Chapitre 50. Carpe Diem (2)

L’intérieur du bureau de Carpe Diem était devenu mortellement silencieux en un instant. C’était comme si le temps s’était interrompu. Tout le monde s’arrêta de bouger et fixa une personne.

De l’incrédulité à la suspicion, de la suspicion aux regards…

L’atmosphère dans la pièce devenait de plus en plus glaciale.

Seol Jihu sentit son cœur s’alourdir sous l’effet de la pression inexprimée qui émanait de ce calme inconfortable. Il s’attendait à ce qu’il y ait une réponse, mais il ne pensait pas qu’elle serait aussi mauvaise.

« U-Uhahahaha ! »

Soudain, Hugo se mit à rire à gorge déployée.

« Hiya~. Je savais pas que t’avais un tel sens de l’humour ! Je suppose que je devrais changer ma façon de te regarder maintenant, hein ? »

Il gloussa et tapota légèrement l’épaule de Seol. Cependant, tout le monde ici présent pouvait voir à son rire exagéré et à ses mouvements que le grand homme essayait de désamorcer cette situation dangereuse et de la traiter comme une blague sans tact d’un débutant.

« Oi. »

Sa voix semblait menaçante.

Chohong corrigea lentement sa posture. Elle verrouilla ses mains, ses jambes s’écartèrent légèrement et son dos se courba un peu vers l’avant.

« Hey, laisse-moi t’apprendre un truc. Que tu te présentes ici aujourd’hui, c’est pas un problème, en toute honnêteté. »

On aurait dit qu’elle essayait de ne pas paraître en colère, mais le ton était vraiment trop bas pour une voix de femme. Et la tonalité resta elle aussi d’une platitude glaçante.

« L’offre d’emploi. Oui, t’aurais pu la voir et venir nous parler. Comme l’a dit Dylan, il n’y a pas de restrictions, après tout. C’est très bien. »

Ses yeux, visibles derrière ses cheveux noirs flottants, brillèrent froidement.

« Le souci… »

Ses yeux, apparemment fixés sur le sol, émettaient une lumière glaciale si effrayante qu’elle poussait les gens à détourner instinctivement le regard.

« Si tu t’es présenté ici, au bureau de Carpe Diem, juste pour balancer des blagues pas drôles, alors… Alors, en tant que personne qui doit t’écouter, ma position devra changer quelque peu, tu vois ce que je veux dire ? »

« Chohong ! »

« Tais-toi, Hugo. »

Chohong répliqua vivement, retira la cigarette de ses lèvres et expira lentement la fumée bleue. Elle fixa ensuite Seol Jihu et prit la parole.

« Je vais te donner une autre chance. Pour l’instant, je suis prête à oublier cette affaire, car une recrue qui veut se joindre à nous a lâché un joli petit mensonge et rien de plus. »

Hugo soupira de soulagement.

« Alors, cette fois-ci, dis pas de conneries et raconte la vérité. »

Chohong s’arrêta là et resta silencieuse. Seol Jihu hocha la tête en guise de réponse et ouvrit la bouche pour parler.

« En excluant les points que j’ai reçus comme bonus de départ ainsi que le multiplicateur, le nombre de points que j’avais à la fin du Tutoriel était de 2150. »

Le teint d’Hugo se durcit.

« Les missions les plus délicates de la Zone Neutre que j’ai achevées avec mes propres capacités étaient classées Très difficile. Je suis parvenu à accomplir la difficulté Impossible, mais c’était dû à la chance, pas à mes propres compétences. »

Les sourcils de Chohong se mirent à trembler.

« Ohhh. Alors, tu dis que tu avais vraiment 26 500 points, et que tu as réussi la mission Impossible, c’est ça ? »

Un sourire étrange se dessina sur son visage tandis qu’elle soulevait légèrement ses fesses du canapé.

« C’est exact. »

« Ahh, vraiment hein ? »

Soudain.

POW!

Dès qu’il cligna des yeux, Seol Jihu vit le dos de la main de Dylan, aussi grande qu’un couvercle de casserole, juste devant son nez. De plus, le poing de Chohong était également bloqué par cette main.

Mais quand ?!

Il n’avait même pas remarqué qu’elle avait donné un coup de poing ni que son bras avait bougé avant. Il sentit un frisson lui parcourir le dos, non pas car il avait failli être frappé par elle, mais parce qu’il ne l’avait même pas vu venir.

