Seol Jihu douta un instant de ses oreilles. Il l’avait bien entendu, mais le comprendre était une tout autre affaire.
Un pub était un endroit où les gens pouvaient s’amuser en buvant et en faisant du bruit. Cela ne s’appliquait pas à tous les bars, bien sûr, mais Manger, boire et s’amuser, à tout le moins, avait toujours été un établissement bruyant.
Même si l’on ne pouvait nier que la voix d’Hugo était un peu forte, cela ne justifiait pas qu’ils aient à fermer leur gueule et boire en silence.
À moins qu’ils n’essaient délibérément de provoquer une dispute.
C’est pourquoi Seol Jihu se sentait mal à l’aise avec ces mots. Il ne savait pas exactement de quoi il s’agissait, mais il sentait que quelque chose n’allait pas.
Comme la fois où il avait emprunté les escaliers menant au dernier étage du manoir de l’empereur. Ce sentiment que s’il faisait un pas de plus, il franchirait la ligne tracée par l’ennemi.
La suspicion précéda la colère.
Cependant, il était impossible de s’attendre à ce qu’un Hugo ivre prenne une décision rationnelle.
Pouf.
« Qu’est-ce que t’as dit, putain ? »
Hugo sauta de la table en rondins et grogna d’une voix menaçante. Il était clair qu’il avait perdu sa rationalité.
Parmi les quatre, un homme au nez aussi rouge que celui d’Hugo le narguait.
« Putain, à t’écouter, on croirait que t’as fait la guerre tout seul. Qu’est-ce qu’il y a ? Courber l’échine ? Putain de conneries… Ah, quoi ? J’ai dit quelque chose de mal ? »
« Hé, hé ! Arrête. C’est Carpe Diem. »
« Carpe Diem ? Qu’est-ce qu’ils vont faire ? Est-ce que j’ai dit quelque chose de mal ? »
Lorsque les trois autres hommes de la table tentèrent de l’arrêter, l’homme haussa encore le ton.
Très bien. Eux aussi ont participé à la guerre au péril de leur vie. Entendre qu’ils doivent se prosterner ne leur ferait pas plaisir.
Seol Jihu marmonna cela dans sa barbe et décida d’endurer. Il le fit parce que la sensation désagréable qu’il ressentait dans sa poitrine ne disparaissait pas.
« Il a raison. Hugo, tes mots étaient un peu trop crus. »
Seol Jihu se leva en souriant.
Dans son dos, il entendit Jang Maldong murmurer soudainement « Sungjin », suivi d’un bruit d’agitation silencieux.
« Si cela vous a contrarié, je m’en excuse. Nous allons baisser d’un ton. »
Seol Jihu présenta des excuses nettes et persuada Hugo de retourner s’asseoir.
« Pourquoi dois-tu t’excuser auprès de ces salauds ? »
Chohong grommela à voix basse. L’homme plissa subtilement les yeux et retroussa les lèvres.
« Ah, vraiment ? »
L’homme donna un coup de pied à sa chaise et stabilisa son corps qui oscillait dangereusement.
« Aiyaa ! Le héros de guerre joue les médiateurs ! Il s’est en plus excusé personnellement. Oh là là, qu’est-ce que je suis censé faire ? »
Seol Jihu ne réagit pas et se retourna silencieusement…
« Kyaa~ Il ne veut même pas s’occuper de moi. Ou est-ce qu’il se retient ? Je suppose que ton cœur a grandi après avoir obtenu la célébrité et les femmes ! »
« … »
« Ah, c’est vrai. J’ai entendu dire que tu allais et venais à ta guise dans la maison de la Fille de Luxuria ! »
Seol Jihu s’arrêta. Pourquoi parlait-il soudainement de Seo Yuhui ?
« Cette salope est tellement transparente. Elle a toujours rejeté tout le monde, agissant comme un mur de fer ou quelque chose comme ça. Maintenant qu’un homme convenable est apparu, elle l’attrape immédiatement. »
Lentement, très lentement, Seol Jihu regarda par-dessus son épaule. Puis, sans se presser, il fit pivoter tout son corps. L’homme le regardait en ricanant, toutes ses dents visibles.
