Chapitre 116. Accélération

Elle est…

Maintenant qu’il y pensait, il y avait quelqu’un d’autre. Lorsque Seol Jihu et Maria entrèrent dans la pièce, il y avait deux personnes à l’intérieur. La première était Lara Wolff, qui avait une coupe au carré, et l’autre était cette fille avec un bandeau blanc. Comme elle n’avait pas dit un mot pendant tout ce temps, il avait oublié son existence.

Ses cheveux d’un blanc argenté de neige étaient assortis à ses vêtements blancs. Elle était profondément absorbée par quelque chose, au point de ne pas remarquer le regard fixe de Seol Jihu.

Bientôt, les yeux de la jeune fille prirent la forme d’un croissant de lune et elle se couvrit la bouche avec sa main.

Elle rit ?

Qu’est-ce qui la faisait rire ? Les yeux de Seol Jihu se rétrécirent et il jeta un coup d’œil dans la direction qu’observait la jeune fille. Là, il vit Sophie Chalet qui se faisait soigner en poussant des gémissements étouffés, Lara Wolff qui avait sombré dans le désespoir, Visage vide qui avait les bras croisés, et Yeux de vipère qui ricanait.

Une qui souffre, une qui ricane, et une qui prend plaisir à regarder.

Soudain, Seol Jihu se remémora l’homme d’âge mûr qui avait lutté contre la culpabilité après avoir abandonné sa femme et sa fille pour s’enfuir. Il se souvint également de Kang Seok, qui s’était tenu devant lui et avait ri de façon incontrôlée.

Elle est différente de ce qu’elle semble être, hein…

La jeune fille avait dû se rendre compte de l’attention qui lui était portée par le jeune homme, car elle releva son visage mince. Leurs yeux se rencontrèrent. Ses yeux arqués clignèrent quelques fois avant qu’elle ne baisse la main. À en juger par le léger frémissement de ses lèvres minces et pâles, elle devait rire en cachette.

La jeune fille n’évita pas le regard de Seol Jihu. Elle pencha légèrement la tête avant de la redresser et de lui faire signe de sa main frêle.

Elle veut que je m’approche ?

Seol Jihu n’hésita pas. Cela ne semblait pas être une mauvaise idée d’essayer de lui parler, et il s’avança donc immédiatement. Comme la fille était à l’écart du reste du groupe, il dut marcher une bonne distance. Cela dit, ils étaient tous les deux dans la même pièce.

Une fois qu’il s’approcha, la jeune fille lui adressa un regard vide tout en disant : « Je crois que vous vous méprenez. »

Sa voix était calme et apaisante comme une mélodie, mais elle sonnait aussi vide et creuse. « J’ai ri, mais ce n’est pas car je me moquais d’eux ou parce que je trouvais la scène amusante. »

La jeune fille avoua avoir ri, mais plaida habilement sa cause. Seol Jihu remarqua à quel point elle était douée pour lire dans les pensées des gens et se sentit un peu désolé.

Même si elle avait ri, Seol Jihu n’avait aucune raison de la prendre en défaut. Il pouvait penser du mal d’elle dans sa tête, mais dès qu’il le dirait à voix haute, il finirait par être un fouineur.

C’était en tout cas le point de vue de Seol Jihu sur la question.

« Ce n’est pas grave. Je ne veux pas m’immiscer dans vos affaires. »

En entendant cela, la jeune fille sourit en hochant la tête. « Vous me regardiez si intensément… »

Seol Jihu observa le sourire creux de la jeune fille. En l’étudiant de plus près, il remarqua à quel point ses joues étaient blanches, ou plutôt pâles. Sa taille était également extrêmement fine et délicate, comme si elle allait se briser en deux s’il la tenait avec un peu de force. Elle était manifestement atteinte d’une maladie quelconque.

« Si ça ne vous dérange pas… » Seol Jihu demanda sans ambages : « Pouvez-vous me dire pourquoi vous riiez ? » Il ne l’avait pas jugée. Il était plus curieux qu’autre chose.

La jeune fille leva les yeux vers lui et murmura doucement : « Parce qu’on aurait dit une pièce de théâtre. »

Elle a donc ressenti la même chose ? Seol Jihu rit amèrement.

