec moi. Et vous devrez me faire un rapport sur les actions et l’état d’Hoshino Urara. »
Charlotte Aria insista ensuite pour qu’il ne manque pas un seul jour.
Seol Jihu pencha la tête. Cela ne paraissait pas absurde, mais quelque chose clochait. Il lança donc un appât.
« Entendu. Mais puisque Votre Majesté est occupée à étudier la discipline de Lady Roselle, puis-je faire ce rapport à l’administrateur royal ces jours-là ? »
« Non ! Impossible ! »
Charlotte piqua une crise, bien que la suggestion soit raisonnable.
« Vous devez me faire votre rapport. Vous le devez ! »
« … »
Seol Jihu fixa Charlotte Aria. L’administrateur royal aussi.
Sous le regard insistant des deux hommes, Charlotte Aria détourna les yeux.
« N-Non, je… »
Elle marmonna ensuite d’une voix hésitante, retrouvant son attitude timide habituelle.
« C’est queee… Vous savez bieeen… Il n’est pas venu me voir ces derniers temps… et il n’est jamais là quand je vais à Valhalla… »
En d’autres termes, elle boudait, et profitait de l’occasion pour forcer Seol Jihu à venir la voir davantage.
« Pfiou… »
L’administrateur royal poussa un long soupir en voyant la reine immature se tourner les pouces. Il se lamentait : comment pouvait-elle mêler un tel caprice personnel à la gouvernance ?
« F-Faites comme vous voulez, vous deux… »
Mais Sorg Kühne ravala son soupir, tenant en haute estime cette capacité toute neuve de la reine à glisser un mensonge dans une vérité.
Après un bref silence, il se tourna vers Seol Jihu et demanda :
« Est-ce vraiment le seul moyen ? »
« Oui. »
Seol Jihu se mordit la lèvre.
« Les autres options seraient de la torturer ou de l’amadouer, mais rien ne garantit que cela fonctionnerait. Le vrai problème, c’est le temps. Chaque seconde compte… »
Le visage de l’administrateur royal se fit grave face à cette demande sincère. Normalement, libérer une criminelle de la Notice rouge aurait été impensable. Mais la situation exigeait précisément cela.
Il y avait en lui une part qui comprenait la vision d’ensemble que Seol Jihu essayait de construire.
[Après avoir stabilisé Eva, je compte améliorer les relations entre l’humanité et la Fédération.]
Dernièrement, Seol Jihu s’efforçait de tenir sa deuxième promesse. Il ne pouvait pas tout gâcher, même s’il ne pouvait pas l’aider directement.
Sorg Kühne ferma doucement les yeux et se remémora leur première rencontre. Ensuite, il songea à l’état actuel d’Eva.
Peu après…
« …Pas le choix. »
Après un long silence, Sorg Kühne hocha la tête, grave.
La libération d’Hoshino Urara fut décidée.
La décision de libérer une criminelle de la Notice rouge était sans précédent à Eva. Inévitablement, elle provoqua une immense agitation dans la prison.
À cause d’une seule personne.
« Vite ! Viiiiite ! »
Hoshino Urara trépignait d’excitation en voyant Sorg Kühne debout devant la porte métallique. Son excitation était compréhensible, elle qui ne s’attendait sans doute à rien.
L’éclat de ses yeux atteignit son paroxysme quand Sorg Kühne introduisit la clé dans la serrure.
« Huhahahaha ! Je vais enfin sortir de cette prison ! »
Elle éclata de rire, ses pupilles étincelant de folie.
« Wahahahaha ! Dès que je sors d’ici— Crâne d’œuf ! Tu seras le premier ! »
Sorg Kühne sursauta et retira la clé.
« Non ! Attendez ! Je plaisantais ! C’est promis ! Je vais devenir gentille et vertueuse ! Une vraie sainte ! »
Il remit la clé dans la serrure…
« Ohohohoho ! Mon œil, tu rigoles ! Sales bâtards ! Vous osez m’avoir enfermée ? Vous oseeeez !! Mouahahaha, l’heure de ma vengeance est venue ! Que commence le festival du sang ! »
Il retira la clé…
« Je suis désolée ! Je suis désolée ! Laissez-moi juste sortir ! Je consacrerai mon corps et mon âme à Eva ! Gloire à Sa Majesté la reine ! Gloire ! Gloire ! »
Il la remit…
« Mourez ! Mourez ! Je vais vous faire goûter la vraie misère ! Uryaryaryarya ! »
Il la retira…
« Mes respects ! Mes respects ! »
« … »
Sorg Kühne se retourna vers Seol Jihu sans dire un mot.
