Chapitre 442. L’étoile se couche dans la vallée (1)

Un oiseau aux plumes colorées fendait le ciel gris. Le phénix qui étirait le cou à gauche et à droite à la recherche de quelque chose n’était autre que Petit Poussin.

Petit Poussin et Flone tinrent la promesse faite à Seol Jihu. Même lorsqu’ils virent les troupes Parasites se replier, ils évitèrent tout contact comme promis et ne firent pas demi-tour.

Ce n’était pas qu’ils ne les avaient pas croisés. Mais Petit Poussin ouvrait la marche, risquant sa vie pour repérer le danger, et Flone volait à l’abri en portant la Seo Yuhui inconsciente.

À part les moments où Seo Yuhui se réveillait et devait être endormie de force, ils volèrent jour et nuit sans s’arrêter pour se reposer. Peut-être parce qu’ils pouvaient tous les deux voler, ils réussirent à retourner à Haramark plus vite que n’importe qui.

Ils jetèrent Seo Yuhui au palais royal dès leur arrivée. Une fois qu’ils apprirent par Prihi que les forces combinées de la Fédération et de l’humanité avaient probablement déjà franchi la frontière, ils partirent immédiatement sauver Seol Jihu, qui devait se battre seul contre l’intégralité de l’armée Parasite.

Ils ne pouvaient pas s’empêcher de penser qu’il était déjà trop tard… mais ils n’avaient pas le choix : ils devaient y retourner.

Après tout, ils croyaient en lui.

Seol Jihu ne mourrait pas. Il avait déjà traversé d’innombrables tempêtes où sa vie ne tenait qu’à un fil.

C’était un homme qui, au bord de l’effondrement, se relevait à chaque fois.

Alors ils croyaient qu’il ferait pareil cette fois aussi.

Même s’il tombait un instant, il se relèverait sans aucun doute et reviendrait vivant, pour que tout le monde le voie.

Comme toujours.

S’il te plaît… S’il te plaît… !

Le phénix ne pouvait pas cacher son anxiété, même en volant à une vitesse terrifiante. Il s’était séparé de Flone depuis longtemps.

Il n’y avait tout simplement pas assez d’informations. Trouver Seol Jihu dans ce vaste territoire, c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin.

Impossible de savoir s’il s’était échappé, s’il était encore encerclé, ou s’il était poursuivi.

En plus, Petit Poussin ne pouvait pas maintenir sa forme de phénix en permanence, ce qui ralentissait encore la recherche. Alors Petit Poussin envoya Flone vers le lieu supposé du combat, et lui fouillait une autre zone en se basant sur sa propre prédiction de la route de fuite de Seol Jihu.

Je suis venu jusqu’ici, et il n’est pas là… Ça veut dire qu’il s’est échappé vers la Fédération… ?

Petit Poussin chassa ses pensées anxieuses et continua de voler. Puis, soudain, sa perception à longue portée détecta une source d’énergie maléfique.

Ça ne ressemblait pas à un être démoniaque, mais Petit Poussin changea tout de même de trajectoire par prudence. Plus il s’approchait de la source, plus il était sûr de l’identité de cette énergie.

Le parfum ténu se transforma en une forte puanteur de sang propre à un être démoniaque.

« Ah… ! »

À cet instant, Petit Poussin hurla. Juste quand il pensait que ça ne pouvait pas être pire, il venait de tomber à court d’énergie.

« Merde ! »

Il essaya de toutes ses forces de maintenir sa forme de phénix, mais il chutait rapidement du ciel.

Au final, une lumière flasha dans le ciel. Le phénix disparut et un petit oiseau jaune vif tomba au sol.

Crash. Ce n’est qu’après s’être écrasé et avoir roulé plusieurs fois dans la terre que Petit Poussin réussit à reprendre le contrôle de son corps.

