Seol Jihu fixa la marche de centaines de bêtes qui soulevaient une puissante tempête de poussière sur le terrain accidenté.
« O~iii !! »
Ian leva la main et l’agita en criant. Quelqu’un dans la troupe en question fit de même comme pour répondre. La cavalerie ralentit alors progressivement sa marche qui faisait trembler le sol.
La bête de la plus grande taille s’approcha de l’endroit où se situait l’équipe d’expédition. Peu après, elle s’arrêta devant Ian.
Lorsque la personne se trouvant dessus tira fortement sur les rênes, la créature chevaline grogna et se cabra sur ses pattes arrière.
« Je ne m’attendais pas à ce que vous arriviez avant nous, Ian. »
Une voix légère et énergique, mais aussi raffinée retentit du haut de la bête.
Ian répondit par une courte révérence et un sourire.
« Quel gentleman oserait être en retard lorsqu’il est invité par la princesse Teresa Hussey ? »
« Je vous remercie pour vos aimables paroles. Je craignais que vous n’ignoriez l’invitation. »
Teresa sourit avant de détourner son menton galbé pour crier à ses hommes.
« Nous allons faire une petite pause ici ! À l’exception des soldats entrant dans la vallée d’Arden, les autres se préparent immédiatement à retourner à Haramark avec les carrosses et les Horus !! »
Instantanément, une grande activité éclata derrière elle.
Ian se frotta lentement la barbe.
« Mais n’y a-t-il pas une route menant à la forteresse ? En montant sur des Horus, nous devrions y arriver bien plus vite qu’en courant à pied. »
« Eh bien, la communication avec les sentinelles postées sur la route de la forteresse a également été coupée. »
Teresa répondit d’une voix claire et descendit élégamment de son Horus. Lorsque ses pieds se posèrent sur le sol, un grand cliquetis métallique retentit.
« Ce qui signifie… »
« C’est évident. Les postes de guet ont déjà été perdus. Et nous ne savons pas si une embuscade nous attend. Plutôt que de prendre le risque, il vaut mieux grimper sur le Pic de l’Aube pour évaluer la situation. »
Ian hocha la tête comme s’il comprenait son intention.
Teresa Hussey scruta les alentours d’un air fatigué et, découvrant l’équipe de Carpe Diem qui se tenait silencieusement sur le côté, elle leur adressa un clin d’œil.
« Cela fait un moment, Dylan, Chohong, Hugo. »
Dylan s’inclina légèrement pour la saluer, tandis qu’Hugo levait la main et l’agitait. Une aura froide se dégageait de Chohong, qui évitait délibérément le regard de la princesse.
L’attention désintéressée de Teresa se porta ensuite sur un jeune homme inconnu qui la fixait ; il avait l’air hébété en ce moment.
« … Et ce monsieur est ? »
« C’est un Terrien qui a été diplômé de la Zone Neutre au mois de mars de cette année. C’est un camarade qui a participé à la reconnaissance de la Forêt du Déni avec nous. »
« Oh… Attendez. Attendez. Si vous parlez de cette année, alors il n’est que de niveau 1 ? »
Sans s’en rendre compte, Dylan jeta un coup d’œil à Seol Jihu. Puis, il n’ouvrit plus la bouche.
Le jeune homme regardait simplement, complètement abasourdi… la belle femme et sa peau pâle et lisse qui semblait avoir fui la lumière du soleil jusqu’à présent.
Soudain, il y eut une bourrasque.
Comme elle ne portait pas de casque, les cheveux de Teresa, qui descendaient jusqu’à ses épaules comme une cascade, dansaient dans l’air. Sa chevelure rose clair ondulait de façon ludique, répandant des éclats rougeâtres et dorés autour d’elle.
Lorsque Seol Jihu plongea son regard dans ses yeux profonds, apparemment taillés dans le diamant de l’Étoile Rose et qui émettaient la même teinte dorée que ses cheveux, il put enfin reprendre ses esprits.
La lumière du soleil se reflétait sur sa merveilleuse armure argentée et platine, et il avait du mal à garder les yeux ouverts.
Seol Jihu posa sa main sur sa poitrine.
