L’intérieur du palais doré était vraiment le summum de la flamboyance. Des symboles dorés étaient gravés sur un fond de marbre lustré, et même les rebords des fenêtres avaient un contour doré.
Et avec toutes sortes d’objets décoratifs placés partout, le palais rappelait à tout le monde le château de Versailles en France, connu pour sa merveilleuse beauté.
« Je suis très heureuse que vous ayez une si haute opinion de ce pauvre palais. »
Une voix de soprano, semblable à celle d’une alouette, résonna dans les oreilles de tous, et les yeux se dirigèrent naturellement dans sa direction.
Un trône en or se tenait au bout du vaste couloir qui s’étendait tel un corridor. Une femme se levait lentement de ce trône et regardait l’équipe d’expédition d’un air aimable.
La silhouette était jeune et frêle, et ne semblait même pas atteindre les 150 centimètres. Ses cheveux bleus étaient gominés et attachés en chignon, ce qui mettait encore plus en valeur son petit visage blanc.
En fait, plutôt qu’une femme, il semblait plus juste de parler d’une jeune fille.
Clac… clac…
Seol Jihu sortit de sa torpeur en entendant le claquement des talons. La jeune fille descendait les escaliers d’un pas modeste, les mains jointes sur son nombril.
Au fur et à mesure qu’elle s’approchait, sa tenue devenait de plus en plus visible. Le haut de son vêtement était une robe noire de style lolita gothique, qui collait à son corps et soulignait ses courbes séduisantes, et le bas était une large jupe en forme de cloche qui lui arrivait aux chevilles.
« Merci d’avoir accepté mon invitation. »
Après avoir atteint le bas des escaliers, elle releva légèrement l’ourlet de sa jupe et s’inclina poliment.
« Bienvenue à la Pagode des Rêves, Visiteurs légitimes. »
Elle balaya brièvement l’équipe d’expédition du regard. Puis…
« Et Experts attendus. »
Elle sourit à Seol Jihu et Teresa. Son sourire était si captivant qu’elle attira instantanément l’attention de tous.
Cependant, Seol Jihu ne baissa pas sa garde. La bouche de la jeune fille était retroussée en un sourire, mais ses pupilles d’un bleu clair telles l’océan étaient sereines comme de la glace.
Tout d’abord, Seol Jihu ressentit un fort sentiment d’incongruité au moment où il pénétra dans cet endroit. Une jeune femme était la seule personne dans un palais aussi immense ? Il avait l’impression de rêver.
« Vous avez raison. Mon accueil n’a pas été des meilleurs, même si de si honorables invités ont accepté mon invitation. Veuillez pardonner le manque de réflexion de cette dame avec magnanimité. »
Seol Jihu fut pris au dépourvu. Il n’avait rien dit, mais la jeune femme semblait avoir lu dans ses pensées.
Ses yeux s’arrondirent en forme de croissant et elle leva les deux mains.
Clap !
Elle applaudit.
Tutururu~ !
Seol Jihu faillit tomber à la renverse sous le choc. Ce n’était pas seulement lui, mais tous les membres de l’équipe d’expédition.
Le palais se remplit instantanément de gens. Ils tournaient autour de l’équipe d’expédition, chantaient, jouaient de la musique et lançaient des pétales de fleurs en l’air.
« Ne soyez pas si surpris. »
Un ricanement étouffé retentit.
« C’est le monde de mon esprit. »
Une voix rêveuse se répandit en rythme.
« Puisque c’est un monde de rêve, tout ce que je souhaite se réalise. »
Roselle fit un geste de la main tel un chef d’orchestre symphonique, et les gens disparurent en un instant. Le palais retrouva sa sérénité.
« Vous avez aimé mon spectacle de bienvenue ? »
Demanda-t-elle, la tête légèrement inclinée.
Seol Jihu ne pouvait rien dire, mettant de côté le fait qu’il ait aimé ou non. Il avait vécu toutes sortes de choses jusqu’à présent, mais c’était la première fois qu’il vivait quelque chose de semblable à aujourd’hui.
« Maintenant. »
Roselle applaudit à nouveau et le décor changea. L’équipe d’expédition se trouvait maintenant au milieu d’un magnifique jardin.
Une table ronde blanche était placée devant eux, avec de jolies tasses de thé fumantes posées dessus.
« Bien qu’il soit un peu tard, permettez-moi de me présenter. »
La jeune fille plaça délicatement sa main sur sa poitrine.
