Chapitre 230. Répression interne

Une lumière éblouissante traversait la fenêtre.

Sous l’assaut du soleil qui lui chauffait le visage, Seol Jihu entrouvrit paresseusement les yeux et se blottit instinctivement contre une source de chaleur.

« Aaah… »

Un gémissement discret résonna dans les oreilles de Seol Jihu, encore à moitié endormi.

« Faut que je me lève pour aller bosser… non… je peux dormir encore un peu… mais j’me réveille toujours vers cette heure-là… »

Il se retourna, respirant bruyamment.

« Ugh, mais qu’il dégage ! »

Kim Hannah grogna en le repoussant.

« Ung… »

Évidemment, il revint aussitôt se coller à elle.

« Seigneur. »

« Seonhwa… grande sœur Yuhui… si vous faites toutes les deux ça… je peux pas respirer… »

« Bon sang. »

Kim Hannah soupira.

Qu’est-ce qu’il pouvait bien rêver pour faire une tête aussi ravie ?

« Petit salopard… »

Après avoir écarté Seol Jihu qui parlait en dormant, elle se leva du lit et se mit au travail.

Faute de cheval, on monte sur une vache.

Seol Jihu fit claquer ses lèvres et se roula dans les draps. Il enfouit son visage dans les couvertures encore tièdes, empreintes de la chaleur corporelle de Kim Hannah.

Un subtil mélange d’alcool et de produits de beauté lui chatouillait le nez.

« J’ai fait chauffer un peu d’eau pour toi. »

« Merci. »

« Tu veux quoi pour le petit-déj ? »

« Un truc efficace contre la gueule de bois. En double portion, s’il te plaît. »

Tout un tas de sons vinrent chatouiller les oreilles de Seol Jihu alors qu’il s’éveillait lentement. Le claquement d’une porte, l’eau qui coule, l’eau qui bout…

Même un parfum alléchant flottait dans l’air.

Alors qu’il flairait l’odeur et se redressait brusquement, une serviette humide lui atterrit sur le visage.

« …Pourquoi tu m’as lancé ça ? »

« Je suis en train de me changer. »

Une voix froide répondit à une autre, plus interloquée. Chsss, chsss. Seol Jihu grogna dans son coin en entendant les froissements de tissu.

« J’avais les yeux fermés. »

« En fait, je l’ai lancée parce que j’étais énervée. »

Seol Jihu pencha la tête, intrigué.

« Énervée ? Pourquoi ? »

« T’as une idée de la nuit que tu m’as fait passer ? »

Il sursauta au ton irrité de Kim Hannah.

« Le mot modération existe dans ton vocabulaire ? T’es un bébé d’un an ou quoi ? Un mec de 26 ans incapable de se contrôler dès qu’on le dorlote un peu… »

« … »

« Arrête de faire semblant de dormir. Viens bouffer ! J’ai commandé une soupe pour ta sale gueule de bois ! »

Au final, Seol Jihu se traîna hors du lit tel un gamin pris sur le fait après une nuit de cavale.

Quand il retira la serviette de ses yeux, il aperçut Kim Hannah assise à la table, vêtue simplement d’une chemise blanche.

Il cligna des yeux.

Il avait l’habitude de la voir coiffée en queue de cheval impeccable. Ses cheveux défaits, en bataille, offraient un contraste rafraîchissant.

« Slurp… Le goût est hyper net. Hé, viens manger. La soupe va refroidir. »

Seol Jihu s’assit en face d’elle, cédant à ses pressions, et goûta la soupe pour la gueule de bois.

C’était encore l’aube, et la fraîcheur de la nuit n’avait pas quitté l’air. Un bon bol de soupe chaude réchauffait son estomac frigorifié.

Comme le goût était doux, il la but facilement.

Après s’être concentré un moment sur sa gueule de bois, Seol Jihu leva les yeux vers Kim Hannah.

Se souvenait-elle de leur conversation de la veille ?

Avec l’alcool, elle avait vidé son sac. Peut-être qu’à présent, sobre, elle avait changé d’avis.

Il était pris de mille réflexions.

L’être humain était lunatique par nature. Ce qui était vrai hier ne l’était pas forcément aujourd’hui.

Et puis, c’était une décision capitale. Une décision qui allait bouleverser la vie de Kim Hannah au Paradis.

« … »

… En vérité, c’était en lui-même que Seol Jihu n’avait pas confiance.

