Chapitre 208. Chasse aux esclaves (2)

Après avoir entrouvert les yeux, Maria avait l’air extrêmement confuse.

Comme un enfant qui venait de se réveiller d’un horrible cauchemar, elle regarda autour de sa chambre avec anxiété.

« Ne me dis pas que… C’est encore arrivé… ? »

Son regard resta fixé sur les morceaux de verre brisés avant qu’elle ne se mette à sangloter.

Aucune larme ne sortait de ses yeux.

Mais Maria pleurait douloureusement dans les bras de Seol Jihu. Pendant ce temps, elle ne lâchait pas sa main gauche, celle qui tenait l’artefact en forme de croix.

« Mademoiselle Maria… »

En lui tapotant le dos, l’expression de Seol Jihu s’assombrit.

Tout à coup, elle eut des convulsions, se calma, et puis, elle pleura.

Il avait eu des doutes lorsqu’il avait entendu qu’elle était devenue folle, mais maintenant, il semblait vraiment que quelque chose n’allait pas dans sa tête. Elle avait dû développer un traumatisme après avoir frôlé la mort pendant la guerre.

Se méprenant tout seul sur la situation, Seol Jihu s’en voulut encore plus qu’avant.

Bientôt, Maria cessa de pleurer et s’essuya les yeux avec la paume de sa main.

Une fois de plus, aucune larme n’était sortie de ses yeux.

« Désolée… J’ignorais que c’était toi, grand frère… »

« Qu’est-ce qui s’est passé ? Vous avez fait un cauchemar ? »

Entendant son inquiétude, Maria secoua la tête avec difficulté.

« Je ne sais pas… Peut-être que je rêve… Ou bien est-ce une hallucination… ? »

Mon Dieu !

La mâchoire de Seol Jihu se décrocha. Elle ne pouvait pas distinguer un rêve de la réalité. Ce n’était pas une plaisanterie.

« Je ne peux pas vous laisser comme ça. Maria, levez-vous. Il faut qu’on vous soigne… ! »

« Non ! Tu ne peux pas ! »

Maria sursauta avant de se tordre et de résister. Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

« J-J’ai déjà essayé de me faire soigner. »

« Ce n’était pas efficace ? »

« Non. Ce que je vis en ce moment n’est pas un problème physique, mais mental. Ce n’est pas quelque chose qu’un sort de guérison peut régler. »

Maria dit tout cela très vite. Il était difficile de soigner des blessures mentales avec des sorts de guérison. Sachant cela, Seol Jihu se mordit la lèvre.

« Et sur Terre alors ? »

« J’y suis déjà allée. J’ai essayé de tout oublier et de me reposer, mais mon état ne s’est pas amélioré. Finalement, j’ai… »

Maria n’arrivait pas à terminer sa phrase. En voyant la jeune fille blonde renifler, les yeux de Seol Jihu s’assombrirent.

À quel point cela avait dû être difficile pour elle ? Ses joues rouges et potelées étaient maintenant pâles.

En vérité, c’était le résultat de journées entières passées à boire, mais Seol Jihu n’avait aucun moyen de le savoir et serra Maria dans ses bras.

« Cela a dû être difficile pour vous. »

« … Oui ! »

Maria acquiesça tout en enfouissant son visage dans la poitrine de Seol Jihu, comme si elle avait attendu ce moment tout le temps.

« J’ai vraiment pris mon courage à deux mains pour participer à la guerre… »

Tu as dit que tu me protégerais, fils de pute.

« Le Commandant d’armée était si effrayant… »

Tu es le bâtard que cet enfoiré demandait, pas vrai ? Putain, je pensais pas qu’il se jetterait sur moi tout de suite !

« Mais… Mais j’ai fait de mon mieux pour te sauver… »

Mon artefaaaaact !

« J’avais tellement de mal, mais personne ne m’aidait… ! »

On s’en fout de tout le reste. Si tu t’es réveillé, tu n’aurais pas dû me rendre visite au moins une fois ? Putain, t’es vraiment un humain ? Tu t’essuies la bouche et tu t’en vas juste parce que la guerre est finie ? Espèce de fils de pute !

