Bien que Kim Hannah ait dit à Seol Jihu de ne pas s’impliquer dans cette affaire, Seol Jihu oublia White Rose au bout d’un moment.
C’est parce que ses journées se répétaient : le matin arrivait quand il ouvrait les yeux, et le soleil se couchait quand il avait enfin le temps de souffler.
Tout comme Teresa l’avait dit, la mort soudaine de Dylan avait rendu la transition des devoirs et des responsabilités incomplète. Bien que Seol Jihu avait fait de son mieux pour apprendre, il avait l’impression de se taper la tête contre un mur.
C’était au point que le monde se mettait à tourner comme s’il s’était cogné la tête de façon répétée des dizaines de fois. Il ne pouvait s’empêcher de gémir, même s’il essayait de ne pas le faire.
Si Jang Maldong n’était pas là pour lui enseigner quoi faire, il aurait été complètement perdu.
Récemment, comme Carpe Diem avait besoin d’annoncer officiellement qu’un nouveau leader avait été choisi, Seol Jihu avait rendu visite à toutes les organisations avec lesquelles ils avaient initialement entretenu de bonnes relations.
Bien qu’il avait pu envoyer un messager ou les informer par le biais du cristal de communication, cela ne pouvait se faire qu’avec certaines organisations.
Par exemple, Sicilia, l’organisation la plus influente d’Haramark et le soi-disant Conquérant de la région sud, était une organisation que Seol Jihu devait visiter en personne.
« Comme c’est intrigant ! »
Une voix détendue mêlée à un son nasillard retentit.
« J’ai l’impression que c’était hier que je t’ai vu dans la Zone Neutre… Dire que le petit gamin qui suivait Agnes partout se tiendrait devant moi un an plus tard à la tête d’une équipe renommée. Cela me rappelle de vieux souvenirs. »
Seol Jihu sourit maladroitement. Lorsqu’il rencontra les yeux de cette femme en uniforme aux cheveux roux, dont la tête légèrement inclinée reposait sur son poing fermé, sa peau se hérissa mystérieusement de chair de poule.
Ses pupilles langoureuses, couleur sang, lui évoquaient la bête qui trônait fièrement au sommet d’un rocher lors de la visite en safari bus à laquelle il avait participé lorsqu’il était enfant.
S’il se détournait ne serait-ce qu’un instant, il avait l’impression qu’elle viserait immédiatement sa nuque. Bien qu’il soit légèrement intimidé, il réussit tout de même à ouvrir la bouche.
« Merci, Don Cinzia. »
« Don, tu dis. »
Un sourire en coin s’échappa de sa bouche.
« Je préférerais que tu ne m’appelles pas ainsi. Don est une façon de s’adresser à son aîné par respect. »
Cinzia leva les mains et poursuivit.
« Je ne suis ni une noble ni une marraine de la mafia qui aurait accompli de grands exploits. Plus important encore, je n’ai passé le cap des 30 ans que récemment. En m’appelant Don. Tu ne trouves pas que c’est trop ? Agnes. »
Lorsqu’elle pencha légèrement la tête et demanda, Agnes qui se tenait à côté du bureau hocha la tête sans dire un mot.
« On dirait qu’Agnes est aussi d’accord. »
« Mes excuses alors. »
« Il n’y a pas besoin de s’excuser. Je sais que tu voulais dire cela par respect. Quoi qu’il en soit… »
Cinzia gloussa avant de tourner à nouveau son regard vers le jeune homme.
« J’ai entendu dire que le nouveau leader de Carpe Diem partageait des liens d’amitié avec les Triades. »
Elle lui porta un coup rapide pendant qu’il baissait sa garde. Compte tenu de la relation entre Sicilia et les Triades il y a quelques années, ce commentaire ne pouvait pas être pris à la légère, et les muscles faciaux de Seol Jihu se raidirent.
« Je sais ce que tu penses. Ne te fais pas trop d’illusions. »
Cinzia secoua la main comme si elle trouvait la question ennuyeuse.
« Nous avons eu une réunion avec les Triades il y a quelques jours. Hao Win est venu en personne nous rendre visite. »
Les yeux de Seol Jihu s’agrandirent.
« Oublier le passé et décider de voir l’avenir… C’est sûr qu’il savait comment parler. Au début, j’ai douté de mes oreilles. C’était déjà assez surprenant que des gens qui trouvaient leur subsistance en jouant les orgueilleux rendent personnellement visite à un ennemi. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’ils disent quelque chose d’aussi rampant. »
Cinzia haussa les épaules et sortit de son manteau un cigare enveloppé dans une gerbe de feuilles de tabac de luxe. Puis, d’un geste familier, Agnes l’alluma pour elle.