Que Kim Hannah rejoigne Carpe Diem ? Jamais il ne l’aurait imaginé.

« Keuheu~ Ça, c’est de la soupe. »

Kim Hannah releva la tête hors du pot en pierre. Elle essuya la sueur sur son front et son nez avant de souffler un bon coup.

« Ça m’a bien nettoyé l’estomac. Aaaah~ Trop bien. Je me sens revivre. »

Elle jeta un regard surpris à Seol Jihu.

« Qu’est-ce que t’as ? C’est pas ton genre de finir après moi. »

Machinalement, il reprit sa cuillère.

Kim Hannah, le visage rafraîchi, sortit un miroir en cristal pour appliquer son toner. Ensuite vinrent l’essence et la lotion.

« Au fait, pourquoi t’es venu à Shéhérazade ? »

Hein ?

Seol Jihu faillit lui demander de répéter.

« T’as dit que t’avais ramené toute ton équipe. J’me doute bien que c’est pas juste pour moi. »

Jusqu’à cette phrase, il pensait qu’elle faisait comme si rien ne s’était passé hier.

« Ah… c’est pour la salle des ventes. »

« La salle des ventes ? Ah, vous venez pour claquer du fric. »

« Quelques-uns sont là pour s’amuser, ouais. Mais la majorité cherche de l’équipement. »

« De l’équipement… »

Kim Hannah ricana tout en sortant sa crème solaire.

« Il paraît que Shéhérazade n’a plus rien d’intéressant en ce moment. Vous avez pas acheté n’importe quoi au moins ? Juste parce que vous avez de l’argent ? »

« J’ai juste acheté une cape à 100 pièces d’argent. J’ai rien vu d’autre qui m’intéressait. »

« Donc t’as juste fait le tour. Bien. »

Elle le félicita en appliquant une crème hydratante.

Seol Jihu touilla sa soupe et, par curiosité, demanda :

« Pourquoi ? Il ne faut rien acheter à la salle des ventes en ce moment ? »

« Pas nécessairement. Même quand t’as de l’argent, faut savoir bien le dépenser pour que ça en vaille la peine. »

Kim Hannah parlait en ouvrant un pot de BB crème.

« On parle de centaines de pièces d’or, là. Faut les dépenser aux bons endroits. Certes, la salle des ventes de Shéhérazade est la plus grande, mais tout le monde peut y entrer à tout moment. »

« C’est si important qu’elle soit publique ? »

« Bien sûr, idiot. Les salles des ventes sont tenues par des Terriens. »

Kim Hannah le réprimanda, puis commença à exhiber ses talents en appliquant du fond de teint.

« Il existe une salle des ventes privée, réservée aux VIP. Une qu’uniquement les gros clients connaissent. Les bons objets ne sont pas mis aux enchères publiques, ils sont vendus là-bas. »

Seol Jihu ouvrit grand les yeux. C’était la première fois qu’il entendait parler d’un tel endroit. Voilà pourquoi rien ne lui avait sauté aux yeux à Shéhérazade.

« Au final, ce qui est vendu publiquement, c’est les restes. Des trucs pas assez bons pour les VIP. Bon, ça reste de la bonne came, mais pas du calibre qu’on s’attendrait pour quelqu’un avec des centaines de pièces d’or. »

Kim Hannah eut un sourire en coin en appliquant son correcteur.

« Ceux qui s’épuisent à la salle des ventes publique sont de vrais imbéciles. Ils se rendent même pas compte qu’il y a des employés planqués pour faire grimper les prix. Ils payent le prix fort pour des fonds de tiroir ! »

Seol Jihu pensa immédiatement à Hugo, qui rigolait en montrant ses trouvailles de la veille.

Il lui était aussi arrivé d’acheter des objets vantés et d’en être déçu, donc il comprenait parfaitement.

Hein ?

Il cligna des yeux. Elle mettait encore son correcteur à l’instant, et la voilà déjà à poudrer son visage.

Comment elle a fait ?

« Au fait, tu comptes rentrer quand ? »

« Hein ? Mais je viens juste d’arriver. »

« Allez, je t’ai déjà dit… Tu comptes acheter des fonds de tiroir ? T’as dit que t’étais devenu un Haut Rang, non ? Tu dois acheter de l’équipement de qualité maintenant. Surtout en tant que Guerrier. »

Seol Jihu répondit d’un « Ah » avant de s’interrompre.

Ce n’était pas ça, le plus important.

