Elle gratta, froissa, déchira et arracha avec ses dents… Même si quelqu’un avait pris un morceau de papier et l’avait trempé dans l’eau avant de le déchirer minutieusement en morceaux, il aurait été difficile de le rendre semblable à l’état actuel du tableau.
Seol Jihu observa la frénésie de Flone d’un air gêné. En temps normal, elle avait l’air mignonne et innocente, comme une petite fille ignorant le côté sombre du monde, mais une fois que son interrupteur était enclenché, c’était une démone invincible qui se livrait à de violents déchaînements.
Cependant, son côté monstrueux n’aurait pas pu être plus rassurant au vu de sa situation actuelle.
[Oh non ! Je t’ai beaucoup surpris ?]
En entendant la voix inquiète, Seol Jihu laissa échapper le souffle qu’il retenait.
« Je vais bien. Mais qu’est-ce que c’était tout à l’heure ? »
[Un semblable.]
« Un semblable… Tu veux dire un fantôme ? »
[Oui. C’était probablement l’esprit de quelqu’un qui est mort dans cette villa.]
Seol Jihu tendit les épaules et regarda vers le bas. Le tableau tombé — non, les morceaux absolument déchiquetés du portrait apparurent.
Alors ils avaient vraiment existé.
Il devait s’agir de quelqu’un qui avait été assassiné pour des raisons politiques ou de quelqu’un qui était mort en essayant de se faufiler dans la villa et de voler une fortune. L’intuition soudaine que la villa pourrait être un nid de fantômes lui serra la poitrine.
Seol Jihu ferma les yeux.
[Tu es… fâché ?]
« Attends une minute. »
Il parla les yeux fermés.
« Je suis en train de faire un contrôle mental sur moi-même. »
[Contrôle mental ?]
« Oui. Un grand frère que je connais me l’a appris. En gros, il s’agit de répéter “je peux le faire, je dois le faire” dans mon esprit. »
[Mais pourquoi as-tu besoin de faire ça ?]
« Parce que je suis complètement terrifié. »
Il poursuivit à voix basse.
« Les fois où j’ai peur, mais où je dois quand même faire quelque chose… les fois où je ne veux pas, mais où je suis obligé… C’est juste une habitude. Laisse-moi me concentrer un peu plus. »
Flone qui penchait la tête en signe de confusion murmura d’une petite voix.
[Je pense que les gens sont plus effrayants…]
Seol Jihu éclata de rire après avoir entendu cela.
Au bout de cinq minutes, Seol Jihu ouvrit les yeux et respira profondément.
Ayant enfin trouvé la paix intérieure, son esprit, qui s’était enfin remis à fonctionner, passa en revue les événements de la journée écoulée.
C’est un soulagement.
Seol Jihu esquissa un sourire amer.
Alors qu’il pensait être venu un peu préparé, il réalisa rétrospectivement qu’il aurait pu faire plus. Puisque les archives historiques de l’Empire contenaient même des récits détaillés sur le décès de la fille d’une famille noble, il ne faisait aucun doute qu’elles auraient également inclus un conte célèbre comme celui concernant la villa de l’empereur.
Il aurait pu trouver des informations plus utiles en feuilletant simplement quelques annales, et avec ces informations, il aurait pu créer des contre-mesures plus fiables pour venir à bout de l’expédition.
Il aurait au moins dû expliquer sa situation et emmener un Archer digne de confiance. Il était venu seul, car il ne voulait déranger personne, mais n’y avait-il vraiment personne qui l’aurait volontiers suivi sans rien demander ?
« … »
Mais tout cela n’était que de la théorie, et il ne servait à rien de le regretter maintenant.
Le fait important était que l’endroit où il se trouvait était un lieu extrêmement dangereux.
Lorsque la réalisation qu’il était pratiquement en expédition individuelle le frappa, il comprit qu’il avait fait une très grosse erreur.
Ce n’était pas qu’il n’avait rien sur quoi compter. Pourtant, il savait qu’il ne pouvait pas dépendre des autres tout le temps.
« Soupir… »
Se grattant grossièrement la tête, Seol Jihu aperçut soudain la perle d’or qu’il n’avait pas emballée. Après l’incident précédent, ses mains n’étaient plus aussi désireuses de la prendre.
« Flone. Est-ce que la femme du portrait aurait pu être en colère parce que je l’ai touchée sans permission ? »
[Non. Ce n’était pas ça.]