« Kaahaak ! »

En boitant pour se relever, Petit Poussin cracha une gorgée de sang. Une tache cramoisie s’étala autour de son bec. Comme Petit Poussin s’était transformé en phénix à répétition pendant le vol de retour, son corps avait subi une charge trop lourde.

Malgré cela, Petit Poussin ne s’arrêta pas. Après avoir craché du sang, il se hâta vers la source de l’énergie maléfique et vit le sol maculé de sang.

C’est… !

Du sang pas encore sec formait une longue traînée sur la terre. La piste s’étirait très loin, apparemment sans fin tant elle se perdait à l’horizon.

Petit Poussin balaya la zone du regard, puis se mit brusquement à courir dans une direction. Ses petites pattes bougeaient avec urgence.

Petit Poussin avait des doutes, mais il pressa le pas, sentant ses entrailles brûler de plus en plus à mesure qu’il suivait la traînée de sang.

Puis, enfin, Petit Poussin cessa de courir au bout de la piste.

« Ah ! »

Dans la vallée stérile, Petit Poussin vit un homme avancer en laissant derrière lui une traînée sanglante à chacun de ses pas.

C’était vraiment Seol Jihu.

Une lueur de joie traversa le visage de Petit Poussin quand il vit la lance blanche de Seol Jihu.

« Hé ! »

Petit Poussin bondit en avant.

« Héééé ! »

Courant à petites foulées rapides, il réduisit la distance en un instant.

« Par… ! »

Mais au moment où il allait crier « Partenaire ! », son bec s’entrouvrit. Les mots se bloquèrent. Son visage se figea, hébété.

L’homme n’avait plus de bras droit et avançait péniblement en utilisant la lance dans sa main gauche comme une canne. À la façon dont il s’appuyait dessus, il semblait faible et à bout de forces.

Le simple fait qu’il soit debout, et encore plus qu’il marche, était déjà impressionnant. L’état de son corps… pouvait difficilement être qualifié d’humain. Le mot « terrible » ne commençait même pas à décrire ça.

Du sang séché autour de ses yeux au sang qui coulait du bout de son nez, du sang plaqué sur son visage à la puanteur immonde de sang mêlé à la sueur et au pus… sang, sang, sang, sang… il y en avait tant que son bras arraché paraissait être la blessure la moins grave.

C’est seulement maintenant que Petit Poussin comprit comment cette traînée de sang s’était formée. Sans la Lance de pureté, il n’aurait même pas reconnu Seol Jihu.

Les yeux de Petit Poussin tremblèrent. Il pouvait deviner la scène de folie que Seol Jihu avait dû ouvrir à coups de lance pour arriver jusqu’ici.

Tak !

Seol Jihu traînait les pieds, s’aidant de sa lance comme d’une béquille, et passa lentement à côté de Petit Poussin. Son visage, visible depuis sa tête baissée, était complètement absent.

« Partenaire… »

Ce n’est qu’alors que Petit Poussin murmura un mot. Et c’est aussi à cet instant que Seol Jihu reprit ses esprits.

…Hein ?

En entrouvrant mollement les yeux, Seol Jihu vit le sol. Il cligna des yeux, se demandant ce qui venait de se passer.

Il se souvenait jusqu’au moment où il avait été encerclé par les Commandants d’Armée en essayant de tuer Sung Shihyun…

À cet instant, tandis qu’il fixait le sol, vide, ses sourcils tressaillirent. Il vit une silhouette familière dans son champ de vision brouillé. Une petite chose jaune vif battait des ailes et levait la tête vers lui.

« … ! »

En regardant de plus près, on aurait dit qu’elle piaillait quelque chose.

« Reprends-toi… ! Hé… ! »

Quand il concentra ses nerfs pour écouter, une voix affolée résonna faiblement à ses oreilles.

Seol Jihu fixa Petit Poussin longtemps, puis ses yeux s’écarquillèrent légèrement.

« Toi… »

Quand il ouvrit les yeux, ceux de Petit Poussin devinrent encore plus grands.

