Chapitre 455. Des choix différents

Haramark retrouva sa tranquillité après la mort d’Abominable Charité, presque comme si la bataille qui avait ébranlé le ciel et la terre n’avait jamais eu lieu.

Une immense clameur éclata peu après. Les soldats survivants, les Terriens et les races étrangères s’étreignirent tous de joie. Tandis que chacun versait des larmes de soulagement d’avoir survécu, Teresa se rappela de Jan Sanctus et se hâta d’ordonner aux soldats de chercher les blessés et de les soigner.

Alors que le champ de bataille était presque nettoyé, Sung Shihyun était toujours en vie. Peut-être parce qu’il était un parasite que la Reine Parasite avait pris un soin particulier à créer, son corps continuait de se régénérer alors même qu’il était instantanément brûlé. En cela, il ressemblait vraiment à un cafard.

Seol Jihu réveilla Sung Shihyun, qui tressautait, puis le releva. Ensuite, il le relâcha. Comme la région frontalière n’était pas trop éloignée de Haramark, Seol Jihu alla même jusqu’à promettre qu’il ne le poursuivrait pas s’il franchissait la frontière par ses propres moyens.

Sung Shihyun laissa échapper un rire vide. Il n’était pas assez stupide pour penser qu’il s’agissait de miséricorde.

Malgré cela, Sung Shihyun marcha. Après tout, il y avait une chance qu’une aide arrive près de la région frontalière. Et s’il parvenait d’une manière ou d’une autre à atteindre le territoire de la Reine Parasite, ses chances de guérison augmenteraient drastiquement.

Porté par ce mince espoir, il traîna les pieds et avança. Cependant, il dut s’arrêter avant même d’avoir fait quelques pas.

C’était parce qu’il vit Taciana Cinzia et les autres l’attendre à la frontière. Seol Jihu avait dit qu’il ne l’importunerait pas s’il passait la frontière. Cela signifiait évidemment qu’il ne serait pas libre de tout obstacle avant cela.

« Haha… fils de pute… »

Seol Jihu avait sûrement dû traverser la même chose. Après tout, lorsqu’il s’était battu pendant une douzaine de jours sans arrêt et avait finalement brisé l’encerclement, la Reine Parasite et les Commandants d’Armée restants l’attendaient.

Sung Shihyun commença à comprendre ce que Seol Jihu avait dû ressentir à ce moment-là.

« Putain de merde… »

Sung Shihyun s’affala sur le dos. Il ne pensait plus revenir vivant.

Le ciel s’était éclairci avant même qu’il ne s’en rende compte. Il avait retrouvé sa couleur azur dès que la guerre fut terminée, comme s’il n’avait jamais été sombre.

« … »

Ce n’était pas qu’il ignorait que Seol Jihu n’avait aucune intention de le renvoyer vivant. Mais il savait aussi qu’il ne pouvait rien faire pour revenir vivant.

La raison pour laquelle il s’était prêté à la farce de Seol Jihu malgré cela, c’était parce qu’il se sentait lésé.

En regardant le ciel, les visages de trois personnes traversèrent l’esprit de Sung Shihyun. C’étaient tous des amis qui étaient autrefois restés à ses côtés.

[Shihyun, c’est vrai ? Tu as vraiment fait ça ? Ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ?]

[Quoi ? Je viens juste de revenir après avoir découpé une autre équipe. Les rumeurs circulent vraiment vite, hein.]

[Quoi ?]

[Oh, tu parles de l’organisation que j’ai détruite il y a quatre jours ? Ouais, c’est moi qui l’ai fait. Je les ai tous tués sans exception.]

[P-Pourquoi…]

[Leur représentant m’a pointé du doigt, me traitant d’ordure, avec un article qui n’avait même pas été confirmé. Je comptais juste lui casser les dents et les doigts, mais j’y suis allé un peu fort.]

[Mais tu n’étais pas obligé de tous les tuer… !]

[Nan, on dirait que l’organisation était étroitement liée à l’organisation de renseignement que j’ai détruite il n’y a pas si longtemps.]

[Même dans ce cas, comment peux-tu…]

[Eh bien, peu importe même si ce n’est pas le cas. C’est leur faute pour avoir essayé de protéger ce représentant de merde. Tu n’as jamais entendu parler de culpabilité par association ?]