« D’une certaine manière, nous nous en réjouissons. Choisir de se réconcilier avec nous a dû être une grande décision pour eux. On devrait pouvoir dire que le conflit interne dont ils souffraient depuis des années a disparu. »
Cinzia ajouta : « Eh bien, nous devrons attendre et voir. » Puis elle retira le cigare de sa bouche.
Une fumée trouble mêlée au bruit de la respiration en sortit.
« Voici le point principal. Si les Triades pensaient vraiment ce qu’ils disaient, alors leur approche pour faire profit ne devrait pas entrer en conflit avec la nôtre. Ils ont aussi des réserves. Puisque nous sommes venus au Paradis et qu’on nous a confié la même tâche, Sicilia est prête à les encourager s’ils ne vont pas contre nous. Tu comprends tout ça ? »
La méthode pour faire du profit n’était pas contradictoire ? Alors qu’ils étaient tous les deux en train d’encombrer Haramark ? Et Sicilia est prête à les encourager ?
On aurait dit qu’elle laissait entendre qu’elle surveillerait silencieusement leurs faits et gestes. Quoi qu’il en soit, Seol Jihu ne chercha pas à en savoir plus. Il se contenta de hocher la tête.
« Alors. »
Cinzia afficha un sourire satisfait.
« Qui préfères-tu ? »
Seol Jihu cligna des yeux.
« Comme je l’ai dit, tu préfères Hao Win ou… »
Cinzia traîna son discours et jeta un coup d’œil à Agnes qui se tenait à côté d’elle.
« Tu préfères Agnes ? »
« … »
Seol Jihu avait-il tort d’avoir l’impression d’entendre Qui préfères-tu ? Maman ou papa ?
Il voulait lui dire de ne pas plaisanter, mais il ne pouvait s’empêcher de se sentir accablé par son regard plein d’attente.
« Est-ce que je dois répondre ? »
« Oui, je dois connaître la réponse. »
« Uh… »
« Qu’est-ce qui ne va pas ? N’est-ce pas mieux que de demander quelque chose d’immature comme quel côté tu préfères ? »
Seol Jihu pensait que sa question initiale était plus immature et avait également remarqué une pointe d’espièglerie dans sa voix. Cependant, il décida d’enfouir ses véritables sentiments dans son cœur.
Après tout, il était vrai qu’il était plus facile de répondre à sa question que de choisir entre Sicilia et les Triades.
Ainsi, après avoir réfléchi un instant, le jeune homme désigna la séduisante servante avec hésitation.
« J’aime bien… Mademoiselle Agnes… un peu plus… »
« Keuk ! »
Cinzia baissa la tête.
« Tu entends ça, Agnes ? »
« Oui. »
« Félicitations. On dirait que ton toilettage donne de bons résultats. Tu n’es pas contente ? »
« Pas du tout. »
Agnes répondit sans le moindre changement dans son expression. Elle aperçut alors le regard vide de Seol Jihu et tourna lentement la tête sur le côté.
Peut-être que Seol Jihu se trompait ou que c’était simplement la lumière du soleil qui traversait la fenêtre, mais son cou semblait légèrement rougir.
« Ahahaha, ahahaha ! »
Cinzia gloussa en observant Agnes qui regardait au loin. Elle riait tellement qu’elle s’étouffa même avec la fumée et toussa.
Après avoir à peine réussi à retrouver son calme, Cinzia lui vola un regard et prit la parole.
« Désolée de t’avoir mis dans une situation délicate. En tant que camarade qui côtoie Agnes depuis longtemps, il est rare de voir cette facette d’Agnes. »
Vraiment ?
Pour Seol Jihu, obtenir cette réaction de la part d’Agnes n’était pas une chose si difficile à faire. Le seul bémol était qu’il devait se préparer à se faire battre à plate couture.
« Huu. Merci, je n’ai pas autant ri depuis des mois. Voyons maintenant ce qu’il en est. Puisque je ne peux pas te laisser rentrer chez toi les mains vides… »
Cinzia demanda en se frottant les yeux.
« Es-tu sous contrat avec une agence de renseignements ? »
« Non. »
« C’est bien ce que je pensais. Dylan avait ses propres contacts, mais… »
Cinzia ouvrit son tiroir.
