Seol Jihu ouvrit les yeux à l’aube. Il alluma un feu pour faire bouillir de l’eau, puis, après s’être préparé une tasse de café bien chaud, il lut le journal d’informations livré par la Guilde des Assassins.
Sa journée était déjà planifiée : il comptait présenter Flone au reste de l’équipe dans la matinée, puis partir pour Shéhérazade dans l’après-midi.
Il ne serait tranquille qu’après avoir au moins appris où se trouvait Kim Hannah.
Mais avant tout, il fallait manger. Seol Jihu se mit à préparer le petit-déjeuner.
Il sortit à nouveau pour rallumer le feu et posa une marmite de riz sur le réchaud. La nourriture du Paradis lui convenait aussi, mais il lui arrivait parfois d’avoir envie de riz.
Après avoir préparé six portions à la légère, Seol Jihu se perdit dans ses pensées tout en sortant toutes sortes d’ingrédients qu’il avait apportés de la Terre.
Est-ce que je devrais leur demander de venir avec moi… ?
Ces derniers temps, l’ambiance au sein de Carpe Diem était quelque chose à voir. Tout le monde traînait sur le dos en rigolant dans son coin toute la journée.
Ils sortaient parfois, mais c’était uniquement pour passer au temple vérifier leur argent, ou pour descendre des litres d’alcool au bar.
Évidemment, il était normal qu’ils se reposent, surtout après la fin de l’expédition, mais il était facile de deviner à quoi ils pensaient.
C’était évident : tout ce qu’ils avaient en tête, c’était Comment bien dépenser mon argent ? Alors s’il leur proposait de l’accompagner à Shéhérazade, ils accepteraient immédiatement. Après tout, la plus grande salle des ventes du Paradis se trouvait dans la capitale, et aucun Guerrier ne pouvait résister à l’appel de l’équipement.
Seol Jihu se fit la promesse mentale d’en parler dans la matinée, avant d’entrer dans le bureau avec les plats qu’il avait cuisinés.
Il déposa des assiettes pleines de légumes tricolores assaisonnés à l’huile de sésame parfumée et saupoudrés de graines de sésame, vingt œufs au plat, et des saucisses soigneusement découpées et sautées dans du ketchup : la table était impressionnante.
Assis sur le canapé, Seol Jihu afficha un sourire radieux.
« Bon appétit. »
Au moment où il attrapa deux œufs au plat avec ses baguettes et s’apprêtait à les enfourner dans sa bouche grande ouverte…
« ? »
Il sentit soudain un regard et se figea. Toujours les œufs en main, il tourna lentement les yeux.
Un instant plus tard, il vit environ la moitié d’un œuf rouge dépassant du bas du couloir menant aux chambres privées. Avec son inclinaison à 45 degrés, on aurait dit qu’il passait la tête pour l’espionner discrètement.
Leurs regards se croisèrent. Non, un œuf n’avait pas d’yeux. Mais même s’il ne comprenait pas comment, il avait clairement la sensation qu’un échange de regards avait eu lieu.
Hein ? J’ai sorti l’œuf de la chambre ?
Tandis qu’il doutait de lui-même…
L’œuf bondit en l’air avec un Tong !
Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent et les œufs au plat glissèrent de ses baguettes.
Tong, tong, tong, tong. Du sol au canapé, puis du canapé à la table. Avant même que Seol Jihu ne sorte de sa stupeur, l’œuf avait atterri en douceur sur la table, tel une plume.
Il roula ensuite jusqu’à s’arrêter juste en face de Seol Jihu. Puis, il se pencha légèrement en arrière, comme s’il levait la tête pour le regarder.
« … »
Devant ce phénomène des plus étranges, Seol Jihu resta sans voix. Quand il parvint enfin à reprendre ses esprits, il parla :
« T…Toi, qu’est-ce que tu es ? Tu es venu tout seul ? »
L’œuf se mit à sautiller.
« Non mais, attends. Qu’est-ce qui se passe exactement ? Tu t’es éveillé ? Alors que tu n’as même pas encore éclos ? »
Sautille, sautille.
« Qu’est-ce qui t’arrive ? »
Sautille, sautille.
« Arrête de sauter et dis quelque chose… Ah, t’as pas de bouche. Je deviens fou. »
Sautille, sautille.
« Q-Quoi ? Qu’est-ce que tu veux ? »
Comme s’il était frustré, l’œuf continua de sautiller un moment, puis roula jusqu’à une assiette. Il donna un petit coup dans le bol de riz fumant.