« Alors pourquoi m’a-t-elle regardé comme ça… »
[Parce qu’elle était heureuse.]
« Elle a souri parce qu’elle était heureuse ? »
[Un être humain vivant est entré de son plein gré.]
Remarquant ce qui inquiétait Seol Jihu, Flone expliqua calmement.
[Tous les morts ne sont pas comme ça, mais la majorité des âmes veulent instinctivement s’accrocher aux vivants quand elles les voient.]
Seol Jihu acquiesça. Les morts étaient hostiles à tout ce qui vivait. Il en avait entendu parler dans le Tutoriel.
[Parce qu’ils sont envieux, car ils veulent que les gens connaissent leurs regrets… C’est pour ça qu’ils s’approchent des gens et les harcèlent. Pour qu’ils réalisent leurs souhaits.]
« Je vais devoir faire attention, alors. »
[Tu devrais, mais tu n’as pas besoin de trop t’inquiéter.]
Flone mit ses mains sur ses hanches.
[Tant que je serai là, je ne les laisserai pas toucher à un seul de tes cheveux !]
En la voyant piétiner les morceaux de papier déchiquetés et prendre la pose avec assurance, Seol Jihu faillit s’écrier Girl crush !, mais il le cacha par un petit sourire à la place.
« Tout ça, c’est parce que tu penses que je veux faire demi-tour ? »
[!]
« Ne t’inquiète pas. Puisque tu fais autant d’efforts, je ne peux que te croire. »
[Ce n’est pas exactement comme ça, mais… Ouaip. Crois en moi !]
Quoi qu’il en soit, la conclusion était qu’il pouvait prendre les ornements au-dessus de l’étagère. Le sourire grotesque de la dame sur le portrait était toujours vif dans son esprit, mais ils étaient encore trop précieux pour les laisser là.
C’est ainsi que Seol Jihu gagna 12 pépites d’or de la taille d’un raisin, une large coupe d’émeraude et un pied de lampe en cristal. Après les avoir emballés, il réfléchit un moment avant de demander.
« Flone. »
[Oui ?]
« Annulons le projet de faire demi-tour au bout d’une heure. »
[Pourquoi tout d’un coup… Aha !]
Flone eut un large sourire en plissant ses yeux blancs.
[Les ornements t’ont fait changer d’avis ?]
« Non. »
Seol Jihu secoua la tête.
« Tu n’es pas ici pour jouer, mais dans un but précis. »
Flone hocha la tête en entendant cette remarque soudaine.
« Les gens ont tendance à se précipiter quand ils ne sont pas capables de tout finir à temps. J’ai été comme ça aussi. »
[Eh bien, c’est…]
« C’est donc pour ça que je souhaitais annuler le plan. Allons-y doucement. »
Ne te laisse pas freiner par le temps, mais fais plutôt en sorte de le faire sûrement et à fond.
Flone n’était pas stupide au point de ne pas comprendre ce qu’il voulait dire, aussi un sourire chaleureux fleurit-il sur son visage.
[Ouais !]
Elle se sentait désolée pour Seol Jihu depuis qu’elle pensait l’avoir entraîné de force, alors l’entendre dire cela lui rendit le cœur plus léger.
[Je t’aime bien !]
« À-Attends une minute. »
[Je t’aime bien ! Je t’aime beaucoup !]
« Flone ! »
Non seulement Flone lui serra le cou avec force, mais elle frotta aussi ses joues contre son visage, ce qui fit paniquer Seol Jihu une fois de plus.
L’exploration se déroula sans aucun problème. Il n’y avait même pas une fourmi en vue après avoir fouillé le premier et le deuxième étage.
Contrairement à leurs inquiétudes, ils ne rencontrèrent rien, alors même s’il était naturel qu’ils se sentent plus détendus, Seol Jihu fixa ses pensées et ne se départit pas de sa méfiance. C’était parce qu’il savait que tout s’était déroulé sans encombre grâce à Flone.
Mais cela ne signifiait pas non plus qu’il allait prendre les choses en main et montrer la voie.
Comme le disait le vieil adage, tu peux faire la moitié du chemin tant que tu restes immobile.
Si tu ne restes pas assis sur ton siège et que tu fais des bêtises dans un bus, comme appuyer au hasard sur le bouton d’arrêt ou tenter de t’échapper par la fenêtre, le chauffeur du bus aurait du mal à conduire.