« Ce n’est pas vrai ? Ce n’est pas comme si nous ne savions pas quelle déesse elle sert. Si elle était honnête, qui dirait du mal d’elle ? C’est parce qu’elle agit de façon si pure alors que tout le monde connaît déjà la vérité qu’elle a l’air si fausse. »
… Quoi ?
« Alors, la Fille de Luxuria était-elle savoureuse ? Ses nichons avaient l’air assez bons pour qu’on y goûte au moins une fois ! Hé, dis-moi quel goût ça avait. Entre hommes, je meurs d’envie de le savoir. »
Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent lentement. La seule raison pour laquelle ses poings n’étaient pas partis était—
« Ne fais pas ça. »
Parce que Jang Maldong était apparu à son insu à côté de lui et lui tenait fermement le bras.
« Il le fait exprès. Il essaie de te faire agir. »
Seol Jihu s’efforça de calmer sa respiration saccadée. Il ne manqua pas de remarquer que l’un des compagnons de l’homme qui tentait de le retenir jetait un coup d’œil furtif.
Jang Maldong s’approcha.
« Arrêtez ici et continuez à boire. Nous partirons bientôt. »
En disant cela, l’homme qui fusillait Jang Maldong du regard eut un sourire tordu.
« Bien sûr, bien sûr. Il le faut. Après tout, le fameeeux aîné a daigné parler. Nous devons absolument obéir. Heh, je ne peux même pas boire librement à cause de ces nuisances. »
Il ricana sous cape avant de cracher par terre.
« Heh, ils n’ont même pas de conscience. À cause de qui ils pensent qu’Haramark est devenu ainsi ? »
C’était une raillerie destinée à être entendue. Le visage de Seol Jihu, qui s’était à peine détendu, s’assombrit de façon effrayante.
« Pour quels avantages graisseux un vieil homme à la retraite est-il revenu en rampant pour… »
POUF ! L’homme ne put terminer sa phrase. Une violente explosion retentit.
« Sora ! »
Jang Maldong cria brusquement tout en retenant Hugo et Seol Jihu.
Phi Sora se leva rapidement pour retenir Chohong.
Chohong fulminait, l’œil meurtrier fixé sur l’ennemi. Si elle avait eu sa masse avec elle, elle l’aurait déjà lancée sur eux.
La taverne devint si silencieuse qu’on ne pouvait même pas entendre le bruit des respirations.
Dans cette poudrière, Yi Seol-Ah ne savait que faire et ne pouvait que s’agiter. Lorsqu’elle se retourna pour regarder Seol Jihu, elle déglutit involontairement.
Seol Jihu observait calmement les hommes ; il ne les fusillait même pas du regard.
Mais rien qu’en le regardant de côté, son corps perdit soudain toute sa chaleur. Elle fut terrifiée comme si elle avait vu un fantôme.
On n’y pouvait rien.
Pendant tout ce temps, Yi Seol-Ah n’avait vu qu’une facette de Seol Jihu. C’était la première fois qu’elle le voyait affronter un ennemi.
À ce moment-là.
« Fufufufu. »
Soudain, le rire grave de Jang Maldong brisa le silence étouffant. Les yeux des hommes s’étrécirent.
« Vous riez ? Ce vieil homme doit devenir sénile. »
Phi Sora eut un sourire en coin, l’air blasé.
« Imbéciles. »
Après avoir poussé Chohong de force sur son siège, elle se moqua d’eux.
« Vous auriez au moins dû le cibler lorsqu’il était seul. Nous avons cinq niveaux 5 de notre côté. »
« Quoi ? »
« Hé ! Vous pensez que nous sommes devenus des Hauts Rangs par le biais d’un jeu stupide ? Rien que moi, j’ai vu des idiots comme vous des dizaines de fois. »
Après les avoir ridiculisés, elle donna un petit coup à Yi Sungjin. Le garçon sursauta et regarda Jang Maldong d’un air absent. Ce n’est qu’après le hochement de tête de Jang Maldong qu’il leva lentement le bras.
Dans ses mains se trouvait une boule de cristal émettant une faible lumière.
C’était un cristal de communication.
— Déplacez-le un peu plus sur le côté.
Une voix léthargique retentit.
— Je ne peux pas voir son visage.
Yi Sungjin s’empressa d’ajuster son bras.
