Chapitre 261. Mener (1)

Des dizaines de papiers étaient éparpillés dans les rues.

Seol Jihu venait à peine de revenir en ville, mais il sentait d’innombrables regards furtifs posés sur lui. Tous les signes présents dans la cité hurlaient qu’il se passait quelque chose d’inhabituel.

Il ramassa l’un des papiers jonchant le sol.

Ses yeux s’écarquillèrent rapidement avant de se plisser. Le journal expliquait ce qui s’était produit durant son absence.

— Alors que la force principale de Carpe Diem était partie accomplir la mission confiée par la famille royale, l’Alliance d’Eva a envoyé Noah Freya, Guerrière de Niveau 5 du Cartel Ochoa, ainsi que Yang Yang, Guerrier de Niveau 5 et représentant de l’Alliance, attaquer la base de Carpe Diem. À la demande de renforts de Carpe Diem, les Triades ont dépêché Ayase Kazuki et d’autres membres, anéantissant avec succès les forces assaillantes de l’Alliance d’Eva.

Par coïncidence, au même moment, le Cartel Ochoa et les autres organisations ont provoqué une bagarre avec des membres des Triades au pub. Bien qu’il ne se soit agi au départ que d’une échauffourée mineure, elle s’est rapidement intensifiée jusqu’à impliquer les organisations elles-mêmes.

Ming Jie, cadre des Triades, a pris la mesure de la gravité de la situation et a tenté d’y mettre un terme, mais l’Alliance d’Eva, sans vergogne, a levé la main et sorti les armes malgré ses tentatives d’apaisement. En fin de compte, c’est elle qui a attaqué la première les forces des Triades.

En réponse, les Triades ont riposté, allumant la mèche d’une guerre qui s’est conclue par l’anéantissement total de l’Alliance d’Eva.

Le leader du Cartel Ochoa, Omar Garcia, était présent sur les lieux. Alors qu’il tentait de fuir, il a été capturé par des membres de Carpe Diem en route pour renforcer les Triades. Capturé et interrogé, il a révélé avoir été incité par Jung Sua, représentante de l’organisation partenaire de la famille royale, Evangeline.

Jung Sua clame son innocence, affirmant qu’elle ignorait les intentions d’Omar Garcia, mais il s’agissait clairement d’une tentative de l’Alliance d’Eva pour chasser Carpe Diem et les Triades, après les lourdes pertes que lui a infligées la récente révélation de ses activités illégales.

Comme c’est elle qui a suggéré la mission d’escorte à Carpe Diem, sa parole perd désormais toute crédibilité.

En conséquence, l’Alliance d’Eva a été complètement anéantie, ne laissant derrière elle que les Marchands Dongchun et le Red Hwaru. Toutefois, les Triades et Carpe Diem ont également subi de lourdes pertes.

Carpe Diem a échappé au pire grâce au soutien opportun des Triades, mais deux légendes du Paradis, Seo Yuhui et Jang Maldong, ont été grièvement blessées, déclenchant la fureur de nombreux Terriens…

Quoi ?

Seol Jihu n’avait pas vu les dernières lignes de l’article, qui indiquaient : Tout le monde attend la décision de la reine d’Eva, Charlotte Aria.

Seo Yuhui et Jang Maldong, grièvement blessés ?

Son esprit se vida d’un coup.

« Ooooh ? Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé, bordel ? »

Phi Sora avait dû ramasser un exemplaire du journal, elle aussi, car elle marmonna sous le choc. Et elle n’était pas la seule. Tout le monde était sous le choc.

L’instant d’après, Seol Jihu se mit à courir.

Il avait initialement prévu de passer par le palais pour signaler l’accomplissement de la mission, mais cette pensée s’évapora totalement tandis qu’il sprintait en direction du bâtiment de Carpe Diem.

Passant le portail principal et ouvrant à la volée la porte d’entrée, il recula brusquement en entendant quelqu’un crier.

C’était Chohong.

« Ah, hé ! Doucement avec la por— »

Chohong, sur le point de s’énerver, se tut en voyant Seol Jihu.

