L'Académie du Pic de l'Espoir. Une école exclusive et sanctionnée par le gouvernement acceptant seulement des étudiants aux capacités exceptionnelles. Son objectif défini étant de cultiver le futur espoir de la nation, et pour cette raison, elle est devenue connue sous le nom de "L’Académie de l’Espoir". C’est une source d’envie, car il est de notoriété publique que l’on peut réussir dans la vie juste en y étant diplômé.
Comme la plupart de ses diplômés sont maintenant employés à des postes à hautes responsabilités dans chaque domaine professionnel du monde, cette déclaration n’est pas une exagération.
Il y a deux prérequis pour devenir élève de cette institution : — être un lycéen actuellement inscrit dans une école. — être le meilleur dans son champ d’expertise.
L'Académie du Pic de l'Espoir ne tient pas d’épreuves d’entrée standard, l’établissement maintient que les choses testées par ces types d’examens sont sans intérêt à ses yeux. Ainsi, les étudiants sont directement recrutés par le personnel de l’académie, qui fait à la fois office d’éducateurs et de chercheurs de l’extraordinaire capacité humaine. Certains disent que les membres du corps professoral de l’école sont tels des "parents nourriciers", qui en ont fait la mission de leur vie : trouver des talents et les cultiver comme leurs propres enfants.
En ce moment, chaque membre de cette exceptionnelle faculté, ainsi que l’école elle-même, faisait face à une crise sans précédent et incomparable.
Le bâtiment de la faculté de L'Académie du Pic de l'Espoir se situait dans le quartier est de l’académie, et était le seul édifice du campus dont l’accès était interdit aux étudiants. Les corridors de cet endroit, d’ordinaire animés par le va-et-vient des enseignants et du personnel, étaient maintenant vides, engloutis dans un silence anormal. Les laboratoires, les pièces privées et les luxueux bureaux personnels se trouvaient tous abandonnés. Chaque homme et femme qui occupait habituellement ces lieux était à présent rassemblé en un seul et même endroit.
Salle de réunion 13.
La plus grande salle de réunion de l’école se situait au dernier étage du bâtiment de la faculté, et avait une capacité maximale de plus de trois cents personnes. Néanmoins, avec chaque membre du corps professoral présent, elle était complètement remplie. Pas un seul siège, parmi les longues tables qui bordaient la pièce, ne restait vide.
Cependant, pour une si grosse foule, la pièce était étrangement calme. Seule la voix d’une personne pouvait être entendue. Celle du directeur de L'Académie du Pic de l'Espoir, Jin Kirigiri.
Il affronta le corps professoral depuis sa position à la table la plus avancée, et lut un papier qu’il tenait à la main, parlant d’un ton neutre, sans la moindre trace d’émotion sur le visage. Les mots imprimés sur le document sortaient de sa bouche comme s’il n’était rien d’autre qu’un automate récitant un script. En ce qui le concernait, c’était là son devoir le plus important. Il devait communiquer la décision à l’ensemble du corps professoral, quel que soit le peu de sens qu’elle semblât avoir.
Il n’avait pas de temps à consacrer aux doutes ni aux hésitations. S’il en avait eu le temps, il se serait occupé d’un certain nombre d’autres choses.
« Êtes-vous en train de dire que nous allons le couvrir ? » Une voix s’éleva soudainement à travers la salle de réunion.
Kirigiri leva la tête, et vit trois cents personnes l’observer intensément, attendant une réaction.
Ce n’était pas un regard perçant, ni un regard de jugement. C’était bien, bien plus inconfortable que cela. Trois cents personnes le fixaient avec gêne, comme si elles n’étaient qu’une seule et même entité. De ce fait, Kirigiri sentit tous les poils de son corps se hérisser. Il tourna la tête vers les quatre hommes assis à sa droite, cherchant à fuir ce regard. Ils se trouvaient à la même table du premier rang que lui, le visage creusé de rides. Leurs yeux étaient fermés, ce qui rendait ces visages ridés encore plus ridés. De sa position, Kirigiri avait presque l’impression que les quatre visages devant lui n’en formaient qu’un seul : une énorme et gigantesque ride.
Les quatre membres du Comité Directeur de L'Académie du Pic de l'Espoir avaient l’air d’avoir déjà abandonné.
Un sourire amer involontaire apparut sur le visage de Kirigiri. C’est donc comme ça que ça va se passer. Oh, eh bien. Ce n’est pas comme si je m’attendais à autre chose. Avec ces sentiments qui s’envenimaient au fond de son cœur, Kirigiri se retourna vers le regard de la foule et mit le papier de côté. Désormais, il allait employer ses propres mots.