« Pas vrai ? »

« Oui. » acquiesça Seol Jihu, qui pensait lui aussi que Visage vide ne faisait que s’adonner à son hobby.

« Je me demandais pourquoi la majorité des gens étaient séparés… Je ne m’attendais pas à jouer à un jeu de rôle à mon âge. »

« … Excusez-moi ? »

« Je ne l’ai même pas fait quand j’étais petite. »

La jeune fille sourit vivement. Seol Jihu réfléchit à ce qu’elle venait de dire. On aurait dit qu’ils parlaient de choses différentes.

« Jeu… de rôle ? » Seol Jihu pencha la tête. « Vous voulez dire comme un spectacle de marionnettes ? »

« Non, je ne parlerais pas de marionnettes puisque tout le monde agit comme il le ferait normalement… »

« ? »

« Mm… C’est vrai, chacun est fidèle à sa nature… Comme personne ne joue un personnage assigné ou un rôle fictif, il ne s’agit pas d’un jeu de rôle ordinaire. »

En un instant, la jeune fille se plongea dans son propre monde. En la regardant, Seol Jihu se demanda s’il devait continuer à lui parler ou s’en aller. Il ne savait pas s’il était l’idiot incapable de la comprendre, ou si elle parlait simplement de façon énigmatique.

La jeune fille le regarda avec des yeux langoureux. D’après l’échange précédent, elle avait saisi que le jeune homme n’avait pas encore compris.

« Vous voyez, je pense qu’il y a de fortes chances que ce groupe ait été constitué délibérément. »

Qu’est-ce que cela signifiait ?

« Je suppose qu’on peut dire que ce conflit devait se produire. »

« Pourquoi ? » demanda aussitôt Seol Jihu en retour.

La fille ouvrit la bouche avant de dévoiler un visage troublé, « Mmh, je connais la raison dans ma tête, mais c’est difficile à expliquer avec des mots. C’est comme des extrêmes ou bien des antithèses. »

Elle se gratta doucement les lèvres avec son index, semblant essayer de trouver une bonne façon d’éclaircir sa théorie. Bientôt, elle se montra du doigt et commença : « Par exemple, si je suis la personne altruiste… »

Seol Jihu la regarda fixement. Elle sourit d’un air penaud.

« Quoi ? Je suis vraiment gentille. »

« … »

« Quoi qu’il en soit, si je suis la personne altruiste, alors cette personne est égoïste. »

Celle que la fille désignait n’était autre que Maria Yeriel.

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? » demanda Seol Jihu en retour, mais il resta immédiatement sans voix. Il se rendit compte que l’expression personne égoïste décrivait parfaitement Maria.

Comment elle l’a su ?

Elle a entendu Maria me dire que nous devions suivre notre propre voie ? Ou bien parce qu’elle refusait d’ériger des barrières ?

« Alors vous voyez… »

Alors que toutes sortes de théories traversaient l’esprit de Seol Jihu, la jeune fille serra ses mains en poings et les frappa l’une contre l’autre.

« Cette personne et moi sommes des antithèses. »

Seol Jihu fixa la jeune fille d’un air compliqué. Il avait enfin compris ce qu’elle disait, mais l’accepter était une autre paire de manches.

« Aussi… » Le doigt de la fille se dirigea après vers Lara Wolff. « Si elle est du genre à apprécier la coopération et l’aide mutuelle… » Elle désigna ensuite Visage vide. « … Dans ce cas, elle est la franc-tireuse égocentrique. »

Seol Jihu ne semblait qu’à moitié convaincu. Ce que disait la jeune fille avait du sens, mais il était constamment tourmenté par l’idée qu’il n’y avait aucun moyen de le confirmer.

Le doigt de la jeune fille se dirigea après vers Sophie Chalet. « Si elle est la douce personne… » Elle désigna ensuite Yeux de vipère. « … Alors elle est la personne vicieuse. »

« Vicieuse ? »

« Oui. » La fille hocha la tête avant de dire « elle sent le pourri. »

Elle se pinça le nez et dit quelque chose de plus énigmatique : « Elle va mourir prématurément à cause de ça… » Plus la fille parlait, plus elle devenait mystérieuse.