« C’est un cadeau. Prends-le. »
Puis elle donna un léger coup de main. Par réflexe, Seol Jihu saisit l’objet qui volait vers lui et vit qu’il s’agissait d’un badge hexagonal sur lequel était inscrite la lettre S.
« Ce n’est pas grand-chose. C’est juste un insigne qui symbolise Sicilia. Par contre, ce n’est pas quelque chose que l’on donne à n’importe qui. »
« Pourquoi me donnez-vous ça… ? »
« Il y a un magasin miteux dans la ruelle sud-ouest. Il est peut-être un peu difficile à trouver parce qu’il est caché dans un coin, mais je suis sûre que tu peux t’en sortir. C’est une zone dangereuse, mais si les rumeurs sur tes capacités sont vraies, il ne devrait y avoir aucune raison de s’inquiéter. »
Seol Jihu demanda en tripotant le badge.
« Je dois montrer ça à l’agence de renseignements ? »
« Oui. On les appelle les Assassins indiens. Celui d’Haramark n’est que leur branche, mais ils devraient être assez bons. Au moins, ils n’essaieront pas de plaisanter avec les informations. »
Le coin de la bouche de Cinzia se retroussa.
« Un leader doit savoir ce qui se passe dans le monde, tu ne crois pas ? »
En vérité, Seol Jihu avait une informatrice quasi omnisciente nommée Hannaemon, mais comme ce que disait Cinzia n’était pas faux, il l’accepta avec reconnaissance.
« Merci ! »
« Pas de problème. Dis bonjour au vieil homme de notre part. Agnes rendra bientôt la visite. »
Seol Jihu inclina la tête. Peu importe où il allait, on utilisait l’expression rendre la visite. Teresa, de la famille royale d’Haramark, disait la même chose, tout comme Kazuki, d’Umi Tsubame, et Hao Win, des Triades.
« Oui, je vais le lui faire savoir. »
Seol Jihu se leva de son siège avant de river soudainement Cinzia d’un regard fixe.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« … Rien. Je vais prendre congé alors. »
Curieux de connaître le statut de Cinzia, il avait activé les Neuf yeux. Cependant, il ne pouvait pas voir sa Fenêtre de statut.
Elle était également incolore. Elle était la deuxième personne, après Seo Yuhui, sur laquelle l’Observation générale ne fonctionnait pas.
Après avoir quitté Sicilia, Seol Jihu se dirigea immédiatement vers la ruelle sud-ouest. Bien qu’il avait senti plusieurs regards suspicieux en cherchant le bon endroit, les regards disparurent dès qu’il sortit son badge.
Seol Jihu trouva la cachette des assassins après quelques difficultés, et un homme portant un turban vit l’invité et le salua avec plus de respect que nécessaire.
Bien que les visiteurs soient normalement répartis en plusieurs catégories, l’homme offrit à Seol Jihu la deuxième catégorie la plus élevée — la catégorie VIP — sans même lui demander qui il était.
Seol Jihu devait payer une somme importante de pièces d’argent chaque mois pour obtenir leurs informations, mais il signa un contrat de trois mois sur-le-champ.
**
Comme le dit le proverbe, le temps guérit toutes les blessures, les gens s’habituent à des choses qui ne leur sont pas familières. Après tout, les humains sont des animaux capables de s’adapter au changement.
S’occupant des affaires urgentes une à une en tant que leader, Seol Jihu s’habitua finalement à porter des vêtements qui ne lui allaient pas.
Lorsqu’il ouvrait les yeux le matin, il ne s’inquiétait plus en pensant : Est-ce que ça va aller aujourd’hui ? Au moins, il avait le loisir de savourer une tasse de café.
Alors qu’il était assis sur le canapé, profitant de l’odeur du café, le bruit d’une porte qu’on ouvre à la volée retentit.
« Oh ? »
Chohong apparut avec de l’eau qui dégoulinait sur elle. À en juger par la serviette mouillée autour de ses épaules, elle avait dû prendre une douche après son exercice matinal.
Seol Jihu rétracta son regard par courtoisie. Il n’était pas très surpris. Chohong et Hugo se promenaient nus, c’était chose courante maintenant. Il serait idiot d’en faire toute une histoire.
« Je ne t’ai pas dit de porter au moins tes sous-vêtements ? »
Bien sûr, il n’avait pas oublié de dire quelque chose non plus.