Seol Jihu décida donc d’être vigilant à tout moment et de se déplacer avec une extrême prudence pendant l’expédition. Après tout, il faut être habile pour bien conduire un bus.
Après avoir exploré le deuxième étage en toute sécurité, Seol Jihu se rendit au troisième étage où il dénicha d’autres objets de luxe. Pour être précis, il trouva une poupée à l’apparence humaine vêtue d’une armure complète et d’un casque tenant une lance.
Leurs regards étaient rivés sur l’extrémité de la longue lance, qui semblait tachée de noir par du sang séché.
Seol Jihu se tourna lentement pour fixer Flone qui secouait la tête.
[Je pense qu’il vaut mieux ne pas toucher à ça.]
« Pourquoi ? »
[C’est étrange. Ça déborde d’un sentiment inquiétant… Non, je suppose que c’est du ressentiment ?]
« Tu ne peux pas faire quelque chose ? »
[Je ne pense pas qu’elle soit possédée par un fantôme ou quoi que ce soit d’autre. C’est plutôt la lance elle-même qui semble maudite. Il n’y a rien de bon à en tirer.]
En entendant cela, Seol Jihu perdit immédiatement l’idée de prendre la lance. Il valait mieux ne pas toucher aux choses dont il doutait.
Combien de personnes ont été tuées avec cette lance… même l’armure… ?
Et puis, il y avait des traces d’une équipe d’expédition qui avait pillé tout ce qu’elle voyait ; alors, pensant qu’il devait y avoir une raison pour que l’armure soit laissée seule, il décida d’abandonner.
Ce n’est pas qu’il n’avait pas de regrets persistants, mais après que Flone l’apaisa avec les bijoux qu’elle avait récupérés sur les lustres du plafond, les deux montèrent joyeusement les escaliers.
Maintenant que l’inspection du troisième étage était terminée, il ne restait plus que le quatrième étage.
[Il y a moins de choses que je ne l’imaginais. Je pensais que ça déborderait d’or.]
« C’est parce qu’il y a des gens qui sont venus avant nous. Qui laisserait quelque chose derrière lui s’il y avait des trésors juste devant lui ? »
[Ugghh ! Tu crois qu’ils ont fouillé la chambre de l’empereur ou son coffre-fort personnel ?]
Sachant pourquoi Flone accordait tant d’intérêt à la recherche d’objets de valeur, Seol Jihu dit avec un sourire amer.
« Ce n’est pas grave. Je suis satisfait de ce que nous avons trouvé jusqu’à présent. Il y a un dicton qui dit qu’avoir trop est aussi mauvais qu’avoir trop peu. »
[Trop est aussi mauvais que peu… c’est un bon dicton.]
« Pas vrai ? »
Et au moment où il posa le pied sur l’escalier menant au quatrième étage.
« Je vais vraiment bien, alors tu devrais — ? »
Un cling aigu effleura ses tympans.
Bien qu’il ne s’agissait que d’un stimulus mineur, Seol Jihu arrêta ses pas intuitivement. C’était parce que son corps tout entier était enveloppé par un sentiment de danger.
C’était une sensation inexplicable, mais il avait l’impression d’avoir franchi une limite au moment où il avait posé le pied sur l’escalier.
[Ah… !]
Flone se plaça précipitamment devant Seol Jihu et regarda vers le haut de l’escalier.
« Flone ? »
[Ne regarde pas.]
Seol Jihu qui s’apprêtait à lever les yeux stoppa immédiatement ses actions.
[Ferme les yeux.]
« Hein ? »
[Tu risques de tomber en transe au moment où tu regarderas, alors ferme tes yeux, tout de suite !]
Parce que la voix de Flone semblait extrêmement urgente, Seol Jihu fit ce qu’on lui demandait et ferma les yeux.
Bien que son rythme cardiaque ait commencé à augmenter rapidement à cause de la situation soudaine, il put se calmer après avoir senti l’air froid de sa lance de glace.
[Pour qui tu te prends ?]
Flone haussa la voix brusquement.
[Pourquoi tu te caches là ? Pourquoi toutes ces ruses ?]
Des ruses ?
[…Tu veux que je te le donne ?]
[Et si je ne veux pas ? Il est à moi.]
Sa voix résonnait comme si elle conversait avec quelqu’un.
Il ne savait pas quoi penser de la situation, car Flone, qui avait toujours attaqué en première lorsqu’elle sentait une mauvaise intention, essayait de parler avec l’autre être.