À l’intérieur, Maria jurait à satiété.

Bien sûr, n’ayant aucun moyen de lire dans ses pensées, Seol Jihu lui tapotait continuellement le dos, pensant qu’elle racontait du charabia à cause du traumatisme.

« Oui, oui, vous vous êtes bien débrouillée, Maria. J’aurais dû venir vous voir plus tôt… »

« Ouais, espèce d’enfoiré. »

Maria dit ce qu’elle pensait par inadvertance, puis s’empressa de se taire.

« … Excusez-moi ? »

« R-Rien, désolée. Tu as soudainement ressemblé au Commandant d’armée… »

Elle se boucha la bouche et sourit faiblement. Elle regarda ensuite le crucifix, les yeux brillants.

« Alors, qu’est-ce que c’est ? »

« Ah, je l’ai apporté pour vous le donner. »

Bien ! C’est ce que je pensais.

Maria serra les poings. Refréner sa colère et jouer la comédie semblait valoir la peine.

« J’ai entendu dire que vous aviez porté un coup terrible à Diligence impérissable. Vous avez même été jusqu’à tenir une Cérémonie pour invoquer Mjolnir. »

« De qui as-tu entendu ça ? C’est embarrassant. »

« Embarrassant ? Je pense que c’est incroyable ! Tenez, ne dites pas non. C’est à vous, Mademoiselle Maria. »

« Non… Je ne peux pas accepter ça… Je n’ai même pas fait quoi que ce soit… »

Contrairement à sa bouche, son corps était honnête, sans la moindre pudeur.

« Pfiiiiiou… »

Après avoir pris l’artefact comme s’il lui appartenait de toute évidence, elle poussa un long soupir.

Seol Jihu fixa la jeune fille qui souriait de soulagement d’un air stupéfait.

Elle se comportait comme si elle était sur le point de mourir. Pourtant, le sang revint sur son visage pâle et ses joues ratatinées redevinrent pleines et potelées.

Ses lèvres reprirent leur couleur, et les pupilles de Maria n’étaient plus floues. Ses yeux calmes fixèrent Seol Jihu.

Était-elle reconnaissante pour l’artefact ? Non.

Pas du tout !

Il s’agissait seulement de rentrer dans ses frais. Monétairement, bien sûr.

Mais si l’on considérait tous les problèmes qu’elle avait rencontrés et qu’elle avait failli mourir en plus…

Maria tremblait.

Il ne lui restait plus qu’une chose à faire : ne plus se lier avec ce jeune homme.

Heureusement, elle venait de trouver l’excuse parfaite. Maria ouvrit la bouche en gémissant.

« Mais… Pourquoi es-tu venu… ? Pour donner ça… ? »

« Euh, j’allais vous demander si vous vouliez suivre Carpe Diem dans une expédition… »

C’était exactement ce qu’elle pensait. Maria afficha un sourire triste.

« Oh non, j’aimerais bien, mais mon corps… »

Seol Jihu fit claquer ses lèvres.

« C’est vrai, je suppose qu’il n’y a pas le choix. Je ne peux pas traîner de force une personne blessée avec moi… »

Il recula de façon inattendue.

C’est vrai, s’il ne fait pas au moins ça, il sera un humain sans conscience ! Non, ce serait une bête !

Maria décida d’enfoncer le clou.

« Bon, je ne pense pas y aller même si je meurs. Si tu as vraiment besoin d’un Prêtre, je t’en présenterai un. Je connais quelqu’un qui est vraiment bon. Tu es assez célèbre, grand frère, alors je suis sûre qu’elle acceptera tout de suite. »

Elle ne mentait pas. La seule chose qu’elle avait omise, c’était qu’elle était en très mauvais termes avec cette Prêtresse.

Quand elle pensait que cette Prêtresse allait subir le même sort qu’elle, elle se sentait déjà mille fois mieux.

« Je ne sais pas. »

Cependant, la réaction de Seol Jihu fut plutôt résignée.