« Je… t’avais pas… dit… de… pas… revenir… ? »

La voix noyée de Seol Jihu sortit par à-coups.

« J’ai tenu ma promesse, espèce de bâtard ! »

Petit Poussin hurla.

« J’ai ramené cette femme à Haramark saine et sauve ! J’ai tenu ma promesse, alors ce que je fais après, c’est mon choix ! »

« …Tu l’as fait ? »

Je vois. Yuhui est saine et sauve. Alors ça va. Seol Jihu poussa intérieurement un soupir de soulagement.

« Merci… »

« Oublie ! Bref, qu’est-ce qui t’est arrivé ? T’as vraiment traversé ce piège mortel ? »

« Moi… ? »

Seol Jihu cligna lentement des yeux.

Ce n’était pas qu’il avait perdu ses souvenirs. Si quoi que ce soit, il se souvenait trop, trop clairement. Juste au moment où sa conscience allait vaciller, un message était apparu, disant Vision du futur activée, et…

« Tousse, tousse… ! »

Seol Jihu toussa en essayant de se rappeler. Même si ce n’était qu’une toux légère, un mélange froid de sang jaillit de sa bouche.

« Ukk… »

Seol Jihu essaya de l’avaler de force, mais le sang coula quand même le long de ses lèvres.

« Non, laisse tomber ! »

Petit Poussin secoua la tête, effrayé.

« Tu pourras me raconter ça plus tard ! Pour l’instant, faut se dépêcher de rentrer ! »

Seol Jihu sourit.

« …Merde ! Tu peux au moins marcher ? Ou attends ! Laisse-moi récupérer un peu d’énergie, et après on pourra… »

Petit Poussin marmonna, peut-être pris de remords en voyant le sourire de Seol Jihu.

« Ah, t’as un cristal de communication ! Appelle maintenant… ! »

Seol Jihu secoua la tête. Il avait bien un cristal de communication. Malheureusement, il n’avait même pas une once de mana pour l’activer.

Pour une raison quelconque, il n’arrivait pas à rassembler le mana à l’intérieur de son corps.

…Non, en vérité, il avait une idée du pourquoi.

« … »

Après un moment de silence, Seol Jihu se remit à marcher. Utilisant la Lance de pureté comme béquille, il s’appuyait dessus et traînait les pieds.

Maintenant qu’il avait repris ses esprits, il réalisait à quel point c’était dur, à quel point c’était laborieux. Ce n’était pas une douleur atroce, mais tout son corps piquait comme s’il avait été raclé.

Et ça, même après que Seol Jihu Noir ait coupé son sens de la douleur.

Ah… maintenant que j’y pense…

Une question surgit dans son esprit tandis qu’il rassemblait ses pensées. Jusqu’ici, il n’avait pas été capable de se souvenir de ce qui s’était passé quand Vision du futur était active.

Mais cette fois, c’était différent. Il pouvait vaguement se rappeler ce qui s’était passé après l’activation de son Aptitude innée et la prise de contrôle de son corps par Seol Jihu Noir.

Seol Jihu Noir s’était battu contre les Commandants d’Armée à sa place et avait presque tué Sung Shihyun ; il avait été jeté dans la fosse par l’intervention de la Reine Parasite, puis il avait appâté l’ennemi et s’était échappé, et…

[Bon travail…]

[Tu t’es bien battu… Vraiment…]

Il lui avait dit ces mots.

Qu’est-ce qui s’est passé… ?

En réfléchissant, Seol Jihu sentit soudain sa conscience s’enfoncer. Ses yeux se fermèrent lentement, eux aussi.

« Ah ! Hé, hé ! »

Un cri aigu frappa ses oreilles. Ses yeux rétrécis s’écarquillèrent légèrement.

Petit Poussin criait, le visage crispé, pressant. S’il n’avait pas hurlé si fort, Seol Jihu aurait sûrement perdu conscience à cet instant.

