Chapitre 286. Après la préparation (7)

Étudiante en danse contemporaine, hein.

Ce n’était pas ce à quoi il s’attendait, mais peu importait.

« Rien. Je pensais juste que vous étiez élève à l’académie de police. Ou au moins que vous étiez en sciences policières. »

Seol Jihu rit doucement, puis poussa un long soupir et joignit les mains, frottant ses pouces l’un contre l’autre, pensif.

Il comprenait où elle voulait en venir. Le problème était de savoir si c’était faisable.

« Hmm… »

Le silence retomba.

Wooo— Woooooooo—

Seul le hurlement du tueur qu’ils avaient jeté dehors, par la porte de derrière, se faisait entendre. Tandis que le visage de Seol Jihu devenait plus grave à mesure qu’il réfléchissait, Eun Yuri agita doucement la main.

« Ce n’était qu’une idée. Il ne faut pas le faire si c’est trop difficile. »

« Non, ce n’est pas ça. »

Seol Jihu secoua la tête.

« Ce n’est pas un mauvais plan. Si ça marche, tant mieux pour nous. Si ça échoue… bon, il y a des risques, mais je pense pouvoir les gérer. »

« … »

« Le vrai problème, c’est si c’est possible ou non… En fait, moi aussi, j’ai été invoqué depuis la Terre, donc tous mes artefacts et mon équipement sont restés au Paradis. »

Après cette précision, Seol Jihu reprit ses réflexions.

D’après le Journal d’un survivant inconnu, ils avaient réussi à capturer un autre tueur après avoir tué le premier. À la lecture de ce passage, il était peu probable que la difficulté du Tutoriel augmente subitement de façon insurmontable après un seul meurtre.

Il valait mieux supposer que les autres tueurs devenaient progressivement plus puissants à chaque mort.

Si c’est le cas…

Après une intense réflexion, Seol Jihu prit enfin sa décision.

« C’est pas mal. Je pense que ça vaut le coup d’essayer. »

Ils pourraient peut-être vraiment trouver l’espace caché. Si Eun Yuri avait raison, la suite du Tutoriel deviendrait bien plus simple. Il commençait à se sentir motivé.

Seol Jihu sourit franchement et déclara :

« Vu qu’on a ce qu’il faut, on commence tout de suite ? »

« Oui. »

Alors que les deux se levaient en même temps, comme s’ils s’étaient mis d’accord à l’avance…

Koong koong, koong koong koong koong !

Quelqu’un frappa soudainement à la porte.

Seol Jihu et Eun Yuri tournèrent instinctivement la tête vers l’entrée, avant de se regarder en silence.

Cloc, cloc !

Ils entendirent aussi quelqu’un essayer d’ouvrir la porte. On aurait dit que la personne était pressée.

Quand Seol Jihu porta un doigt à ses lèvres, Eun Yuri hocha la tête en silence.

Il s’approcha alors doucement de la porte d’entrée.

« … »

Était-ce son imagination, ou avait-il entendu un faible son de l’autre côté de la porte ?

La couleur est verte, mais…

Seol Jihu colla son oreille contre la porte.

« À l’aide… Je vous en supplie… »

Une voix haletante.

« Qui que vous soyez… la lumière était allumée… s’il vous plaît… aidez-moi… »

La voix allait et venait, comme sur le point de s’éteindre. À en juger par son souffle court, l’homme semblait à l’agonie.

C’est peut-être un tueur qui fait semblant d’être un survivant… non, attends.

Peu importait même si c’était un tueur.

Tout en murmurant, Seol Jihu serra fermement sa machette. Il ouvrit les verrous, puis recula. La porte s’ouvrit, laissant s’effondrer un homme massif à l’intérieur. L’homme semblait s’être adossé à la porte.

« Keu… Uhh… »

Seol Jihu fronça les sourcils en voyant l’homme convulser.

On voyait d’un seul coup d’œil qu’il était en état critique. En plus des nombreuses blessures à l’arme blanche sur tout son corps, ses membres étaient criblés de trous portant des traces de dents, comme si quelque chose y avait planté ses crocs et mâché jusqu’à laisser la chair en lambeaux.

« Vous allez bien ? »

Il s’agenouilla rapidement pour examiner ses blessures, mais il n’y avait rien qu’il puisse faire. Seol Jihu n’était pas Prêtre et n’avait aucune fourniture médicale sur lui.

Et même s’il l’avait été, il doutait que cela suffise. Les blessures étaient si graves qu’il se demandait comment cet homme avait réussi à venir jusqu’ici.