« Dylan !!! »

« La violence n’est pas la solution, Chohong. Le vieux t’a dit à plusieurs reprises de calmer ton tempérament, n’est-ce pas ? »

« Mais, ce bâtard… ! »

« Seol. »

Dylan réussit à calmer Chohong pour le moment et appela Seol Jihu. Non, le jeune homme pensait qu’on l’appelait, mais c’était faux.

« Seol. Seol… Ah. »

Dylan marmonnait en fait ce nom en essayant de se souvenir de quelque chose. Il se frappa alors légèrement le crâne rasé de près.

« Je me demandais pourquoi ce nom me semblait si familier… Hao Win… C’est vrai. C’était donc toi. »

« De quoi tu parles ? »

Cette fois, c’était Hugo qui demanda.

« Hao Win parlait d’un certain type. Présumément, parmi ceux qui ont été convoqués pour la sélection de mars de cette année, une Super Recrue est apparue. J’ai entendu son nom en passant, mais je crois qu’il s’agit de Seol. Bordel, pourquoi n’y ai-je pas pensé dès que je l’ai vu ? »

« Qu-Quoi ?! »

La tête de Chohong pivota et elle regarda Dylan.

Elle se mit ensuite à rire nerveusement, son cou tremblant légèrement. Son visage resta incrédule tandis qu’elle éleva la voix.

« D-Dylan ? Tu racontes quoi ? Si tu le dis comme ça, c’est comme si toute cette histoire était vraie, alors arrête. »

Elle devait être réellement effrayée parce que sa voix vacillait visiblement maintenant.

« Je comprends. J’ai aussi pensé que c’était un tas de conneries quand je l’ai entendu la première fois. »

Dylan gloussa comme s’il trouvait tout cela plutôt intéressant et se leva de son siège.

« Je suppose que je vais le confirmer par moi-même, alors. »

Il partit tranquillement quelque part et lorsqu’il revint, il portait une grande boule de cristal transparente. Il la posa sur la table basse et plaça sa main dessus, puis le cristal commença à émettre de la lumière.

Qu’est-ce que c’est ?

La curiosité de Seol Jihu s’éveilla à la vue d’un objet qu’il n’avait jamais vu auparavant.

Peu de temps après, toute la surface du cristal fut enveloppée d’une douce lueur. Et en même temps…

— Pour que Dylan me contacte d’abord, n’est-ce pas une agréable surprise ?

… La voix d’une personne en sortit. Cette voix hautaine et mezzo-soprano semblait familière aux oreilles de Seol Jihu.

« J’ai appris que tu étais revenue à Haramark récemment. Je t’appelle pour te féliciter d’avoir réussi à conclure la Zone Neutre. »

— Me féliciter, hein ? En effet, c’est une bonne idée. Si tu savais à quel point l’air du Paradis m’a manqué ?

« J’ai également été choqué d’apprendre que tu étais responsable de la Zone Neutre, Cinzia. »

— À part m’ennuyer à mourir, ce n’était pas si mal. Il s’est aussi passé des choses intéressantes, ce qui m’a permis de me divertir pendant ce temps.

« Des choses intéressantes, tu dis ? »

— Tu m’as appelé parce que tu étais aussi curieux à ce sujet ?

Des rires étouffés sortirent de la boule de cristal.

Seol Jihu fixa le cristal d’un air hébété. Depuis son arrivée à Haramark, une chose ou une autre le surprenait constamment.

C’était Cinzia de l’autre côté. La première fois qu’il l’avait vue dans la Zone Neutre, elle avait l’air d’une personne très puissante. Mais après avoir vu Dylan discuter si facilement avec quelqu’un que même Kim Hannah considérait comme un gros bonnet du Paradis, Seol Jihu n’avait d’autre choix que de voir Dylan sous un nouveau jour.

— Tu n’es pas la seule à m’avoir posé des questions à ce sujet. J’ai répété la même chose encore et encore comme un putain de perroquet. À ce stade, je pense que j’ai probablement mémorisé un script. C’est comme si j’étais devenu un employé de centre d’appel.

« J’aimerais aussi entendre l’histoire, si ça ne te dérange pas. »

— Eh bien, ce n’est pas comme si cela me dérangeait. C’est quelque chose qui va forcément se répandre, de toute façon. Et j’ai aussi quelques dettes envers Carpe Diem.

