Chapitre 126. Seol Jihu (3)

Le silence emplissait l’air. Les spectateurs observaient la scène avec des expressions variées : les camarades de Seol Jihu avec des visages rigides, les 32 membres de la minorité visiblement nerveux, et les 78 membres de la majorité pleins de curiosité.

Le silence de la majorité pouvait être considéré comme un accord tacite avec les paroles d’Audrey Basler. Même s’ils ne furent pas ouvertement d’accord avec elle, ce qu’elle avait dit avait dû les intéresser.

C’était ainsi que fonctionnait la psyché humaine. Dès qu’ils étaient directement impliqués dans un problème, l’équité de la situation n’avait plus d’importance. Seuls les gains et les pertes comptaient.

« Ne m’en veux pas trop. »

Audrey Basler ne le savait que trop bien.

« Demande-leur si tu veux… Ah ! Bien sûr, ils seront peut-être dégoûtés de devoir renoncer à leurs récompenses, mais au fond d’eux-mêmes, je suis sûre qu’ils sont heureux d’avoir une chance de survivre. »

Elle disait ce qu’elle voulait…

« Quoi qu’il en soit, parlez entre vous et prenez une décision. »

Et elle proposa elle-même les termes de l’accord.

Seol Jihu la regarda fixement. Yeux de vipère sourit férocement et demanda : « Qu’est-ce que c’est que ces yeux ? »

« … »

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« … Les 78 personnes de la majorité et les 32 de la minorité ont besoin d’une relation symbiotique. » Seol Jihu ouvrit enfin la bouche. « Si un côté manque, l’autre ne peut pas conquérir l’étape. »

« Mm~ »

Basler traîna la fin de sa phrase et sourit avec ses yeux. Un sentiment inquiétant monta à l’intérieur de Seol Jihu, et son humeur baissa rapidement. Il ne savait pas si Basler le faisait exprès ou si c’était simplement sa personnalité. Quoi qu’il en soit, elle avait vraiment l’air d’être une provocatrice invétérée.

« Vraiment ? »

Seol Jihu s’apprêtait à demander Qu’est-ce que tu veux dire ? Toutefois, son visage se figea rapidement. Il réalisa la cause de son sentiment inquiétant.

Ce qui suivit n’était pas quelque chose qui devait être dit dans cet endroit. Cependant, la bouche d’Audrey Basler ne s’arrêta pas.

« Tu le sauras peut-être… demain matin. »

… Finalement, elle le déclara. Ricanant toute seule, tout en regardant les 32 minorités.

« … »

Elle n’aurait pas dû dire ça.

Si elle savait ce que ressentaient les 32 personnes, y compris les victimes de l’incident précédent, si elle comprenait pourquoi cette conférence était nécessaire, elle n’aurait pas dû dire cela, même en plaisantant.

Après tout, cela revenait à leur ôter la chance à laquelle ils avaient à peine réussi à s’accrocher.

Seol Jihu leva lentement la tête et regarda le ciel.

« Kekekeke ! Hein ? T’es en colère ? »

Pensait-elle vraiment cela ? Ou bien faisait-elle exprès, en connaissant parfaitement les conséquences de ses paroles ?

[Où sont les meurtres, les coups de poignard dans le dos et, vous savez, les choses amusantes ? Ça doit être plus hardcore que ça !]

Peut-être que c’était les deux. Au vu de la Fenêtre de statut qu’il avait vue à l’étape 1, elle en était tout à fait capable.

[Je peux te garantir une chose.]

Soudainement…

[Même si tu ne fais rien, il y aura des personnes qui te maudiront. Plus tu seras célèbre, plus tu recevras de haine. Certains t’en voudront même. Ce n’est pas tout. Il y aura une tonne de gens qui essaieront de se servir de toi.]

Des mots qu’il avait entendus par le passé résonnèrent dans son esprit.

[Parce que tu essaies de prendre de l’avance.]

Aussi ignoble fût-elle, Seol Jihu pensait qu’il valait la peine d’essayer de la diriger.

Bien qu’il ait échoué lamentablement la première fois, il avait tâché d’en tirer des leçons et avait cherché à s’améliorer. Cependant, c’était la même chose à l’étape 2.