« Oh, tu es là… »

Elle changea immédiatement d’attitude, l’accueillant avant de s’interrompre. Elle n’avait pas le choix en voyant son visage, et parla prudemment :

« Q-Quand es-tu arrivé ? »

« À l’instant. Où sont Maître Jang et grande sœur Yuhui ? »

Seol Jihu avait une montagne de questions à poser, mais il demanda d’abord ce qui lui semblait le plus important.

« Le vieux Maldong est en train de profiter des sources chaudes… Grande sœur Yuhui, je crois, se repose dans sa chambre. »

Les yeux de Seol Jihu se plissèrent. Des deux personnes censées être grièvement blessées, l’une profitait des sources chaudes et l’autre se reposait dans sa chambre ?

« Ils sont déjà sortis de la salle d’urgence ? »

« Euh, à propos de ça… »

Chohong évita son regard. Elle semblait se sentir coupable de quelque chose.

« Je ne l’ai appris qu’après ton départ… et le vieux Maldong a accepté à contrecœur… »

Elle marmonna des choses qu’il ne comprit pas. Il n’attendit pas sa réponse et monta précipitamment les escaliers. Il voulait vérifier leur état de ses propres yeux.

La porte était ouverte. Comme l’avait dit Chohong, Seo Yuhui se reposait dans sa chambre. Plus précisément, elle était assise sur son lit, en train de jouer avec l’œuf rouge.

Qu’est-ce qu’il fait là ?

Seol Jihu ne comprenait pas pourquoi l’œuf était là, mais il mit cette question de côté. Ce n’était pas la première fois, de toute façon.

Ce qui importait, c’était l’état de Seo Yuhui.

Et vu la manière dont elle souriait et chatouillait doucement l’œuf, elle n’avait en rien l’air d’une patiente gravement blessée.

Seol Jihu poussa un soupir de soulagement avant de toquer à la porte.

Seo Yuhui sursauta et se retourna.

« Jihu ? »

« …Grande sœur. »

« Quand es-tu arrivé ? »

« À l’instant. »

Seol Jihu poursuivit en entrant dans la chambre.

« Tu vas bien ? »

« Oui, je vais bien. Aucun problème. Ah, sauf celui que j’avais déjà. »

« Tu vas vraiment, vraiment bien ? »

En l’entendant insister, Seo Yuhui esquissa un sourire amer.

« Tu as vu le journal ? »

Seol Jihu comprit. L’histoire officielle était un mensonge.

Les mots peuvent facilement être manipulés pour insuffler certaines idées. Pour une raison ou une autre, quelqu’un avait tiré les ficelles afin de diffuser cette fausse version.

Et au sein de Carpe Diem, une seule personne aurait pu penser à faire cela.

Avant même de prononcer son nom, il demanda :

« Que s’est-il passé ? »

« Euh… On fait semblant d’être blessés. Mademoiselle Hannah a dit que ça faciliterait la manipulation de l’opinion publique. »

Seo Yuhui parla d’un ton légèrement embarrassé.

Je m’en doutais.

Après le soulagement, vint la suspicion. Seol Jihu se sentit oppressé sans raison apparente, et demanda précipitamment :

« Tu peux m’expliquer ? »

Kim Hannah courait dans tous les sens comme une poule sans tête, tentant de gérer les événements récents. Ce jour-là encore, elle avait quitté le bâtiment de Carpe Diem tôt le matin et n’était toujours pas revenue.

Seol Jihu était resté cloîtré dans le bureau principal après avoir entendu les explications de Seo Yuhui. Assis sur la chaise derrière le bureau, il fumait cigarette sur cigarette. Autrement, il ne parvenait pas à se calmer.

Même s’il s’efforçait de donner le change, il bouillonnait intérieurement comme un haut fourneau tournant à plein régime.

Une fumée blanche sortait de ses narines et de sa bouche, semblable à la vapeur d’une bouilloire chauffée à blanc. Lorsque les mégots formèrent un petit monticule dans le cendrier, le claquement de talons hauts retentit dans le couloir.

Bientôt, des coups furent frappés à la porte, suivis du grincement de celle-ci qui s’ouvrait.

« Tu es rentré ? Bon travail. La mission s’est bien passée ? »

Il reconnut la voix sans même avoir besoin de lever les yeux.

Seol Jihu parla d’une voix légèrement rauque :

« …Assieds-toi. »

« Quoi, pourquoi ? Pourquoi tu fais cette tête ? »

Le menton de Seol Jihu trembla légèrement. Kim Hannah savait forcément ce qu’il voulait dire, et la voir agir ainsi ne faisait qu’attiser son ressentiment.