« Ça va ? »

« Ouais, désolé… »

Seol Jihu baissa la tête. Il posa son front contre le manche de la lance et haleta lentement. À ce stade, il n’était même plus sûr qu’il respirait correctement.

« Je sais pas… je… j’ai… eu un trou… d’un coup… »

« Reprends-toi ! On est presque à la maison… ! »

« C’est vrai… ? »

« O… Ouais ! On a juste à traverser cette vallée ! Allez, on y va ! »

De nouveau, il se remit à marcher. Seol Jihu cessa de penser aux détails et se concentra sur ses pieds.

Oui, qui s’en souciait ? Il avait obtenu ce qu’il voulait. Il avait protégé la stèle, ses compagnons étaient en sécurité, et Seo Yuhui était revenue vivante aussi.

Même s’il avait combattu et combattu jusqu’à ce que son corps soit une carcasse terrifiante pour y arriver…

C’est pas mal…

Il était plus que satisfait du résultat.

Mais s’il y avait une seule chose qu’il voulait, une chose qu’il pouvait souhaiter…

Je veux… voir tout le monde…

C’était revoir ses camarades.

Il voulait se réunir avec tous, les serrer dans ses bras, et partager la joie d’être revenu vivant.

Et pour ça, il devait sortir de cette vallée.

Il y parvint. Mais….

Seol Jihu fixa d’un air vide Petit Poussin, qui ouvrait la route et l’encourageait sans arrêt. Après une brève seconde, son regard retomba sur le sol.

Il essaya de relever la tête, mais elle retombait sans cesse. En même temps, sa frange glissa et lui bloqua la vue.

Je veux me reposer…

Ce n’était pas une fatigue ou une envie de s’allonger. Il voulait marcher, mais son corps échappait à son contrôle et s’arrêtait tout seul. Il sentait qu’il tomberait dans un sommeil éternel s’il fermait les yeux.

Bientôt, la lumière dans ses yeux s’éteignit. La silhouette de Petit Poussin se brouilla comme s’il était sous l’eau.

Soudain, il sentit quelque chose de dur contre son pied. En même temps, ses pas vacillants s’arrêtèrent.

Merde !

Petit Poussin serra les dents.

Il y avait une colline.

La pente n’était pas raide, mais la montée était trop longue. À n’importe quel autre moment, il s’en serait moqué, mais le Seol Jihu actuel avait du mal à faire ne serait-ce qu’un seul pas.

Il ne pouvait pas lui en vouloir. C’était déjà un miracle qu’il soit vivant et qu’il bouge. Il devait diriger son corps uniquement avec sa volonté de rentrer, sans même savoir où ils allaient…

Un vent froid souffla.

« Ah… »

Seol Jihu frissonna, l’air glacé semblant lui transpercer les organes. Finalement, il n’en put plus et s’effondra à genoux.

Son corps avait été brûlant pendant le combat, mais maintenant, il faisait trop froid. Il sentait sa température chuter à chaque seconde.

« Petit Poussin… »

Une voix gémissante s’écoula.

« Tu es… là… ? »

Qu’est-ce que je fais ? Petit Poussin regarda autour d’eux, puis haleta de choc. Le corps de Seol Jihu était au bord de l’effondrement.

« Q-Qu’est-ce qui va pas !? »

Petit Poussin se précipita vers lui et hurla.

« Pour être… honnête… ça fait… un moment… que j’arrive plus… à… voir… »

Tousse, tousse. Seol Jihu toussa encore et haleta difficilement.

« Petit Poussin… »

Après un court silence, Seol Jihu finit par cracher ce qu’il avalait sans cesse de force.

Son visage se détendit légèrement.

« Qu’est-ce que… »

Après avoir repris son souffle un moment, il demanda soudain.