Boum, boum — son cœur battait à tout rompre.
Mais pourquoi ?
Il ne parvenait pas à cacher son trouble.
Dès qu’il l’avait vue, il avait été pris d’une émotion étrange. Même si elle ne se déchaînait pas violemment dans sa tête, il était envahi par un inexplicable sentiment de déjà-vu.
… Oui. Ce doit être…
« Argh ! Discutons d’abord après nous être assis. Je n’ai pas fermé l’œil ces deux derniers jours, alors… Aïe, même mes fesses me font mal. »
Teresa détourna son regard de lui avec un Oups !, et comme si elle effectuait un léger exercice, elle commença à tourner et à assouplir sa moitié inférieure. Puis, après avoir trouvé un rocher de la bonne taille, elle s’y dirigea et s’y installa.
Elle fit même signe aux autres de venir la rejoindre.
Ian ouvrit la bouche en premier.
« Il est tout à fait louable que vous soyez partie le plus tôt possible avec un contingent de troupes d’élite, mais les Parasites se moquent à chaque fois de nos attentes. S’ils utilisent des interférences radio pour bloquer la communication, nous devons nous dépêcher, mais vous devez envisager la possibilité que la forteresse soit déjà tombée. »
« Je le sais. C’est pourquoi nous allons d’abord escalader le Pic de l’Aube. »
« Dans ce cas, je vous suivrai. Cependant, quels sont vos plans si c’est la seconde hypothèse ? »
« Si elle est déjà tombée ? Rien que de penser à une telle situation de merde… Toux, toux !! Argh, putain ! »
Kaahk, ptooi !!
Les yeux plutôt beaux de Teresa se rétrécirent soudain en une fente ; elle cracha grossièrement sur le sol avant d’avaler plusieurs grosses gorgées d’eau d’une bouteille.
« Oups, excusez-moi. Ma gorge me faisait un peu mal, à force de rouler vite et fort sur ce sable sec du désert. »
Teresa se couvrit la bouche de façon guindée et fit un grand sourire. Les autres n’y virent aucun inconvénient, mais le visage de Seol Jihu sembla avoir été frappé par un énorme choc culturel.
Bordel…
Son apparence extérieure de digne chevalière était tout droit sortie d’une épopée fantastique de la vieille école, mais sa manière d’agir était plus proche de ces hooligans de la rue.
C’est ce qu’il voulait dire ?
Seol Jihu se souvint de ce qu’Ian avait dit peu de temps auparavant et se dit qu’il devrait essayer d’être plus compréhensif.
Si l’on en croit les exemples de Maria et de Chohong, il devrait pouvoir s’y habituer.
« Dans ce cas, nous rentrons à la maison. Que pouvons-nous faire d’autre ? Cependant, je pense que la possibilité que la forteresse tombe entre leurs mains est très faible. La Forteresse d’Arden est une structure défensive qui défie le ciel. Il suffit d’utiliser la topographie environnante pour que le personnel de la forteresse puisse se protéger contre une armée plusieurs fois plus importante. »
« Che, elle n’est même pas terminée, tu sais. »
« Eh bien, elle est presque terminée, vous savez. »
Lorsque Chohong prit la parole d’une voix glaciale, Teresa répondit éloquemment à la volée. Puis elle croisa les bras et fronça légèrement les sourcils.
« Cependant, il y a quelque chose qui ne colle pas. J’avais bien des sentinelles postées un peu partout, alors comment l’ennemi a-t-il pu nous tendre une embuscade… ? »
« J’ai quelque chose à vous rapporter à ce sujet. »
Ian l’informa d’une manière rapide, mais bien organisée du résultat de la reconnaissance de la Forêt du Déni. Les yeux de Teresa se rétrécirent en une fine fente lorsqu’ils arrivèrent à la partie concernant l’embuscade des Lioners.
« C’est impossible. Comment ces bâtards qui considèrent les montagnes de l’autre côté comme leur maison pourraient-ils y entrer ? »
« Si je devais donner mon avis, je crois qu’ils ont été chassés. »
« Chassés ? »
Teresa laissa rapidement échapper un Ah ! après cela.