En un clin d’œil, Kim Hannah appliquait déjà un highlighter et un contouring. Vu la vitesse de ses gestes, on aurait dit un tour de magie.

« C’est vrai que Sinyoung ne peut plus t’atteindre facilement, mais on n’est jamais trop prudent. Mieux vaut ne pas traîner ici. »

Elle s’examina dans le miroir, hocha la tête et se leva.

Seol Jihu resta bouche bée.

On dit que la transformation d’une femme est innocente, mais là…

Ses traits étaient bien plus définis, et Seol Jihu n’arrivait pas à s’y habituer. Il avait même l’impression que son visage rayonnait.

« Faut pas en faire tout un plat non plus. On évite une merde par terre non pas parce qu’on en a peur, mais parce que c’est sale. »

Elle attacha ses cheveux soigneusement brossés en une queue de cheval, enfila sa veste deux-pièces, des bas couleur café, puis une jupe professionnelle. Sa transformation en femme d’affaires était complète.

« Bon, je file. Je vais bosser, donc réveille ton équipe et prends un carrosse. Mieux vaut partir dès que possible, pour nous deux. »

Après avoir arrangé le bas de sa chemise, Kim Hannah se pencha pour attraper son sac à main.

C’est à ce moment-là que Seol Jihu réalisa qu’il avait oublié de vérifier quelque chose d’essentiel.

« T-Tu vas bosser ? »

« Hmm ? »

« Pourquoi ? »

« Comment ça, pourquoi ? C’est mon boulot. »

Comme Kim Hannah répondait tranquillement tout en saisissant la poignée de son sac, Seol Jihu insista.

« Tu dois vraiment y aller ? »

« Qu’est-ce que tu racontes, là ? »

« Hier, t’as dit que— »

« J’y vais parce que je dois y aller ! Pourquoi tu poses cette question ? »

Seol Jihu resta sans voix. Kim Hannah redressa le dos et le fixa d’un air agacé.

« Non… je me demandais juste pourquoi tu dois y aller… »

Elle lança son sac à main sur son épaule. Elle avait l’air détachée, mais son ton était ferme.

« Je vais remettre ma lettre de démission. »

Après le départ de Kim Hannah, Seol Jihu fit irruption dans la chambre voisine. Comme il s’y attendait, tous ses coéquipiers étaient affalés dans la même pièce, profondément endormis.

Rien qu’à l’odeur d’alcool qui empestait la pièce, il pouvait deviner à quel point ils avaient bu.

Sans surprise, personne ne réagit, même après qu’il les ait secoués vigoureusement. Pire encore, ils fronçaient les sourcils et agitaient les mains comme pour chasser une mouche.

La seule consolation, c’était que Marcel Ghionea reprit ses esprits presque instantanément.

Se demandant quoi faire, Seol Jihu eut soudain une brillante idée.

Et cette idée consistait à rapprocher les visages de ses camarades au plus près des aisselles et de l’entrejambe d’Hugo.

L’effet fut immédiat. Chohong, placée sous l’aisselle gauche d’Hugo, se réveilla au bout de quelques minutes en hurlant un torrent d’insultes.

Même chose pour Phi Sora, positionnée de l’autre côté.

« Putain ! »

Elle fronça les sourcils et cracha un seul mot, d’une puissance rare, dès qu’elle ouvrit les yeux.

Seol Jihu retint son rire en s’approchant d’elle.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« J’étais en train de dormir tranquillement et… argh, bordel. Je sens encore cette puanteur. »

Phi Sora grogna en crachant au sol, visiblement écœurée.

« Allez, allez, il est temps de se lever. Le soleil est déjà bien haut. »

« Hein ? Pourquoi ? J’veux dormir encore un peu… »

« J’ai apporté de l’eau chaude. Lave-toi tant qu’elle est encore tiède. »

Seol Jihu poussa Phi Sora, qui râlait, jusqu’à la salle de bain.

Maria, quant à elle, résista stoïquement sous l’entrejambe d’Hugo. Jusqu’à ce que ce dernier lâche un pet.

« Kuheu~ Ça, ça fait du bien. »

La charge devait être conséquente, à en juger par ce qu’Hugo marmonna dans son sommeil.

« ! ? »

Ce fut comme un éclair en pleine tête pour Maria, qui fut prise de haut-le-cœur à vide une fois relevée de force.

« Uuuek ! Uwwwueeek— ! »

Elle vomit en pleurant.