« Merci pour l’offre, mais… ce serait du gâchis de partager le butin avec quelqu’un que nous ne connaissons pas… »

Il marmonnait comme s’il se parlait à lui-même, mais les oreilles de Maria ne le manquèrent pas.

Un gâchis de partager le butin avec quelqu’un qu’il ne connaît pas ?

Ses oreilles se dressèrent.

Non !

Maria se débarrassa de cette pensée. Elle refusait de se faire avoir à nouveau !

Mais… elle demanda, par courtoisie.

« Pourquoi ? Il s’est passé quelque chose ? »

« C’est une très bonne expédition… Tu penses que cette personne accepterait si je lui donnais beaucoup d’argent à l’avance en échange de ne pas avoir de part du butin ? »

« Je ne sais pas. En général, les gens n’acceptent pas ce genre d’offre… Combien tu penses payer ? Fais-moi signe, que je lui transmette le message. »

Seol Jihu mit la main à la poche.

Hmph, je parie que ce n’est rien…

Jusqu’à présent, Maria n’avait absolument aucune envie de participer à cette expédition. Elle l’avait demandé par pure curiosité. Elle était persuadée qu’elle ne bougerait pas, même s’il sortait des centaines de pièces d’argent.

Mais ce ne fut vrai que jusqu’au moment où Seol Jihu déposa un œuf sur la table.

Lorsque Maria vit l’œuf jaune-or, ses yeux sortirent de leurs orbites.

Seol Jihu toucha l’œuf d’or brillant avec son doigt.

« Cela suffira ? »

C-Cet enfoiré !?

Les yeux de Maria se mirent à tourner.

Ce n’était pas de l’argent.

Elle avait beau s’essuyer les yeux et voir l’œuf, c’était de l’or. DE L’OR !

Et un gros œuf en plus, un qui valait deux pièces d’or.

Elle pensait avoir renforcé son esprit, mais… de la salive coula le long de la bouche grande ouverte de Maria.

« Ssp. »

Essuyant la bave avec le dos de sa main, Maria poussa un cri strident.

« G-Grand frère, tu es fou ? Tu paies en or à l’avance ? »

« Oui, mais elle n’aura aucune part du butin de l’expédition. C’est la condition. »

Buzzzzzzz !

La calculatrice interne de Maria, faite de pur matérialisme, fonctionna à toute vitesse. Il y avait une raison simple pour laquelle Maria Yeriel était connue comme l’une des Six Folles.

L’argent.

C’est parce qu’elle était folle d’argent.

Elle mesurait la valeur de tout ce qui existait dans le monde avec de l’argent.

Les gens ? La gloire ?

Au diable tout ça.

La seule chose qui lui importait était de savoir si quelque chose serait rentable ou non.

« … Snif, snif. »

À l’instant même, Maria sentit l’odeur de l’argent, l’odeur de l’or qui lui piquait le nez. Elle n’avait jamais senti quelque chose d’aussi intense auparavant.

Gloups. Déglutissant, Maria fixa Seol Jihu d’un air compliqué.

Bordeeeel…

Maria se mordilla les lèvres.

C’est comme moyenner à la baisse…

Moyenner à la baisse. C’était un terme boursier.

Seuls les imbéciles croient qu’une action qui a chuté va remonter. Du moins, selon l’opinion de Maria.

[Les idiots qui pensent vivre au rez-de-chaussée… verront le sous-sol.]

Se souvenant d’une phrase d’un film qu’elle avait regardé dans le passé, Maria inspira profondément.

C’était exactement la situation dans laquelle elle se trouvait.

En y repensant, rien de bon n’était sorti de sa relation avec Seol Jihu.

Dans la Zone Neutre, elle avait dû se retirer prématurément après avoir utilisé une grande partie de ses offrandes.

Au village de Ramman, elle avait frôlé la mort et avait donné un artefact important en offrande.

Pendant la guerre, elle avait vraiment failli mourir et avait dû offrir l’artefact pour lequel elle avait dépensé toutes ses économies.

Si elle tombait encore plus bas, ce serait vraiment l’enfer.