Chohong se leva et se plaça juste à côté de la boule de cristal.

— Oh ? Chohong ? C’est toi ?

« Hé, ça fait un bail. »

— C’est vrai. J’ai l’impression de ne pas t’avoir vu depuis des lustres.

« D’accord, cool. Je sais, alors dépêche-toi de raconter l’histoire ! »

Chohong pressa Cinzia de passer à autre chose.

— Très bien, très bien. Première place avec un total de 26 500 points. A accompli en solo les missions de la Zone Neutre jusqu’à la difficulté Difficile. Par la suite, a formé une équipe avec cinq autres personnes et est parvenu à effectuer toutes les missions en difficulté Très difficile. En s’appuyant sur une méthode vraiment hors du commun, il a également réussi en solo la mission Impossible. Enfin, l’une des deux seules Marques d’or de l’histoire. Es-tu heureux maintenant ?

À la mention de la Marque d’or, on entendit des bruits de salive dans le bureau.

« … Merci de nous l’avoir dit. Je te rendrai sous peu la pareille. »

— Ce n’est pas un problème. Beaucoup de gens le savent déjà, de toute façon. Oh, il se peut que nous nous voyions bientôt aussi. J’enverrai quelqu’un là-bas dans peu de temps.

La boule de cristal cessa de briller après cela.

Le responsable de la Zone Neutre pour la sélection de mars confirma l’histoire.

Il serait difficile pour quiconque de suggérer qu’une dirigeante d’une organisation, Cinzia, raconte des bêtises pour le plaisir. D’autant plus si l’on connaissait sa personnalité.

On avait beau y réfléchir, c’était impossible.

Pourtant, l’inimaginable était devenu réalité.

« Fils de… »

Chohong recommença enfin à respirer et s’assit sur le canapé avec l’expression de quelqu’un qui avait vu un véritable monstre.

Pendant ce temps, Hugo ne pouvait que marmonner Woah, woah d’une faible voix.

« Une Marque d’or… c’est bien ça ? »

Dylan sirota son thé et organisa ses pensées pendant un moment, avant d’ouvrir lentement la bouche.

« On dirait que je vais devoir changer notre façon de procéder. »

« ? »

« Seol. »

Dylan posa la tasse de thé et parla avec un visage sérieux.

« Je sais maintenant quel genre de personne vous êtes. Il y a beaucoup de choses qui nous intriguent, et comme il s’agit d’une histoire incroyable au départ, essayez de comprendre où nous voulons en venir, d’accord ? »

La voix paisible de Dylan semblait posséder cette capacité mystificatrice de calmer tous ceux qui l’écoutaient.

« Je comprends. »

« Merci. Mm, d’accord. À propos de l’offre d’emploi. »

Dylan s’arrêta là et fixa Seol sans mot dire. Le jeune homme se raidit légèrement, nerveux, tandis que le grand type étudiait chaque centimètre carré de son visage.

Après un court moment de silence, Dylan poursuivit.

« J’aimerais entendre votre réponse honnête à ma question. »

« Bien sûr. »

« D’accord. Quelle est la raison pour laquelle vous vous êtes tourné vers nous ? »

Cette question prit Seol par surprise.

« Avec un tel palmarès, vous auriez pu opter pour n’importe laquelle des puissantes organisations du Paradis et elles vous auraient accueilli à bras ouverts. Je me demande pourquoi vous avez choisi de venir à Haramark et de frapper à la porte de Carpe Diem plutôt qu’à la leur. »

Seol Jihu resta alors sans voix. Ce que Kim Hannah lui avait dit n’était pas quelque chose qu’il raconterait à tout le monde, et il ne pouvait pas non plus dire : J’ai activé mes Neuf yeux devant le tableau d’affichage, et le parchemin que vous y aviez placé brillait d’une couleur dorée signifiant le Commandement d’or.

« Uhm… »

Seol Jihu hésita un long moment, avant de répondre avec un sourire gêné sur le visage.

« Eh bien, j’aime votre terrain d’entraînement… »

Dylan ferma lentement les yeux.

« Haaaaaah... »

Seol Jihu retourna à ‘Manger, boire et s’amuser’, trouva une place pour s’asseoir, et commença à soupirer bruyamment.