« Ouvrez, c’est tout. »
Chohong n’en pouvait plus et grogna, excédée.
« Avec tous les Hauts Rangs ici présents, la rattraper ne sera pas un problème. »
« …Je vais vous faire confiance. »
Finalement, Sorg Kühne introduisit la clé et la tourna. Clong ! Le bruit du verrou qui s’ouvrait résonna. Alors que la porte s’ouvrait lentement, le corps entier d’Hoshino Urara apparut.
« …Ça te tuerait de mettre quelque chose ? »
Oh Rahee fit tournoyer son épée longue tout en commentant, mais Hoshino Urara ne bougea pas. Seul le coin de ses lèvres se releva légèrement.
Puis, soudainement, elle étendit les bras comme une magicienne de scène devant son public.
« KITAAAAAAA ! »
Elle bondit hors de la cellule immédiatement après, mais fut aussitôt plaquée au sol par les membres de Valhalla qui l’attendaient. Elle ne pouvait pas gérer Marcel Ghionea, Kazuki et Oh Rahee en même temps.
« Uaang. »
Jetée au sol, Hoshino Urara gémit.
« Vous êtes méchants~ Me capturer à peine sortie~ »
« Cesse ton cinéma. »
Chohong la fixa de son regard glacé caractéristique en pointant l’Épine d’acier vers elle.
Hoshino Urara leva le menton et lança un regard espiègle.
« Kowai ne~ »
« Mm-hm, continue de jacasser. On verra si tu peux encore dire ça avec quelques dents en moins. »
« Oups, désolée. »
Elle baissa aussitôt la tête.
« Je vais rester sage, alors lâchez-moi~ Je ne m’enfuirai pas, promis~ »
Elle se tortillait au sol, suppliant.
Quand Seol Jihu donna le signal, les mains et pieds qui la maintenaient au sol se relâchèrent.
« Merci, merci. Oicha ! »
Hoshino Urara se releva d’un bond, puis s’étira en se tordant dans tous les sens. Elle était bel et bien une Archère de haut niveau, à en juger par la souplesse de son corps.
« Auu, auuu ! Est-ce parce que je suis hors de la cellule ? L’air a une autre saveur. »
« …Bon sang. Vous pouvez vous considérer comme chanceuse. »
Sorg Kühne gronda, apparemment irrité de voir une criminelle s’étirer aussi nonchalamment.
« Si ce n’était pas pour l’urgence de la situation ! Si ce n’était pas pour le Représentant Seol ! Vous auriez pourri ici jusqu’à la fin de votre vie ! »
« NANI !? »
« Vous feriez mieux de coopérer avec Valhalla du mieux que vous pouvez. Et surveillez vos actes. Si j’entends dire que vous avez commis un autre crime, je vous arracherai personnellement la tête ! »
Hoshino Urara cessa de balancer ses hanches face à cette menace virulente. Elle jeta un regard en coin à Sorg Kühne, puis afficha un sourire narquois.
« Mon dieu. Tu vas m’arracher quoi ? T’as même pas la force. »
« Quoi ? »
Hoshino Urara sourit et tapota son propre crâne.
Sorg Kühne frotta le sien par réflexe. Il sentait la peau lisse de son crâne chauve.
Hoshino Urara ricana.
« Rien à arracher, hein ? »
Sorg Kühne cligna des yeux, hébété. Un instant plus tard, il explosa de rage.
« Espèce de petite— ! »
« Administrateur ! Ne vous emportez pas ! »
Tandis que Kim Hannah tentait de calmer le Sorg Kühne furieux, Seol Jihu emmena en hâte Hoshino Urara hors de la prison.
« Hmm— »
Elle plissa fort les yeux, apparemment éblouie par les premiers rayons de soleil qu’elle voyait depuis longtemps.
« Aaah~ L’odeur de la liberté~ Oishiiiiiyo. »
Elle tira la langue et lécha l’air comme pour le goûter. Après avoir balayé les environs d’un regard brumeux, elle repéra une servante qui passait et eut un grand sourire.
« Kawaii ne~ »
La servante recula.
« Atashi nihonjin desune~ »
« P-Pardon ? »
« Tu connais Nico Nico Ni ne~ ? »
« P-Pourquoi faites-vous cela !? »
La servante, terrorisée, détala.
« Onee-san ? Ganbarimashou~ ! »
Hoshino Urara éclata de rire et applaudit bruyamment.
« …Elle est atteinte, non ? »
Kazuki, qui observait en silence, murmura.
Et il n’avait pas tort. Rester immobile devait lui être insupportable : Hoshino Urara ne tenait pas une seconde tranquille.