« Je vous en supplie… sauvez-moi… »

L’homme supplia d’une voix mourante.

« Que s’est-il passé ? C’est le tueur qui vous a attaqué ? »

« J-Je ne sais pas… J’ai été attrapé en fuyant le terrain… »

Il a été attrapé ?

Le tueur à la hache avait poursuivi Seol Jihu et Eun Yuri. Ce qui signifiait que cet homme avait été attrapé par un autre tueur.

« Pouvez-vous en dire plus ? »

Les yeux de l’homme tremblaient. Vu de près, il ressemblait à un gros chien, avec sa carrure massive et son regard doux.

« Vous… »

Il ouvrit la bouche, la referma, puis grimaça.

« Keuk », gémit-il.

« Faites… faites attention. »

Sa voix se fit un peu plus claire tandis qu’il se forçait à articuler.

« Faire attention ? »

« Oui. Le tueur… il m’a mis ici. »

Les yeux de Seol Jihu se plissèrent.

« Pourquoi… je ne sais pas… Ce salaud m’a déposé devant cette cabane et ensuite… il a soudain disparu… »

L’homme continua avec difficulté, à bout de souffle.

« Avez-vous remarqué autre chose d’étrange ? »

« Uh… j’ai l’impression d’avoir entendu un hurlement bizarre… »

Un hurlement.

Seol Jihu fut soudainement ramené à la réalité. Il se souvenait maintenant que le tueur à la hache avait cessé de hurler à un moment. Soudain, le Journal d’un survivant inconnu lui traversa l’esprit.

[Il faut trouver une solution… mais les hurlements du tueur sont bruyants.]

[Il faut qu’on se dépêche de faire quelque chose…]

Pas possible.

« Mademoiselle Eun Yuri. »

Quand il se releva et se retourna, il vit Eun Yuri déchirer en longues bandes un drap qu’elle avait épousseté.

« Restez ici. »

Et Seol Jihu fonça dehors sur ces mots. Des éclairs crépitèrent sous ses pieds quand il frappa le sol.

Pang !

Comme il l’avait prévu, en franchissant la porte arrière…

…Il vit un autre tueur accroupi près du tueur à la hache, essayant de le libérer. Comme le tueur à la hache était ficelé en ligature de carapace de tortue, difficile à défaire, l’autre avait renoncé à se servir de ses mains et s’était mis à déchirer les cordes avec les dents.

« Enfoiré. »

Surpris, le tueur leva la tête tandis que Seol Jihu se ruait aussitôt sur eux. Mais son adversaire était trop rapide. Seol Jihu se changea en rayon de lumière, fondit sur le tueur et abattit sa machette.

Pak ! Le tranchant lui fendit le cou avant même qu’il ne puisse réagir. Le tueur s’effondra sur le côté, sans un cri. Son corps convulsa alors qu’un geyser de sang jaillissait de sa gorge.

« Woo— Wooooo— »

Le tueur à la hache se remit à hurler en voyant son compagnon échouer.

Est-ce cela que voulait dire le journal, quand il disait qu’il fallait vite faire quelque chose ?

Qui aurait cru que le tueur appellerait ses compagnons pour s’échapper ? Seol Jihu et Eun Yuri avaient failli perdre le matériau nécessaire à leur plan.

« Ici, c’est écrit que c’est le tueur cannibale. »

Alors qu’il soupirait de soulagement, Seol Jihu entendit une voix venant de la porte de derrière. Eun Yuri le regardait, son téléphone à la main.

Cannibale.

Inutile de lire le journal pour comprendre.

« Et l’homme ? »

« Il s’est évanoui. Il respire encore, donc il est en vie, mais… »

Eun Yuri ne finit pas.

Seol Jihu claqua la langue en secouant la machette pour en chasser le sang. Des bandages et des désinfectants ne suffiraient sans doute pas à soigner l’homme, et aller à la Zone Neutre était exclu.

Le seul moyen de le sauver était de trouver quelque chose d’équivalent à une potion de soin de haut niveau. Il n’en était pas sûr, mais il ne voyait qu’un seul endroit susceptible de receler un tel objet.

« Ça vous va de partir tout de suite ? »

« Oui. C’est même ce que je préfère. »

« Très bien, alors… »

Seol Jihu jeta un œil vers le sol. Ils avaient désormais deux matériaux… même si l’un était presque mort.

Il examina d’abord l’homme évanoui. Eun Yuri l’avait enveloppé de plusieurs bandes de tissu pour arrêter le saignement, puis l’avait caché sous le lit. C’était le mieux à faire pour l’instant.