Seo Yuhui.

[Tu es fou ? Pourquoi tu ferais ça alors que tout le monde regarde ?]

[Ah~ Tu veux parler du spectacle d’humiliation publique et d’exécution ? Cet enfoiré faisait le fier pour quelqu’un qui avait essayé de me tuer, alors j’ai capturé tous ceux qui lui étaient liés. Il s’avère qu’il avait une famille et une petite amie, alors… kekekeke !]

[Toi… toi, tu es vraiment devenu fou. Tu n’as pas pensé aux conséquences ? Toi, peut-être que tu t’en sortiras, mais qu’en est-il des gens autour de toi ?]

[Eh beh~ Allez, Haeju, ça vient vraiment de toi ? Qu’est devenu ton credo, vivre seul, mourir seul ?]

[J’agis seule à cause de circonstances personnelles. Je n’agis pas sans me soucier des conséquences comme toi.]

[Il faut au moins aller jusque-là. Sinon, les gens n’auront pas peur de toi. Je n’aurais pas commencé si c’était pour m’arrêter à mi-chemin. Et c’est moi qui décide jusqu’à quel point je suis irréfléchi. Ne m’impose pas tes critères.]

[Je ne te dis pas de ne pas le faire. Je t’ai déjà dit que si tu veux faire quelque chose comme ça, forme une force capable de te soutenir et de t’aider à justifier tes actions. Il y a une limite au nombre de fois où Yuhui et moi pouvons t’aider. Tu ne sais pas qu’on se fait critiquer à cause de toi ?]

[On n’est pas camarades ? Tu peux bien supporter ça, non ?]

[Camarades ? Alors que tu n’écoutes pas un mot de ce qu’on te dit ? Écoute bien. Yuhui et moi ne sommes pas tes subordonnées. Tu n’as pas honte pour Yuhui, qui doit toujours nettoyer les dégâts que tu laisses ?]

[Oh allez, ce n’est pas comme si je lui avais demandé, si ?]

Baek Haeju.

[Sung Shihyun, est-ce que tu es obligé d’aller jusque-là ?]

[C’était quoi, ça ? Tu veux te faire tabasser aussi ?]

[Puisque tu es entré dans mon entreprise, tu es mon employé. En tant que future représentante, j’ai le devoir de protéger les employés de Sinyoung, donc si tu continues à agir comme ça, je n’aurai pas d’autre choix que de changer d’avis.]

[Agir comment ?]

[Tu es un psychopathe ? Tu ne trouves pas que tabasser quelqu’un et le poignarder juste parce qu’il t’a lancé un regard, c’est aller trop loin ?]

[Hmm, je pense que le vrai psychopathe, c’est le père qui traite la reine d’un royaume comme une putain et sa fille qui prétend ne rien voir.]

[…Écoute, si tu continues comme ça, tu vas te faire mal. Il y a une limite à ce qu’on peut faire pour te protéger.]

[Ooooh~ J’ai tellement peur. J’ai compris, alors ferme-la, s’il te plaît.]

[Je t’avertis parce que je m’inquiète pour toi. Ne l’oublie pas.]

[Et moi je t’avertis aussi. Si tu veux garder ces jolies dents intactes, ferme-la. Ne l’oublie pas.]

Yun Seohui.

« … »

En y repensant, ce n’était pas comme s’il n’avait pas eu de chances. Des chances de ne pas perdre sa mère, des chances de ne pas recourir à la mesure extrême qu’était la défection.

[Je suis sûr que tu as beaucoup de choses à dire. Tu as une raison de trahir l’humanité. Je comprends ça. Vraiment…]

Seol Jihu avait dit qu’il le comprenait, en disant que tout le monde avait une ou deux raisons.

[Mais est-ce que tu peux vraiment relever la tête avec fierté ?]

En effet, Sung Shihyun allait toujours bien au-delà de ce qui était justifié.

[Peux-tu dire avec confiance que tout ce que tu as fait depuis ton entrée au Paradis est juste ?]

Non, ce n’était pas le cas du tout. Si sa maison était brisée, il se vengeait avec pour objectif de détruire cent bâtiments de son ennemi.

[Toutes tes actions étaient-elles légitimes ?]