« Hé~ T’es en colère~ ? »

En vérité, il en connaissait la raison. Comme Kim Hannah l’avait dit, le monde n’était pas aussi simple et clair. Il s’en était rendu compte lors du Banquet.

« Aigo, qu’allons-nous faire ? Notre Prince est vraiment en colère~. »

Accorder une chose ne garantissait pas d’en recevoir une en retour. En voler deux ne nécessitait pas non plus d’en donner deux.

« D’accord, j’ai été trop dure. Arrête de te mettre en colère. Tiens ! Serrons-nous la main et faisons la paix. »

Il en allait de même pour les relations humaines. Il y avait ceux qui exprimaient leur gratitude pour une manifestation de bonne volonté, mais il y avait aussi ceux qui considéraient que c’était leur droit. Il y avait des gens tels qu’Oh Rahee, qui comprenaient vite, et puis des personnes comme Audrey Basler, qui ignoraient tout.

« Prince~ ? »

Ainsi, le monde n’était pas une règle d’or. Si le monde fonctionnait selon la loi de l’échange équivalent, il serait teinté d’or.

« Tu m’ignores ? »

Que faire alors ? Si les mots ne servaient à rien, quelle méthode utiliser ?

« Qu’est-ce qui te préoccupe tant ? »

La réponse était évidente. Après tout, il la voyait tous les jours.

« C’est simple. Prends une décision d’ici demain matin, et nous pourrons faire les choses à ta façon. »

Il ne devrait pas attendre ou chercher la règle d’or…

« Tu me comprends, n’est-ce pas ? »

Il devait devenir la règle d’or.

« Tu as compris ? »

Il n’avait pas l’intention de jouer le rôle d’un allié de la justice. Il n’essayait pas de devenir quelqu’un de fort contre les forts, et de faible contre les faibles.

« Ah, cet enfoiré m’ignore comme un clébard dans la rue. »

C’était juste que… si le monde était comme ça… si c’était le monde dans lequel il vivait…

« Tellement ennuyeux. »

Même s’il était en retard, il devait s’y adapter.

« Pas d’émotions~ Pas de fun~ Je me tire. »

Avant qu’il ne s’en aperçoive, le ciel du vaste champ se mit à briller d’une lumière dorée.

Le Commandement d’or.

… Bien sûr. Tout conforme au Commandement d’or.

[Votre niveau de cognition « Chaotique »…]

Et donc…

[… se transforme en « Règle d’or ».]

[Modéré (Actions et pensées raisonnables ; travailleur) / Éveil / Règle d’or (Traiter les autres comme ils vous ont traité)]

Au moment où sa norme fut fixée…

« Assis. »

Seol Jihu jeta son masque.

« … Hm ? »

Les pas d’Audrey Basler s’arrêtèrent.

« J’ai pas fini de parler. »

Elle se retourna. Une expression d’extase se répandit sur son visage, presque comme si elle se disait : Il réagit enfin.

Sans aucun doute, elle prenait plaisir à la situation. Très bien. Alors il devait en profiter lui aussi.

« Oooh~ Tu deviens fougueux, hein ? »

« J’ai dit, assis. »

Lorsque Seol Jihu s’avança, la tête d’Audrey Basler se redressa lentement. Le jeune homme s’arrêta juste devant elle. Quand il la regarda de haut, les yeux serpentins d’Audrey Basler se courbèrent comme des croissants de lune.

« Ça fait peur, ça fait peur. Tu vas me frapper ? »

« Je ne le dirai pas une troisième fois. » Dit Seol Jihu à voix basse.

« Kik ! » Cligne, cligne. Basler ferma et rouvrit les yeux deux fois avant de ricaner : « Je ne veux pas ! »

Comme si elle trouvait le jeune homme très drôle, son visage se déforma de façon venimeuse. Elle grogna : « J’allais laisser couler, mais tu dois vraiment avoir perdu la tête. »

C’est alors que…

« Qui t’es pour me dire ce qu’il faut… ! »

Bam ! Basler s’effondra soudainement et ses yeux s’écarquillèrent. Incapable de supporter le choc brusque, elle tomba sur les fesses et se pressa les tempes sous l’effet de la douleur.

