Le cristal de communication brilla plus tôt que prévu.
Seol Jihu s’attendait à ce que cela prenne de quelques semaines au minimum à quelques mois au maximum, mais il ne fallut que quelques jours.
Inutile de préciser qu’il s’agissait d’un appel du cristal de Pavlovici.
Seol Jihu posa sa main sur le cristal et y infusa un peu de mana.
— C’est moi.
Dès que le cristal s’alluma, une voix familière retentit.
Comme c’était le milieu de la nuit, le cristal était rempli d’obscurité, mais il pouvait dire que son interlocutrice était Phi Sora rien qu’à sa voix.
Phi Sora l’appelant depuis le cristal qu’il avait donné à Pavlovici signifiait…
« Il a dû y avoir une attaque. »
— Ouaip. Tu devrais installer une tente et une boule de cristal.
Phi Sora gloussa. Vu qu’elle riait, elle devait avoir accompli sa mission sans problème. En pensant cela, la voix de Seol Jihu devint plus légère.
« Je suis content que tu ailles bien. »
— Pourquoi ? Ils n’étaient même pas suffisants pour s’échauffer. Eh bien, ils étaient plus que suffisants pour tuer ces quatre-là, mais ils n’étaient rien face à moi.
Phi Sora s’enorgueillit.
« Et Monsieur Marcel Ghionea ? »
— Je crois l’avoir entendu dire qu’il allait attraper les gars qui font le guet… Ah, attends un peu. Il arrive maintenant.
L’environnement sombre affiché par le cristal se modifia légèrement.
— Oui, Leader.
La voix de Marcel Ghionea était si calme qu’il était difficile de croire qu’il était au combat quelques instants plus tôt.
— Rapport. 12 combattants et 4 sentinelles. Au total, l’escouade d’embuscade compte 16 hommes. Parmi eux, 10 membres de l’équipe de combat ont été tués et les 6 autres ont été capturés.
« Vous en avez tué beaucoup. »
Marcel Ghionea claqua la langue.
— Il n’y avait pas le choix. Non seulement Mademoiselle Phi Sora ne s’est pas retenue, mais l’un des quatre hommes a été blessé, ce qui a provoqué beaucoup d’agitation…
— Pourquoi m’utiliser comme excuse ?
La voix mécontente de Phi Sora retentit.
Seol Jihu ouvrit rapidement la bouche.
« J’arrive tout de suite. »
— Je ne pense pas que vous deviez venir.
« Hein ? Pourquoi ? »
— Il y avait un visage que j’ai reconnu.
Marcel Ghionea continua tranquillement.
— J’ai interrogé une des sentinelles sur le chemin du retour. Ce sont des voyous qui errent dans les ruelles d’Haramark. Ils vivent de ce qu’ils gagnent au jour le jour.
« Donc… »
— C’est la même méthode que précédemment. Ils ont commandé ce travail sans révéler leur identité, ce qui fait qu’il n’y a pas de risque même s’ils échouent.
— Si je peux me permettre de donner mon avis, ils essaient peut-être simplement de tâter le terrain…
Ils se doutaient que nous avions laissé les quatre s’en sortir vivants ?
Les yeux de Seol Jihu se rétrécirent.
« Peux-tu me montrer le visage de l’un d’entre eux ? »
— Bien sûr !
Marcel Ghionea se plia docilement à la demande de Seol Jihu. Après avoir vu les hommes capturés de ses propres yeux, Seol Jihu en fut certain.
C’est différent.
La scène était différente de ce qu’il avait vu dans sa vision. Et il n’y avait pas qu’une ou deux différences.
Les assaillants étaient tous des hommes. Il n’y avait pas une seule femme dans l’équipe. De plus, il n’y avait pas de tatouage de serpent violet sur le cou de l’un d’entre eux.
— Que devons-nous faire d’eux ?
« Tuez-les tous. »
Juste après avoir dit cela, Seol Jihu fut surpris d’avoir donné un tel ordre. Lui dire de les tuer était venu trop facilement.