Non, elles ne l’étaient pas. Parce que c’était la seule manière, selon lui, d’inspirer la peur aux autres.

[Moi, je sais que je ne peux pas.]

Seol Jihu avait dit que ses actions n’avaient pas toujours été justes ni légitimes.

[Et je ne pense pas que toi non plus.]

Sung Shihyun savait lui aussi que ses actions n’étaient ni justes ni légitimes.

[Ou bien crois-tu vraiment que tout ce qui t’est arrivé est injuste, mais que tout ce que tu as fait aux autres l’est ?]

À la place… il était simplement curieux. Il voulait savoir pourquoi ils avaient fini si différemment, alors qu’ils étaient dans des situations similaires et aussi injustes et déraisonnables dans leurs actes l’un que l’autre.

[Disons simplement que nous avons fait des choix différents.]

[…C’est tout.]

Quel choix avait donc rendu leurs futurs si radicalement différents, se demanda Sung Shihyun, la tête posée sur le sol.

Il renversa légèrement son dos, et dans le monde à l’envers, il vit Seol Jihu le regarder de haut. À côté de lui et derrière lui se tenaient d’innombrables personnes qui le regardaient. Parmi elles se trouvait Baek Haeju, qui le regardait avec un regard compatissant, et Seo Yuhui, qui le regardait avec des yeux pleins de pitié.

Sung Shihyun détourna les yeux et regarda autour de lui.

Il n’y avait personne. Pas une seule personne, pas même un seul parasite.

« …Ah. »

Il commença enfin à comprendre. S’il s’était un peu plus retenu, s’il avait trouvé des camarades et une force pour le soutenir, ou au minimum s’il n’avait pas transformé ses alliés en ennemis, et s’il ne s’était pas considéré comme son propre maître…

« Whew… »

Sung Shihyun poussa un long soupir.

Est-ce que j’étais…

Ses paupières descendirent lentement jusqu’à ce que ses yeux se ferment à moitié.

Trop égocentrique… ?

Bientôt, les yeux de Sung Shihyun se fermèrent complètement.

Et il cessa de bouger à nouveau.

*

« …Je crois qu’il est mort. »

Phi Sora murmura après plusieurs minutes de silence absolu. Seol Jihu hocha silencieusement la tête.

Sung Shihyun avait trouvé la mort seul, sans personne à ses côtés. C’était une fin plutôt mélancolique pour quelqu’un qui avait autrefois été une légende du Paradis.

L’expression de Seol Jihu était compliquée. Sung Shihyun lui ressemblait assurément sur de nombreux points. Cependant, l’avenir auquel ils étaient parvenus était totalement différent.

C’est probablement…

[C’est ça, être un dirigeant. Tu as l’autorité et la position pour user de cette autorité. C’est pourquoi toi, plus que quiconque, tu n’aurais pas dû faire ça.]

Kim Hannah.

[…D’accord.]

[Je ne sais pas ce qui se passe, mais tu dois avoir tes raisons. Allons-y. Tu pourras expliquer plus tard.]

Chohong et Hugo.

[C’est pourquoi…  J’aimerais te voir surmonter ton passé. Si tu as l’impression de ne pas pouvoir le faire seul, je t’aiderai volontiers. Je suis ton maître, après tout.]

Jang Maldong.

[Ne vacille pas.]

Phi Sora.

[N’as-tu jamais pensé à devenir un Roi ?]

Hao Win.

[Je t’encouragerai. Si tu rencontres un problème, appelle-moi. Cette fois, je serai vraiment utile.]

Teresa.

[Ne t’inquiète pas trop. Je t’aiderai. Quoi qu’il en coûte.]

Eun Yuri.

[Penses-tu être Xiang Yu, le Roi Hégémon, exterminant tous ses ennemis ?]

Philip Muller.

[Ne te laisse pas ébranler.]

[Si j’avais cédé à mes sentiments à ce moment-là… j’aurais pu devenir un Parasite et me dresser contre toi en ennemi. Si cela s’était produit, je n’aurais pas pu savourer le bonheur que j’ai aujourd’hui.]

Vlad Halep.

[C’est bon.]

Et Seo Yuhui….

[Mon Jihu peut tout faire.]

Un instant, non, celle-là n’était pas tout à fait juste.