« Je m’appelle Roselle La Grazia. »
Seol Jihu réussit à peine à prononcer quelques mots.
« Oui, il fut un temps où j’étais appelée par ce nom insignifiant. »
Roselle afficha un sourire radieux avant de s’asseoir élégamment sur une chaise. Elle ouvrit ensuite la paume de sa main et désigna les autres chaises.
« Asseyez-vous, s’il vous plaît. »
Seol Jihu hésita un instant, mais se ressaisit rapidement. La Sorcière des Rêves les traitait correctement, à la fois en tant que maîtresse des lieux et en tant que personne qui les avait invités.
Il était donc normal qu’ils la traitent avec le même respect, en tant qu’invités.
Faites aux autres ce qu’ils vous font.
« Merci ! »
Une fois Seol Jihu assis, ses camarades commencèrent à faire de même. Mais une fois tout le monde installé, il restait un siège libre.
« La dame à l’intérieur du pendentif ne va-t-elle pas se joindre à nous ? »
Roselle prit la parole d’une voix rêveuse.
[!?]
Elle sait ?
Seol Jihu ouvrit la bouche, décontenancé.
« Ah, elle n’est pas douée avec les étrangers… elle est un peu timide. »
« Eh ? La fille estimée de la maison Rothschear est… timide ? »
Roselle parut surprise.
« Je vois… J’espérais pouvoir parler de toutes sortes de choses avec elle… »
Au moment où elle tendit la main vers la table d’un air un peu déçu…
[Grand-père est venu ici ?]
Demanda précipitamment Flone. Roselle ne dit rien. Elle se contenta de fixer le pendentif en souriant.
[Ah, hum…]
Flone avait dû faire une erreur, car elle bégayait. Elle poursuivit en hésitant.
[Excusez-moi… J’ai inconsciemment bafouillé…]
Flone parlait avec une élégance qui ne lui ressemblait pas.
« Non, c’est tout à fait normal. »
Roselle parla en maintenant son sourire.
« Vous et moi sommes déjà mortes. Il n’y a aucune raison de maintenir les coutumes de notre vivant. »
[…]
« De plus, j’ai entendu dire que la plus jeune fille de la maison Rothschear est un garçon manqué chouchouté. »
[!]
Chouchouté ? Garçon manqué ?
Le pendentif s’agitait comme un flet hors de l’eau. Roselle le fixa comme si c’était mignon avant de se racler la gorge.
« Pour répondre à votre question, oui, le chef de la maison Rothschear a effectivement visité la Pagode des Rêves. Comprenant que l’empereur cupide le convoitait, il m’a demandé de conserver une partie de l’héritage des Rothschear. Bien que cela se soit passé il y a des centaines d’années, je m’en souviens parfaitement. »
Seol Jihu ne manqua pas de voir les sourcils de Roselle se froncer lorsqu’elle mentionna l’empereur.
« Pour être honnête, je n’étais pas non plus une grande fan de la Lance de l’Empire, mais comme je détestais encore plus l’empereur, j’ai accepté la demande du chef des Rothschear. »
« Alors… »
« Oui, je garde toujours l’héritage. »
Roselle répondit comme si elle savait ce que Seol Jihu allait demander. Elle s’arrêta alors qu’elle soulevait élégamment sa tasse de thé. Un sourire intrigué se dessina sur son visage.
Roselle ouvrit la bouche.
« Ah, putain. »
Seol Jihu douta de ses oreilles.
« Ça devient ennuyeux. Donne-nous juste notre merde et laisse-nous partir. Pourquoi cette salope nous a invités en premier lieu ? »
Roselle parlait de façon monotone.
« Hiiiiiik !? »
Maria hurla.
Seol Jihu s’exclama intérieurement.
Pas possible.
Maria baissa la tête et supplia.
« Je suis désolée ! S’il vous plaît, ne me tuez pas ! »
« Non. »
Roselle se couvrit la bouche, sourit, puis secoua la tête.
« J’aurais trouvé à y redire si vous l’aviez dit à haute voix, mais vous l’avez seulement pensé. C’est ma faute si j’ai lu dans vos pensées sans votre permission. C’est une de mes mauvaises habitudes, voyez-vous. »
Maria releva furtivement la tête.
« Je peux vous donner l’héritage de la maison Rothschear quand vous le souhaitez. Si vous le désirez, je peux vous le donner tout de suite. »
Roselle but une gorgée de son thé, puis reposa soigneusement la tasse.