Il se demanda soudain s’il pouvait utiliser les six captifs comme il l’avait fait avec Pavlovici.
… Non.
Mais dès qu’il se demanda Que leur arrive-t-il sur Terre si je les tue au Paradis ?, il réalisa qu’il s’agissait d’une compassion stupide et décida d’endurcir son cœur.
Il avait déjà assassiné des gens. Et surtout, c’était un monde où la loi du plus fort régnait.
Seol Jihu ne retira pas son ordre et demanda à parler à Pavlovici à la place.
— Oui.
Une voix basse, mais clairement tremblante retentit. On aurait dit qu’il était hébété.
« Je ne parlerai pas longtemps. »
Seol Jihu demanda d’un ton qui lui indiquait qu’il attendait une décision immédiate.
« Qu’avez-vous l’intention de faire ? »
La réponse ne vint pas tout de suite.
Mais comme s’il avait quelque peu repris ses esprits pendant que Seol Jihu discutait avec Phi Sora et Marcel Ghionea, Pavlovici répondit rapidement.
— Que… Que devons-nous faire ?
Une respiration lourde s’échappa, comme s’il n’avait recommencé à respirer que maintenant.
Seol Jihu, qui s’était concentré sur la voix de l’appel, retroussa les lèvres.
Pavlovici était effrayé, mais Seol Jihu ne sentait plus aucune méfiance émaner de lui. Mais comme Seol Jihu avait fait ses preuves avec exactitude, comme s’il connaissait à la fois leur passé et leur avenir, Pavlovici n’avait d’autre choix que de le croire.
« Il n’y a rien que vous deviez faire pour l’instant. »
Seol Jihu ouvrit la bouche.
« J’appellerai plus tard. Mais en attendant… »
— Vous voulez que nous fassions profil bas et que nous nous cachions.
L’instinct de survie poussait les hommes à dépasser leurs limites. Pavlovici, qui avait immédiatement compris les intentions de Seol Jihu, poursuivit les dents serrées.
— Je connais une cachette que nous sommes les seuls à connaître tous les quatre. Nous allons nous y cacher pendant un certain temps.
« Où est-ce ? »
— … C’est l’Église d’Eva. Son emplacement exact est un peu difficile à expliquer.
Pavlovici hésitait, mais il ne cachait pas tout. Seol Jihu sourit, observant attentivement le cristal.
« D’accord. J’espère que mon appel vous parviendra à l’avenir. »
Après des adieux joyeux, Seol Jihu mit fin à l’appel.
Son sourire disparut au moment où la lumière s’éteignit, et il pencha la tête en arrière pour regarder le plafond.
Tâter le terrain, hein…
L’ennemi n’était pas stupide. Au contraire, il s’agissait d’un groupe de professionnels ayant une grande expérience en la matière.
Jang Maldong, Seo Yuhui, Agnes.
Ces trois personnes, qui avaient leur propre vision du Paradis, lui avaient toutes dit de se méfier de cet ennemi. Ils ne devaient donc pas être assez stupides pour se jeter sur un appât qu’il n’avait lancé qu’une seule fois.
Je ne devrais pas me précipiter inconsidérément.
Il y avait un vieux terme appelé Sun Run au blackjack. En termes simples, il s’agissait d’un autre mot pour désigner une série de gains due à un flux continu de bonnes cartes.
Les joueurs avaient pour règle de ne jamais quitter leur siège lorsqu’ils étaient en pleine Sun Run.
D’un autre côté, il y avait aussi des situations où ils devaient immédiatement se lever et partir.
Seol Jihu avait senti le feu des cartes, c’est-à-dire les quatre hommes, s’affaiblir quelques instants plus tôt.
Sa longue expérience du jeu le lui avait appris.
S’il continuait à jouer parce qu’il gagnait, il finirait dans une bad shoe (une situation où seules les mauvaises cartes viennent), et il devait donc se coucher rapidement.
Lentement.
De toute façon, il avait déjà réussi à maintenir le nœud coulant en vie. Il ne restait plus qu’à le resserrer lentement sans que l’ennemi s’en aperçoive. Puis, à un moment donné, la corde étoufferait le cou de l’ennemi.