Levant la tête avec un air renfrogné, elle vit le poing du jeune homme. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle réalisa ce qui s’était passé.

Elle ne fut troublée que l’espace d’un instant.

« Hé ! »

« Ce bâtard… ! »

Quelques-uns de ses camarades tentèrent de s’avancer, mais s’arrêtèrent lorsque Basler leur fit signe de la main.

« Wow… » Les fesses toujours en contact avec le sol, elle ouvrit lentement la bouche. « Confiant, hein, Prince ? Ça doit être agréable d’avoir autant d’amis ! »

Le sourire en coin ne quittait pas son visage. « T’as enfin montré ton vrai visage… Très bien, j’aboierai comme tu veux. Je vois pas pourquoi je le ferais pas. »

« … »

« Quoi ? Tu veux que je remue la queue aussi ? Comme ça ? » Elle se mit à quatre pattes et commença à remuer ses fesses.

« Ceux en minorité comme pauvre de moi doivent faire ça pour survivre… » Elle ricana en insistant sur le mot minorité.

« C’est pas assez ? T’es pas satisfait ? Tu veux vraiment que j’aboie ? » Elle ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises, faisant semblant d’aboyer.

Sachant pourquoi elle faisait cela, Seol Jihu répondit avec un sourire calme : « Ça a l’air bien. Fais-le. »

« Hein ? »

« Aboie. »

Les yeux d’Audrey Basler s’écarquillèrent.

« Puisqu’on fait ça, faisons-le bien. Ah, et si tu pissais aussi ? Avec une jambe en l’air, bien sûr. »

« … Quoi ? »

Pour chaque problème, il y avait une limite à ne pas franchir. Le visage malicieux d’Audrey Basler se contorsionna de façon indescriptible.

« Ha ! » Elle s’arrêta complètement. Elle baissa ensuite la tête et se releva lentement. « Hiyaa… Tu as du goût ! »

« Tu voulais agir comme une chienne, pas vrai ? Je ne fais que donner de bonnes suggestions. »

« Tu dois réellement penser que t’es quelqu’un de spécial parce que je continue à t’appeler Prince… Oi. » L’espièglerie disparut de son expression. L’un de ses sourcils se hérissa. « T’es sûr de pouvoir le supporter ? »

« ? »

« On dirait que tu te trompes lourdement. On reste pas immobiles parce qu’on a peur de toi. C’est d’eux qu’on a peur — les Triades, Umi Tsubame et Carpe Diem. C’est compris ? »

Seol Jihu eut un sourire en coin.

« Tu trouves ça drôle ? Bien sûr, vas-y, ris tant que tu veux. Mais les choses seront différentes une fois que nous serons retournés au Paradis. »

« Vraiment ? » Seol Jihu croisa tranquillement les bras. « S’il n’y a que toi, je pense que je suis plus que suffisant. »

« Oh ? » Basler se réjouit comme si elle avait attendu ces mots. « C’est ça, ta fierté d’homme ? On dirait que tu as des couilles. Alors tu veux te battre ? Sans que personne n’intervienne dans nos équipes, bien sûr. »

Elle prit furtivement ses distances et leva sa garde comme un boxeur. Voyant cela d’un air vide, Seol Jihu jeta sa lance de glace et s’épousseta légèrement les mains.

« Ha. »

Audrey Basler gloussa.

« T’as dû voir trop de sé— » Elle baissa rapidement le haut de son corps et termina : « —ries ! »

Puis elle s’écarta brusquement sur le côté avant de foncer par surprise.

Elle s’élança comme un rayon de lumière, mais la seconde d’après, son visage fier devint vide. En même temps que le son de l’air qui éclatait, le jeune homme qui se tenait sans défense se précipita instantanément vers elle.

Quand…!?

Bam !

Dans un bruit de frappe limpide, la tête de Basler se retourna avec force. Son corps s’inclina également et elle tournoya dans les airs. Mais avant qu’elle ne puisse pousser un seul cri, son œil gauche devint brûlant.

« Keuk ! »

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’une Archère de haut niveau, elle ne tomba pas. Cependant, elle avait déjà perdu l’équilibre.