« …Du riz ? Tu veux du riz ? »
Dès que Seol Jihu lui partagea un peu de son riz sur une assiette, l’œuf sauta rapidement dessus.
Croque, croque.
Hein ?
La mâchoire de Seol Jihu se décrocha.
On le comprenait. Un œuf… était en train de manger du riz ? Alors qu’il n’avait même pas de bouche ?
Seol Jihu approcha le visage tout près de lui. Il observa attentivement l’œuf qui mangeait du riz, mais comme il s’y attendait, aucune bouche n’était visible.
Simplement, à chaque bouchée, un creux circulaire apparaissait au centre de la coquille pour laisser entrer les grains de riz. Sa surface ondulait à chaque mastication, et lorsqu’il avalait, on entendait une petite déglutition.
Je croyais qu’il fallait le nourrir avec du pouvoir divin échangé contre des points de contribution ?
Serait-il omnivore ? Mangerait-il tout ce qu’on lui donne ?
Tandis que Seol Jihu restait bouche bée, l’œuf continuait de manger avec application. Seol Jihu ne fit que le regarder pendant que les plats qu’il avait soigneusement préparés disparaissaient les uns après les autres.
Finalement, l’œuf s’arrêta après avoir tout englouti.
Est-ce que le roman classique Kim Won Jung était basé sur une histoire vraie… ?
Seol Jihu fixait l’œuf rouge, son incrédulité visible dans ses yeux. Comment autant de nourriture avait-elle pu entrer dans un si petit œuf ?
« Rrrôôôt— »
« !? »
Seol Jihu fut si surpris qu’il en eut le hoquet.
« Toi. Tu as roté, pas vrai ? Tu viens de roter ! »
Que la question soit posée ou non, l’œuf l’ignora. Puis, comme s’il avait terminé son affaire, il bondit vers une fenêtre ensoleillée, atterrit sur le rebord et se pencha à 90 degrés.
On aurait dit qu’il faisait la sieste après s’être rempli l’estomac.
Seol Jihu cligna des yeux un moment.
Après ça, l’œuf ne réagit plus. Et quand Seol Jihu s’obstina à lui parler, l’irritant à force, il se mit à sauter de colère et s’éloigna.
Un évènement inattendu, certes, mais Seol Jihu poursuivit tout de même son programme de la matinée. Il convoqua tout le monde pour une réunion, leur annonçant qu’il allait leur présenter un nouveau membre.
La réaction de l’équipe fut calme. Ils en avaient vaguement entendu parler pendant l’expédition de la Pagode des Rêves.
Évidemment, ils ne connaissaient pas les détails, seulement qu’il s’agissait d’un bon fantôme.
« Sungjin ne s’est pas réveillé. »
Jang Maldong sortit de sa chambre en fermant la porte derrière lui. Yi Seol-Ah se leva, encore ensommeillée.
« J’vais… le réveiller… »
Sa voix était rauque.
« Ce n’est pas la peine. Laisse-le. »
Jang Maldong secoua la tête.
« J’ai essayé de le réveiller, mais il s’est mis à supplier pour sa vie à moitié endormi. »
Chohong eut un sourire narquois.
« Tu aurais pu y aller plus doucement. À quel point tu l’as entraîné pour qu’il te supplie comme ça ? Tu vas le tuer à ce rythme. »
« Mais… c’est lui qui me l’a demandé… »
Jang Maldong toussa sèchement avant d’aller s’asseoir sur le canapé.
Tandis que plusieurs regards se posaient sur lui, Seol Jihu referma la bouche et jeta un œil alentour. Il avait demandé à Flone de se matérialiser, mais elle était soudain introuvable.
Elle était en train de passer discrètement la tête au coin du couloir, exactement comme l’œuf plus tôt. Seol Jihu courut rapidement et lui tira le bras.
« Ah, pourquoi tu te caches encore ? Allez, viens. »
[Eeeek.]
« Tu as promis. En plus, j’ai tout préparé. »
[Eeeeeek. Noooooon.]
Même si elle refusait verbalement, elle se laissa entraîner. Il comprit qu’elle faisait un caprice parce qu’elle était gênée.
Ce ne fut qu’après quelques négociations et un peu de tiraillement qu’il parvint enfin à présenter Flone à ses coéquipiers.
Bien qu’ils en aient vaguement entendu parler, c’était la première fois qu’ils la voyaient. Tous la regardèrent avec des yeux curieux.
Son comportement hésitant ne dura qu’un instant. Flone redressa gracieusement la tête, posa délicatement une main sur sa poitrine, et prit la parole.