« Mais je vous serais extrêmement reconnaissante d’écouter la raison pour laquelle je vous ai invités. »
Seol Jihu ouvrit la bouche.
« Bien sûr. Au fait… »
« Oui, comme je l’ai déjà dit, je suis quelqu’un qui est mort il y a des centaines d’années. Mon corps s’est probablement transformé en cendres et s’est dispersé, si bien qu’il ne doit pas en rester un seul morceau dans le monde. La personne à qui vous parlez en ce moment est… »
Seol Jihu ferma la bouche, incapable de finir de dire Vous avez dit que vous étiez morte dans le passé.
« Une existence qui n’est qu’un vestige de pensée. »
Pour une raison ou une autre, cette femme…
« … Est imbue de sa personne. C’est quelque chose que j’ai souvent entendu de mon vivant, car j’ai l’habitude de lire dans les pensées des autres. Veuillez excuser mon comportement. »
« … Ah, oui. »
« Vous n’avez pas à vous en inquiéter maintenant. Je peux me retenir si ce n’est que pour un petit moment. »
Seol Jihu laissa échapper une toux sèche.
« Lorsque j’ai consulté les archives historiques, tout ce qui concernait la Pagode de l’Infection, ou plutôt des Rêves, a été effacé. »
« Oui, c’était une mesure plutôt efficace. »
Roselle répondit fermement.
« Je souhaitais ardemment que l’infection onirique atteigne l’empereur, mais je n’imaginais pas qu’il réagirait aussi vivement dès qu’elle commença à se propager. »
Roselle ajouta alors : « Il avait beaucoup d’ennemis, il était donc toujours pressé de se protéger. »
« Je n’ai pas pu faire grand-chose à l’époque. J’ai tissé une puissante malédiction autour de la pagode pour que personne ne puisse s’en approcher, mais je ne pouvais pas non plus mettre un pied à l’extérieur. »
Seol Jihu examina attentivement Roselle. Cette sorcière avait autrefois projeté de renverser l’Empire. Mais au-delà de son incroyable talent, il s’interrogeait sur ses méthodes. À proprement parler, l’infection de la Pagode des Rêves aurait affecté négativement les civils innocents de l’Empire.
« Vous avez raison. À cause de ma pagode, d’innombrables bons citoyens respectueux de la loi sont morts. »
Roselle l’admit sans réserve.
« Mais je ne le regrette pas. Car de nombreux partisans de l’empereur sont également morts. Et ces gens méritaient tous la mort. »
Seol Jihu eut un peu peur en l’entendant donner l’impression que ce n’était pas grave. Il entrecroisa ses doigts et demanda.
« J’aimerais savoir pourquoi vous êtes allée si loin. »
« Ce n’est pas évident ? »
Roselle prit un ton chantant.
« Pour éliminer l’empereur fou de guerre… »
Ses petites épaules tremblaient légèrement tandis qu’elle serrait ses mains.
« Et les partisans tyranniques qui le soutiennent dans sa folie… ! »
Seol Jihu recula instinctivement, tandis que des frissons lui parcouraient l’échine et que la chair de poule se répandait sur tout son corps.
Une froideur amère sortit du corps de Roselle comme des épines. Il faisait si froid que Seol Jihu s’imaginait dans un grand congélateur à -40 degrés. C’était dire à quel point Roselle était enragée.
Quelle puissance…
L’énergie qu’elle dégageait dépassait de loin celle de Flone. Seol Jihu put enfin se rendre compte de la puissance de cette sorcière. Elle pourrait même faire jeu égal avec un Commandant d’armée parasite.
Roselle prit une profonde inspiration, puis apaisa son énergie.
« Excusez-moi. »
Des hoquets de surprise fusèrent de toutes parts.
« Quoi qu’il en soit, après la décision de l’empereur, j’ai fait tous les efforts possibles pour renforcer la malédiction. Mais il y avait une limite indéniable avec un corps mortel. Même après de laborieux efforts, tout ce que j’ai obtenu, c’est la qualification pour poursuivre l’origine… »
Roselle brouilla la fin de son discours, s’enfonçant dans un concept difficile à comprendre.
« Il y a une raison pour laquelle je vous ai tous invités. »
Après un bref moment de silence, Roselle prit une gorgée de thé et reprit la parole.