« Oui, oui. »
Chohong rétorqua à demi-mot. Puis, plutôt que d’enfiler ses sous-vêtements, elle ramassa son short de dauphin sans avoir complètement essuyé l’eau. Elle parla en mettant calmement une jambe à l’intérieur et en remontant le short.
« Maintenant que j’y pense, t’es finalement là le matin. »
« Tu m’as vu hier aussi. »
« Avant, je veux dire. C’était difficile de voir ton visage. »
« Oui, tout ça grâce à deux personnes qui m’ont tout laissé. J’aurais été reconnaissant s’ils m’avaient aidé ne serait-ce qu’un peu. »
Lorsque Seol Jihu marmonna sèchement, Chohong eut un rictus.
« Qui t’a dit d’être le leader ? »
« Tu appelles ça être un leader ? Esclave serait plus approprié. »
« Les membres de l’équipe ont la responsabilité de ne pas interférer avec les devoirs et les responsabilités d’un leader. En échange, nous écoutons tes ordres, n’est-ce pas ? »
« Très bien, voici un ordre. Aide-moi à travailler fidèlement. »
« Nous avons aussi le droit de rejeter des ordres absurdes. »
Chohong parla sans vergogne, ses épaules rebondissant de haut en bas sous l’effet de la joie.
« Ne me regarde pas comme ça. Je t’écoute au moins pour des choses aussi insignifiantes, pas vrai ? »
Chohong donna une claque à son short de dauphin. Seol Jihu la dévisagea avec stupéfaction avant de devenir soudain sérieux.
« Hé ! »
« ? »
« C’est un ordre. Assieds-toi. »
« Quoi ? »
« Viens t’asseoir. »
Tapant sur ses cuisses, l’attitude hautaine de Seol Jihu fit douter Chohong de ses yeux.
« Connard, t’es finalement devenu fou… ? »
Cependant, elle afficha soudain un visage surpris avant d’esquisser un sourire significatif. Ensuite, elle se dirigea vers Seol Jihu sans un mot, se retourna, puis posa ses fesses sur ses cuisses comme il l’avait ordonné. Elle s’appuya même légèrement contre lui.
Lorsque son dos blanc et musclé s’approcha, Seol Jihu fut pris de court.
« Cho-Chohong ? Qu’est-ce que tu fais ? »
« Quoi ? Je fais ce que tu m’as dit de faire. »
« Non. »
« Je ne fais que suivre ton ordre. »
Comme pour dire Fais ce que tu veux, Chohong lui confia le poids de son corps. Son expression qui semblait dire Tu penses que tu as les couilles de faire quelque chose ? était un bonus supplémentaire.
Seol Jihu posa sa tasse de café et tenta de la repousser, en vain.
C’était parce que Chohong s’était soudain retournée, lui avait attrapé les épaules et avait enroulé ses jambes autour de ses flancs.
« Ooh~ Si mignon. De quel film t’as appris cette réplique, hm ? »
« L-Lâche-moi. Tu agis bizarrement. »
« Qu’est-ce que je vais faire avec ce p’tit puceau ? Il ne peut pas manger même quand la nourriture est offerte à ses pieds. Serait-il un attardé ? »
« Quoi ? Quel puceau ? »
« Je dis que t’es un attardé. Oh ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? Quoi ? Tu veux que je te dévore ? Ah ? »
Lorsque Chohong leva la main comme pour le frapper, Seol Jihu se mit également en colère.
« Un leader est comme le ciel, et c’est ainsi que tu me traites ? »
« Le ciel ? Ce trou de balle. Quel Kool-Aid t’as bu en occupant cette position ? »
« Je te donne 3 secondes. Descends. »
« Et si je ne veux pas ? »
Devant les simagrées de Chohong, Seol Jihu se mordit la lèvre.
« Tu veux te la donner ? »
« Oui. Vas-y. Ne te gêne pas. »
« Tu es sûr ? »
« Oui, fais-le. Qu’est-ce qu’il y a avec toutes ces discussions ? »
« Kyak ! » Chohong bondit. Seol Jihu cria également « Wak ! » et tint bon.
Patatras !
Le bruit qu’ils firent en tombant jeta le bureau de Carpe Diem dans la confusion la plus totale. Après une longue bataille de rires, Chohong leva le drapeau blanc.
« F-Fils de pute ! Les chatouilles sont injustes ! »
« Tes côtés sont ta faiblesse. »
« Arrête ! »
« Tu vas être sage ou non ? »
« Je vais le faire ! Je vais le faire ! Alors, arrête ! »
Ricanant de façon incontrôlée et se roulant frénétiquement dans tous les sens, Chohong ne vit pas la porte et finit par s’y cogner la tête.