[Cette humble jeune fille adresse à tous ses plus respectueuses salutations.]
Une voix claire et élégante résonna dans la tête de chacun.
[Cette fille est la plus jeune fille de la Lance de l’Empire, de la maison Rothschear, Flonecia Lusignan La Rothschear. C’est pour moi le plus grand honneur que de rencontrer les chevaliers de Carpe Diem, renommés pour leur bravoure.]
Seol Jihu se frotta les yeux et tendit l’oreille. Où était donc passée Fifi Brindacier ? Et d’où sortait cette héroïne d’un roman de fantasy romantique débordante de dignité ? On aurait dit qu’elle lisait un extrait de littérature à voix haute.
[Je vous supplie d’appeler cette fille Flone.]
Flone exécuta une révérence polie pour conclure sa présentation.
Oooooh—
Un petit cri d’admiration s’éleva, suivi d’applaudissements.
Ils avaient été un peu inquiets à l’idée de rencontrer un fantôme, mais son apparence élégante et ses manières raffinées leur gagnèrent immédiatement les faveurs.
Et puis, tous étaient des vétérans aguerris du Paradis. Ils se dirent simplement : Bah, pourquoi pas des fantômes aussi.
Mais ce n’était pas le cas de tout le monde.
Yi Seol-Ah, qui n’avait pas été informée à l’avance, affichait un visage pétrifié de peur. Incapable d’oublier les fantômes vus durant le Tutoriel, elle tremblait visiblement de terreur.
Malgré cela, en constatant l’accueil général, Flone poussa un soupir de soulagement.
« De la bravoure… C’est un compliment un peu exagéré, mais je vous remercie. Ce vieil homme se nomme Jang Maldong. »
À sa demande, Flone lui serra la main avec grâce.
[Je suis honorée d’entendre votre réponse. J’ai beaucoup entendu parler de Maître Jang.]
Alors que Flone parlait avec douceur, telle une dame issue d’une famille noble, Jang Maldong afficha un large sourire ravi.
« Hoho, quelle charmante demoiselle vous êtes. »
[Oh non, vous me flattez.]
Intrigués par cette poignée de main avec un fantôme, les autres membres de l’équipe se bousculèrent pour faire de même.
« Uh, enchantée… Flanaria… ? Enfin bref, je suis Chung Chohong. »
[Oui. Appelez-moi simplement Flone.]
« Ça marche, Flone. C’est plus simple à retenir. Hé, c’est toi qui nous as aidés pendant la guerre, non ? »
[Si vous parlez de voler, alors oui.]
J’aurais dû la présenter plus tôt.
Seol Jihu était ravi de voir Flone discuter avec les membres de l’équipe, tous rassemblés autour d’elle.
Chohong rit et lança une question :
« Ahah. J’ai vraiment envie de savoir un truc. Comment t’as fini collée à Seol ? »
L’ambiance était vraiment au beau fixe.
« Ah, ça ? Je vais vous raconter. Vous voyez la Forêt du Déni, non ? Vous vous souvenez du fantôme dans la tombe ? »
« Le fantôme dans la tombe… ? »
Les yeux de Chohong s’écarquillèrent. Simultanément, Hugo, qui riait bêtement, sous le charme de la beauté de Flone, se figea net.
Ils savaient qu’elle était un fantôme, pas un esprit maléfique.
« Seol… C’est bien elle… »
demanda Hugo d’un air incrédule.
« C-Cet… esprit maléfique plein de rancune… ? »
« Oui. »
« Celle qui a… déchiré… l’équipe de Samuel… ? »
Et puis…
« Exactement ! »
Au moment où Seol Jihu confirma d’un air radieux…
« Heuk ! »
Chohong lâcha la main de Flone et s’effondra en convulsant.
« Aaaaah ! »
Hugo détala en hurlant.
« Maman ! »
Il ne savait même pas pourquoi, mais même Phi Sora agita les bras et prit la fuite.
Dès que la Forêt du Déni fut mentionnée, tout le monde disparut à une vitesse folle.
Seol Jihu, hébété, fixa les deux qui venaient d’ouvrir la porte à la volée pour s’échapper, ainsi que Chohong, toujours secouée au sol.
Mais enfin… Si vous vous enfuyez tous comme ça…
Craignant que Flone ne soit blessée après avoir rassemblé tout son courage, Seol Jihu se tourna vers elle… puis afficha un visage des plus perplexes.