« C’est tout à fait logique. Sentant la présence des équipes de reconnaissance, les Parasites ont traversé le flanc de la montagne à côté de la forêt, et les Lioners ont fini par s’enfuir vers la Forêt du Déni après avoir senti le danger approcher… Putain de merde. J’aurais dû commander la reconnaissance de cette maudite forêt plus tôt. »
« Et aussi… »
Ian fit ensuite un bref rapport sur l’anéantissement des équipes de Samuel et de Kahn. Teresa se cacha le visage tout en ayant l’air profondément malheureuse.
« Quelle merde. Perdre Vanessa m’a déjà fait un mal de chien, mais maintenant, les équipes de Kahn et de Samuel sont toutes anéanties… ? Alors que tous les Hauts Rangs sont importants ? »
« Je comprends votre inquiétude, mais la situation actuelle est bien trop urgente. En ce moment même, les soldats de la Forteresse d’Arden pourraient être engagés dans une bataille d’attrition acharnée, ne croyant qu’en l’arrivée opportune du soutien du royaume. »
Teresa hocha la tête sans mot dire. Elle laissa échapper un léger gémissement et se frotta les joues avant de reporter son regard sur Dylan.
L’une des raisons pour lesquelles l’armée avait décidé de s’arrêter ici, même si la situation était urgente, était de faire une petite pause. Mais il y avait aussi une autre explication bien plus importante.
« Pfiou… Dylan, qu’en pensez-vous ? »
Dylan attendit tranquillement qu’elle termine.
« Je suis bien consciente que vous êtes fatigué par la reconnaissance de la Forêt du Déni. Néanmoins, je me sentirais beaucoup plus rassurée avec un Tireur d’élite digne de confiance et deux Guerriers expérimentés veillant sur mes arrières. »
Elle lança une invitation tout en augmentant sournoisement l’évaluation de son interlocuteur. Cependant, Dylan resta impassible alors qu’il ouvrait la bouche.
« Combien de Terriens ont répondu à l’appel de recrutement ? »
« … Pas même 100. »
« Vous devriez sûrement connaître leur nombre exact. »
« C’est 68. 12 de niveau 4, 56 de niveau 3. Ian est le seul Magicien, et nous avons quatre Prêtres. »
« C’est beaucoup trop peu. »
Dès que Dylan montra des signes de doute, Teresa ferma les yeux avec force.
Chohong renâcla bruyamment.
« Bien sûr qu’il n’y en a que quelques-uns. Ce serait pas les conséquences de tes actes ? »
« Conséquences ? »
Chohong avait attendu ce moment, aussi lorsque Teresa répliqua sèchement, elle se lança dans une attaque sournoise.
« Tu sais de quoi je parle. Tu as fait décoller ce projet par la force, alors nous pensions tous que tu avais la confiance nécessaire pour t’occuper des choses par toi-même. D’après ce que j’ai entendu, personne n’a répondu à ton avis de recrutement, n’est-ce pas ? »
« Si vous pensiez vraiment cela, je suis déçue. »
Teresa répliqua d’un ton qui disait : Comment pouvez-vous dire de telles choses ?
« Combien de fois devrons-nous le répéter avant que vous ne compreniez ? C’est quelque chose que nous devions simplement faire. Une fois terminée, nous aurons une forteresse solide qui englobera toute la chaîne de montagnes. »
« Fous-moi la paix. Tu pensais vraiment que les Parasites allaient rester les bras croisés ? Ils sont déjà venus nous envahir ! Pourquoi il a fallu que tu ailles titiller un… ? »
« Mais ce n’est pas une si mauvaise chose. »
Teresa coupa la parole à Chohong.
« … Quoi ? »
« Au minimum, nous aiderions indirectement. »
« Et nous aiderions qui maintenant ? »
« Qui pensez-vous que ce soit ? La Fédération, évidemment. »
Chohong afficha une expression abasourdie.
« Je ne peux même pas me résoudre à te traiter d’idiote à la tête dure. T’as oublié que le noyau de la Fédération est en fait composé des races étrangères qui ont envahi le Paradis à l’origine ? »
« Bien sûr que je m’en souviens. Je les ai moi-même combattus à plusieurs reprises. »
Teresa répondit nonchalamment et commença son explication.