Tout dépendait désormais de la capacité de l’homme à tenir jusqu’à ce que Seol Jihu revienne avec un objet de soin adéquat.

Après avoir éteint les lumières et bien refermé la porte, Seol Jihu demanda à Eun Yuri de rattacher le tueur à la hache.

Seol Jihu eut un petit rire en voyant Eun Yuri ficeler de nouveau le tueur en ligature de carapace de tortue.

On enseigne ça en danse contemporaine, de nos jours ?

Quoi qu’il en soit, c’était une bonne chose, puisque cela avait retardé le tueur venu libérer son compagnon.

Une fois les nœuds terminés, Seol Jihu noua l’autre extrémité à sa taille. Il fit circuler son mana, et des éclairs jaillirent de son corps.

Eun Yuri, qui observait les décharges électriques d’un œil curieux, cligna rapidement des yeux.

« Ne me dites pas que vous comptez l’emporter avec nous ? »

« Oui. Il ne faut pas qu’il s’échappe. »

Seol Jihu poursuivit en s’étirant la taille et en faisant tourner ses chevilles.

« Et puis… on n’a jamais trop de matériel de rechange. »

« Quand même… »

« Ne vous en faites pas. La course, c’est ma spécialité des spécialités. »

Seol Jihu eut un large sourire en lui tendant la machette.

« J’ai déjà couru avec des dizaines de rondins attachés à moi. J’ai aussi frappé des pierres de couleur lancées en l’air en utilisant le Tonnerre fulgurant. Bref, ça, ce n’est rien du tout. »

Eun Yuri inclina la tête, mais prit tout de même la machette.

« Vous pouvez tuer ? »

« Oui. Je peux ? »

« Bien sûr. Mais juste après… »

Seol Jihu sautilla sur place à plusieurs reprises pour s’échauffer, puis se tapota la poitrine.

Eun Yuri baissa les yeux sur le tueur cannibale et serra la poignée.

« Seup— »

Elle inspira doucement, puis abattit la machette sans hésiter. La lame transperça avec précision la plaie que Seol Jihu avait faite plus tôt. Le tueur cannibale trembla, puis ses convulsions cessèrent rapidement.

Eun Yuri saisit la poignée à deux mains et la tourna à gauche et à droite pour extraire la machette. Elle se débrouillait mieux qu’il ne s’y attendait.

« Guooo— ! »

Un râle d’agonie s’éleva. Aussitôt après, une fumée noire s’échappa du corps du tueur, exactement comme le Journal d’un survivant inconnu l’avait décrit.

Elle monta haut dans le ciel comme la fumée d’une cheminée, puis fila à toute vitesse dans une direction précise.

« Mademoiselle Eun Yuri. »

Seol Jihu l’appela sans quitter la fumée des yeux. Quand Eun Yuri accourut en hâte, il la souleva en lui soutenant le dos et les mollets, comme on porte une princesse.

« Accrochez-vous bien. »

Elle hocha la tête. Il plia les genoux.

« C’est parti. »

Et d’un coup de talon…

Chaaaak !

La silhouette de Seol Jihu fusa brusquement, dans un coup de tonnerre. Une vitesse impossible à suivre pour une personne ordinaire. Seule la direction qu’il prenait pouvait se deviner, aux soubresauts du tueur à la hache attaché à sa taille, qui montait et descendait comme une balançoire à bascule devenue folle.

« Maman ! »

Eun Yuri poussa un cri de surprise tardif, terrifiée par une vitesse qui dépassait de loin ce qu’elle imaginait. Elle finit par jeter précipitamment les bras autour du cou de Seol Jihu.

On dirait qu’elle a raison.

Pour résumer le plan d’Eun Yuri en un mot, c’était poursuite.

Elle avait déduit qu’il existait un lien entre les tueurs et la Sixième Mère, en s’appuyant sur deux phrases du journal comme preuves :

[Alors que le tueur poussait son dernier souffle, une fumée noire s’échappa de son corps et disparut au loin.]

[Comment l’éliminer sans que la Sixième Mère le découvre ?]

Si ces lignes avaient été placées intentionnellement dans le journal, comme le disait Eun Yuri, cela confirmait l’existence d’une relation entre la Sixième Mère et les tueurs. C’est pourquoi elle avait suggéré de tuer l’un des tueurs et de suivre la fumée noire lorsqu’elle apparaîtrait. Il était possible que l’âme du tueur retourne à l’endroit où se cachait la Sixième Mère pour l’informer de sa mort.