Mais elle mentirait si elle disait qu’elle n’hésitait pas.

Ce n’est pas qu’il manque d’habileté…

En mettant de côté les pièces d’argent, elle avait pu constater la facilité avec laquelle il distribuait les pièces d’or et les artefacts. Il n’était pas prétentieux, mais avait vraiment les capacités de gérer de telles dépenses.

En pensant cela, sa cupidité se manifesta.

N-N’est-il pas temps que ça reprenne son ascension… ?

Sa tête disait non, mais son corps criait : L’action Seol Jihu a assez chuté ! Elle sera bientôt en plein boom !

En termes de notoriété uniquement, les perspectives du produit qu’elle avait sous les yeux étaient vraiment infinies. L’acheter quand il n’est pas cher était le meilleur moyen de maximiser ses profits. Il n’y avait vraiment pas de meilleur moment.

… Bien.

Tu m’as tuée une fois. Comment pourrais-tu recommencer ? Il est temps de dire adieu aux jours amers. Murmurant pour elle-même, Maria ravala ses larmes et prit sa décision.

Puis elle annonça d’une voix décidée.

« Elle ne sera probablement pas d’accord. »

« C’est vrai ? »

« Même si tu offres de l’or, un prêtre aura du mal à accepter ton offre à cause de sa fierté. »

C’était un mensonge. N’importe quel prêtre aboierait et supplierait à genoux en voyant l’œuf d’or.

« Eh bien, je suppose qu’il n’y a pas le choix. Quoi qu’il en soit, je vous remercie. Reposez-vous bien, Maria. »

Quand Seol Jihu se retourna avec regret…

« Je suppose qu’il n’y a rien à faire. Je vais y aller. »

Maria l’arrêta rapidement.

« Hein ? Mais vous… »

« Je suis juste un peu fatiguée, c’est tout. Ma Fenêtre de statut indique que je vais parfaitement bien. Tu ne doutes pas de moi, n’est-ce pas ? »

« Mais ne serait-il pas préférable de se reposer… ? »

« Puisque je me suis déjà reposée pendant des mois en vain, il est temps que je cherche une autre méthode. Qui sait ? Peut-être que sortir sera meilleur pour ma santé. Je me sens un peu étouffée ces derniers temps. Je pense qu’une bouffée d’air frais me ferait du bien. »

Maria continua à parler sans même mettre de salive sur ses lèvres.

« Vraiment ? Ça va aller ? »

« Bien sûr ! Je vais plus que m’en sortir ! »

Cependant, elle semblait encore avoir une once de doute et d’anxiété, car elle jeta un coup d’œil à l’œuf d’or et parla subtilement.

« Grand frère~ au fait~ je~ »

« Non. »

Pour une raison quelconque, Seol Jihu refusa catégoriquement.

« Cette fois, je ne peux pas dire oui, même si c’est à vous, Mademoiselle Maria. Bien sûr, c’est un oui si vous acceptez la condition que j’ai énoncée auparavant. Ce serait votre choix… mais personnellement, je ne pense pas que vous devriez le faire. »

Vu son sérieux, il semblait que le harceler ne servirait à rien.

« V-Vraiment ? »

« Oui. C’est d’or que nous parlons, pas d’argent… Ne vous inquiétez pas, Monsieur Kazuki et la princesse Teresa se sont vu proposer la même condition. »

Quoi ?

Cet Archer froid et cette princesse réputée pour sa méticulosité ?

En entendant cela, elle devint encore plus sûre d’elle.

Il devait y avoir une raison pour que ces deux-là participent à cette expédition. Sinon, il n’y avait aucune chance qu’ils s’y joignent, alors qu’ils étaient si clairement occupés à former une équipe et à s’occuper des finances du royaume, respectivement.

« Je vois. C’est parfait, alors. »

« Merci de votre compréhension. Quoi qu’il en soit, je dois vous expliquer en détail le plan et les termes du contrat. »

« J’écouterai ! Mais avant ça… »

Maria s’accrocha soudain à Seol Jihu. Elle s’accrocha furtivement à son bras et parla d’une voix nasillarde.