« Att— »

Ensuite, un autre coup sourd la frappa à la tête. Elle poussa un petit cri. Finalement, elle trébucha une fois de plus.

Elle perdit rapidement son sang-froid. La tête baissée, elle tomba dans le désespoir. Elle n’arrivait pas à croire ce qui se passait. Elle savait que le jeune homme était fort, mais comment une Archère pouvait-elle perdre en vitesse face à un Guerrier du même niveau ?

C’était tout simplement impossible.

« Tu… ! »

Comme si elle ne pouvait accepter le résultat, elle se redressa et porta une main à sa cuisse.

Paf ! Le bruit de l’air qui éclate retentit à nouveau. Seol Jihu s’élança deux fois plus vite qu’avant et donna un coup de pied à la main qui sortait une dague.

La main frappée s’agita dans les airs, et elle put voir Seol Jihu avec sa main droite tirée en arrière.

« Kyaaak ! »

Lorsque le coup de poing atterrit, Basler se couvrit les yeux comme si sa vision avait été brouillée.

Quand bien même…

« Si, comme tu le dis, nous sacrifions… »

Seol Jihu parlait calmement et n’arrêtait pas de frapper.

« Les 32 personnes… »

Son nez fut fracassé, faisant jaillir du sang.

« Seules 30 des 78 personnes pourront partir. »

Ses pommettes s’enfoncèrent…

« Et les 48 restants devront se battre à nouveau… Et quoi ? »

Du sang frais coula de ses lèvres éclatées.

« Je le saurai demain matin ? »

Une droite pleine de rage jaillit, lui écrasa la bouche, et trois ou quatre dents tombèrent.

« Qu’est-ce que ça veut dire cette merde ? »

Voyant sa tête baissée, Seol Jihu lui frappa la tête. Basler s’abattit encore sur le sol.

Il semblait qu’elle n’avait pas perdu connaissance puisqu’elle se releva en titubant. Cependant, elle trébucha sur ses propres pieds et tomba à nouveau sur les fesses.

« Auu… auuuu… »

Les camarades de Basler, qui pensaient qu’elle s’amusait simplement, réalisèrent la gravité de la situation. Ils s’échangèrent un rapide coup d’œil.

« Oi ! Ça suff… »

« Mhm, c’en est assez pour toi aussi. »

En entendant tout près une voix qui s’interposait, l’homme qui sortait son arme se figea. Il sentit que quelqu’un passait son bras autour de son cou.

Lorsqu’il redressa la tête, il vit un homme élégamment vêtu qui mordait dans une cigarette.

« Tu ne crois pas que c’est de la triche d’intervenir dans un combat à un contre un ? »

Avant qu’il ne s’en aperçoive, les membres des Triades s’étaient tous rassemblés derrière lui.

« Tu n’es pas d’accord, mon ami ? »

Hao Win fit un clin d’œil à l’homme qu’il entourait de son bras et tira une bouffée de fumée. L’homme fronça les sourcils.

« Mais il va trop lo… »

« Hah ? »

À ce moment-là, quelque chose de noir traversa la fumée blanche et s’arrêta juste devant son visage.

« Qu’est-ce que c’était ? »

Hugo lui avait poussé le visage, la main en cornet sur l’oreille. Craque. Quand il entendit l’homme grincer des dents, il hocha la tête et s’exclama.

« Aha ! Tu veux te faire tabasser ? »

Hic ! L’homme hoqueta. Hugo et les Triades étaient tous deux réputés pour leur cruauté.

« Ka, Kazuki ! »

Il appela Ayase Kazuki, qui tenait habituellement une position modérée.

« Hm ? »

Mais lorsqu’il vit Kazuki charger son arbalète de carreaux, il ne put s’empêcher de se taire.

Ainsi, Seol Jihu put faire ce qu’il avait à faire sans aucune interférence.

« Lève-toi. »

« Huaaa… »

Un son aérien se fit entendre. Comme Seol Jihu l’avait frappée au visage à plusieurs reprises, ses cheveux étaient ébouriffés et son visage était couvert de sang.