« Laissez-moi être parfaitement clair », souligna-t-il. « Nous avons pris cette décision après avoir longuement réfléchi à la question, lors de la réunion du comité qui s’est tenue plus tôt dans la journée. »
Il sentit la température de la pièce tiédir, sans doute parce que le corps de chaque membre de la faculté s’était raidi sous l’effet de l’attention. Kirigiri but une gorgée du verre d’eau qu’il tenait à la main, et continua.
« Nous comprenons, bien sûr, à quel point cette décision est extrêmement irrégulière. »
Les visages ridés qui faisaient autant partie de ce "Nous" qu’il venait de mentionner que lui-même ne bougèrent pas d’un centimètre. Comme s’ils savaient depuis le début qu’il comptait prendre la situation en main.
« Ne vous y trompez pas. Nous ne couvrons pas cet incident pour échapper à nos responsabilités. Si je pouvais tout arrêter ici et maintenant en assumant simplement la responsabilité, je le ferais sans hésiter. Malheureusement, cet événement en particulier ne peut pas être réglé si facilement. Cela n’aurait même aucune importance que chacun d’entre nous en assume la responsabilité. Nous avons affaire à un problème qui se situe à un tout autre niveau. »
Kirigiri s’arrêta un instant, et termina son verre d’eau d’une seule gorgée, s’efforçant de rester calme.
« Ne vous méprenez pas. Je ne pense pas que nous soyons complètement irréprochables. Si nous l’étions, cette "Parade" n’aurait pas lieu en ce moment même. »
Kirigiri désigna d’un geste la fenêtre à rideaux. Plusieurs personnes se retournèrent pour la regarder, une expression grave sur le visage.
« Et celle-ci ne cesse de grossir, ces derniers temps. Les gens qui la composent nous haïssent… et je ne crois pas qu’ils aient tort de le faire. »
Kirigiri s’interrompit et parcourut du regard toute la pièce, scrutant le visage de chaque membre de la faculté comme si ce qu’il s’apprêtait à dire s’adressait personnellement à chacun d’entre eux, individuellement.
« Néanmoins, je refuse de croire que la thèse de L'Académie du Pic de l'Espoir — que le talent lui-même est le premier et le plus important espoir de l’humanité — soit fausse. Vous devez comprendre que si des informations sur cet incident franchissent les murs de cette école, nous risquons de tout perdre. En ce qui me concerne, ce serait une perte immense pour l’humanité. Chacun de nos diplômés couronnés de succès auxquels j’ai parlé partage ce sentiment. »
À l’évocation des diplômés de L'Académie du Pic de l'Espoir, la foule s’agita un peu.
« C’est la raison pour laquelle les membres du Comité Directeur de L'Académie du Pic de l'Espoir et moi-même sommes parvenus à la conclusion que cet incident ne devait pas être rendu public. »
Il jeta de nouveau un coup d’œil aux hommes âgés, mais ils restèrent immobiles. Leur silence impassible donnait l’impression que rien de tout cela ne les concernait.
« … Comme je l’ai dit précédemment, je sais mieux que quiconque à quel point cette décision est irrégulière. Néanmoins, nous avons le devoir, à la fois en tant qu’éducateurs et en tant que chercheurs, de protéger le talent. Si une capacité humaine telle que celle que l’on trouve dans cette institution devenait la cible de l’hostilité publique, ce serait une catastrophe absolue. De plus, il y a encore une chose dont je veux que vous vous souveniez tous. »
Les trois cents membres du corps professoral attendirent avec attention les prochains mots de Kirigiri.
« Les crimes commis peuvent être terribles, mais cela ne change rien au fait que cet étudiant porte une marque d’espoir toute particulière, que nous avons nous-mêmes cultivée. »
Le regard du corps professoral changea en un instant. Personne ne souffla mot. Tous demeurèrent assis dans un silence complet.
Personne ne s’opposa. Personne ne le pouvait ; ses paroles étaient bornées, mais elles reflétaient l’opinion de tous ceux présents dans la pièce. Tous agissaient à la fois en éducateurs et en scientifiques, occupés à étudier le talent humain. Et, tout comme n’importe quel autre scientifique devient obsédé par son domaine de recherche, le personnel de L'Académie du Pic de l'Espoir était obsédé par le talent. Quiconque ne partageait pas cette obsession n’avait pas sa place à L'Académie du Pic de l'Espoir.
C’est pourquoi ils écoutèrent les paroles de Kirigiri, et prirent leur décision.
Pour l’idée en laquelle ils croyaient, pour le futur en lequel ils croyaient, pour l’espoir en lequel ils croyaient… ils feraient de leur mieux pour dissimuler la Tragédie de L'Académie du Pic de l'Espoir.