Junko Enoshima désespéra.
Tout se déroula comme elle le voulait…
Tout se passa comme elle l’espérait… et donc elle désespéra.
… Hein ? Est-ce vraiment si facile ?
Une chaleur semblable à du magma bouillit profondément dans son estomac, gonflant progressivement à l’intérieur de son corps, et explosa lorsqu’elle parvint jusqu’à sa poitrine. Elle jaillit de son cœur et se répandit dans chaque muscle de son corps. Le son d’éclaboussures d’eau provenait de la flaque boueuse dans laquelle elle se tenait, tandis que des gouttelettes dansaient dans les airs.
En regardant de plus près, on pouvait s’apercevoir que l’eau était rouge.
Aussitôt qu’elle cessa de bouger, des gouttelettes écarlates tombèrent, créant un motif grotesque sur ses vêtements et son corps.
Ses habits, teints d’un rouge de sang.
Ses cheveux, teints d’un rouge de sang.
Son visage, teint d’un rouge de sang.
Néanmoins, rien de cela n’attira son attention. Au contraire, elle se mit à trépigner d’impatience. Ce fut un magnifique trépignement. Investissant chaque partie de son corps, force et âme. Son existence entière.
Ensuite, après avoir trépigné un moment, Junko Enoshima poussa un cri d’agacement, aussi féroce que le rugissement d’une bête démoniaque déchaînée.
« CE N’EST PAS SUFFISANT ! »
Son cri résonna tout autour d’elle, le bruit explosant telle une pierre se brisant en morceaux. N’ayant toujours pas fini, elle continua de hurler.
« PLUS ! PLUS ! J’AI BESOIN DE MEILLEUR DÉSESPOIR DÉSESPÉRANT ! »
Enoshima ne cessait de marteler le sol du pied avec acharnement.
Désespoir désespérant. C’était ce qu’elle poursuivait. Elle ne voulait pas seulement que le monde désespère, mais aussi être elle-même submergée par le désespoir.
« PLUS ! PLUS ! PLUS ! PLUS DE DÉSESPOIR DÉSESP — »
Elle s’arrêta en pleine réflexion. Quelque chose fit tilt dans sa tête, et elle ne bougea plus. Son visage se figea en une expression surprise, et elle se dressa pétrifiée comme si chaque muscle de son corps peint de cramoisi avait cessé de fonctionner.
Puis, elle laissa échapper un faible murmure.
« … Oh, je vois. »
Une série d’engrenages et d’interrupteurs se mit à tourner au plus profond de son crâne, faisant jaillir des pensées d’un noir d’encre. Une série de visages remonta à la surface de son esprit. Des visages qu’elle connaissait, bien sûr : ceux de ses camarades de L'Académie du Pic de l'Espoir.
« … Upupu. »
Un frisson parcourut tout son corps et ses lèvres s’incurvèrent en un sourire. Elle écrasa de nouveau son pied contre le sol tandis qu’elle ricanait et tremblait.
« Upu…Upupupupupupupupupupu. »
Son piétinement frénétique se mit à ressembler à une danse. La joie et l’excitation irradiaient d’elle à chaque mouvement, et elle se découvrit tout bonnement incapable de s’arrêter.
« Oh, c’est merveilleux ! Tellement merveilleux ! »
Et, tandis que les visages des gens destinés à lui apporter tant de merveilleux désespoir continuaient de flotter dans son esprit, son cœur déborda d’un étrange sentiment qui ressemblait presque à de l’amour. Et elle dansa au rythme du désespoir.
« Oh, ce sera magnifique, ce désespoir ! »
Riant avec extase, l’Ultime Désespoir, Junko Enoshima continua de danser. Elle se laissa aller comme si elle perdait la tête.
Ce fut le début.
Le commencement d’une histoire qui finit dans le désespoir.