Une expression de stupeur apparut sur le visage de l’homme au moment même où Seol Jihu se retournait pour regarder derrière lui.
Dans le cristal…
—Hmm.
Une femme était assise sur une chaise, une cigarette à la bouche. Les bras croisés et les jambes l’une sur l’autre, la femme était enveloppée d’une aura dominante.
L’organisation représentative d’Haramark et la patronne des faucons de guerre du Sud.
C’était Taciana Cinzia.
Plusieurs hoquets de surprise parcoururent la foule, qui n’aurait jamais imaginé, même dans ses rêves les plus fous, qu’elle avait personnellement observé la situation.
« C’est un visage que vous connaissez ? »
Demanda Jang Maldong.
— Non, ce n’est pas un visage que j’ai vu à Haramark.
Cinzia secoua la tête d’un air apathique.
« Ce qui veut dire… que c’est ce que je pensais. »
— Cela dit, ça devait bien finir par commencer. Vu que vous m’avez appelée tout de suite, Monsieur avait déjà dû l’anticiper.
« Mais ils ont dit qu’ils avaient participé à la guerre. »
— Conneries. Je ne sais pas s’ils se sont battus ailleurs, mais ce n’était sûrement pas à Haramark.
Elle nia comme si c’était une blague.
— Agnes, tu les as déjà vus ?
— Non, c’est la première fois que je les vois.
Alors qu’elle n’était pas visible dans le cristal, une voix froide retentit.
Un grand nombre d’yeux se tournèrent vers la table où étaient assis les hommes. À proprement parler, si l’appel sous les drapeaux avait été lancé dans toutes les villes, la bataille n’avait eu lieu qu’à Haramark.
L’homme regarda autour de lui, le visage troublé, et s’empressa de crier.
« Vous nous menacez ? »
— Menacer ?
« Pourquoi Sicilia se mêle d’une affaire aussi triviale ? »
— Parce que ça ne ressemble pas à une bagarre banale dans un bar. Vous pourrez peut-être me convaincre du contraire si vous admettez que vous ne faisiez que plaisanter.
Cinzia répondit calmement.
— Cela dit, Sicilia et Carpe Diem ont établi des relations amicales, je pense que c’est suffisant pour que j’intervienne.
« Sophisme ! »
L’homme cria que c’était injuste, mais sa voix sortit tremblante. Quelque chose n’allait pas du tout. Ayant senti le cours des choses, son cri était plus proche d’une supplique.
« Je n’ai fait que… ! »
— Assez !
Cinzia lui coupa la parole, manifestement agacée.
— Vous ne semblez pas voir dans quelle situation vous êtes. Vous croyez que je suis quelqu’un avec qui on chamaille ?
« Alors ! »
— Et sophisme ou pas, tout deviendra clair une fois que nous aurons enquêté. Je suis du genre à passer à l’action plutôt que de discuter de tout et de rien.
« Non, je… ! »
— Alors, jouons à un jeu. Que tu parles ou non.
Cinzia posa son menton sur ses doigts croisés et sourit largement. Ses crocs légèrement découverts semblaient extrêmement dangereux.
— Qui sera le plus rapide, nous ou vos jambes ? Eh bien, je parie mes membres qu’une guilde d’information est derrière vous.
Le visage de l’homme devint cendreux.
— Ah. Vous savez quoi ?
Cinzia gloussa comme si elle se souvenait soudain de quelque chose.
— Il n’y a rien de plus dangereux qu’une mère fauve dont le petit a été touché.
« Q-Quoi ? »
L’homme se décomposa.
Cinzia leva les deux mains et haussa les épaules.
— Courez tant que vous voudrez. Agnes ?
La réponse d’Agnes ne se fit pas entendre. Cela rendait les choses encore plus terrifiantes. Un silence s’installa subitement.
Un instant plus tard, l’un des quatre hommes renversa quelques chaises avant de se retourner pour s’enfuir. Et à sa suite, les autres hommes se mirent à courir pour sauver leur peau.
« C’est Agnes ! Agnes arrive ! »
« Ahhhh ! »
Même les passants innocents couraient en criant à tue-tête.
« Euh… Euh… »
L’homme commença à reculer avant de se retourner brusquement et de s’élancer.