Quoi qu’il en soit, c’était grâce à tout le monde qu’il était arrivé jusque-là. Chaque fois que ses yeux se révulsaient, ils étaient là pour lui tenir la main. Chaque fois qu’il était sur le point d’arriver quelque chose, ils le soutenaient sans condition.

Si ses camarades ne l’avaient pas aidé de tout leur corps et âme, il ne se tiendrait pas ici aujourd’hui.

« …Pourquoi tu me regardes autant ? »

Demanda Phi Sora. Seol Jihu avait regardé ses camarades un par un pendant un moment.

« …Sans raison. »

Seol Jihu parla calmement.

« J’étais juste reconnaissant. »

Les yeux de Phi Sora s’écarquillèrent.

« Quoi… »

Elle cligna des yeux, prise de court par cette confession honnête, puis se gratta la tête tout en feignant l’agacement.

« Ne fais pas que regarder et dis quelque chose. Parce que, ce que tu fais… !? »

Phi Sora fut interrompue, effrayée à mort. C’était parce que Seol Jihu s’était soudainement effondré.

« Q-Qu’est-ce qu’il y a !? »

« Ah ! Hé !! »

Avec Chohong ouvrant la marche, tout le monde se précipita en avant.

« Qu’est-ce qui s’est passé !? Ne me dis pas que tu… ! »

« Non… »

« Des Prêtres ! Quelqu’un appelle des Prêtres ! Attends, non, on en a déjà deux ici. Qu’est-ce que vous faites, vous deux ? »

« Non, ce n’est pas ça… »

Seol Jihu se lécha les lèvres alors qu’il était écroulé.

« J’ai… faim… »

Grrrrrrrrrr ! Son estomac gronda comme un tonnerre.

Tout le monde resta stupéfait.

Seol Jihu détourna furtivement le regard et rougit.

*

La guerre prit fin. Grâce au sort de soin à grande échelle de Seo Yuhui, Ailes du Salut, les blessures aiguës furent pour la plupart traitées. Bien que le champ de bataille ait également été nettoyé, Haramark restait encore agité par les suites de la guerre.

Eun Yuri, qui s’était évanouie pendant la guerre, se réveilla dès qu’elle fut transportée à l’unité de soins intensifs. Ses blessures avaient complètement guéri, et bien qu’elle ait surchargé son mana, il n’y avait pas grand souci grâce à l’aide de Roselle.

Eun Yuri se dirigea vers le Palais Royal de Haramark dès qu’elle se réveilla. Après avoir attrapé la première servante qu’elle vit et lui avoir demandé où se trouvait Seol Jihu, elle se hâta vers la salle à manger.

Ses pas étaient légers, exaltés à l’idée d’enfin le retrouver après si longtemps.

Mais lorsqu’elle entra dans la salle à manger, elle s’arrêta net.

« Ce n’est pas encore prêt ? »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? On vient juste de t’en apporter ! »

« J’ai presque fini avec ça ! »

« Quoi ? Merde ! Quelqu’un va sur Terre chercher du pain ! »

Une guerre féroce se déroulait dans la salle à manger.

« Ton corps va bien ? »

Oh Rahee, qui courait vers la cuisine, aperçut Eun Yuri et lui posa la question.

« Oui, je vais bien. »

« Bien. Alors viens nous aider. »

« …Pardon ? »

« Tu sais cuisiner, non ? N’importe quoi fera l’affaire. Les ingrédients sont dans la cuisine, alors allons préparer quelque chose. »

Oh Rahee attrapa Eun Yuri et se dirigea vers la cuisine. Tout ce qu’Eun Yuri eut le temps de voir avant d’être traînée de force à l’intérieur, ce fut Seol Jihu assis devant la table à manger au milieu d’une montagne d’assiettes.

Crouch ! Crouch ! Crouch !

Seol Jihu dévorait la nourriture comme s’il était possédé. Il fourra dans sa bouche un sandwich baguette rempli de jambon et de laitue, enroula ensuite des pâtes autour de sa fourchette avant de les avaler en une seule bouchée.

Immédiatement après, il vida un bol de riz garni, raclant jusqu’au dernier grain avec sa cuillère, puis avala une soupe aux os de bœuf.

Il faisait même des numéros bizarres comme mettre un pilon de poulet dans sa bouche et le ressortir avec seulement l’os.