Et l’endroit où se cache la Sixième Mère est probablement l’espace caché.

C’était un plan qu’une personne ordinaire n’aurait même pas pu imaginer. Mais Seol Jihu n’était pas un survivant comme les autres.

Il était un Terrien de niveau 5 maîtrisant une technique de déplacement appelée Tonnerre fulgurant, une version améliorée du Pas fulgurant.

C’était dommage qu’il n’ait pas sa Boucle d’oreille Festina avec lui, mais comme l’avait dit Seol Jihu, courir était sa spécialité.

Il avait déjà été forcé de courir alors qu’il était épuisé, à travers des zones volcaniques et des régions connues pour leur terrain accidenté comme la Montagne rocheuse de l’Énorme Pierre, tout en transportant des sacs de sable et en traînant des dizaines de rondins.

Traverser une forêt en traînant un seul tueur chétif revenait pour lui à sprinter sur terrain plat.

Grâce à l’entraînement infernal de Jang Maldong, Seol Jihu pouvait maintenir l’usage du Tonnerre fulgurant pour suivre la fumée.

Depuis combien de temps courait-il ?

La fumée noire traversa le ciel pendant un long moment avant de finalement commencer à descendre lorsqu’une grande montagne près de l’océan apparut dans son champ de vision.

Elle chuta tout droit comme si elle allait s’écraser, avant de disparaître quelque part autour de la taille de la montagne.

[Le « tueur cannibale » a été tué par un certain survivant.]

[La « Sixième Mère » est en colère.]

[Les tueurs restants deviendront plus puissants. Leur vitesse de déplacement a augmenté.]

[La colère de la Sixième Mère a été transmise aux tueurs. Les tueurs restants abandonneront tout pour poursuivre le meurtrier dès qu’ils le verront.]

Une série de messages retentit soudainement.

Merde.

Seol Jihu poursuivit la fumée à toute allure avant de s’arrêter pour observer la zone où elle s’était volatilisée.

Il faisait sombre, mais grâce à sa vision améliorée après avoir consommé le Phénix du vent d’or, il pouvait distinguer les formes autour de lui avec une clarté relative.

Cependant, la fumée était introuvable.

À ce moment-là, Seol Jihu aperçut un filet de fumée qui passait à toute vitesse près de sa taille. Il se lança immédiatement à sa poursuite jusqu’à atteindre une falaise recouverte de vignes épaisses et de pierres aux formes étranges. Là, il vit clairement la fumée disparaître dans une grotte creusée dans la paroi, face à la mer.

[Le « tueur à la hache » a été tué par un certain survivant.]

[La « Sixième Mère » est furieuse.]

[Les cinq sens des tueurs restants s’aiguiseront. Ils pourront localiser les survivants plus rapidement.]

[Les tueurs deviennent plus hostiles. L’un des tueurs commencera à chercher le meurtrier de ses compagnons.]

Oh ?

Le tueur à la hache était mort ?

Je n’ai même pas entendu ses râles d’agonie.

Seol Jihu regarda instinctivement derrière lui.

Un sac de viande pendait au bout de la corde nouée autour de sa taille. C’était un cadavre dans un état si pitoyable que son corps tout entier semblait broyé et déchiré.

Ah.

Seol Jihu comprit enfin ce qu’il s’était passé.

La fumée qui venait de disparaître dans la grotte était l’âme du tueur à la hache, qui avait rendu son dernier souffle après leur arrivée à la montagne.

Il semblait qu’il était mort à force d’avoir été balloté dans tous les sens pendant le trajet. Eun Yuri avait été protégée par Seol Jihu, mais le tueur, lui, avait littéralement été traîné derrière un cheval lancé à pleine vitesse.

Il s’était tellement concentré sur la fumée qu’il en avait totalement oublié sa présence.

Peu importe.

Ce tueur n’avait été qu’un matériau destiné à les mener jusqu’à l’espace caché.

Seol Jihu secoua Eun Yuri, toujours dans ses bras, tout en fixant la grotte sombre à une dizaine de mètres devant lui.

« Mademoiselle Eun Yuri ! Mademoiselle Eun Yuri ! »

Bzz, bzz !

En entendant son téléphone vibrer au même moment, Seol Jihu baissa les yeux avec une expression ravie.


  1. La science policière est une véritable spécialité enseignée à l’Académie/Université de police en Corée. Si vous souhaitez en savoir plus, consultez l’article Wikipédia « Korean National Police University », section « Academics ». ↩