« Gwand fwèwe~ ! J’ai fwaaain. »

« Oh, alors devrions-nous sortir et parler autour d’un bon repas ? »

Maria leva les yeux vers Seol Jihu avant de hocher la tête.

« Un, un ! Achète-moi plein de plats délicieux ! »

« D’accord, mais ne vous accrochez pas trop à moi… »

« Aiing~ c’est parce que je suis fatiguée~ »

Ne pas regarder en arrière après avoir franchi une ligne.

C’était la règle absolue de Maria.

Ainsi, Maria s’accrocha à Seol Jihu comme une sangsue.

L’expédition prit de l’ampleur une fois qu’ils eurent trouvé un Prêtre. La plupart des tâches difficiles étaient terminées, il ne restait plus qu’à mettre la dernière main à l’édifice.

Jang Maldong leur souhaita bonne chance, puis se dirigea vers la Montagne rocheuse de l’Énorme Pierre avec les frères et sœurs Yi.

Après avoir soigneusement vérifié les articles nécessaires à l’expédition, Seol Jihu se rendit à l’écurie. Bien que leur destination soit la région frontalière, il n’était pas trop difficile de trouver un moyen de transport puisqu’elle était plus proche du côté de la Fédération.

En ajoutant un peu d’argent, Seol Jihu signa un contrat pour deux carrosses pour un voyage jusqu’à l’entrée de la région frontalière.

Enfin, il acheta une lance et une armure ordinaires, pensant qu’elles ne serviraient qu’une seule fois. Il savait qu’il pourrait acheter de meilleurs équipements une fois qu’il aurait trouvé l’héritage, il ne voulait donc pas faire de dépenses inutiles.

Le temps passa et le jour de l’expédition arriva.

La porte sud d’Haramark était calme, peut-être parce que c’était l’aube.

« Ah, le voilà qui arrive. »

« Seooool ! »

Kazuki et Teresa étaient déjà arrivés et discutaient, et Maria arriva également à temps.

Huit personnes, cinq Hauts Rangs et trois Niveaux 4.

C’était une équipe formidable avec un niveau moyen de 4,6.

Après un bref salut, Seol Jihu regarda autour de lui avec un sentiment nouveau. Il avait l’impression que c’était hier qu’il arrivait à Haramark avec un simple sac à dos, mais maintenant, il dirigeait une expédition de haut calibre avec une telle force.

Une fois tout le monde arrivé, le groupe se divisa en deux groupes de quatre et monta dans les carrosses.

Les deux Archers, Kazuki et Marcel Ghionea, furent les premiers à se séparer, et les autres décidèrent de celle qu’ils voulaient prendre.

Seol Jihu se demanda quel carrosse prendre avant de voir Phi Sora monter dans le carrosse de Kazuki et la suivre. Il pensait qu’il ne s’ennuierait pas en chemin.

Puis, dès qu’il s’assit à l’intérieur, Teresa se dépêcha d’entrer et de fermer la porte.

— Putain !

Maria hurla de colère, en retard d’un pas.

« Nous sommes complets~ »

Teresa prit la parole avant de s’asseoir à côté de Seol Jihu et de fredonner.

« Pourquoi es-tu de si bonne humeur ? »

Phi Sora engagea la conversation avec elle.

Teresa esquissa un sourire étrange.

« Parce que j’ai reçu un bon cadeau. »

« Un cadeau ? »

« Ah, je devrais peut-être dire que c’est un cadeau un peu obscène. »

Parlant avec coquetterie, Teresa jeta un coup d’œil à Seol Jihu et gloussa.

L’un des sourcils de Phi Sora se leva. Après avoir regardé Teresa d’un air indifférent, elle tira furtivement sur son col et baissa les yeux.

Elle jeta ensuite un coup d’œil à Teresa.

« Par hasard… »

Phi Sora jeta à nouveau un coup d’œil à son col et demanda.

« Est-ce que tu as aussi… ? »

Teresa cligna des yeux.

