VOLUME 2 CHAPITRE 14

La force en ces mains commença lentement à s’affaiblir alors que l’énergie quittait progressivement le corps.

Matsuda relâcha finalement sa prise sur la fille.

Clang.

Un son retentit sur le sol. C’était un couteau, gravé de l’emblème de L'Académie du Pic de l'Espoir, souillé de sang. On pouvait voir du liquide couler autour de lui, et bientôt il se transforma en une grande flaque rouge.

Une sensation de chaleur envahit son estomac.

Matsuda reporta ensuite son regard sur cette fille.

« … Écoute, salope… »

Il parla en souffrant.

« A-Avant que je meure, tu dois savoir que… ce que je t’ai dit était un mensonge. Ce n’était pas une sorte de traitement. Je t’ai… empêché de te souvenir de quoi que ce soit… »

Je sais déjà ça, répondit sa voix.

La bouche de la fille qui répondit commença à se courber.

Ce devait être un sourire.

Un sourire né de la joie du couteau qui avait transpercé la chair de Matsuda.

Et c’est alors que Matsuda le confirma.

Le fait que la personne connue sous le nom de Ryoko Otonashi n’existait plus.

« Euh, au fait… »

On pouvait entendre la voix murmurante de Mukuro Ikusaba.

« Je n’étais censée apparaître que sous les traits de Junko devant la vraie, mais je fus accidentellement attrapée par Madarai à un moment donné… mais pas par qui que ce soit d’autre… »

« É-Évidemment… »

Matsuda cracha du sang avec sa voix pleine de ressentiment.

« … Qui que ce soit qui le sache pourrait facilement le dire… même si vous êtes sœurs, vous êtes toujours des personnes différentes… de plus, l’Enoshima qui est apparue devant moi… est définitivement l’originale. »

En entendant les mots « des personnes différentes », Ikusaba, comme si elle était ennuyée, détourna ses yeux de lui et les posa uniquement sur cette fille, et parla.

« C’est pourquoi… pour ce scénario, pendant que j’étais déguisée en Junko, la vraie Junko a également mené ses propres plans secrets… c’est juste qu’elle ne s’en est pas rendu compte… ce qui signifie que Junko a été trompée par elle-même. »

« A-Au final, tout s’est passé comme prévu… du tout début jusqu’à maintenant… »

C’était maintenant au tour de Matsuda de parler à cette fille. Pendant qu’il parlait, sa conscience commençait à s’estomper, et rester debout semblait être une lutte. Mais même ainsi, son regard frêle continuait à se concentrer sur cette personne.

« Mais il y a une chose que je ne comprends pas… pourquoi tu as planifié une tournure d’événements aussi douloureuse. Pourquoi es-tu allée si loin pour que je t’enlève la mémoire… pour échapper à l’enquête de l’école… ça a l’air horrible à endurer… mais malgré tout, tu as réussi à passer au travers. Alors pourquoi… ? »

N’arrivant plus à tenir debout, il s’assit finalement. Mais Matsuda continua son interrogatoire, bien décidé à obtenir sa réponse.

« É-Était-ce… me pousser, moi qui pensais toujours à toi, au désespoir ? »

La jeune fille se mit alors enfin à bouger.

Elle lui caressa doucement le visage de sa main d’une manière presque affectueuse, et s’assit à côté de lui, sans se soucier du sang qui s’accumulait sous eux.

Elle attira ensuite le visage de Matsuda, dont les yeux commençaient à s’éteindre, vers le sien… et murmura.

Je te le dirai.

Ce murmure était rempli d’un doux sentiment d’amour, mais il changea bientôt radicalement.

« Tu te fous de ma gueule ? Arrête de te la péter ! Il n’y a aucune putain de chance que je me casse tant le cul juste pour te faire désespérer ! Qu’est-ce qui cloche chez toi, bordel ?! »

Dès que ces mots furent prononcés, la fille lui enfonça aussitôt la main dans la figure.

Ce faisant, Matsuda s’effondra dans la mare de sang qu’il avait créée.

« T-Tu t’en fous… c’est ce que tu dis, hein… »

Matsuda marmonna ces mots, allongé sur le dos, le regard tourné vers le plafond.

La fille fixait ce visage depuis le haut. Leurs visages étaient suffisamment proches pour que les bouts de leurs nez se touchent. Mais même ainsi, son regard ne correspondait pas exactement au sien, car il commençait à faiblir.

« Je suppose… que je n’ai rien à voir avec ça… c-c’était vraiment le cas après tout… »

Alors qu’il gisait dans la mare de sang, une chaleur anormale se développa au fond de sa gorge… mais elle s’estompa vite.

« D-Depuis combien de temps ressens-tu ça… depuis… que nous sommes enfants ? »

« Upupupupu. »

Le visage de cette fille se déforma alors en un sourire cruel.

« Et si je te disais… que la raison pour laquelle ta mère est devenue comme ça, c’est à cause de moi ? Quel genre d’expression tu me ferais ? »

« … Qu — ? »

Une douleur envahit son visage, comme si une aiguille acérée lui avait transpercé le cœur.

« Tu, tu n’es pas sérieuse… n’est-ce pas ? »

Alors qu’il parlait d’une voix tremblante, des gouttelettes de sang giclèrent de sa bouche sur le visage de la fille. Cela ressortait plus encore que son sourire cruel et inhumain.

« Réponds-moi… »

Alors que Matsuda devenait de plus en plus grave, Enoshima, de son côté, semblait en extase. Sans donner de réponse, la jeune fille continuait à regarder en se prenant le menton dans les mains.

L’âme de Matsuda sombrait dans les abîmes du désespoir.

Son propre sens de la vie avait été violé de manière approfondie et décisive, et avait ensuite été rejeté.

Il avait complètement cédé au désespoir, et il ne lui restait plus rien d’autre.

« S’il te plaît… réponds… »

Ses bégaiements suppliants formaient à peine des mots.

« Allez… c’est quoi… ta réponse… Junko Eno…shima… »

C’était la fin.

Sans jamais entendre sa réponse, Yasuke Matsuda mourut.

Complètement submergé par le désespoir, il mourut.