« Yo ! Essaie ça aussi ! »

Hugo sortit de la cuisine en portant une énorme plaque de fer. Bien qu’il eût subi une blessure massive à cause de l’attaque de Sung Shihyun, Soin de Blessures Critiques de Seo Yuhui l’avait remis d’aplomb, et il aidait maintenant le cuisinier royal à préparer la nourriture.

« La viande, c’est le mieux pour récupérer ses forces… ? »

Hugo cligna des yeux. Il venait de déposer sur la table une plaque de fer chauffée, mais le steak parfaitement saignant avait disparu dès l’instant où il l’y avait posée. Lorsqu’il releva les yeux, il vit Seol Jihu se lécher les lèvres encore couvertes de sauce.

« …Luffy ? »

Hugo murmura en doutant de ses yeux.

« Je ne pensais pas qu’Oda Eiichiro s’était inspiré d’une personne réelle pour son personnage principal. »

Kazuki essuya la sueur de son front avec un air épuisé.

« Tu m’étonnes. »

Vlad Halep passa à côté d’eux et parla en déposant une assiette.

« À partir d’aujourd’hui, je pourrais croire à ce dicton selon lequel le corps humain est un espace microcosmique. Dans ce cas, l’estomac doit être un trou noir. »

Et précisément une seconde plus tard, il releva l’assiette. Elle était vide.

« Hein ? Pourquoi tu as amené une assiette vide ? »

Hurla Hugo, furieux.

« Je ne l’ai pas amenée vide. J’ai apporté de la nourriture. Elle a juste disparu dans cet endroit. »

Vlad Halep protesta calmement en pointant du doigt Seol Jihu, qui retirait de sa bouche des brochettes vides.

Hugo avait l’air sans voix. Il avait du mal à y croire, même en l’ayant vu de ses propres yeux.

« On n’y peut rien. Il est devenu l’Apôtre de la Gourmandise. »

Philip Muller s’approcha des trois hommes.

« Est-ce que c’est normalement aussi grave ? »

« Tu peux te retenir si tu le veux vraiment, mais… »

Philip Muller posa une autre assiette de nourriture tout en secouant la tête à la question de Hugo. C’était une saucisse de Francfort de la taille de son avant-bras.

« La manière dont tu gères habituellement tes désirs est importante. Il faut les laisser sortir de temps en temps, et c’est ce qui arrive si tu te retiens trop longtemps avant que tout n’explose. D’ailleurs, si je me souviens bien, c’était le pire quand j’ai été nommé apôtre pour la première fois. Parce que je n’y étais pas habitué. »

« Euh… c’est comme ça que ça marche ? »

« Pour le Représentant Seol, le souvenir d’avoir été affamé pendant douze jours doit être gravé dans sa tête. J’ai entendu dire qu’il ne mangeait pas bien sur Terre non plus. C’est sans doute pour ça qu’il lui est si difficile de résister à cette pulsion. »

Hugo pencha la tête avant de jeter un œil vers la cuisine.

« Alors qu’en est-il de Dame Seo Yuhui ? »

« Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle une sainte. Ce n’est que mon hypothèse, mais il y a des moyens de revivre cette pulsion seule. »

« S-Seule ? »

« Euh, bonjour ? Les gars ? »

Phi Sora haussa un sourcil tout en retournant une tranche de poitrine de porc.

« Ça suffit, les bavardages. Allez, faites plus de nourriture ! »

En entendant cela, Philip Muller, Hugo, et même Kazuki et Vlad Halep se retournèrent.

« Hmph… pourquoi vous vous intéressez tant à la femme d’un autre, au juste ? »

Puis Phi Sora fronça les sourcils tout en découpant la poitrine de porc. Elle ne sentait rien être saisi par ses pinces. Lorsqu’elle tourna la tête, incrédule, elle vit Seol Jihu avaler la tranche de poitrine de porc entière.

La mâchoire de Phi Sora tomba.

« Tu peux ralentir un peu !? Tu vas te retourner l’estomac ! »

« Tousse ! »

Comme si elle avait jeté un sort, Seol Jihu toussa et se frappa la poitrine. Phi Sora soupira et versa du thé d’orge dans une tasse. Seol Jihu avala la boisson avant de s’essuyer la bouche et de regarder autour de la table.