« ? »

« Tu les as portés ? »

« Hein ? »

« Je les porte aussi. »

Faisant un geste du menton vers l’intérieur de ses vêtements, Phi Sora lâcha prise et hocha la tête.

« J’ai eu l’impression que c’était du gâchis de les jeter, alors je les ai essayés. Ils étaient plutôt bien. Sans compter qu’ils m’allaient parfaitement. »

Teresa devint hébétée. Bientôt, ses yeux se rétrécirent jusqu’à devenir des fentes et elle tourna la tête sur le côté.

Cependant, Seol Jihu était distrait par quelque chose d’autre. Pour être plus précis, il avait entrouvert la porte et était absorbé par l’observation des murs du château d’Haramark.

Cette expédition pourrait bien être sa dernière mission à Haramark.

Même s’il partait pour grimper plus haut, ce serait mentir que de dire qu’il n’y était pas attaché, étant donné que c’était ici qu’il avait grandi, au Paradis.

Il comprenait enfin pourquoi Phi Sora ne pouvait pas abandonner White Rose aussi facilement.

Bientôt, le cocher cria quelque chose de fort.

Lorsqu’il sembla que le carrosse commençait à bouger, Seol Jihu ferma immédiatement la porte. Il serra les dents, tandis qu’une émotion indescriptible montait en lui.

Clunk !

Enfin !

Le signal de départ retentit enfin…

De la première comme de la dernière expédition que Seol Jihu eût planifiée et menée à Haramark.

**

Après avoir quitté Haramark, le groupe se dirigea vers le sud-est. Eva étant la ville la plus proche de la Fédération, le simple fait de s’y rendre prenait beaucoup de temps.

Ce n’est pas une zone sûre.

Comme la route n’était pas aussi bien entretenue que la route de Zahra, qui reliait Shéhérazade et Haramark, il s’était déjà préparé à tout ce qui pourrait arriver.

Les carrosses roulaient à toute allure après le départ d’Haramark. À l’exception des fois où ils campaient à l’extérieur ou s’arrêtaient pour laisser les Horus se reposer, ils ne s’arrêtèrent pas une seule fois.

Ce n’était pas de la chance, c’était grâce à Kazuki.

Comme on pouvait s’y attendre de la part de l’élite parmi les élites, qui était l’Archer auquel les habitants d’Haramark avaient pensé en premier lieu, il détectait facilement toute présence à proximité des carrosses et changeait la trajectoire en conséquence.

Une fois seulement, un groupe de bêtes affamées avait attaqué les carrosses, mais elles furent éliminées par les flèches de Kazuki et de Marcel Ghionea sans avoir pu s’approcher d’eux.

Même Chohong se plaignit d’être sortie et de n’avoir rien eu à faire.

Alors que tout semblait se dérouler à merveille, un changement se produisit. C’était le cinquième jour.

« Huaaam— »

Alors que Seol Jihu, qui s’ennuyait, observait l’intérieur de la bouche de Phi Sora en train de bâiller, Phi Sora remarqua son regard, ferma la bouche et lui lança un regard noir.

« Qu’est-ce que tu regardes ? »

« Ta luette. »

« Pourquoi tu regardes ma luette ?? T’es un pervers ? »

« Non, je trouve juste intéressante la façon dont elle pend. »

« Tu trouves ça intéressant ? Tu ne peux pas avoir un peu de savoir-vivre avec une dame ? »

Phi Sora réagit brusquement en regardant d’un côté à l’autre. Elle fronça les sourcils et demanda d’un air confus.

« Le carrosse a ralenti un peu… non ? »

« Nous venons de quitter le désert. Si nous allons trop vite sur les sentiers forestiers, les roues pourraient être endommagées ou le carrosse pourrait se retourner. »

Seol Jihu répondit clairement. Phi Sora pencha la tête.

« C’est vrai ? Mais ce n’est pas trop lent ? Je le sens clairement. »

« Peut-être que Monsieur Kazuki contrôle la vitesse en ce moment. Je suis sûr qu’il nous préviendra si quelque chose se produit. »

Seol Jihu pointa le plafond et prit la parole.