« Lève-toi. Je veux pas entendre d’excuses plus tard, comme quoi tu avais trébuché ou je ne sais quoi. »

« Keu… Keuhuhu… »

« Tu ne te lèves pas ? »

Seol Jihu s’avança et l’attrapa par la queue de cheval.

« Auuuu ! »

Après l’avoir soulevée de force par les cheveux, il poussa légèrement son corps. Yeux de vipère oscilla d’avant en arrière avant de reculer de quelques pas.

Cette fois, ce n’était pas pour s’éloigner du combat. C’était par peur totale.

Bam !

« Kuk— »

Lorsqu’il frappa la nuque de la jeune femme, un bruit à lui couper le souffle se fit entendre. Basler ne se souvenait plus du nombre de fois où elle était tombée.

« Lève-toi. »

Son corps assommé tressaillit. Lorsque les pas du jeune homme se rapprochèrent, ses bras et ses jambes s’agitèrent désespérément.

Basler rampa dans l’herbe avant de réussir à se retourner et à s’accrocher à la cheville de Seol Jihu.

« Eph.. Epfargne wa… »

À cause de ses dents cassées, le son d’une flûte résonnait avec ses mots.

« Chui débowé… Be chui débooowé… Epfargne wa… »

Les yeux teintés d’ecchymoses bleu-rouge, elle suppliait qu’on lui laisse la vie sauve alors qu’elle empestait le sang.

Seol Jihu parla calmement : « Lève-toi. »

En entendant sa voix froide, Basler grimaça. Des larmes de sang continuaient de couler de ses yeux.

« Be … be fewai ske tu weu … pi … pipié… »

« … »

« Warf! be warf! Waf ! Waf, waf ! Waf, waf, waf ! »

Elle aboya même pour de vrai.

Seol Jihu s’apprêtait à la prendre par le col lorsqu’une lueur frappante attira son attention.

Sa couleur… !

Lorsqu’il avait vérifié sa couleur à l’étape 1, elle était jaune — Attention requise. Elle était restée la même jusqu’à ce qu’elle se mette soudainement à changer.

Du jaune à l’incolore.

Ce n’était pas la première fois que la couleur de quelqu’un changeait. Il avait déjà vu Teresa passer de l’incolore à l’or.

Cependant, c’était la première fois qu’il voyait la couleur d’un danger changer.

Le regard fixe, Seol Jihu s’accroupit. Il lui souleva le menton avec son index jusqu’à ce que leurs regards se croisent.

Voyant que ses yeux avaient complètement succombé à la peur, il pouvait deviner pourquoi la couleur avait changé.

« Était-ce vraiment nécessaire pour te faire comprendre ? »

« … »

« Pourquoi n’as-tu pas simplement écouté quand je t’ai parlé gentiment ? »

« … »

« Ce n’est pas comme si je t’avais dit d’aller mourir seule. »

« … »

« C’était pour que tout le monde puisse vivre. »

Basler tremblait intensément et parvenait à peine à le regarder dans les yeux. Mais lorsqu’elle entendit le calme dans sa voix, la chair de poule se mit soudain à se répandre dans son être. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle faisait face au même jeune homme qu’à l’étape 1.

« Soyons honnêtes. Tu le savais aussi. »

Il ne s’adressait certainement pas qu’à Audrey Basler. Voyant Yeux de vipère hocher follement la tête, Seol Jihu se leva.

« Permettez-moi d’ajouter une condition. »

Il regarda la faction majoritaire et essuya la sueur sur son front. À cause du sang et de la chair qui recouvraient sa main, une ligne de sang était tracée sur son front.

« Audrey Basler et les cinq membres de son équipe. Nous les considérerons comme faisant partie de la faction minoritaire lorsque nous formerons les équipes. »

Autrement dit, il déclarait qu’il allait séparer Yeux de vipère et son équipe pour qu’ils n’aient pas d’autres intentions.

« Aussi… » Seol Jihu poursuivit : « Si quelqu’un a une meilleure idée, je suis ouvert à la discussion. »

Il leur disait de parler maintenant s’ils avaient des problèmes.

Soudain, un gloussement étouffé retentit. Oh Rahee baissa la tête, la main sur la bouche. Ses épaules tremblèrent un moment avant qu’elle ne se lève enfin. Elle se dirigea vers le jeune homme d’un pas léger pour ensuite le détailler de la tête aux pieds.