Le pub était toujours aussi turbulent. Mais il ne s’en souciait pas pour l’instant. Sa tête était remplie des souvenirs du moment où il avait été rejeté pour remarquer ce qui l’entourait.

[Je m’excuse, mais on dirait qu’on ne pourra pas travailler ensemble.]

[Et si je devais vous donner un conseil, vous devriez quitter Haramark dès que possible. Vous trouverez de bonnes équipes dans d’autres villes. Commencer dans ces endroits pourrait être un meilleur choix pour vous.]

Seol Jihu ne put rien répondre à ce refus simple, mais résolu et ferme.

En fin de compte, il ne put que retourner au pub et siroter avec tristesse une boisson alcoolisée.

Il était venu à Haramark plein de rêves, mais sa situation actuelle, où il n’avait nulle part où aller, semblait trop pitoyable, même à ses propres yeux.

Seol Jihu posa son menton sur sa main et fit la moue, une expression soucieuse se dessinant sur son visage. Si seulement il n’y avait pas Sinyoung… Il aurait peut-être déjà rejoint une bonne équipe à Shéhérazade et serait déjà parti à l’aventure.

Peut-être aurais-je dû rejoindre Sinyoung dès le départ ?

S’il l’avait fait, il aurait reçu un soutien incroyable, et surtout, avec Yun Seora qui a dit qu’elle ferait de son mieux…

« Tsk. »

Seol Jihu se lécha les lèvres et but une gorgée de la bouteille. Il était si heureux et satisfait lorsqu’il était dans la Zone Neutre, mais maintenant qu’il était à l’extérieur, il se sentait vraiment comme un imbécile.

Il savait aussi qu’il ne pouvait pas continuer à ne rien faire et à se sucer les pouces indéfiniment, même s’il avait un peu d’argent sur lui.

Je veux faire quelque chose.

Le problème était son faible niveau.

Il était niveau 1. Plus important encore, aucune équipe n’était assez stupide pour laisser un Guerrier novice la rejoindre alors qu’il y en avait déjà beaucoup.

Il n’y a rien que je puisse faire, je suppose. Je dois commencer par le bas de l’échelle en tant que porteur et me frayer un chemin jusqu’à…

Au moment où il sortit une cigarette et l’alluma en se sentant un peu mal à l’aise…

Slam !

Il y eut un grand bruit comme si quelqu’un frappait la table, puis…

« Votre attention à tous, s’il vous plaît ! »

Le cri puissant d’un homme ramena le silence dans l’établissement autrefois bruyant.

Seol Jihu jeta un coup d’œil et vit un homme debout, la main levée en l’air. Il était plutôt maigre, et ses longs cheveux descendaient jusqu’à sa taille.

« Y a-t-il un Guerrier ou un Prêtre parmi vous ? Ah, je cherche aussi un porteur, alors peu importe si votre niveau est bas. »

« De quoi tu parles, Samuel ? »

Un gars assis sur la table à côté de l’homme, Samuel, demanda tout en mâchant une collation. Samuel baissa la main et répondit.

« C’est une mission de la famille royale. Nous allons explorer la Forêt du Déni. »

« Eii, c’est mort. Pourquoi irais-je dans cet endroit maudit ? »

Le type fit quelques remarques désobligeantes et retourna s’occuper de ses affaires. D’autres affichaient à peu près la même attitude. Certains secouèrent la tête, tandis que d’autres se mirent à ricaner avec dérision.

Cependant, Seol Jihu était différent. Il activa les Neuf yeux dès qu’il apprit qu’un porteur allait être engagé, et le résultat fut que Samuel n’avait aucune couleur sur lui.

Devrais-je le faire ?

Au moins, il n’y avait pas de teintes liées au danger. De plus, il n’était pas vraiment en situation de faire la fine bouche.

Il devait essayer de saisir toutes les opportunités qui se présentaient à lui. Seol se déplaça, pensant qu’il devrait écouter ce que l’autre partie avait à dire avant de prendre une décision.

Samuel se désintéressait complètement des réactions de ses collègues, mais lorsqu’il vit Seol Jihu s’approcher de lui, un sourire éclatant s’alluma sur son visage.

« Oho! Notre premier chanceux arrive. »

« J’ai entendu dire que vous cherchiez un porteur. »

« En effet. Tu as de l’expérience ? »

« Non, c’est ma première fois. »

« La première fois ? »

Samuel avait l’air un peu troublé.