Seol Jihu sentait déjà son énergie se vider rien qu’en se tenant à côté d’elle.
« Mmm~ J’étais peut-être trop excitée ? J’ai faim maintenant. »
Après avoir gambadé dans tous les sens, elle revint vers eux, les yeux pétillants.
« Quelqu’un veut me nourrir ?? »
Elle s’approcha à petits pas rapides, attrapa le bras de Seol Jihu et le leva haut. Puis, elle cria :
« Haaaaaaitto ! »
« … »
Seol Jihu secoua calmement sa main pour la dégager.
« …Tu vas bien ? »
Oh Rahee lui lança un regard rare, teinté de pitié.
« Pourquoi cette question ? »
« Eh bien… ton visage dit un peu : “Sortez-moi de là.” »
Seol Jihu soupira et secoua la tête.
« …Allons-y. »
Il se mit en route en traînant Hoshino Urara, qui se plaignait d’avoir l’estomac vide.
« Itaaaaai ! »
La première impression que Seol Jihu eut d’Hoshino Urara fut : bruyante. Ou bien épuisante. Ou encore instable.
Elle bavardait sans arrêt même en mangeant, ses épaules remuaient comme si elle dansait. C’en était au point où Seol Jihu avait envie de lui ouvrir la bouche pour vérifier si elle n’avait pas un moteur à l’intérieur.
« Beurrrrp— ! »
Mais elle était tout de même humaine, car elle se calma un peu après s’être bien remplie la panse.
« Aaah~ C’est trop bon. Sortir de prison, manger un bon repas… C’est donc ça, le bonheur ? Je devrais vraiment changer de mode de vie. »
Seol Jihu la fixait, impuissant, tandis qu’elle jacassait sans relâche.
Avait-elle senti son regard ? Elle lui sourit des yeux.
« Aiing~ Pourquoi tu me fixes ? T’inquiète pas. Je tiens toujours mes promesses. »
« Vous avez intérêt. »
« Bien sûr. Puisqu’on en parle, on shimai. Tu vois, on règle les trucs compliqués. T’essaies d’aller là-bas, pas vrai, grand frère ? »
Seol Jihu acquiesça silencieusement. Hoshino Urara tapa dans ses mains.
« Yoshi ! C’est parfait alors. Allons-y ensemble. »
« Ensemble ? »
« Ouaip. Tu vois, retourner à cet endroit, c’est ce que je voulais faire plus que tout si je sortais un jour de prison. Ne pas savoir ce qui m’était arrivé me rendait folle. »
« Ce qui vous est arrivé ? »
Seol Jihu demanda davantage de précisions.
Hoshino Urara se pencha vers l’avant avec un geste exagéré et plissa les sourcils.
« Hmm… Grand frère, regarde un peu mon visage. »
« ? »
« De face, tu vois mes yeux, mon nez, mes lèvres, non ? »
« Oui. »
« Et de profil, tu vois mon oreille. »
« Évidemment. »
« Mais qu’est-ce que tu ressentirais si tu voyais mes yeux, mon nez et mes lèvres comme si tu me regardais de face ? »
Alors que Seol Jihu fronçait les sourcils, Kazuki, qui écoutait depuis le côté, haussa les sourcils à son tour.
« Ça n’a aucun sens. »
« C’est ça, ça n’a aucun sens. »
Hoshino Urara écarquilla les yeux et rétorqua :
« C’est ce que j’ai ressenti en découvrant cet endroit, tu vois ? Le paysage ne changeait pas, peu importe l’angle sous lequel je regardais. Bajebus ! J’arrive toujours pas à y croire ! »
« Vous êtes donc entrée dans cet endroit ? »
« Bien sûr ! J’y suis allée, curieuse de savoir ce que c’était. Et, hmm… comment dire… »
Elle grogna, peinant à trouver les mots.
Voyant cela, Kazuki demanda :
« Tes sensations sont devenues brumeuses ? »
« Ah ! Oui ! C’est ça ! »
Hoshino Urara s’écria, ravie.
« Je marchais sans avoir l’impression de marcher. Je respirais sans ressentir que je respirais. Mais comment tu connais ce genre de sensation, grand frère ? »
Kazuki ne répondit pas.
« Pas possible… Un Monde Astral… J’en ai seulement entendu parler de la part de Maître Ian… »
« Ooooooh ! C’est ça. Le monde anal ou un truc comme ça ! Ce Magicien avait dit un truc similaire, je crois ! »
Elle dévisagea Kazuki, absorbé dans ses pensées, et haussa les épaules.