Il inspira profondément.

« Tu n’as rien à me dire ? »

« Je suis un peu occupée en ce moment… »

« Tu n’as même pas un moment pour discuter ? »

« …Très bien, je reste. Mais fais court. »

« Assieds-toi. »

Même Seol Jihu fut surpris par le ton glacial de sa voix. Kim Hannah le regarda d’un air nouveau, puis avança tranquillement et s’assit sur une chaise.

Il connaissait déjà les événements survenus jusqu’ici.

Après un bref silence, il demanda :

« C’est pour ça que tu m’as demandé le pendentif ? »

« Oui. C’était au cas où on se ferait attaquer… Grâce à lui, on a été sauvés. »

Seol Jihu ricana.

« Non, tu me l’as emprunté pour renverser la situation : si l’Alliance d’Eva attaquait, c’est vous qui la dévoreriez. »

« Tu as raison. Vu que Flone était là, je ne pensais pas qu’on perdrait. »

Kim Hannah admit sans difficulté.

« Mais ce n’est pas comme si j’avais improvisé. La force de Flone est une chose, mais son principal atout, c’est que son existence est inconnue au Paradis. Il fallait élaborer un plan pour exploiter cet avantage, et c’est ainsi que cette idée est née. »

Ce qu’elle disait n’était pas faux.

« Mais comme je te l’ai dit par le passé, le succès ou l’échec du plan n’était pas certain tant que tu étais là. On a continué à titiller l’Alliance, mais elle restait tapie dans l’ombre. Finalement, il a fallu que tu quittes la ville pour les appâter. »

Seol Jihu comprenait ce qu’elle voulait dire.

« Quoi qu’il en soit, tout s’est bien passé. L’Alliance d’Eva ayant attaqué en premier, on a une justification parfaite pour les éliminer. On a aussi dissimulé l’existence de Flone, et avec des preuves solides à l’appui, le soutien de l’opinion publique est de notre côté. L’Alliance est quasiment finie. »

En effet, le plan avait été un succès incontestable. Cinq des sept organisations restantes d’Eva avaient été balayées.

…Du moins, si l’on ne s’en tenait qu’au résultat.

Mais ce n’était pas cela qui posait problème à Seol Jihu.

« Tu sais très bien que ce n’est pas de ça que je parle. »

« … »

« Depuis quand— »

Seol Jihu s’interrompit, sentant que son ton devenait inutilement agressif. Mais sa voix était déjà montée.

« Tonton Park Dongchun nous avait donné l’information. Que le partenaire royal allait manigancer quelque chose en secret. »

Kim Hannah dévoila la vérité.

« Et peu après, j’ai aussi reçu un message de Sorg Kühne. Il disait que Jung Sua, la représentante d’Evangeline, avait proposé que Carpe Diem escorte les membres de la Fédération. Il temporisait sa décision et voulait notre avis. J’ai vu là une opportunité parfaite. Alors— »

« C’est la première fois que j’entends parler de tout ça. »

Seol Jihu la coupa net, et Kim Hannah se tut. Voyant qu’elle le fixait sans mot dire, il reprit :

« Tu ne pouvais pas m’en parler ? Ou au moins m’appeler après que le plan a réussi ? Tu as la moindre idée du choc que j’ai eu en revenant ? »

Kim Hannah se gratta la tête, l’air embarrassé.

« Ah… C’est vrai ? »

« Comment ça, c’est vrai ? »

« Je veux dire, c’est vrai que je ne t’en ai pas parlé… mais qu’est-ce que ça change ? Ce n’est pas un crime. Et regarde, le résultat est excellent. »

Seol Jihu crut halluciner. Il tourna lentement la tête et la fixa droit dans les yeux. Face à ce regard brûlant, Kim Hannah recula instinctivement.

Elle voulait faire semblant que tout allait bien, mais son corps se recroquevilla tout seul. Sa gorge se dessécha, et elle se lécha les lèvres sans y penser.

C’était la première fois qu’elle voyait ce visage, cette attitude, cette autre facette de Seol Jihu.

Qui aurait cru qu’un tel regard terrifiant se cachait derrière ces rires enfantins ?