« Attrapez ce salaud ! »
Chohong cria bruyamment et tenta de se lever, mais…
« Laissez-le. »
Jang Maldong l’arrêta.
« Ne bougez pas. Dès que nous toucherons un seul de leurs cheveux, nous leur donnerons une excuse pour agir. »
« Mais ! »
— Attends tranquillement. Pourquoi ? Tu as peur qu’Agnes le perde ?
Cinzia rit.
Chohong s’arrêta à ces mots. Soudain, Seol Jihu vit un nuage de fumée noire se faufiler derrière l’homme qui s’échappait, mais il ne cria pas et ne fit rien pour l’arrêter.
Jang Maldong ouvrit la bouche.
« Merci pour votre aide. »
— Ça ne mérite même pas une faveur.
Cinzia retira la cigarette qu’elle avait dans la bouche et afficha un sourire détendu.
— Nous nous occuperons du reste de notre côté. Il vaut mieux que vous rentriez maintenant.
« Nous en avions l’intention, mais pourquoi ? Il s’est passé quelque chose ?
— Il se trouve que je viens de recevoir un autre appel. Vous le saurez une fois sur place.
Et après avoir dit cela, Cinzia se leva de son siège.
— Pour les détails, je viendrai vous voir demain… ou après-demain au plus tard.
L’appel se termina sur ces mots.
« Qu’est-ce qu’il y a maintenant… »
Jang Maldong fit claquer ses lèvres en regardant les dégâts laissés dans le pub. Puis il posa une main sur l’épaule de Seol Jihu, qui restait immobile comme un roc.
« Tu as bien fait d’endurer. »
Seol Jihu ne répondit pas.
« Je t’expliquerai tout plus tard. Rentrons pour l’instant. »
Il se contenta de hocher légèrement la tête.
Seol Jihu ne dit pas un seul mot sur le chemin du retour. Ses coéquipiers le suivirent également en silence. Seuls Chohong et Hugo laissaient de temps à autre échapper des grognements, incapables de calmer leur colère.
Il en était de même pour Seol Jihu. Alors qu’il avait l’air d’aller bien à l’extérieur, un brasier se déchaînait à l’intérieur. Il brûlait littéralement de l’intérieur.
C’était une bonne journée. Mais maintenant, tout était gâché. Ces types excellaient vraiment dans l’art d’énerver les autres.
Seol Jihu serra le poing. S’il lui avait arraché la tête, s’il lui avait extirpé ses yeux lubriques, ou au moins, s’il lui avait fait sauter toutes les dents…
Toutes sortes de pensées violentes lui traversèrent l’esprit. Au point qu’il en voulait même à Jang Maldong de l’avoir retenu.
En même temps, il était curieux de connaître la raison de cette provocation. Ils ne se contentaient pas de dire S’il vous plaît, frappez-nous. Cela sentait le complot. Une conspiration. Ils n’étaient peut-être même pas ivres.
Et donc…
Alors que ses pensées mordaient la queue d’autres pensées en une boucle sans fin…
« ? »
Seol Jihu s’arrêta.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Marcel Ghionea exprima silencieusement sa confusion. Une scène inattendue se déroulait devant eux.
D’innombrables torches illuminaient la rue. Pour être plus précis, des centaines de personnes marchaient dans la rue devant le bureau de Carpe Diem.
Des soldats en armure et des prêtres en robe blanche se mêlaient à la foule. Dans ce chaos, un prêtre en robe blanche jeta un coup d’œil furtif à Seol Jihu avant de le frôler.
Que se passait-il exactement ?
Les yeux de Seol Jihu balayèrent rapidement la scène devant lui. Il se rendit compte d’une chose. Les gens ne se pressaient pas autour du bureau de Carpe Diem, mais plutôt autour du bâtiment situé de l’autre côté de la rue.
En d’autres termes, la maison de Seo Yuhui.
Le temps qu’il s’en rende compte, la porte de la maison de Seo Yuhui s’ouvrit en grinçant et une personne en sortit, si bien que le regard de Seol Jihu se posa naturellement sur elle.
Un instant plus tard.
Après avoir confirmé son identité, les yeux de Seol Jihu devinrent aussi grands que des lanternes.