« Actuellement, la guerre entre la Fédération et les Parasites est de plus en plus intense. »
« Je le sais. »
« Je reconnais avoir commis une erreur en n’envisageant pas la possibilité que les Parasites traversent le terrain accidenté et hostile de la chaîne de montagnes voisine. Cependant, il est indéniable que nous avons réussi à détourner leur attention en construisant une forteresse à cet endroit. Et ils nous ont même attaqués. »
« Oh, tu veux donc diviser leur attention, c’est ça ? »
« C’est exact. La Fédération a déployé toute sa puissance militaire pour combattre les Parasites, mais grâce à nous, ils devraient se sentir moins sous pression. Bien sûr, ce n’est rien de plus que d’arroser un brasier avec quelques verres d’eau. »
« Oh là là~. Tu dois te sentir plutôt à l’aise dans ta vie maintenant ? S’inquiéter pour les gens de la Fédération et tout le reste. »
« Vous ne devriez pas prendre ce problème à la légère comme ça. »
Ian donna prudemment son avis, après avoir écouté tranquillement les passes d’armes entre les deux femmes.
« Je ne sais pas ce que vous pensez, mais je suis tout à fait d’accord avec l’opinion de la princesse. »
Ian caressa lentement sa barbe poivre et sel et poursuivit.
« Il fut un temps où l’Alliance des Hommes-Bêtes était la deuxième plus grande puissance de ce pays, mais elle n’a pas pu résister à l’offensive des Parasites et a fini par être détruite. Pendant ce temps, nous, les humains, sommes restés sur le côté sans rien faire. Au final, seuls quelques rescapés des Hommes-Bêtes jadis glorieux ont survécu et ils ont dû entrer dans la Fédération pour subsister. »
« De ce fait, le front de bataille auquel nous devons faire face a doublé. Sans compter que l’armée des Parasites s’est encore renforcée après s’être repue des cadavres des Hommes-Bêtes. »
Teresa enroula une mèche de ses beaux cheveux autour de son index tout en marmonnant d’un air impuissant. Ian, lui aussi, semblait plutôt amer à ce sujet.
« Vous avez tous entendu parler de l’adhésion récente des Fées des Cavernes à la Fédération. Pour être plus précis, elles sont entrées dans la Fédération que les Fées du Ciel ont rejoint en premier. »
Maintenant que Seol Jihu y pensait, il se souvenait vaguement que Dylan et Ian avaient discuté de ce sujet un peu plus tôt.
« Ces deux-là pourraient être issus des mêmes ancêtres, bien sûr. Ce qui importe ici, c’est que ces deux forces opposées qui ont été en conflit constant pendant des siècles — voire des millénaires — s’allient. Je veux que vous réfléchissiez bien à la pression et au désespoir que la Fédération a dû subir pour qu’une telle situation se produise. »
Seol Jihu écouta ces paroles et les approuva en silence.
C’était exactement comme le proverbe, sans les lèvres, les dents ont froid. En ce moment, les humains et la Fédération étaient dans une relation d’interdépendance similaire.
C’est logique.
C’était une histoire assez simple.
Et si, une fois de plus, ils restaient sur la touche à se tourner les pouces et à ne rien faire pendant que la Fédération tombait ?
« Écoutez-moi. Si nous, la royauté, souhaitions vraiment faire ce que nous voulions, nous aurions essayé d’envahir le territoire des Parasites. Après tout, cela montrerait clairement de quel côté nous nous trouvons. Mais ce n’est pas ce que nous avons fait. Nous construisons simplement une forteresse. Dès qu’elle sera terminée, nous aurons une forteresse digne de confiance sur laquelle nous pourrons compter. »
Teresa se mit soudain à implorer le groupe, l’air plutôt sérieux.
Chohong lâcha un Hmph et détourna la tête, mais elle se taisait, comme si elle ne trouvait rien d’intelligent à dire.