« Bien que le pouvoir de la malédiction se soit considérablement affaibli avec le temps, j’ai passé ma vie à la créer. Puisque deux d’entre vous ont pu échapper à cette malédiction grâce à leur propre pouvoir, vous devez avoir une grande volonté. »
Ce n’est pas vraiment ça.
Seol Jihu se gratta la tête.
« Je vais être franche et honnête. Je cherche quelqu’un qui puisse exaucer le souhait que je n’ai pas réussi à réaliser de mon vivant. »
Seol Jihu fronça les sourcils. Le souhait de Roselle devait être l’effondrement de l’Empire.
« Je sais. L’empereur tyrannique et ses partisans ont dû mourir, et beaucoup de choses ont dû changer au fil du temps. Pourtant, mon désir de vengeance n’a pas changé et n’a pas diminué. Depuis sa fondation, l’Empire a pris racine sur un sol pourri, il doit donc être renversé. Même si des centaines d’années se sont écoulées depuis. »
Elle avait dû mal comprendre l’expression de Seol Jihu.
« Bien sûr, je n’ai pas l’intention de vous imposer cette tâche. »
Et elle avait vraiment dû arrêter de lire dans les pensées des autres.
« Et je ne vous demande pas non plus de faire quelque chose à ce sujet. »
Ou peut-être qu’elle ne savait rien de la situation extérieure, étant donné qu’elle était coincée dans cet endroit.
« Mais si vous acceptez ma demande, je vous aiderai au mieux de mes capacités. »
Quoi qu’il en soit, elle se méprenait assurément du tout au tout.
« Cette Pagode des Rêves abrite également mon héritage. Sa taille et son importance sont incomparables à celles de la maison Rothschear. »
Roselle parla fièrement en exhibant sa petite poitrine.
Seol Jihu cligna des yeux.
Cette personne n’est pas normale non plus, hein.
Un ressentiment qui perdure même après des centaines d’années… Il était difficile de comprendre d’où venait sa soif de vengeance. Même si ce n’était qu’une supposition, Roselle ne semblait pas vouloir renverser l’Empire uniquement à cause d’une guerre.
Il y a une autre raison.
Il devait y avoir une raison plus précise pour laquelle elle détestait tant l’origine de l’Empire.
Quoi qu’il en soit, Seol Jihu décida que l’équipe d’expédition ne devait pas être impliquée dans cette affaire. Non, même s’il voulait l’aider, son souhait n’était plus réalisable.
S’il y avait une chose qu’il pouvait lui dire, cependant…
C’était de dire une vérité importante à la jeune fille, qui vivait dans un rêve depuis des centaines d’années.
Roselle demanda, les pupilles pétillantes.
« Alors, qu’en pensez-vous ? Ah, vous pouvez prendre votre temps avant de répondre. »
Ensuite, elle leva sa tasse de thé au tiers pleine.
« … »
D’une certaine manière, ce que Seol Jihu s’apprêtait à lui dire était cruel. Aussi, il hésita un peu avant de prendre la parole.
« C’est peut-être présomptueux de ma part, mais il y a quelque chose que j’aimerais vous dire avant de dire oui ou non. »
Roselle hocha la tête, lui faisant signe de continuer.
« L’Empire… »
Le souffle court, Seol Jihu prit la parole avec fermeté.
« Est déjà tombé. »
« Pfft ! »
Du thé jaillit de ses petites lèvres semblables à des cerises, éclaboussant tout sur son passage.
Roselle se raidit et resta sur place en tenant la tasse de thé, comme si le temps s’était figé pour elle. La seule chose qui montrait qu’elle était encore consciente, c’était ses yeux qui cillaient sans arrêt.
Seol Jihu ouvrit la bouche et enfonça le clou.
« Il s’est effondré il y a plus de dix ans. Ses habitants ont été tués, quel que soit leur statut social, et il ne reste plus une seule touffe d’herbe sur le territoire de l’Empire. »
Lentement, très lentement, Roselle releva la tête.
« … »
Le silence s’installa à nouveau. La chute de l’Empire, qui s’était longtemps maintenu au sommet du Paradis, avait dû être un choc énorme, car elle ne fit que regarder dans le vide sans même penser à poser sa tasse de thé.
« Ah… »
La bouche de Roselle s’ouvrit légèrement.
« Non. »
Et Seol Jihu…
« Hum… »
Put assister…
« … Comment ??? »
À son visage toujours souriant qui s’effondrait en un instant.