…Je vois.

Elle comprenait enfin ce que les ennemis de Seol Jihu avaient pu ressentir jusqu’ici. Elle leva difficilement les mains et haussa les épaules.

« Quelle impolitesse ! Je pensais que tu allais me féliciter. Franchement, je suis un peu surprise par ta colère. »

Elle parlait d’un ton innocent, insouciant. Seol Jihu faillit exploser de rage, mais—

« … »

Il se retint au dernier moment.

En vérifiant Kim Hannah avec les Neuf yeux, il vit qu’elle brillait toujours en or.

Il devait y avoir une raison pour laquelle le Commandement d’or se manifestait dans une telle situation, une raison pour laquelle Kim Hannah agissait de cette manière.

Seol Jihu grogna :

« Pourquoi tu fais ça ? »

Sa voix sortit, étouffée. Comme s’il se retenait malgré tout ce qu’il avait à dire.

Et Kim Hannah, sensible aux émotions d’autrui, ne pouvait pas passer à côté.

Peut-être était-ce là sa dernière chance.

Une chose que Kim Hannah avait apprise depuis son arrivée à Eva, c’était que Seol Jihu n’hésitait pas à dégainer sa lance face à ceux qu’il considérait comme ses ennemis.

Quelles qu’aient été ses intentions, elle l’avait berné.

Ou peut-être que berné n’était pas le mot juste, mais elle avait bel et bien monté tout un plan sans l’en informer.

Heureusement, la confiance qu’ils avaient construite jusque-là semblait suffire à convaincre Seol Jihu qu’il devait y avoir une bonne raison derrière tout cela.

« …Je sais. »

Ainsi, Kim Hannah décida de tout lui avouer. Elle se redressa, prit une posture digne, et expliqua :

« Tu dois être choqué, perdu. Tu dois aussi être furieux et déçu. »

« Mais, Jihu. »

« … »

« Ce que tu ressens en ce moment, c’est exactement ce que j’ai ressenti la première nuit, quand on est arrivés à Eva. »

Les mots frappèrent Seol Jihu comme un marteau.

Son visage devint absent, et sa bouche s’entrouvrit légèrement.

« Je ne dis pas que j’avais raison. C’est moi qui t’ai fait visiter la ville, après tout. »

Kim Hannah décroisa les bras et baissa légèrement les yeux.

« Mais je ne demandais rien de difficile. »

Elle continua lentement :

« Convoquer une réunion, expliquer clairement la situation, entendre l’avis de tout le monde et discuter d’éventuelles idées meilleures… À tout le moins, on aurait pu prévenir les Triades de notre plan. »

« … »

« Tu sais ce que j’ai ressenti quand tu as embarqué toute la force principale avec pour seul mot : faites-moi confiance ? »

Seol Jihu ne répondit pas.

« Et ce n’est pas tout. Tu as accepté la mission royale sur-le-champ. Tu n’as même pas envisagé de leur répondre plus tard, le temps d’en discuter avec nous ? »

Seol Jihu comprit enfin pourquoi Kim Hannah avait agi ainsi.

[On a vraiment besoin d’une réunion ? Tu peux juste me le dire.]

Et il comprit pourquoi elle l’avait fusillé du regard à la cafétéria.

« Je vais être franche. Que ferais-tu si je disais, sans explication, qu’on devrait aller immédiatement à Shéhérazade attaquer Sinyoung ? Tu sais que j’ai une dent contre eux, et ce ne sont pas des anges non plus. »

Seol Jihu serra les dents.

« Tu refuserais évidemment, ou au moins tu exigerais une explication. Et je n’aurais pas d’autre choix que de te suivre. Parce qu’au final, je ne suis qu’un membre de cette équipe. Mais toi, ce n’est pas pareil. »

C’est acceptable quand c’est moi, mais pas quand c’est toi.

C’était le genre d’hypocrites que Seol Jihu détestait le plus. Et c’était exactement ce qu’il faisait en ce moment.

« Si tu insistes, on est obligés de te suivre. Tant qu’on fait partie de cette équipe, on n’a pas le choix. Pourquoi ? Parce que c’est évident qu’on serait mis à l’écart si on refusait. Et on finirait par partir. »

Bien sûr, Seol Jihu n’avait jamais eu cette intention, mais il était vrai qu’il avait, en pratique, forcé les membres de Carpe Diem à le suivre dans ses objectifs.