« …Qu’est-ce que tu cherches ? Tu veux encore de l’eau ? »

« Non… vous avez des jajangmyeon… ? Et des raviolis frits aussi… »

« Quoi ? Écoute, si tu as encore un peu de conscience, mange juste ce qu’on te donne. Ou quoi, tu vas aussi demander des jjamppong aux fruits de mer épicés ? »

Phi Sora grommela parce que depuis son retour, Seol Jihu ne faisait que manger, manger, et encore manger. Tak. À ce moment-là, quatre bols de jajangmyeon furent posés devant Seol Jihu.

C’était Seo Yuhui.

En la voyant, un large sourire s’épanouit sur le visage de Seol Jihu. Juste au moment où il allait l’appeler, Seo Yuhui se retourna sans un mot.

Seol Jihu tressaillit.

Ah.

Il réfléchit à la raison pour laquelle elle agissait si froidement et s’en souvint. Elle devait être en colère qu’il l’ait forcée à perdre connaissance après avoir dit qu’ils s’échapperaient ensemble.

Même si Seol Jihu avait fait cela pour le bien de Seo Yuhui, il était logique qu’elle soit en colère étant donné qu’elle ne connaissait pas les circonstances. Ce n’était pas comme s’il ne se sentait pas lésé, mais après s’être rappelé du passé de Seo Yuhui, il se sentit encore plus désolé.

Je devrais m’excuser…

Seol Jihu posa ses baguettes et se lécha les lèvres. Phi Sora devait avoir eu pitié en voyant cela, car elle lança un regard noir à Seo Yuhui.

« Ah, pourquoi est-ce que tu l’obliges à marcher sur des œufs comme ça !? Tu ne vois pas qu’il mange !? »

Hurla-t-elle d’un ton revêche.

Baek Haeju, qui sortait de la cuisine avec des raviolis frits, dut entendre la voix de Phi Sora, car elle jeta elle aussi un regard en coin à Seo Yuhui.

Après avoir posé l’assiette de raviolis frits, elle ramassa les baguettes de Seol Jihu et les remit dans sa main. Elle lui tapota même le dos pour l’encourager à manger.

Quant à Seo Yuhui, qui ignora tout cela et se dirigea vers la cuisine…

« ? »

Elle s’arrêta brusquement.

C’était parce qu’elle vit Eun Yuri, traînée à la cuisine par Oh Rahee, revenir avec un énorme plat dans les mains. La main de Seo Yuhui partit aussitôt en avant.

« Kyak ! »

Le plat vola dans les airs.

« Qu’est-ce que vous faites !? »

Eun Yuri cria à voix haute d’une façon rare.

« C-C’est plutôt ce que je devrais demander. Qu’est-ce que vous avez préparé, Miss Eun Yuri !? »

« Des omelettes roulées ! Vous savez combien j’ai travaillé dur dessus !? »

« Des omelettes roulées ? Vous êtes sûre que vous ne les avez pas faites avec des parasites ou des Nids ? »

Seo Yuhui entra dans une colère noire, demandant si elle comptait tuer Seol Jihu alors qu’il venait à peine de ressusciter.

En entendant cela, Seol Jihu retira discrètement sa main, qui s’apprêtait à attirer l’assiette avec Main Spatial. Il retourna tranquillement à ses jajangmyeon et à ses raviolis frits.

*

Seol Jihu mangea, mangea, et mangea encore.

Devenir un apôtre entraînait deux changements. L’un était de partager les valeurs, la personnalité et tout le reste de son dieu. L’autre était d’avoir un désir plus fort.

Il n’était pas sûr du premier, mais il expérimentait clairement le second. Peut-être parce qu’il avait tant souffert de la faim, comme l’avait dit Philip Muller, il ne pouvait pas arrêter de faire preuve de gloutonnerie une fois qu’il se mettait à dévorer de la nourriture.

Ce ne fut qu’après quarante minutes supplémentaires que Seol Jihu se sentit rassasié et demanda à tout le monde d’arrêter. À ce stade, les cuisiniers du palais royal et tous les membres de Valhalla étaient dans un état de fatigue extrême.