« Putain, sale enfoiré de merde ! »

Elle hurla, ivre de rage et de dégoût, en fourrant son artefact cruciforme dans le postérieur d’Hugo.

Résultat : Hugo se réveilla lui aussi en hurlant.

Marcel Ghionea, témoin de toute la scène, frissonna d’effroi en voyant Seol Jihu glousser dans son coin après une telle cruauté.

Tandis qu’une mini-émeute éclatait, aucun membre de l’équipe ne protesta vraiment contre l’idée de rentrer à Haramark.

La principale raison ? Le manque d’objets intéressants à la salle des ventes.

Seol Jihu fut soulagé de ne pas avoir à les convaincre. Mais il ne put s’empêcher de se demander s’ils n’étaient pas simplement venus à Shéhérazade pour s’enfiler de l’alcool hors de prix.

Dans tous les cas, une bonne nouvelle restait une bonne nouvelle. Seol Jihu libéra leurs chambres à l’auberge et se dirigea vers l’écurie près de la porte sud.

« Huaaaam. Tu aurais pu nous laisser dormir un peu plus… Ce n’est pas comme si on était pressés… »

Phi Sora bailla à s’en décrocher la mâchoire tout en râlant.

Seol Jihu afficha une moue vaguement désolée.

Maria, quant à elle, souffrait encore d’un estomac en vrac.

« Donc je suis la seule à avoir tiré quelque chose de ce séjour dans la capitale. »

Hugo afficha un large sourire satisfait en prenant place dans le carrosse.

Seol Jihu songea à lui parler de ce que Kim Hannah lui avait dit à propos des ventes aux enchères, mais il se ravisa. Inutile de gâcher l’humeur d’Hugo alors qu’il était tout content.

« Aaah… J’ai trop bu ? Pourquoi ma tête bourdonne comme ça… ? »

Seol Jihu ne put retenir un rire en voyant Chohong se plaindre à l’unisson avec Maria.

« T’aurais dû boire de la soupe pour la gueule de bois. T’avais le temps. »

« J’avais la flemme… Bon, partons vite. Je me sentirai mieux après une petite sieste. »

« Attendez, il manque encore quelqu’un. »

« Hein ? Quoi ? Mais tout le monde est là. »

« Eh bien, disons que… quelqu’un d’autre va se joindre à nous. »

Les yeux de Chohong s’écarquillèrent.

« Qui ? Et quand cette personne arrive-t-elle ? »

« Bientôt. Dors en attendant. »

« J’allais dormir une fois le carrosse en route. Si je m’endors maintenant, je me réveillerai quand elle démarrera. Et j’me sens déjà comme une merde avec ce réveil brutal… »

Chohong jeta un regard noir à Hugo, qui gloussait.

« …Bon. Attends un peu alors. »

Tout à fait d’accord, Seol Jihu sortit un cristal de communication de sa poche. C’est alors.

La porte du carrosse s’ouvrit brusquement dans un clong, révélant une femme familière.

Elle avait l’air exactement comme lorsqu’elle avait quitté l’auberge, à ceci près qu’elle portait un sac à dos.

Kim Hannah jeta un œil à l’intérieur du carrosse et hocha la tête.

« Juste à temps. »

« C’est qui, cette… »

Chohong s’interrompit.

Elle reconnut le visage. Elle l’avait déjà croisée.

Quand Seol Jihu était dans le coma, Chohong était venue lui rendre visite plusieurs fois, et elle était tombée sur Kim Hannah à l’occasion.

Seol Jihu prit la parole.

« Tu es arrivée plus tôt que prévu. »

« Il n’y avait plus grand-chose à faire. Le transfert de mes fonctions est terminé, et mes affaires étaient déjà prêtes. »

« Et t’as bien pensé à balancer ta lettre de démission à la figure de ton patron ? »

« Tu crois que j’étais dans un soap du matin ? »

Chohong n’était pas la seule. Tous les occupants du carrosse s’étaient tus comme s’ils s’étaient tous concertés, les yeux fixés sur la femme en train de parler avec Seol Jihu.

Miss Foxy, la garce rancunière qui faisait du commerce même avec la guerre, la femme que Dylan craignait d’avoir pour ennemie, Mon Dieu, c’est trois des Six Folles, etc., etc…

Alors que toutes ces pensées se mélangeaient, Seol Jihu afficha un grand sourire et lui tendit la main.