« Eh bien, tu n’as pas tort… »

Phi Sora se gratta la tête, puis ricana en voyant Teresa endormie utiliser les cuisses de Seol Jihu comme oreiller.

« Peut-elle être plus décontractée ? Elle a l’air élégante comme une dame raffinée, mais la façon dont elle agit… Bref, combien de temps il nous reste à parcourir ? »

« Nous serons à la frontière du territoire humain demain. »

« Mais nous devrons marcher après ça. »

« Pas si longtemps que ça. Le carrosse est censé aller jusqu’à l’entrée de la région fronti— »

C’est alors. Les Horus se mirent à crier.

Ensuite, le carrosse se mit à trembler avec des bruits de claquement avant de ralentir instantanément.

L’expression de Seol Jihu s’assombrit.

Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?

Phi Sora ricana.

« Tu vois ? Je savais que quelque chose ne tournait pas rond. »

« Qu’est-ce que tu entends par ne tourne pas rond ? »

Au moment où Seol Jihu posa sa question…

Clunk, clunk, clunk, clunk ! Des coups résonnèrent au plafond.

Teresa se leva, les yeux entrouverts.

Lorsque Seol Jihu ouvrit précipitamment la porte, Kazuki, qui était assis sur le toit, descendit comme une hirondelle et entra dans le carrosse.

« Seol, il faut arrêter le carrosse. Au plus vite. »

Kazuki parla brusquement. Il parlait comme si ce n’était pas grave, mais il ne serait pas descendu si c’était le cas.

Sentant peut-être que quelque chose ne tournait pas rond, Phi Sora dégaina son épée et Teresa, somnolente, chercha son bouclier.

Seol Jihu leva sa lance achetée en boutique et demanda.

« Que s’est-il passé ? »

« Je ne sais pas exactement. Il faudra que je marche sur le sol pour le savoir. »

Quelque chose que la capacité de recherche de Kazuki n’avait pas pu saisir ?

Seol Jihu se sentit nerveux pour la première fois depuis longtemps et informa le cocher de la situation.

Lorsque le carrosse s’arrêta, ils sautèrent tous les quatre immédiatement à terre, et le carrosse qui les suivait ralentit également pour s’arrêter.

Chohong et les trois autres descendirent immédiatement et s’approchèrent.

« Hé, pourquoi vous avez… »

Cependant, elle ferma immédiatement la bouche en voyant Kazuki agenouillé, les yeux fermés, les mains ainsi que l’oreille contre le sol.

Les membres de l’équipe d’expédition formèrent rapidement un cercle autour de Kazuki, Maria et les deux cochers.

La seule chose qu’ils pouvaient voir autour d’eux était un champ sans fin d’herbe et de roseaux.

Combien de temps s’était-il écoulé ?

Un vent léger soufflait.

Chss, chss.

Ayant l’impression que quelque chose allait sortir des roseaux qui tremblaient, Seol Jihu prit une position de lanceur et mit de la force dans ses yeux.

« A-Alors ? »

Chohong, qui se tenait en arrière-garde, demanda sans quitter la forêt des yeux.

Kazuki, qui était pratiquement couché à ce moment-là, leva la main. Il demandait à tout le monde de se taire.

« Ce… »

Il fronça les sourcils comme s’il était difficile d’obtenir des résultats.

« Ce n’est pas une vibration… Le bruit de l’herbe ? Non… c’est dans l’urgence… »

Hugo se retourna avec un regard qui demandait : Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

À ce moment-là, Kazuki tressaillit.

« … Le bruit du vent. »

Il avait l’air positif.

« Le bruit du vent, tu as dit ? »

Demanda Chohong, mais Kazuki ne répondit pas. Les yeux toujours fermés, il leva le haut de son corps et secoua lentement la tête de gauche à droite.

C’était comme s’il suivait le cours du vent.

Puis, soudain—

« Ghio ! »

Il ouvrit brusquement les yeux.

« 60 degrés à gauche du premier carrosse ! »

En même temps.

« C’est Ghionea. »

Marcel Ghionea répliqua calmement et pointa son arbalète. C’est alors—