« C’est pourquoi, s’il vous plaît, aidez-nous. Vous le savez déjà. Même si je suis un Haut Rang, les Terriens ne réagissent pas bien aux directives émises par les familles royales. »
« … »
« Dylan, non seulement vous êtes un Haut Rang, mais vous êtes aussi le chef du célèbre Carpe Diem. J’imagine que vous serez capable de les contrôler. »
« Je dois d’abord penser à mes camarades. Nous étions censés retourner à Haramark, mais ça… De plus, cet ami n’est encore que de niveau 1. »
Lorsque Dylan désigna Seol Jihu, Teresa secoua la tête.
« Je ne suis pas une garce aussi éhontée et effrontée. Je vais le faire revenir avec les carrosses et les Horus. »
« Hmm… »
« Dylan~ Vous pouvez engranger des points d’expérience grâce aux batailles, et vous gagnerez également beaucoup de points d’accomplissement en participant à la guerre. Puisque la famille royale offrira aussi des récompenses appropriées, ce sera comme faire d’une pierre trois coups. Qu’y a-t-il à penser ? Nous n’avons jamais lésiné sur les récompenses, n’est-ce pas ? »
Teresa parlait en pliant son pouce, son index et son majeur l’un après l’autre. Malgré cela, Dylan ne montra pas la moindre trace de conviction. Elle poussa un long soupir et leva la tête vers le ciel.
Cela sortait un peu de nulle part, mais Seol Jihu trouvait son cou de biche assez joli et plutôt pâle à la vue.
Peu de temps après, Teresa prit la parole d’une voix impuissante.
« … Je comprends. Je ne vous demanderai rien d’excessif. Je vous le promets. Je ne vous ordonnerai pas inconsidérément de commencer à vous battre, alors s’il vous plaît, protégez Ian, à défaut d’autre chose. »
« Nous pouvons le faire. »
Enfin, Dylan accepta.
Comme si tout le monde attendait cela…
La bouche d’Hugo s’ouvrit et se referma plusieurs fois, et Chohong avait l’air tout à fait insatisfaite, mais ne dit rien. Il semblait que Dylan avait effectivement discuté avec ces deux-là plus tôt.
« Merci. »
Comme si elle était soulagée, Teresa exprima sa gratitude d’une voix douce et finit par se lever mollement.
« Nous repartons dans cinq minutes. J’aimerais que nous puissions nous reposer un peu plus longtemps, mais la situation reste trop urgente, voyez-vous. Veuillez me pardonner. »
Puis elle s’éloigna.
Seol Jihu regarda son dos s’éloigner à grands pas et activa Neuf yeux.
« Seol, maintenant que la situation en est arrivée là, j’aimerais vous demander une faveur importante. »
Dylan s’adressa soudainement au jeune homme.
« Une faveur ? »
« Mm. Nous vous serions reconnaissants de rentrer à Haramark et de garder notre butin en toute sécurité. Jusqu’à notre retour, bien sûr. »
Ian afficha un large sourire découvrant ses dents. C’était un signe clair que Dylan s’occupait du jeune. Mais Seol Jihu regarda à nouveau derrière lui, vers le dos lointain de la princesse.
« … Seol ? »
« J’aimerais venir avec vous. »
« Non. »
Dylan refusa immédiatement.
« Si vous pensez à votre loyauté envers l’équipe ou à vos sentiments, laissez-moi vous dire que vous en avez déjà fait plus qu’assez. Vous êtes niveau 1. Vous n’avez pas encore besoin de participer à une guerre. »
« Est-ce que je vais être un obstacle en y allant avec vous ? »
Était-ce une question inattendue pour eux ?
Dylan agita rapidement la main.
« Pas du tout. Vous avez même réussi à tenir tête à une femelle Lioner dont la force aurait dû dépasser celle d’un Guerrier de niveau 4. Peu importe vos capacités, ce genre de couilles signifie que vous serez utile dans n’importe quelle situation. »
« C’est un soulagement. Dans ce cas, laissez-moi vous accompagner. »
« Matez ce gamin. Hé, tu dis ça pour de vrai ? »
À la question de Chohong, Seol Jihu hocha simplement la tête.