« Monte. »

Pas besoin de regarder en arrière une fois la ligne franchie.

Kim Hannah attrapa la main de Seol Jihu sans hésiter.

Le carrosse démarra.

Personne ne prononça un mot pendant tout le trajet. Les membres de l’équipe gardaient le silence, et Kim Hannah n’ouvrit pas non plus la bouche. Elle restait droite, le regard tourné vers l’extérieur.

Un mur invisible semblait les séparer.

Ce n’était pas étonnant. Tout le monde avait compris la situation quand Seol Jihu avait mentionné une lettre de démission.

Chohong s’était autrefois moquée de lui, affirmant que Kim Hannah et Seo Yuhui avaient atteint le sommet dans leurs domaines respectifs, et qu’elle le servirait comme son Hyung s’il parvenait à en recruter ne serait-ce qu’une.

Certes, Kim Hannah ne pouvait pas être placée exactement au même niveau que Seo Yuhui. Mais elle restait indéniablement une Terrienne très respectée dans son secteur.

C’était comme si une athlète de niveau mondial au sommet de sa carrière rejoignait une équipe de deuxième division à peine émergente.

« Euh… »

Finalement, Marcel Ghionea prit la parole, incapable de contenir sa curiosité.

« Leader, c’est quoi cette histoire… ? »

« Ah, euh… voyons voir… par où commencer… »

Seol Jihu croisa les bras et fit claquer ses lèvres.

« Je comptais vous le dire une fois arrivés à Haramark, mais autant le faire maintenant. »

Il attira l’attention de tout le monde.

« Carpe Diem va bientôt devenir une organisation. Officiellement. »

« Hm ? »

« Et on va quitter Haramark pour s’installer à Eva. »

Une bombe comme il n’en avait encore jamais lâché.

« Q-Quoi ? »

Chohong cracha sa question d’une voix rauque.

« Hé… t’es sérieux ? Tu crois que créer une organisation, c’est facile ? »

« Non, je sais que c’est dur. »

Seol Jihu reconnut aussitôt la difficulté.

« C’est pour ça. »

« ? »

« Qui ici sait comment enregistrer une organisation ? En détail, je veux dire. »

Seol Jihu balaya l’assemblée du regard. Comme prévu, personne ne leva la main.

Même pas Phi Sora.

Elle avait intégré une organisation existante. Elle n’avait jamais fondé White Rose.

« Personne, hein ? On avait besoin d’une experte en administration. Tout s’est aligné, alors je l’ai recrutée. »

« Wow, quelle explication. »

Chohong lâcha un rire creux.

Il était facile de le croire, la preuve vivante étant assise en face d’eux. Mais ce que tout le monde se demandait, ce n’était pas pourquoi il avait recruté Kim Hannah.

C’était comment il avait réussi à convaincre la fameuse Miss Foxy, affiliée à Sinyoung, la plus grande organisation du Paradis.

« Au fait, il nous faut pas aussi une Magicienne ? T’as qu’à recruter grande sœur Cinzia, tant que t’y es. »

Seol Jihu se tut, fixant Chohong d’un regard intense.

« Q-Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« … »

« Quoi… ? »

Chohong pâlit soudainement en pleine phrase. Plus Seol Jihu la fixait, plus elle perdait ses moyens.

« Uh… mm… »

Elle bafouilla, fuyant son regard.

« Ah, merde… »

Elle tremblait de malaise, incapable de savoir où poser ses yeux, comme si elle venait de commettre un crime.

[Quoi ? La Fille de Luxuria serait parfaite ? Miss Foxy serait idéale ? Je peux pas, pffahahaha !]

[Ces deux-là ont atteint le sommet de leurs domaines respectifs, mais t’es là à essayer de les recruter dans notre équipe. Va boire de l’eau froide et reprends tes esprits, espèce d’enfoiré.]

[Oooooh ? Vraiiiment ? Bon, c’est bien de rêver en grand.]

[Hah ! Hé, si tu parviens à recruter ne serait-ce qu’une seule de ces deux-là…]

[Que ce soit _Hyung~ ou Oppa~ je serai trè~s polie et bien élevée.]_

[Oui, oui~ Bien que je sois actuellement au service d’Ira, en tant qu’ancienne prêtresse, je fais le serment sur mes pouvoirs divins avec Invidia comme témoin. Heureux maintenant ? Hmm ?]

Seol Jihu afficha un large sourire en voyant Chohong se mordre les lèvres, les yeux fermés.