« Fuu… »
Après avoir organisé ses pensées, Seol Jihu poussa un soupir. Il avait encore quelques regrets. Il devait y avoir une meilleure façon d’utiliser les quatre hommes. Après tout, il avait besoin de plus d’informations.
Il se sentirait rassuré s’il avait un expert dans ce genre de choses.
La personne qui lui vint à l’esprit fut naturellement Kim Hannah.
Il avait la conviction infondée qu’en tant que plus grande recruteuse du Paradis et plus célèbre arnaqueuse, Kim Hannah aurait crié Qui sont les salauds qui ont osé toucher à mon Contracté ? avant de tout résoudre.
Ce n’est pas qu’il n’avait pas essayé de la contacter. Il avait même essayé de l’appeler pour lui demander conseil, mais l’appel n’avait pas abouti. Cela ne s’était jamais produit auparavant et il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet.
J’espère qu’il ne lui est rien arrivé…
Bien sûr, il devait envisager la possibilité qu’elle soit retournée sur Terre, mais il se sentait tout de même mal à l’aise.
Dois-je rendre visite à Shéhérazade… ?
Il comprit enfin pourquoi Kim Hannah avait accordé tant d’importance au maintien du contact. Alors qu’il s’apprêtait à l’appeler à nouveau, juste au cas où…
« Hé ! »
Accompagnée du bruit de la porte qui s’ouvrait en claquant, Chohong fit irruption dans la pièce. Elle venait de prendre une douche, car de l’eau gouttait du bout de ses cheveux.
« Qu’est-ce que tu fais ? On dirait que t’essaies d’appeler quelqu’un. »
« Ah. Je réfléchissais à certaines choses. »
« Réfléchir ? À quoi ? »
« J’ai l’impression que nous avons besoin de plus de monde. »
Lorsqu’elle entendit qu’il envisageait de recruter plus de monde, Chohong avança la lèvre inférieure et hocha la tête.
« Humm… Eh bien, les personnes compétentes seraient toujours les bienvenues, mais pourquoi ? Tu vas recruter un Prêtre ? »
« Nous avons certainement besoin d’un Prêtre, mais je pensais aussi à quelqu’un qui pourrait m’aider. Une secrétaire, si tu veux. »
« T’as quelqu’un en tête ? »
« Oui. Mais ce n’est qu’une idée. »
Chohong, qui avait posé la question avec désinvolture, devint soudain curieuse.
« Oh ? Qui c’est ? Dis-moi. Je veux savoir. »
« Eh bien. grande sœur Yuhui serait parfaite en tant que Prêtresse. »
Le visage de Chohong se durcit à ce moment-là.
« Et je pensais que Kim Hannah serait idéale en tant que secrétaire. »
Elle fronça les sourcils comme si elle disait : Qu’est-ce que c’est que ces absurdités de chien qui broute de l’herbe ?
« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »
« … Hé ! T’es pas sérieux, pas vrai ? Tu plaisantes, c’est ça ? »
« Je suis sérieux. Pourquoi ? Je ne peux pas les recruter ? »
Seol Jihu lui demanda avec un visage sérieux.
Chohong fixa attentivement son visage pendant un moment avant d’éclater soudainement d’un rire tonitruant.
« Puuhahahheheha ! »
Seol Jihu regarda bêtement Chohong, qui se prenait le ventre en mourant de rire.
« Waouh, juste… Waouh… »
Après avoir bien ri, Chohong respira profondément tout en essuyant les larmes de ses yeux.
« Ahh— ça faisait longtemps que j’avais pas ri comme ça. On dit que les gens stupides sont les plus drôles quand ils sont sérieux. »
« Je ne comprends pas pourquoi tu ris. »
« Eh bien, regarde-toi. Hé, être trop sérieux est une maladie, tu sais ? Ou quoi, tu es narcissique ? »
« … »
« Écoute. Même si nous sommes la meilleure équipe d’Haramark, ces gens sont entourés de Hauts Rangs ! »
Encore une fois.