Alors qu’elle continuait à le fixer, Seol Jihu ouvrit la bouche en premier.

« Y a-t-il un problème ? »

« Non, non, ce n’est pas ça. »

Hnnng. Avec un long bourdonnement, Oh Rahee haussa les épaules.

« Je veux faire partie de la première équipe qui entrera sur la Place du souhait dissonant. C’est d’accord ? »

En regardant Audrey Basler, qui tremblait comme un insecte, elle éclata de rire.

« Je suis sûre que tu connais le dicton qui dit que le premier bouton doit être bien attaché. En échange, je m’assurerai de tous les faire sortir. »

Seol Jihu respira profondément. Avec sa déclaration, la conférence avait pris une décision. Avec l’accord d’Oh Rahee, l’une des membres les plus forts de la faction majoritaire, la balance penchait en sa faveur.

« Nous pourrons prendre une décision lors de la conférence de l’équipe. »

Elle paraissait tout à fait d’accord avec toutes ses conditions. Et tant qu’elle ne violait aucune règle, Seol Jihu n’avait aucun scrupule à la laisser partir en premier.

« Je m’en charge ? » Demanda Oh Rahee en jetant un coup d’œil à Yeux de vipère. Elle semblait dire qu’elle garderait un œil sur elle. C’était sûrement un signe de bonne volonté.

« Non. »

Cependant, Seol Jihu secoua la tête. Faire confiance à Basler juste parce qu’elle avait changé de couleur était une chose insensée.

« Nous allons nous occuper d’Audrey Basler. »

« Tu es certain ? »

« Bien sûr. Chohong ! »

Chohong leva la main comme si elle avait attendu ce moment. Elle s’approcha rapidement d’eux en traînant son intimidante Épine d’acier sur le terrain.

« S’il te plaît. »

« Oui, oui. Je dois juste m’occuper d’elle jusqu’à la fin du Banquet, pas vrai ? »

Comme Seol Jihu avait déjà demandé de l’aide, elle accepta immédiatement. Elle ramassa sa masse et la reposa sur son épaule avant de lancer un regard à Basler qui était toujours au sol.

« Putain, pourquoi tu me mates comme ça ? Baisse les yeux. »

Voyant Yeux de vipère se mordre les lèvres, Chohong laissa échapper un petit rire avant de devenir soudainement sérieuse.

« Oi. »

« … »

« Baisse les yeux, putain de salope. Tu veux que je t’explose la tête ? »

Les cinglés se reconnaissaient souvent entre eux. Sentant l’aura glaciale et folle de Chohong, Basler déglutit difficilement.

Bientôt, elle détourna le regard en direction du sol en même temps que la tête.

Chohong eut un large sourire.

« Tu peux t’y préparer. Je m’occuperai personnellement de toi jusqu’à la fin du Banquet. »

Chohong entraîna le corps affaissé d’Audrey Basler au loin. Après avoir suivi la scène du début à la fin avec un vif intérêt, Oh Rahee demanda avec un sourire significatif.

« C’est quoi ton nom de famille ? »

« … Je ne l’ai pas déjà dit ? »

« Tu ne m’as dit que ton prénom. Et donc ? Kim Seol ? Yi Seol ? »

Les yeux de Seol Jihu papillotèrent à cette question abrupte. Il poussa un long soupir avant d’ouvrir la bouche.

« Non. »

« ? »

« Seol est mon nom de famille. »

« Je m’appelle… »

Après avoir ramassé la lance de glace, Seol Jihu jeta un coup d’œil autour de lui. La plupart des gens ne s’étaient pas levés de leur siège.

Une autre chose qui avait changé, c’était l’atmosphère.

Kazuki avec un visage calme, les 32 membres de la minorité avec des expressions troublées comme s’ils ne pensaient pas que Seol Jihu irait aussi loin, et les 78 membres de la majorité avec des regards fatigués.

« Je m’appelle… »

Face aux nombreux regards qui se tournèrent tous vers lui…

« Jihu. »

Le jeune homme sourit de bon cœur.

« Je m’appelle Seol Jihu. »