Flone… riait. Comme si la situation déclenchée par sa simple présence l’amusait, ses lèvres s’étaient retroussées. Et en se tournant vers Yi Seol-Ah, qui tremblait en la fixant les larmes aux yeux, les prunelles de Flone se mirent à briller.
« F-Flo— »
Avant que Seol Jihu ne puisse dire quoi que ce soit, Flone prit un air espiègle.
[Wouuuuh~ !]
Quand elle flotta vers Yi Seol-Ah, les bras tendus devant elle, cette dernière bondit sur ses pieds en poussant un cri strident.
« Kyak ! Kyaaa ! Kyaaaaaah ! »
[Ouhéhéhé~]
Yi Seol-Ah agita frénétiquement les bras en s’enfuyant à toute vitesse, tandis que Flone, hilare, la poursuivait. Jang Maldong, témoin de la scène, semblait victime d’un choc culturel.
Seol Jihu regardait, abattu, le bureau soudainement tombé dans le chaos. Voir une scène presque touchante dégénérer ainsi lui suffisait.
[J’ai entendu dire que la benjamine de la maison Rothschear était un garçon manqué gâté.]
En se rappelant les paroles de Roselle, Seol Jihu se prit la tête entre les mains.
« Elle est exactement comme Casper. »
Le seul réconfort, c’était que Marcel Ghionea, lui, était resté parfaitement calme.
« Vous n’avez pas l’air d’avoir peur d’elle, Monsieur Ghio. »
« C’est Ghionea. Et au bout du compte, ce n’est qu’un fantôme. »
Marcel Ghionea le corrigea calmement avant de laisser échapper un léger rire.
« Et puis, avoir peur d’un fantôme, c’est honteux pour un homme. »
Puis, comme s’il venait de se rappeler quelque chose, il posa une question :
« Ah au fait. Leader, vous n’alliez pas à Shéhérazade aujourd’hui ? »
« Shéhérazade ? »
Il allait justement aborder le sujet, alors entendre Marcel Ghionea en parler avant lui le surprit.
« Oui. La salle des ventes de la capitale est la plus grande… En fait, Chohong et Hugo sont impatients de dépenser leur argent. Ils ont dit que Mademoiselle Maria allait venir aussi. »
[Shéhérazade ? J’y vais ! Je veux venir aussi !]
Flone s’incrusta soudain entre eux.
« Hieeek ! »
Pris de panique, Marcel Ghionea exécuta une sorte de danse de masque de Bongsan en reculant précipitamment.
« … »
Seol Jihu se contenta de rire.
Une fois qu’il avait renoncé à tout, tout semblait drôle.
Le matin tempétueux finit par s’apaiser.
Vers midi, alors que l’équipe s’était enfin calmée, Maria arriva au bureau, comme Ghionea l’avait annoncé.
« Oh~ Hohoho~ ! »
Maria était méconnaissable. Elle portait de grandes lunettes noires, une étole de fourrure autour du cou, un manteau de vison luxueux sur le dos…
Et pour couronner le tout, un sac verni Saint Laurent pendait à son épaule.
Personne n’arriva même à lui faire un compliment, voyant cette fille de dix-huit ans habillée comme une bourgeoise quinquagénaire.
« Toi… Qu’est-ce que c’est que tout ça ? »
À ce point, même Chohong lui posa la question, sidérée.
« Ah~ ça ? »
Maria ouvrit grand les bras, comme si elle n’attendait que ça. À ses dix doigts scintillaient des bagues incrustées de diamants et autres pierres précieuses.
« C’est rien~ Tu vois~ J’ai juste vendu un lingot d’or et converti ça en espèces~ Au total, dix millions de dollars, plus exactement 1 987 dollars, ont été déposés sur mon compte~ »
Après avoir agité ses doigts encore un peu, Maria retira ses lunettes et afficha un sourire.
« Du coup, j’ai déménagé~ acheté une nouvelle voiture~ et je crois que j’ai un peu trop craqué ? »
Elle releva les coins de sa bouche et, la main devant la bouche, éclata de rire.
« Oh~ hohoho~ hohohoho~ hohohoho~ hohohoho~ ! »
Elle se fatigue jamais à rire comme ça ?
Tandis que Seol Jihu la fixait, gêné, Chohong esquissa un sourire narquois et demanda :
« Eh, t’as l’air en forme depuis que t’as touché le pactole. »
« Bien sûr~ ! Je me sens merveilleusement bien~ ! »
« Alors, tu payes le déjeuner aujourd’hui ? Allez ? »
« Non. »
Maria redevint sérieuse sur-le-champ et refusa net. Sa voix était catégorique.