Est-ce que ce sera aussi un non ?

« Je suis pour ! »

C’est alors que Seol Jihu entendit une voix familière. Samuel se retourna pour regarder.

« Tu connais ce type, Alex ? »

« Oui. Et je suis entièrement d’accord avec cette idée. Et je t’assure que tu ne le regretteras pas. »

Seol Jihu cligna des yeux après avoir entendu le nom d’Alex. Un jeune homme familier portant une tenue de Prêtre était assis autour de la table de Samuel et lui faisait signe de la main.

« Si Alex le garantit, dans ce cas je pense que ce n’est pas si mal. D’accord, alors ! Viens nous rejoindre ici ! »

Samuel hocha la tête et attira Seol Jihu sur l’un des sièges libres.

« Alex. »

« C’est bon de te revoir. Je ne pensais pas que nous nous croiserions si rapidement. »

« Oui, moi aussi. »

« Je suis en fait un membre de l’équipe de Samuel. D’ailleurs… Je vois que t’es un homme en fin de compte. Hehehehe. »

Alex se mit à sourire d’un air narquois.

« Woah, woah. Vous vous connaissez bien, alors pourquoi ne pas nous en donner l’occasion nous aussi ? »

Samuel fit un signe de la main entre les deux jeunes et leur tendit une poignée de main.

« Salut, Samuel ici. Je suis le chef de cette équipe. Je suis un Éclaireur de niveau 4. »

« Je m’appelle Seol. Un Guerrier de niveau 1. »

« Kuheu ! J’adore la politesse des Asiatiques ! »

Samuel désigna ensuite triomphalement à sa gauche une femme brune aux cheveux bouclés ainsi qu’une femme aux cheveux courts d’un blond platine éclatant qui était assise à ses côtés.

« Tu connais déjà Alex, alors pas besoin. Tout d’abord, cette femme est Clara, une Chasseuse de niveau 2. Et à côté d’elle, il y a~ Grace, une Épéiste à bouclier de niveau 3. D’une certaine manière, on peut dire qu’elle est ton aînée. »

Deux femmes levèrent les mains en même temps et le saluèrent. Seol Jihu redressa également la tête et fit de même, ce qui fit glousser les deux femmes entre elles. Pour une raison inconnue, elles ne cessaient de lui jeter des coups d’œil.

« Oh, oui. Tu as dit que c’était ta première fois en tant que porteur ? »

« Oui. »

« Ce ne sera pas un job difficile, en fait. Nous te demanderons de temps en temps de t’occuper de quelques petites choses, mais dans l’ensemble, considère que ton travail consiste à porter nos bagages pendant toute la durée de l’expédition. »

« C’est tout ce que j’ai à faire ? »

Seol Jihu pencha légèrement la tête, pensant que ce serait trop simple si c’était le cas.

« Mm ! Bien sûr, il y a quelques règles à respecter. Tout d’abord, il ne faut pas se laisser distancer au milieu du voyage. Ce serait gênant de nous retarder, tu vois ce que je veux dire ? Ensuite, il ne faut pas non plus se précipiter dans une bagarre. Les choses pourraient se compliquer, et nous n’attendons pas d’un porteur qu’il se batte pour nous. Alors, t’en penses quoi ? C’est facile, non ? »

« Oui, ça a l’air facile. »

« Parfait ! Maintenant, parlons du partage de nos récompenses. Tout d’abord, un porteur n’a pas le droit de demander les artefacts récupérés lors d’une expédition. Es-tu d’accord ? »

Seol Jihu n’avait aucune idée de ce que pouvait être cet 'artefact', mais accepta tout de même. C’était une règle que tous les Terriens devaient déjà connaître, mais comme c’était la première fois que Seol était porteur, Samuel se donnait la peine d’expliquer les choses.

« C’est bien. Pour ce qui est des autres récompenses, nous partageons tout à parts égales. »

« Vraiment ? »

Seol était surpris par cette proposition. Il pensait qu’il ne serait rien de plus qu’un esclave glorifié, mais maintenant qu’il avait entendu les termes, c’était mieux que ce à quoi il s’attendait.