« Fufu… nous avons gagné contre un Exécuteur… »

Chohong s’endormit paisiblement, satisfaite d’avoir rassasié l’appétit vorace de l’Étoile de la Gourmandise.

« C’est ça… même les Parasites n’ont pas pu le vaincre… »

Teresa laissa elle aussi tomber sa tête tandis que la somnolence l’emportait. Bientôt, deux ronflements résonnèrent dans la pièce. On ne pouvait pas leur en vouloir puisqu’ils s’étaient mis à cuisiner dès qu’ils avaient été soignés après une guerre prolongée.

Seol Jihu avait l’air un peu gêné puisque ce qui aurait dû être des retrouvailles émouvantes et joyeuses s’était transformé en concours de bouffe à cause de lui.

« Ne t’inquiète pas pour elles. Tu dois être fatigué. Tu devrais te reposer aussi. Je vais demander aux servantes de déplacer les deux autres. »

Seol Jihu essaya de porter Chohong et Eun Yuri jusqu’à leurs chambres, mais Prihi l’arrêta.

« Eh bien, je te suggère plutôt d’essayer de remonter le moral d’une certaine personne. Elle souffre de culpabilité tous les jours depuis son retour. »

Prihi souleva Teresa par les bras avant de jeter un regard vers la cuisine.

« Je voulais soutenir ma fille au départ… mais en la regardant, j’ai fini par avoir pitié d’elle. »

Seol Jihu se leva précipitamment. Il ne comprenait pas ce que Prihi voulait dire en parlant de soutenir sa fille, mais il avait l’impression de savoir de qui Prihi parlait.

Seol Jihu entra dans la cuisine et vit Seo Yuhui nettoyer le désordre.

Je devrais l’appeler comment ? Alors qu’il hésitait, Seo Yuhui se retourna.

« Oui ? »

« Ah, euh… »

« Voudriez-vous que je vous prépare encore à manger, Représentant ? »

Seo Yuhui sourit d’un sourire raide.

« Non, euh, on peut nettoyer ensemble… »

« Ce n’est pas nécessaire. Je vais m’occuper de la cuisine, alors allez vous reposer, s’il vous plaît. »

Seo Yuhui se retourna et reprit son nettoyage.

Seol Jihu resta décontenancé. Seo Yuhui souriait et ne souriait pas en même temps, et son ton était excessivement professionnel.

[Elle est plus extrême que tu ne le penses. C’est vrai qu’elle a une personnalité naturellement bienveillante et une grande ouverture d’esprit, mais une fois que quelqu’un perd sa faveur à ses yeux, elle ne lui accorde plus jamais un second regard.]

[C’est parce que je suis quelqu’un qui a perdu sa confiance. Dame Seo Yuhui ne redonnera jamais sa confiance à quelqu’un à qui elle a une fois tourné le dos.]

Seol Jihu se rappela de ce qu’avaient dit Yun Seohui et Roberto Serviollo et frémit de peur. En y repensant maintenant, n’avait-il pas trahi la confiance de Seo Yuhui ?

« Tu es en colère ? »

« Non, je vais parfaitement bien. »

Seol Jihu demanda, troublé, et Seo Yuhui répondit sans même se retourner. Seol Jihu se gratta la tête.

Qu’est-ce que je suis censé faire ?

Après avoir longuement réfléchi, il décida de faire une blague pour détendre l’atmosphère. Par exemple, quelque chose avec une jolie allitération comme : Tellement triste, tellement triste, tellement Seo Yuhui~

Mais il ravala la blague qui était sur le point de franchir sa gorge. Gula, dont il avait commencé à partager les valeurs après être devenu un apôtre, lui criait très fort que ce n’était pas ça. Il avait même l’impression d’entendre le soupir de Gula.

…Alors qu’est-ce que je suis censé dire ?

Il lui sembla entendre le soupir de Gula. L’instant d’après, l’esprit et le corps de Seol Jihu bougèrent d’eux-mêmes.

Debout derrière Seo Yuhui, il toussa. Puis il écarta les bras et l’enlaça doucement.

« …Je suis désolé. »

Il murmura derrière son oreille.

« Je sais pourquoi tu es revenue, à l’époque. »

Les mains de Seo Yuhui, qui bougeaient sans arrêt, s’arrêtèrent.