« Que je le veuille ou non, je vais de toute façon être impliqué dans la guerre. Je me suis dit que ce ne serait pas si mal d’en faire moi-même l’expérience ici. »
Bien sûr, ce n’était qu’une explication superficielle. Il y avait un autre motif pour lequel Seol Jihu désirait participer à la guerre.
Teresa Hussey, la personne pour laquelle il avait ressenti une attirance mystérieuse, mais puissante dès qu’il l’avait vue. Il était curieux d’en connaître la raison.
Il pensait même que s’il la laissait filer entre ses doigts ici, il n’aurait plus jamais l’occasion de la revoir.
En d’autres termes, il agissait en fonction de ses émotions.
« Mm… Si c’est ce que vous souhaitez, je n’essaierai pas de vous en empêcher. On dirait que nous allons devoir ajouter une personne de plus à la liste de ceux que nous protégeons. »
« Tu sais, tu ne devrais pas déjà agir comme ça. »
Dylan haussa les épaules et parla, tandis que Chohong se massait le front comme si elle avait abandonné maintenant.
« Je vous suis reconnaissant de désirer me protéger, mais ça ne veut pas dire que je dois vous payer quelque chose ? »
« Pas du tout. Nous ne vous avons même pas encore réglé le reste de ce que nous vous devons. »
Dylan gloussa doucement.
Quoi qu’il en soit, ce jeune était un Terrien qui leur avait déjà sauvé la vie à plusieurs reprises dans la Forêt du Déni. Pour une raison ou une autre, ils attendaient beaucoup de lui.
« C’est pourquoi je t’aime tant, Seol ! »
Hugo se jeta soudain sur lui.
Seol Jihu fit de son mieux pour repousser l’homme noir, chauve et musclé, et regarda à nouveau Teresa.
Ses Neuf yeux ne virent aucune couleur sur elle.
**
L’expédition rejoignit les renforts dirigés par Teresa Hussey et se mit immédiatement en route vers la vallée d’Arden.
Bien que l’on s’y attendait déjà dans une certaine mesure, le chemin menant au Pic de l’Aube était ardu, avec des rochers et des saillies de tailles diverses éparpillés un peu partout.
Sans oublier qu’ils avançaient à un rythme effréné, et qu’il arrivait que des Prêtres prennent du retard. Bien sûr, cela ne signifiait pas que l’armée les abandonnerait et continuerait, alors les Guerriers devaient revenir en arrière et les prendre sur leur dos.
En peu de temps, le soleil était sur le point de descendre sous l’horizon ; le crépuscule déclinant dessinait des ombres, grandes et petites, à plusieurs endroits de la crête escarpée.
Tout en étant porté sur le dos d’Hugo, Ian manipulait inlassablement le cristal de communication pour entrer en contact avec la forteresse.
Pendant un certain temps, ces cristaux de communication jouèrent un rôle stratégique important en notifiant rapidement la situation qui se déroulait ailleurs. Mais c’était seulement jusqu’à ce que la Reine des Parasites développe la capacité d’émettre des interférences qui troublent la transmission des informations.
Les Parasites changèrent alors leur façon d’attaquer.
Au début du conflit, ils avançaient en nombre écrasant, mais aujourd’hui, ils commençaient à lancer des offensives furtives après avoir perturbé la communication.
Du point de vue de l’alliance humaine, il s’agissait d’une situation vraiment exaspérante, mais ils ne pouvaient tout de même pas cesser d’utiliser les cristaux pour communiquer les uns avec les autres.
Lorsque la distance entre deux cristaux se réduisait, l’intensité du mana envoyé entre les deux, sans parler de la durée pendant laquelle les deux restaient connectés, s’améliorait considérablement. Cela signifiait qu’il était possible de traverser l’interférence.
C’était précisément la raison pour laquelle Ian faisait de son mieux pour entrer en contact avec la forteresse, même maintenant. Tant qu’ils n’étaient pas tombés, plus l’armée de renfort se rapprochait, plus les chances d’atteindre la forteresse étaient grandes.
Pzzzzt !