« Vous partagez équitablement, même avec un porteur ? »

« Évidemment. Un porteur est toujours un membre de l’équipe, n’est-ce pas ? »

Samuel avait l’air perplexe, comme s’il n’arrivait pas à comprendre pourquoi le jeune posait cette question, ce qui ne fit qu’entraîner Seol un peu plus loin dans l’avenue de la confusion. Cependant, l’Éclaireur saisit rapidement ce qui se passait ici, et un sourire ironique se forma sur son visage.

« Oui, j’ai cru apprendre que certaines équipes traitaient leurs porteurs comme des esclaves, mais je ne suis pas l’une d’entre elles. Tu es un Terrien comme moi, et tu essaies juste de gagner un peu d’expérience, après tout. »

Il laissait entendre qu’au Lost Paradise, la relation entre une équipe et un porteur était mutuellement bénéfique.

« Tu nous aides et nous permet de nous concentrer sur l’expédition, et nous te protégerons du danger. D’accord ? »

« Je comprends. »

« Cependant, ne t’attends pas à être traité trop gentiment, d’accord ? Le fait que tu fasses partie de l’équipe rendra les choses un peu plus faciles pour le reste d’entre nous, mais si tu n’étais pas là, nous aurions de toute façon porté nos propres bagages. »

Quand on considère que la plupart des Terriens commençaient comme porteurs, qu’ils soient Contractés ou Invités, les paroles de Samuel étaient plutôt prévenantes.

« D’accord, maintenant. Il est temps d’en venir au sujet principal. »

Samuel esquissa un sourire narquois et s’approcha soudain de l’oreille de Seol pour lui murmurer quelque chose.

« J’espère que tu ne pensais pas que j’allais vraiment partir en reconnaissance dans la Forêt du Déni. »

En entendant ce murmure, l’expression de Seol Jihu devint difficile à lire.

« Oh, bien sûr, nous mènerons à bien notre mission, sans problème. Cependant… Oups. Nous devrions finir notre discussion ailleurs. »

Samuel chuchota et désigna la sortie du pub du menton.

« Suis-nous. Parlons dans un endroit un peu plus calme. Quand tu apprendras ce que j’ai à dire, tu penseras toi aussi que t’es tombé sur le jackpot. Je te le garantis. »

Samuel fit un clin d’œil et s’écria : Partons d’ici ! avant de se lever énergiquement de son siège.

« Allons-y. Décide-toi après nous avoir écoutés. Si tu n’aimes pas ce que tu entends, tu peux choisir de partir après. »

Alex exprima également son opinion. Seol Jihu se demanda s’il était vraiment nécessaire de changer de lieu, mais il ne dit rien et se leva à son tour.

Alex se leva avec un sourire heureux sur le visage et marmonna.

« J’ai un bon pressentiment à propos de cette expédition. »

« Comment ça ? »

« Parce que nous avons un Guerrier de niveau 3 comme porteur. On ne trouverait pas quelque chose d’aussi ridicule dans les autres équipes du coin. »

« Je suis pourtant de niveau 1. »

« Bien sûr, bien sûr. »

Alex ricana de façon rauque.

Dans le bureau de Carpe Diem.

Après le départ de Seol Jihu, la pièce resta étrangement silencieuse pendant un certain temps.

Chacun d’entre eux avait beaucoup de choses à penser. Dylan fixait l’extérieur et continuait à tirer sur sa cigarette, tandis qu’Hugo affichait une expression faciale qui criait je ne comprends pas ce qui s’est passé.

« Eiii, merde. Quelle putain de honte. »

Chohong s’allongea sur le canapé et se plaignit.

« Sérieusement ? Putain. Comment il a fait pour la réussir ? »

Alors que Chohong manifestait son mécontentement, Hugo ouvrit enfin la bouche pour demander.

« Dylan, je ne comprends toujours pas. »

Chohong lui lança un regard noir du coin de l’œil. Hugo fit un geste de la main pour signifier qu’il était au courant.

« Je ne dis pas que je ne vais pas suivre ta décision puisque tu es notre chef et tout, mais je ne comprends toujours pas. Je veux dire, n’est-il pas assez bon pour que nous l’acceptions ? »

« Pas du tout. »

Dylan répondit simplement.