[Quoi ? Tu me diras si je te le livre ? Arrête tes conneries, ou je t’arrache la bouche.]
[Hein ? Va te faire foutre pendant que je suis gentille.]
Et tandis que la discussion inconnue se poursuivait.
[On dirait que tu as mal compris quelque chose.]
Flone baissa la voix.
[…Bien. Tu veux qu’on se la donne, hein ?]
L’instant d’après…
Kaduduk— ! Paduduk !
Le bruit de dents qui grincent violemment retentit juste à côté de lui, le faisant involontairement frissonner.
C’était un son familier. Ce n’était pas un bruit fait par la chose inconnue en haut des escaliers.
La fumée autrefois cotonneuse ressemblait soudain à des centaines de milliers d’aiguilles qui paraissaient poignarder sa peau. C’était le signe que Flone était extrêmement en colère.
[Je vais te tuer…]
Au moment où la sentence de mort chargée d’intention meurtrière retentit.
[…]
Le bruit de grincement s’arrêta, et la sensation de coup de couteau disparut.
[…Il s’est enfui.]
« Je peux ouvrir les yeux maintenant ? »
[Oui. Tu peux.]
En ouvrant les yeux, Seol Jihu constata que le paysage n’avait pas changé. Seulement, le sentiment de danger s’était évanoui comme un mensonge.
« Qu’est-ce que c’était ? »
[Un semblable.]
Flone répondit de la même façon qu’au premier étage. Sa voix comportait un peu d’embarras.
[…Il était probablement de la même époque que moi. La quantité de ressentiment qu’il contenait n’était pas normale.]
Ce qui voulait dire qu’il s’agissait d’un fantôme vieux d’au moins deux cents ans.
« Tu peux le battre ? »
[Ce n’est pas difficile.]
Flone répondit avec assurance.
[Il y avait quelque chose que je voulais savoir, alors j’ai essayé de lui demander s’il était au courant…]
« Savoir quoi ? »
[Les souvenirs qu’il avait quand il est mort. De toute façon, il n’arrêtait pas de parler de choses stupides.]
Seol Jihu avait une idée de ce qu’étaient ces choses stupides, alors il ne demanda pas.
[Alors, au moment où j’allais passer aux choses sérieuses, il a immédiatement rentré sa queue et s’est enfui.]
« Alors ça veut dire qu’il y a une possibilité que ton grand-père soit vraiment ici quelque part. »
[Honnêtement, j’ai presque abandonné l’idée… Mais il y a une petite étincelle d’espoir maintenant.]
En d’autres termes, Flone voulait rapidement chercher dans le reste de la villa.
Seol Jihu jeta un coup d’œil vers l’escalier. En voyant qu’il ne semblait plus rien y avoir, l’être inconnu devait vraiment s’être enfui. Flone n’avait pas l’air de mentir non plus.
« Alors, montons. »
Après avoir soigneusement observé avec ses Neuf yeux, Seol Jihu commença à gravir hardiment les escaliers.
Juste avant de franchir la dernière marche menant au quatrième étage, il se retourna au cas où.
« … »
L’escalier était toujours là.
Se disant qu’il devrait prendre soin de se souvenir du chemin qu’il avait emprunté, Seol Jihu posa finalement le pied sur le dernier étage.
Le quatrième étage semblait particulièrement plus sombre que les autres.
En regardant autour de lui sous la lumière des pierres d’éclairage, Seol Jihu arrêta par réflexe de respirer.
Cette odeur…
Ses yeux devinrent sérieux.
[Ça pue le sang.]
La voix de Flone résonna.
[C’est très fort.]
Seol Jihu acquiesça. La puanteur du sang était si forte qu’elle avait rempli ses poumons dès qu’il avait pris une petite inspiration.
Cela semblait être relativement récent.
Se pourrait-il que l’équipe d’expédition… ?
Une odeur particulièrement forte provenait d’une certaine direction.
Seol Jihu essuya légèrement le sang sur le sol. Le sang dégoulinait de son pied alors qu’il levait la jambe.
Peut-être.
Le fait que le sang ne se soit toujours pas solidifié signifiait…
Il y a peut-être des gens qui sont encore en vie…
Ravalant la salive qui s’accumulait sous sa langue, Seol Jihu observa attentivement son environnement.
La tache de sang se poursuivait sur le sol et dans le couloir.
Après avoir suivi la trace pendant un moment, l’expression de Seol Jihu se crispa soudainement.