« Qu’est-ce qui va… m’arriver… ? »

« Q-Quoi ? »

« Est-ce que je vais… vraiment oublier… ? »

« … »

« Tout ce qui s’est passé au Paradis… tout ce qui s’y rapporte… tout… ? »

Sa voix tremblait. À mesure qu’il poursuivait sa phrase morceau par morceau, un air de douleur tordit le visage de Petit Poussin.

« Je peux pas oublier… »

Une lamentation mêlée à un soupir s’échappa de sa bouche.

« Je peux pas… retourner… à ce que j’étais… »

« Qu’est-ce que tu racontes d’un coup ? »

Petit Poussin haussa la voix, incapable d’écouter plus longtemps.

« Relève-toi si t’as l’énergie de jacasser ! »

« … »

« Allez, lève-toi ! Tu vas abandonner après être venu si loin ? C’est ça ! Tu dois juste passer cette colline ! T’y es presque ! »

« … »

« Hé ! Hé ! Reprends-toi ! T’as pas dit que tu voulais pas oublier !? T’as dit que tu pouvais pas oublier ! Alors tu peux pas mourir ! Il faut que tu reviennes vivant ! »

Petit Poussin hurla à pleins poumons.

Il se tordit au milieu de ses encouragements. Une faible lumière monta de son corps, mais elle se dissipa l’instant d’après quand il cracha une gorgée de sang.

Il s’était blessé en essayant de se transformer de force.

« Argh, ce corps de merde ! Ce corps de merde, merde ! Tu aurais dû m’aider à évoluer jusqu’à l’âge adulte plus tôt ! »

Être un phénix ne voulait pas dire qu’il ne ressentait pas la douleur. Juste après que Petit Poussin eut froncé le visage et élevé la voix de rage, il écarquilla soudain les yeux et leva la tête.

Seol Jihu, tombé à genoux, se relevait lentement.

« D’accord… »

Après s’être remis debout, il sourit amèrement.

« J’y vais… »

« …Espèce de salaud ! »

Petit Poussin était sur le point d’éclater en sanglots.

« Je savais que tu pouvais tenir debout ! Tu m’as fait flipper pour rien ! Tu veux vraiment faire une blague à un moment pareil ? »

« J’ai l’air de blaguer… ? »

« Bref, on y va ! Je plaisante pas ! Tu dois juste grimper cette colline ! Les renforts arrivent, on devrait pouvoir les rejoindre ! »

Petit Poussin tira le pantalon de Seol Jihu avec son bec, puis, voyant que ça ne marchait pas, grimpa la colline en premier. Il sautillait au milieu et lui criait désespérément de se dépêcher.

Seol Jihu essora la moindre goutte d’énergie dans son corps et leva les yeux. Il força. Sa vue se stabilisa, et il vit enfin la colline correctement.

Pour une raison quelconque, le sommet devant lui se superposa à l’image de la montagne qu’il avait escaladée sur la Voie de l’Âme. L’envie de la gravir enveloppa naturellement son esprit.

« Dépêche-toi ! »

Petit Poussin cria.

« Oui, oui… »

Seol Jihu acquiesça.

« Il faut que je vive… Puisque je peux pas oublier… »

Il revit le sol.

Oui.

Allons-y…

Seol Jihu leva lentement le pied. Même s’il n’arrivait pas à relever la tête, il se sentit soudain beaucoup plus léger.

Allons-y, allons-y, allons-y.

Même si je meurs ici…

Encore un pas…

Même si je peux pas… ouvrir les yeux à nouveau…

Faisons juste encore un… pas…

Et avançons…

« Encore un peu ! Je crois que je les vois ! »

Petit Poussin grimpa la colline.

« J’entends quelque chose aussi ! Je crois qu’ils sont presque là ! Viens écouter ! »

Il sautilla…

« Tu viens pas ? Tu veux que j’y aille tout seul ? Hmm ? »

…et cria sans arrêt.