« Je m’en doutais. Ton avarice légendaire n’a pas disparu. »
Chohong secoua la tête.
Riant intérieurement, Seol Jihu se leva de sa chaise.
« Allez, on y va. J’ai appelé un carrosse. »
Un instant plus tard, six personnes et une âme montèrent dans un carrosse en direction de Shéhérazade.
*
« Oh, grande sœur. Vous venez d’arriver ? »
Un jeune homme aux cheveux frisés se leva pour l’accueillir chaleureusement.
« Oui. J’ai un peu traîné. »
Kim Hannah répondit avec calme, un léger sourire aux lèvres. Elle observa le jeune homme assis à ce qui avait été son bureau, pas si longtemps auparavant.
« Ça te va bien. »
Le jeune homme frisé, Shin Hansung, se gratta la nuque en riant maladroitement.
« Je ne sais pas trop. Tout ça est arrivé si soudainement… »
Il détourna les yeux et haussa les épaules.
« Bref, pourquoi vous avez mis autant de temps ? Je pensais que vous viendriez juste après votre entretien avec la direction. »
« J’avais beaucoup à faire. »
« Quand même. Puisque vous ne veniez pas, même après plusieurs jours, j’ai fini par me débrouiller tout seul. Vous n’avez plus besoin de m’apprendre. »
« Oh, tu me ménages, maintenant ? »
« Pensez ce que vous voulez. Ah, au fait ! »
Shin Hansung ouvrit un tiroir et sortit un cristal de communication. Une faible lumière tourbillonnait à l’intérieur. Un éclat passa dans les yeux de Kim Hannah.
« À qui est relié ce cristal ? Il n’avait aucune étiquette, et comme il n’arrêtait pas de sonner, je me demandais si je devais— »
Tak. Kim Hannah lui arracha le cristal des mains avant même qu’il ne termine.
« G-Grande sœur ? »
Les yeux de Shin Hansung s’écarquillèrent. Il se crispa en voyant l’expression de Kim Hannah.
Après avoir fait claquer ses lèvres un moment, il poussa un long soupir.
« …Grande sœur. »
« … »
« Je comprends ce que vous devez ressentir, mais… Je pense pas que nos supérieurs aient pris une décision à la légère. »
Kim Hannah resta silencieuse. Elle se contenta de le fixer, le visage fermé.
« Je vais être franc. Grande sœur, si vous vous taisez, c’est parce que vous avez quelque chose à vous reprocher. Vous n’avez même pas essayé de vous expliquer. »
« Est-ce que j’ai dit quelque chose ? »
Sa voix s’échappa malgré ses dents serrées.
« C’est à moi. C’est un cristal de communication personnel. »
Lâcha-t-elle sèchement avant de tourner les talons.
« Grande sœur ! »
Shin Hansung s’écria en hâte :
« Vous n’allez quand même pas quitter Sinyoung pour de bon ? »
Mais Kim Hannah ne répondit pas. Elle ne se retourna pas, ni ne s’arrêta.
« Vous le savez aussi ! Si vous partez comme ça, avant même de quitter Shéhérazade— ! »
Elle continua à marcher, ses talons claquant sur le sol, le cristal fermement serré dans sa main.
Dans ses yeux légèrement rougis, une profonde rancune brillait comme des larmes prêtes à couler.
Pendant ce temps, au même moment…
« On est arrivés ! »
« Oh, Shéhérazade ! »
L’équipe de Carpe Diem venait d’arriver à Shéhérazade.
« Et maintenant ? On file directement à la salle des ventes ? »
« Non. C’est trop tôt. Tu sais bien que le gros des ventes, c’est en soirée. »
« Aii, présidente Chung, de quoi tu t’inquiètes ? On peut aller jeter un œil maintenant et y revenir ce soir. »
« Rah, pourquoi tu es si pressée ? Ce que je dis, c’est : trouvons un bel endroit pour loger, mangeons dans un bon resto, et profitons un peu. »
Tous les membres, sac au dos, débattirent vivement avant de finalement se tourner vers Seol Jihu.
« Eh, Seol ! Tu veux faire quoi, toi ? »
« Moi ? »
Il leva les yeux vers l’immeuble imposant au centre de la ville, puis baissa le regard. Il glissa la main dans sa poche et en sortit un cristal de communication.
« Je… »
Il s’interrompit et serra fermement le cristal transparent.
C’était l’entrée en scène du Prince Lapin, venu sauver la Princesse Renarde du danger.