« Pffft ! »
Chohong étouffa à peine son rire et frappa les épaules de Seol Jihu.
« J’aurais pas ri comme ça si ça avait été quelqu’un genre Kazuki, mais quoi ? La Fille de Luxuria serait parfaite ? Miss Foxy serait idéale ? Je peux pas, pffahahaha ! »
Elle ne pouvait plus se retenir et riait à gorge déployée.
« Ces deux-là ont atteint le sommet de leurs domaines respectifs, mais t’es là à essayer de les recruter dans notre équipe. Va boire de l’eau froide et reprends tes esprits, espèce de salaud. »
Seol Jihu se mit en colère en entendant Chohong lui dire à plusieurs reprises d’arrêter de rêver.
« Qui te dit qu’elles ne viendront pas ? »
« Oooooh ? Vraaaaiment ? C’est bien de rêver en grand. »
« Chung Chohong… »
Les yeux de Seol Jihu devinrent sérieux.
« Tu comptes faire quoi si je réussis à les recruter ? »
« Oh ? »
Chohong prit une expression qui disait Bah voyons ? et ricana.
« Hah ! Si tu parviens à recruter ne serait-ce qu’une seule de ces deux-là, je te servirai comme mon hyung jusqu’à la fin de mes jours. Non, vraiment. Je t’appellerai Hyung chaque fois que je te verrai. »
Seol Jihu serra les dents en voyant Chohong faire l’effrontée.
« Je ne serais pas ton Hyung, mais ton Oppa. »
« Bien sûr~ Que ce soit Hyung~ ou Oppa~ je serai très~ polie et bien élevée. Alors, vas-y, recrute-les d’abord. »
Seol Jihu grinça des dents.
« Toi, ne t’avise pas d’oublier ce que tu viens de dire. »
Chohong leva les deux mains et hocha la tête.
« Oui, oui~ Bien que je sois actuellement au service d’Ira, en tant qu’ancienne Prêtresse, je fais le serment sur mes pouvoirs divins avec Invidia comme témoin. Heureux maintenant ? Hmm ? »
Un vœu avec des pouvoirs divins en jeu. Une lueur passa devant les deux yeux de Seol Jihu.
« … Bien. Voyons maintenant comment les choses vont se dérouler. »
« Ehew. Espèce de petit voyou tout mignon. Toujours incapable de sortir de ton rêve tout rose. »
Pinçant légèrement la joue de Seol Jihu, Chohong gloussa avant de se retourner. Elle s’installa sur son lit et posa soudain une question à laquelle elle venait de penser.
« Hé, en supposant que tu parviennes à les amener, comment tu comptes me faire t’appeler ? »
Seol Jihu, qui avait grommelé pour lui-même, plaça une cigarette dans sa bouche avant de jeter un coup d’œil de côté.
Puis répondit.
« Mon homme. »
Le visage de Chohong fut remplacé par un air abasourdi.
Seol Jihu eut un sourire narquois.
« Tu crois que c’est tout ? Le lendemain, ce sera “Mon amour”, le jour d’après “Mon cher”, et celui d’encore après “Chéri”… »
« Uhuh. Continue à rêver. Comment oses-tu faire ça à madame Chung Chohong… Hmph. Pourquoi ne pas m’obliger à t’appeler “Cher époux” tant qu’on y est, hein ? »
« Ah. Et pourquoi pas “Maître” ? Ou… »
Seol Jihu se déroba rapidement au milieu de sa phrase. C’était parce qu’un oreiller avait fusé vers lui sans crier gare, en brisant le mur du son.
« Tu rêves en grand, hein ? Espèce de salaud ! »
« Les rêves deviennent réalité, tu l’ignores ? »
Dans cette nuit profonde.
« Peu importe, dis-le après les avoir amenés ! »
« Ah, je le ferai ! »
Les voix d’un homme et d’une femme s’engueulant furent entendues dans une pièce du bureau de Carpe Diem pendant un long moment.