Pouf !
« Uk. »
« T-Tu vas bien ? »
« Ah, tu… »
À cet instant, une enveloppe glissa par l’interstice sous la porte et recouvrit le visage renfrogné de Chohong.
Seol Jihu ramassa rapidement l’enveloppe avant de relever son corps.
Chohong haleta de colère tout en se massant les tempes.
« Putain… qu’est-ce que c’est ? »
« Des informations provenant d’une organisation d’assassins. »
« Maintenant que j’y pense, tu en as reçu une pratiquement tous les jours. C’est un journal ou quelque chose comme ça ? »
« Quelque chose comme ça. »
Seol Jihu retourna sur le canapé et déchira l’enveloppe. Chohong inclina la tête avant de jeter sa serviette et de trouver un t-shirt à porter.
« Des nouvelles intéressantes ? »
« Voyons… »
Seol Jihu sortit le contenu de l’enveloppe et commença à le lire.
« Chung Chohong, de Carpe Diem, se déchaîne à nouveau à Manger, boire et s’amuser… La cause est une dispute mineure dans un état d’ébriété. Elle part après avoir détruit l’endroit… ? »
Seol Jihu leva les yeux au milieu de la lecture du rapport.
« Aaah, je viens de me souvenir. Je dois me rendre à une réunion importante. Bonne chance ! »
Chohong enfila rapidement le reste de ses vêtements avant de disparaître. Seol Jihu secoua la tête, puis reprit sa lecture.
[Les rumeurs concernant la raison pour laquelle la _Fille de Luxuria, Seo Yuhui (Corée), a déménagé à Haramark se poursuivent. Les Prêtres du Temple de Luxuria n’ont cessé de faire des allers-retours, transportant bagages et colis avec rigueur._
Certains disent qu’elle déplace l’emplacement de sa richesse personnelle en même temps que sa base d’opérations. Mais ceux qui savent à quel point elle est habituellement frugale et simple, se demandent ce que contiennent ses bagages.
Des rumeurs sans fondement prétendent qu’elle reçoit des pots-de-vin. Une autre rumeur veut que la Fille de Luxuria, en tant qu’apôtre qui sert le plus étroitement la déesse de la luxure, soit absorbée par l’assouvissement de ses insatiables désirs sexuels jour et nuit.]
« Des bâtards fous ! »
Seol Jihu ricana. En vérité, la dernière rumeur n’était pas complètement dénuée de fondement — compte tenu du fait que lorsque les Terriens passaient du Haut Rang à un Rang unique, ils étaient davantage influencés par les caractéristiques du dieu qu’ils servaient. Malgré tout, Seol Jihu jugea cette possibilité comme une histoire ridicule.
[Marcel Ghionea (Roumanie) est à la recherche de quelqu’un.
Anciennement surnommé _l’Archer d’acier et considéré comme l’étoile montante d’Haramark qui suivrait les traces d’Ayase Kazuki, Marcel Ghionea a disparu sans laisser de traces, mais est soudainement réapparu à Haramark il y a un mois et demi._
D’après ce que l’on sait, il a été pris en embuscade par un groupe de ‘Tarneras’ sur le chemin du retour de la colline de Napal, ramené dans leur village et élevé comme du bétail.
Par miracle, lui et quatre autres personnes piégées de la même façon ont réussi à s’échapper. Alors qu’ils rentraient à Haramark, ils ont apparemment trouvé le groupe de Tarneras massacré.
Il semblerait qu’un Terrien inconnu leur ait tendu une embuscade et ait fini par tous les tuer.
Ces créatures aiment manger de la chair humaine, et avec quinze d’entre eux travaillant ensemble, ils peuvent même dominer un Guerrier de Haut Rang. En voyant comment ce mystérieux Terrien a massacré ces monstres, on peut supposer que cette personne est vraiment puissante.
En tout cas, de nombreuses organisations ont offert à l’Archer d’acier d’excellentes conditions pour le recruter, mais Marcel Ghionea, en homme droit qu’il est, est bien décidé à retrouver son bienfaiteur.
Actuellement, il est retourné à l’endroit où il a trouvé les défunts Tarneras et cherche des traces de son sauveur.]
« C’est une excellente nouvelle ! »
Seol Jihu hocha la tête. Qui que soit ce mystérieux Terrien, Seol Jihu trouvait qu’il avait fait du bon travail.