« C’est ça, être un leader. Tu as l’autorité, et la position pour l’exercer. C’est précisément pour ça que toi, plus que quiconque, ne dois pas agir ainsi. »

En termes polis, c’était un conquérant. Mais en vérité, c’était un dictateur.

Du moins, dans cette affaire, Seol Jihu s’était comporté en dictateur.

« Bien sûr, Chung Chohong et Richard Hugo ne le voient peut-être pas ainsi. Même chose pour Maître Jang. Ils t’observent de près depuis longtemps, alors ils doivent avoir une confiance profonde en toi. »

Mais ce n’était pas le cas de Kim Hannah, ni des autres.

« Quoi qu’il en soit, je veux que tu repenses à ce que chacun de nous a pu ressentir cette nuit-là en te suivant. »

Kim Hannah laissa échapper un léger soupir.

« Et là-dessus… j’admets que j’ai dépassé les bornes. Je ne vais pas dire que j’ai fait ça pour toi ou quoi que ce soit. Je l’ai fait en étant prête à accepter n’importe quelle punition. »

Seol Jihu expira longuement. Puis il leva les yeux vers le plafond.

Sa vision se troubla, et il crut apercevoir le visage d’Ian sur le plafond qui ondoyait.

[J’ai vu vos capacités de mes propres yeux, mais je dois encore vous poser la question.]

[En tant que stratège, vous risquez des centaines et des milliers de vies s’il s’agit d’un conflit à petite échelle, et des centaines de milliers, voire des millions, dans le cas d’un affrontement à plus grande échelle. Proposez-vous cette stratégie en étant pleinement conscient de ses implications ?]

Et il repensa aussi aux paroles de Jang Maldong.

[Jihu, faire partie d’une organisation signifie vivre en communauté. C’est un groupe dans lequel les membres partagent les mêmes valeurs et les mêmes intérêts.]

[Un médiateur ne peut pas tout régler. Il faut que les intéressés règlent leurs problèmes eux-mêmes. Bien sûr, tu ne peux pas leur laisser trop de liberté, sinon ce sera l’anarchie. J’ai vu plus d’une organisation sombrer pour cette raison.]

[C’est pour ça qu’il faut des règles et un règlement. Des principes fondamentaux appliqués à tout, pour garantir l’équité. Mademoiselle Kim Hannah connaît tout ça sur le bout des doigts.]

Les conseils qu’il avait reçus autrefois lui transpercèrent la poitrine. De plus…

[Je vais m’occuper de ça tout seul. Je veux m’en charger avec mes propres capacités, tu comprends.]

[Au moins, je te l’ai dit à l’avance, n’est-ce pas ?]

Seol Jihu se souvint de la raison pour laquelle il s’était tant énervé contre Chohong lors de l’incident du laboratoire Delphinion.

Il ne put cacher son embarras. Bien sûr, la situation était différente, mais comme l’avait dit Kim Hannah, dire simplement à ses coéquipiers de lui faire confiance n’était pas un argument convaincant.

Oui, il était occupé, mais n’avait-il vraiment pas eu le temps d’appeler les Triades, ne serait-ce qu’une fois ?

Non, pas du tout.

Ce n’est pas qu’il n’avait pas pu appeler les Triades, c’est qu’il ne l’avait pas fait.

Celui qui devait incarner les principes et les règles fondamentales avait failli à sa tâche.

Avant même de s’en rendre compte, la colère de Seol Jihu s’était entièrement dissipée. Son esprit ivre se dégrisa, et ses pensées parurent s’aiguiser.

Ce n’est qu’alors qu’il prit conscience de ce qui l’entourait.

Ai-je été trop emporté ? Suis-je allé trop loin ? Ai-je agi trop vite ?

En y pensant, il fut frappé d’une étrange impression de déjà-vu.

« … »

Il croyait avoir surmonté cela après la défaite cuisante subie dans la Zone Neutre.

Étais-je…

Mais comme le dit l’adage, l’homme répète toujours ses erreurs passées, et il avait commis la même faute simplement parce qu’il avait un peu grandi.

…Trop téméraire ?

Seol Jihu ferma les yeux.