Voyons voir.

Seol Jihu gloussa intérieurement et activa ses Neuf yeux. Lorsqu’il vérifia la Fenêtre de statut de Yeux de vipère avec la couleur verte de l’Observation générale…

« ! »

Il eut le souffle coupé.

Ses yeux tremblèrent lorsque le trait Vicieuse (délibérément cruelle et sans cœur) fut confirmé.

Ce n’était pas tout. Lara Wolff, Visage vide et Sophie Chalet n’étaient pas très loin de ce que la fille avait dit. Quant à Maria, elle avait manifestement raison.

Im… impossible…

« Réfléchissez-y. »

Seol Jihu se retourna vers la jeune fille en écarquillant les yeux.

« Avec quatre paires de personnes aussi incompatibles que l’eau et l’huile, comment un conflit ne pourrait-il pas éclater ? »

Seol Jihu acquiesça inconsciemment : « Pas au hasard… C’est donc ce que vous vouliez dire quand vous avez affirmé que ce groupe avait été constitué délibérément. »

« Ça colle trop bien pour être une coïncidence. »

« Alors… » Seol Jihu marqua une courte pause avant de poursuivre : « … quel est le mobile ? »

La jeune fille parlait sans arrêt depuis un long moment, mais cette question lui fit fermer la bouche. De toute évidence, ce n’était pas comme si la fille était omnisciente.

« Je ne sais pas », avoua-t-elle tranquillement. « Mais pour une raison ou une autre… ce que vous avez dit à propos d’un spectacle de marionnettes me trotte dans la tête. »

Seol Jihu avait lancé ce mot sans réfléchir, mais la jeune fille semblait l’avoir pris au sérieux.

« Pour être sûrs, nous avons besoin de la dernière pièce du puzzle… » Elle brouilla la fin de son discours et leva les yeux vers le jeune homme.

Seol Jihu se désigna du doigt, hébété.

« Moi ? »

Aussitôt, il fit « Ah ! ». Il s’était souvenu de l’homme qui était mort dès son arrivée. Si la théorie de la jeune fille était correcte, cet homme devait être son antithèse.

« Grand frère, as-tu déjà entendu parler de ce dicton ? » Elle changea furtivement la façon dont elle s’adressait à lui, mais Seol Jihu n’en fit pas grand cas. Avant qu’il ne s’en aperçoive, il était complètement absorbé par la discussion.

« Que si tu réunis cinq personnes, l’une d’entre elles est toujours un déchet ? »

« Je crois que j’ai lu ça en ligne… Attends, tu es en train de dire que je suis… »

« Bien sûr que non. » La jeune fille le nia sans hésiter. « J’espère que grand frère est un trésor. »

« C’est l’antithèse d’un déchet ? »

« Oui. Parce qu’alors une situation intéressante se développera. »

Seol Jihu pencha la tête avec curiosité.

« Les trois paires que nous connaissons ont la même tendance en termes d’utilité au combat et d’alignement de personnalité. »

Elle avait raison. En termes de capacités, Visage vide, Yeux de vipère et Maria étaient des élites, mais les trois autres étaient à l’opposé. Les trois premières avaient également de mauvais traits de personnalité, tandis que les trois dernières avaient les bons.

« Ce serait terrible si tu étais de l’autre côté… mais si ce n’est pas le cas, tu serais le seul contre-exemple dans ce groupe. »

« … »

« Nous pourrions peut-être en apprendre plus sur l’existence qui a créé ce décor. » La jeune fille joignit ses mains et poursuivit : « C’est pourquoi je suis si curieuse. »

Quel genre de personne était Seol Jihu ?

« Si tu es quelqu’un qui va envenimer une relation déjà blessée, aggraver la division en faisant de la politique, et chercher à utiliser le conflit à ton avantage. »

Ou bien.

« Si tu es quelqu’un qui va réparer la relation brisée, réconcilier la division avec des mots, et rassembler tout le monde comme celui qui mène. »

À cet instant, Seol eut l’impression que sa tête avait été frappée par un marteau.

« Ta Fenêtre de statut… Tu peux me la montrer, s’il te plaît ? »

Demanda la jeune fille, mais Seol Jihu ne l’écouta plus. La phrase qu’il avait oubliée depuis longtemps, mais qui était gravée au plus profond de sa conscience…

L’Exécuteur. Celui qui mène.