« Mais n’aurait-il pas pu mieux regarder autour de lui ? S’il y a un groupe de monstres, il y a forcément un village à proximité… tsk. »
Mais d’un autre côté, il claqua la langue, pensant que le Terrien aurait dû songer à vérifier leur village.
« Slurp. »
Ensuite, lorsqu’il inclina son café tiède dans sa bouche et qu’il retourna le papier…
[Shéhérazade Nouvelles importantes]
Les yeux de Seol Jihu se plissèrent.
[White Rose est en grande difficulté.]
Il se souvint de l’affaire qu’il avait oubliée et examina le rapport inconsciemment.
[La guilde de mercenaires de Shéhérazade, White Rose, est au cœur d’une controverse. La figure numéro un de Caligo, PAX, a déposé une plainte officielle.
D’après l’annonce publique de PAX, White Rose a arraché l’expédition de la ‘Villa de l’empereur antique’ qu’elle préparait.]
Le visage de Seol Jihu se teinta de choc.
Le Paradis avait plusieurs règles non écrites, mais la plus taboue d’entre elles était de s’emparer d’une ruine occupée par une autre organisation.
Comme la valeur d’une ruine était inimaginable et infinie, elles causaient plusieurs difficultés et constituaient la raison numéro une des rivalités entre les Terriens jusqu’à il y a quelques années.
Bien que les affrontements se soient apaisés après que les Sept Royaumes eurent établi une loi stipulant que tous les droits sur une ruine appartiennent aux premiers à la découvrir, des conflits survenaient encore de temps en temps.
Le problème, c’était qu’à chaque fois que de tels incidents se produisaient, la situation était suffisamment vague pour provoquer davantage de controverses.
Prouver que l’on avait été le premier à découvrir une ruine était déjà pénible, mais même si l’on y parvenait, il n’y avait aucune garantie que l’on puisse revendiquer la ruine.
Par conséquent, le procédé le plus sûr consistait à garder le secret de la trouvaille jusqu’au début de l’expédition, mais ce n’était pas non plus une méthode parfaite.
Si quelqu’un d’autre repérait la ruine pendant la période de préparation et la revendiquait comme sienne, la situation serait encore plus difficile à gérer.
De toute façon, comme les conflits autour de la propriété des ruines étaient extrêmement compliqués, beaucoup considéraient qu’il valait mieux ne pas s’y impliquer.
Seol Jihu avala sa salive et continua à lire le rapport.
[Le leader de White Rose, Bok Jungsik (Corée), prétend qu’il s’agit d’une fausse accusation. Il dit avoir payé 10 pièces d’or pour acheter ces informations, n’ayant rien entendu sur PAX de la part de l’informateur qui lui a vendu ces renseignements.
De plus, Bok Jungsik affirme que, même s’il est vrai qu’il a passé les derniers mois à se préparer, il a annulé le plan parce qu’ils n’ont pas réussi à trouver un groupe avec lequel travailler en collaboration. De toute évidence, Phi Sora a décidé arbitrairement de participer à l’expédition.
Phi Sora est actuellement indisponible après être partie en bateau par le port de Nur. PAX est censée se préparer à demander à Caligo et à la famille royale de Shéhérazade de juger qui a raison et qui a tort.]
Après avoir lu jusqu’ici, Seol Jihu se leva de son canapé.
Seol Jihu ne parvint pas à contacter Kim Hannah le matin et la joignit à peine à midi.
Elle parla de sa journée mouvementée et ensuite alla droit au but.
— Les choses se sont déroulées de façon assez intéressante, hein ?
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
— Il y a deux points qui posent problème en apparence.
Kim Hannah leva l’index et le majeur et fit un V.
— Le premier problème, c’est que l’informateur a d’abord vendu les infos à PAX avant de proposer les mêmes informations à White Rose. C’est un homme courageux. Bon, c’est évident, alors je n’en dirai pas plus.
Kim Hannah plia son majeur.
— Le deuxième problème, c’est que Phi Sora a poursuivi l’expédition. Une chose à noter, c’est que PAX a déposé une plainte après que cette salope mal embouchée a quitté le port.
« Quand tu dis problématique en surface… tu veux dire que c’est différent à l’intérieur ? »
— Évidemment. Il y a plus de deux ou trois points étranges pour se contenter de dire Ah, je vois~.
Kim Hannah se lécha furtivement la lèvre supérieure.