« Bref, mon esprit a vrillé pendant que j’errais dans cet endroit. Et quand j’ai repris mes esprits, j’étais à Eva. »
[Tu étais donc possédée.]
Flone, qui écoutait depuis le pendentif, murmura.
« Ah au fait. »
Hoshino Urara posa soudainement la cuillère qu’elle tenait.
« Ça me revient. Ce que je t’ai dit là, ça ne te remplit pas l’estomac, pas vrai ? Approche-toi. »
Elle fit un geste de la main en se penchant en avant.
« Ce Magicien m’avait dit qu’il existait un moyen de traverser cet endroit. C’est de l’info de qualité ! »
« …Quel est ce moyen ? »
« Il a dit qu’il fallait trouver un Prêtre. Enfin, ça ne suffit sûrement pas, vu le nombre de Prêtres qu’il y a. Heureusement, je connais le visage de ce Prêtre. »
Seol Jihu eut un petit rire sans conviction.
« Quoi ? Pourquoi tu rigoles ? Je dis la vérité, tu sais ? Je m’en souviens clairement. Quand j’ai repris mes esprits, il y avait cette jeune Prêtresse devant moi. »
Seol Jihu tourna la tête. Oana Halep et son grand frère mangeaient justement de l’autre côté de la cafétéria.
« C’était une sorcière aux cheveux blancs. Son visage était comme une toile vierge, mais avec un peu de sensualité. Tu vois ce que je veux dire ? Eh, eh, concentre-toi ! Où tu regardes là ? Reste concen— Hmm ? »
Hoshino Urara tourna la tête dans la direction du regard de Seol Jihu. L’instant d’après, ses yeux s’écarquillèrent.
« Hein ? Oui ! Cette Prêtresse lui ressemblait. Grande, des yeux sensuels et— »
« C’est bien elle. »
« Ah !? »
Hoshino Urara bondit de surprise.
« Waouh ! Oui ! C’est toi, la fille de l’époque, pas vrai !? »
« Oui, c’est moi. »
Oana Halep lui sourit timidement et agita la main.
« Bonjour~ »
« Yo ! Salut ! »
Hoshino Urara lui répondit joyeusement, puis se laissa retomber sur sa chaise.
« Seigneur, t’aurais dû me le dire plus tôt. Quelle honte. »
« Je n’en ai pas eu l’occasion. »
« Enfin bref, waouh, vous êtes fin prêts, à ce que je vois. Parfait. Je suis partante pour partir dès maintenant si vous voulez. Ça vous dit ? »
Elle serra les poings avec excitation, bondissant légèrement sur place.
Seol Jihu était évidemment content de l’entendre, mais il secoua la tête.
« Nous comptons partir au plus tôt, mais pas tout de suite. »
« Pourquoi~ ? »
« Nous avons encore des choses à préparer. Et vous devez vous rétablir aussi, Mademoiselle Hoshino Urara. »
En entendant cela, elle fixa un point dans le vide. Elle devait vérifier sa Fenêtre de statut.
« …Tu as raison. Mon niveau physique est en miettes. Dans cet état, je ne me considérerais même pas comme une niveau 5, encore moins comme une niveau 6. »
« Reposez-vous pour le moment. Nous partirons bientôt, alors concentrez-vous sur votre récupération. »
Hoshino Urara siffla doucement.
« Iya~ Écoute-moi ces manières. Grand frère, tu es vraiment bien élevé. J’ai tellement~ de chance. Rencontrer un homme aussi attentionné et prévenant. »
Elle lui lança un regard trouble, ses pupilles légèrement dilatées.
« Qu’est-ce que je vais faire ? Je commence à aimer grand frère de plus en plus. »
Elle se couvrit les joues avec les mains et s’écria : « Kyaa ! »
« Qu’en dis-tu ? Tu veux t’amuser un peu ce soir avec moi ? »
Seol Jihu se leva, l’ignorant complètement. Elle n’avait manifestement pas l’intention de fuir. Et comme Chohong allait la surveiller de près, il n’avait plus aucune raison de jouer le jeu.
« Reposez-vous. Essayez de retrouver la forme avant notre départ. »
« Haaii ! »
Hoshino Urara se redressa et le salua militairement.
Seol Jihu quitta la cafétéria en se massant les tempes.
Quel jour éreintant…
Mais à présent, il avait enfin un filet de sécurité contre le plan de la Reine des Parasites.
Ce qui reste, maintenant…
Ce fut à ce moment-là qu’un des titans du Paradis rendit visite à Valhalla.
Pour rencontrer son représentant.
Ce visiteur était un Terrien que Seol Jihu ne s’attendait absolument pas à voir.