« Si tu considères la nature unique de notre équipe, tu devrais comprendre pourquoi il ne peut pas se joindre à nous. »

« Mais quand même… »

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’un Guerrier qui puisse augmenter notre potentiel de combat immédiatement. Un débutant ne convient pas. »

Dylan termina là et continua à tirer sur sa cigarette.

« Dylan ! »

« Hugo, ça suffit. »

Chohong intervint en se grattant la tête.

« Le chef actuel de Carpe Diem est Dylan. Le vieil homme l’a personnellement nommé. Ne perdons plus de temps à nous disputer à ce sujet. »

« Je sais que tu as raison, mais bon. Ehew. »

Hugo soupira comme s’il regrettait encore l’occasion manquée. Dylan finit par écraser sa cigarette et ouvrit lentement la bouche.

« Il avait des yeux si clairs. »

Chohong et Hugo tournèrent leurs visages confus vers Dylan.

« Qu’est-ce que tu racontes, tout d’un coup ? Est-ce qu’un peu du vieil homme a déteint sur toi ou quelque chose comme ça ? »

« Hehe. Peut-être. En tout cas, ce type nommé Seol. C’est un peu regrettable. Je comprends ce que Hugo veut dire. »

« C’est vrai ! Alors, prenons-le sous nos ailes ! N’étions-nous pas nous aussi des débutants à une époque ? »

« Seol est une toile vierge. »

Dylan répondit calmement.

« Il est une immense toile vierge, sans aucune trace de peinture. Je ne peux même pas imaginer les dimensions de cette toile, alors comment puis-je, ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs, y jeter négligemment de la peinture ? »

« C’est quoi ce bordel ? Parle de façon à ce que je puisse comprendre de quoi tu baragouines, d’accord ? »

Hugo se plaignit amèrement, ce qui provoqua chez Dylan un léger sourire en coin.

« Je reconnais qu’il est incroyable, mais il reste un niveau 1. Il ne sait pas grand-chose, donc il va forcément faire quelques erreurs aussi. »

« C’est pour ça ! »

« C’est pour ça qu’il ne peut pas rejoindre des équipes comme la nôtre. »

Hugo criait à tue-tête par pure frustration, avant de tomber complètement abasourdi par ces mots.

Dylan continua.

« C’est la période la plus importante pour Seol. C’est le moment où sa future voie est déterminée et où son incroyable potentiel commence à se révéler. »

« T’es en train de dire que nous ne sommes pas assez bons pour lui ? »

« Au lieu de dire que nous ne sommes pas assez bons, il s’agit plutôt de ce que nous sommes. Nous nous battons toujours avec nos vies en jeu. Nous avons vécu toutes sortes de choses et nous sommes devenus cyniques. Qu’est-ce qu’un type comme Seol pourrait apprendre de nous, alors ? »

Les explications calmes de Dylan firent qu’Hugo ne trouva rien à dire.

« C’est comme ça que je le vois. Couvrir parfaitement ses erreurs par-derrière et le diriger par devant tout en lui enseignant tout ce qu’il a besoin de savoir… Seol doit rejoindre une telle équipe. Ce qui veut dire, au minimum, que ce n’est pas nous. »

« Bien sûr, Chohong et moi c’est impossible, mais nous avons quand même toi et le vieux… »

Hugo prit la parole d’une voix nettement moins véhémente qu’auparavant.

« Je ne suis pas très confiant dans la réussite de ce projet. Et tu sais que le vieux est sur le point de prendre sa retraite. »

Dylan affirma fermement sa position et poussa un long soupir.

« D’accord. Arrêtons de parler de ce sujet et passons à autre chose. Nous devrions partir de toute façon. »

« Pour aller où ? »

demanda Chohong.

« Bosser. C’est une requête de l’équipe de Samuel. Hugo, debout. On y va. »

Hugo se lécha les lèvres et hocha lentement la tête.

« Bon, d’accord. Je crois que j’ai compris maintenant. En tout cas, de quel travail parle-t-on ici ? »

« On dirait qu’on va devoir l’entendre directement de sa bouche. Mais il a dit que ce serait une affaire exquise pour nous tous. »

« Eh bien, si c’est ce bâtard, il y a vraiment du mérite à l’écouter. On doit le rencontrer où ça ? »

« Dans cette auberge. Peut-être qu’il a un plan bien ficelé. Dans tous les cas, allons-y. »

Dylan poussa la porte du bureau pour sortir, l’autre main dans sa poche.