Les yeux d’Ian, autrefois inquiets, s’écarquillèrent. Une bruyante décharge d’énergie sortit du cristal.
« Oui !! Ça a marché ! »
Ian cria bruyamment.
Son cri était si fort qu’il prit même Seol Jihu par surprise alors que le jeune homme courait à perdre haleine sur la pente raide.
« Cet envoi de renforts n’a pas été vain. Au moins, ce n’est pas le pire des scénarios ! »
Ian déclara cela, et se dépêcha de verser plus de mana dans le cristal. Presque immédiatement, le cristal commença à émettre un fouillis de bruits assourdissants qui contenaient toutes sortes de bourdonnements et de craquements.
Dylan ouvrit la bouche.
« Maître Ian. Dois-je parler à la princesse et arrêter la marche ? »
« Non, c’est bon. Je continuerai à me connecter à eux pendant que nous nous déplaçons. »
Ian approcha son visage du cristal.
« Vous me recevez ? Je suis le Magicien Ian, employé directement par la famille royale d’Haramark ! »
— Ian ?
Tzzzt, tzzzt.
Peut-être parce qu’il n’avait pas complètement traversé les interférences, le bruit de craquement était encore assez fort, mais on pouvait tout de même entendre la voix urgente.
Bon sang, les auditeurs pouvaient même sentir le désespoir dans la voix.
— Attendez une seconde ! Si vous arrivez, alors… ?!
« Dès que toutes les communications avec la Forteresse d’Arden ont été coupées, nous avons convoqué des Terriens et sommes partis d’Haramark avec des troupes d’élite. Nous sommes en route pour la forteresse. »
— Mais, l’interférence… !
En entendant cette voix incrédule, Ian commença à expliquer soigneusement la situation.
« Nous sommes déjà entrés dans la vallée d’Arden plus tôt dans l’après-midi. »
— Sérieusement ? La famille royale d’Haramark a vraiment compris la situation de notre côté et envoyé des renforts ? Aussi rapidement ??
« Oui, ils l’ont fait. Sa Majesté Teresa Hussey commande personnellement les troupes. »
— La princesse dirige elle-même les troupes ?!
C’est alors que l’on entendit une puissante acclamation provenant du cristal.
Waaaaah !!
Cela ne pouvait pas être le fait d’un ou deux individus. Ils devaient être ravis, car quelques voix larmoyantes s’y mêlaient également.
Les bruits d’explosion par intermittence, ainsi que les étranges rugissements bestiaux en arrière-plan, n’étaient qu’un bonus.
« Comment se présente la situation ? »
— Nous donnons tout ce que nous avons pour nous défendre contre la horde ennemie, mais leur nombre est bien trop important ! La ligne de défense va tomber d’une seconde à l’autre !
« Attendez encore un peu ! Nous arriverons bientôt au Pic de l’Aube ! Atteindre la forteresse n’est plus qu’une question de temps ! »
— Merci ! Je vous en supplie, dépêchez-vous !
Le type à l’autre bout de la ligne cria d’une voix exaltée et émotive.
Au moment où ils réalisèrent que la famille royale n’avait pas abandonné la Forteresse d’Arden, l’esprit combatif qui s’étiolait dangereusement s’était rallumé.
« Pouvez-vous nous dire quelle est la taille de l’ennemi ? »
— Compris ! Les Parasites envahisseurs sont… !
Pzzzzzzt !!
Une nouvelle vague d’interférences mit brusquement fin à la communication. Ian claqua la langue, versa plus de mana dans le cristal et cria.
« Dylan ! Allez informer la princesse ! »
Dylan fonça vers l’avant comme si des ailes lui avaient poussé.
Pendant ce temps, Seol Jihu avalait nerveusement sa salive.
Pendant cette marche en avant précipitée, tout lui semblait intolérablement difficile, et il souhaitait seulement qu’ils puissent arriver plus tôt. Mais maintenant qu’il avait entendu la communication, sa tension montait en flèche.
Ces gens, dans quelle situation désespérée se trouvaient-ils en ce moment ?
Le regard de Seol Jihu se porta vers les hauteurs.
Ils étaient sur le point d’atteindre le Pic de l’Aube.