Ah…

Soudain, un étrange sentiment de déjà-vu l’envahit. C’était la même sensation que lorsqu’il flottait dans le lac de la Montagne rocheuse de l’Énorme Pierre, le genre de sentiment de nostalgie semblable à un mot qui reste sur le bout de la langue.

Auparavant, il avait perdu le contact avec cette sensation de façon stupide. Refusant de commettre la même erreur, Seol Jihu chercha désespérément dans sa mémoire.

Les mots que la jeune fille avait mentionnés : Jeu de rôle, antithèses, délibérément, celui qui mène…

Finalement, lorsqu’il se souvint du Commandement d’or qu’il avait vu au début…

AH ! Les cinq termes s’enchaînèrent et un rayon de lumière sembla traverser les nuages sombres dans sa tête. Il progressait sans plan précis, mais à présent, il avait l’impression d’avoir trouvé le fil conducteur qui le mènerait à la solution.

Bien sûr, il ne pouvait pas être sûr que c’était la bonne réponse. Après tout, ce n’était qu’une possibilité.

Mais il était convaincu d’une chose. Et c’était son rôle au sein de ce groupe.

Une personne altruiste sans compétences.

Une personne calculatrice avec des compétences.

Une personne coopérative sans compétences.

Une personne égocentrique avec des compétences.

Une personne douce sans compétences.

Une personne vicieuse avec des compétences.

Et… une personne avec des compétences, qui n’a pas encore choisi.

Ils veulent donc que je me décide.

Il avait le choix entre deux voies. La réponse était déjà là. Ses Neuf yeux lui disaient laquelle choisir.

Quand il pensa à ça…

Puis-je… le faire ?

Il réalisa enfin la gravité de la situation. En même temps, il saisit à quel point sa tâche était délicate.

En dehors du fait qu’ils étaient de parfaits étrangers, devoir mener Visage vide et Yeux de vipère, deux individus imprévisibles et instables, semblait extrêmement difficile.

Seol Jihu ferma les yeux pour calmer les battements de son cœur. Soudain, les paroles du chef du village l’effleurèrent.

[Nous vivons à une telle époque.]

[Il n’y a pas de bien ou de mal en matière de survie.]

[Que l’on soit un homme juste ou un méchant, il faut se rassembler sous une même bannière et mettre en commun ses ressources pour survivre. C’est encore le cas aujourd’hui.]

Sur ce, il prit enfin une décision. Ce n’était pas le moment de se demander s’il pouvait le faire. Il devait le faire.

Bientôt, ses yeux s’ouvrirent.

Allons-y.

Seol Jihu regarda les six personnes du groupe et ses yeux brillèrent comme des étoiles dans le ciel nocturne.

Au même moment.

— ?

L’existence assise sur le Trône corrompu trembla. Une main soutenant sa tête, ses sourcils se haussèrent lentement. L’existence regarda autour d’elle les yeux mi-clos.

Ce qui s’étendait devant elle était un vaste espace. Autour de Paradis, la planète qu’elle habitait, d’innombrables étoiles formaient une galaxie.

La vision d’un dieu se situait physiquement et mentalement à un niveau dimensionnel différent de celui d’un humain.

Grâce à ses yeux divins, l’existence lisait des informations sur les mouvements et les changements des constellations.

— J’ai…

… Ressenti un picotement. L’existence, qui avait dévoré la Divinité Suprême, l’avait détecté. Il n’y avait aucune chance qu’il s’agisse d’un simple problème.

Cependant, même en examinant les étoiles, l’existence ne trouva rien d’anormal. Certes, il semblait que certaines étoiles étaient plus proches les unes des autres…

Mais l’étoile au centre ne brillait pas.

Se rassembler autour d’une étoile morte ne représentait pas une menace pour elle.

— Hm…

Se trompait-elle en ce qui concerne ce sentiment ? Elle laissa échapper un bourdonnement discret avant de fermer les yeux une fois de plus.

L’existence assise sur le Trône corrompu, la Reine des Parasites, tomba alors dans un profond sommeil.