« Ce n’est pas comme si je pensais, oh, ce sera plus facile tout seul. Je devais te forcer à repartir, même si je devais mentir. J’avais une raison… »

Seol Jihu continua calmement.

« Bien sûr, je sais que ça peut être difficile pour toi de me comprendre maintenant… »

« … »

« Et je ne sais pas si tu me comprendras un jour… mais s’il te plaît, écoute-moi. Je vais te dire pourquoi j’ai fait ça, pourquoi je n’avais pas d’autre choix, tout. »

Seol Jihu avala sa salive. Il débitait les pensées qui lui venaient en tête sans réfléchir à savoir si c’était bien ou non. Peut-être qu’il aurait vraiment mieux valu détendre l’atmosphère avec une blague.

À cet instant, Seol Jihu sentit un léger tremblement dans ses mains. Il vit les épaules de Seo Yuhui secouées.

Est-ce qu’elle rit ? Est-ce qu’elle faisait juste semblant d’être en colère ? Seol Jihu avança son visage avec un sourire maladroit. Puis sa mâchoire tomba.

« Snif… »

Elle pleurait. Les yeux de Seo Yuhui étaient fermés à moitié, et des larmes coulaient sur ses joues.

La tête de Seol Jihu se vida totalement, car c’était la première fois qu’il la voyait pleurer.

Pendant ce temps, peut-être sous l’influence du fait d’être devenu apôtre, la bouche de Seol Jihu continuait de s’excuser de l’avoir inquiétée, tandis que sa main caressait son épaule.

« Huaa… »

Seo Yuhui se retourna. Elle enfouit son visage dans la poitrine de Seol Jihu et se mit à sangloter à chaudes larmes.

« Pardon… je suis vraiment désolée… À cause de moi, tu… »

Seo Yuhui laissa sa phrase en suspens, mais Seol Jihu avait une idée de la raison pour laquelle elle agissait ainsi. Elle devait penser que c’était sa faute si Petit Poussin et Flone s’étaient séparés de Seol Jihu et avaient finalement conduit à sa mort.

« Si ce n’était pas pour moi… si je n’étais pas revenue de moi-même… peut-être… »

De son point de vue, Petit Poussin et Flone n’auraient pas quitté Seol Jihu si elle n’avait pas été là, et peut-être qu’il se serait échappé vivant.

Bien sûr, puisque la Reine Parasite était personnellement intervenue, les chances que Seol Jihu survive même avec Petit Poussin et Flone étaient presque nulles. Cependant, Seol Jihu ne le dit pas à voix haute.

« Uaaaaang… »

Il se contenta de lui dire que ce n’était pas grave, qu’elle avait tort, et il caressa doucement ses cheveux et son dos jusqu’à ce qu’elle se calme.

Bien sûr, il n’oublia pas de remercier Gula.

*

[…]

Gula poussa un soupir de soulagement en observant le duo.

[Beau travail. Ton sens pour les noms est terrible, mais il s’avère que ton talent était ailleurs.]

Luxuria poussa elle aussi un soupir de soulagement, comme si elle avait eu la peur de sa vie juste avant.

[Je crois que je suis intervenue un peu trop…]

[Non, je pense que cela en valait tout à fait la peine.]

[Je suis d’accord. S’il avait vraiment sorti cette blague à ce moment-là…]

[…Ma fille est gentille, mais elle aurait fait la tête pendant au moins deux mois.]

[Tsk, je sais que c’est mon fils, mais je ne comprends vraiment pas. Comment peut-il penser à faire une blague pareille dans une telle situation ?]

Gula se lamenta comme si elle était totalement incapable de comprendre Seol Jihu.

[C-C’est… vrai…]

Luxuria acquiesça à contrecœur. Luxuria prenait toujours la défense de Seol Jihu lorsqu’il se passait quelque chose, mais…

[Tellement triste, tellement triste, tellement Seo Yuhui~]

Même en y réfléchissant, c’était vraiment aller trop loin.

[Quoi qu’il en soit, c’est agréable à voir.]

[Mmn. N’est-ce pas la première fois que mon fils enlace ta fille et non l’inverse ?]

[Oh mon dieu, tu as raison !]

Les deux déesses, qui se remirent de leur choc peu après, regardèrent le couple avec des regards brûlants et discutèrent joyeusement.