« Bon ! D’accord ! Je fais une exception spéciale juste pour toi ! Si tu peux grimper cette colline, je libère la sixième et la septième étape de la Lance de pureté ! »

Petit Poussin disait tout ce qui lui passait par la tête.

« Évidemment, tu devras m’aider à évoluer jusqu’à l’âge adulte avant ça ! »

Il avait l’impression de devoir le faire.

« Pour ça, il faut que tu rentres vivant… ! »

C’est alors.

Tang !

Un bruit métallique retentit soudain.

« ! »

Petit Poussin se figea puis se retourna précipitamment. Il resta instantanément pétrifié.

La première chose qu’il vit, c’était la Lance de pureté qui roulait en bas de la colline.

« Ah… »

Le bec de Petit Poussin s’entrouvrit quand il vit Seol Jihu. La main gauche qui tenait la Lance de pureté retomba, impuissante.

Derrière ses yeux mi-clos, mi-ouverts, ses pupilles ternies avaient perdu toute lumière, et son corps vacillant bascula d’un côté.

Ses cheveux flottaient sans cesse, et…

Hein ?

Seol Jihu ouvrit les yeux après avoir cligné plusieurs fois. Il venait de reperdre connaissance un instant, et le décor avait changé.

Des pétales volaient dans un beau jardin.

C’est…

Dès qu’il reconnut l’endroit, le décor changea à nouveau.

Il revit la colline.

J’ai rêvé… ?

Seol Jihu pencha la tête, puis écarquilla soudain les yeux.

Mais, depuis quand ce chemin est… hein ?

Quand il leva les yeux et regarda vers le haut, il ne put pas cacher son choc.

Huuuuh ?

Au-dessus de la colline, il vit ce qu’il voulait voir plus que tout.

Ce n’était pas une ou deux personnes. Plus d’une douzaine d’individus le regardaient d’en haut.

Tout le monde… !

Baek Haeju, non, Yoo Seonhwa le regardait les mains jointes.

Kazuki croisait les bras, le visage calme.

Maria agitait son artéfact brisé et criait quelque chose, furieuse.

Teresa souriait avec élégance et lui envoyait un clin d’œil.

Philip Muller, assis à lire son livre, se redressa et le referma.

Eun Yuri lui faisait signe de la main avec un visage impassible, et Marcel Ghionea levait son arbalète avec un sourire maladroit.

Agnes remontait ses lunettes et le fusillait du regard pour qu’il se dépêche, et Oh Rahee affichait un grand sourire en jouant avec les pointes de ses cheveux.

Yi Seol-Ah tenait la main de Hoshino Urara et sautait de joie, et Hugo agitait la main avec excitation aussi, pour lui dire bienvenue.

Audrey Basler secouait la tête en regardant le trio. Pendant ce temps, Wu Lei et Tigre Blanc rugissaient de rire.

Chohong et Phi Sora avaient l’air un peu agacées. Toutes deux reniflèrent, puis tendirent la main en même temps. À la façon dont elles l’appelaient, elles semblaient lui dire de se dépêcher.

En les regardant, hébété, Seol Jihu sentit le coin de sa bouche se relever.

Ils sont tous vivants… !

Tout le monde avait survécu et attendait son retour.

Petit Poussin n’avait pas menti.

Parce qu’au centre du groupe se tenait Seo Yuhui. Elle fixait Seol Jihu avec des yeux rougis, puis les ferma. Ensuite, elle les rouvrit et afficha un sourire éclatant.

Dans ce mirage lumineux, Seol Jihu serra les poings.

Il s’impatienta et se mit à courir avec ardeur, ne regardant que le sommet.

C’est pour ça qu’il ne vit pas que son corps devenait peu à peu translucide, ni que Roselle, qui l’observait en silence derrière lui, fermait les yeux avec un air de pitié.

Sans rien savoir, Seol Jihu rit.

Il cria avec un sourire radieux.

« Je… ! »

Puis…

Koong.

Le corps de Seol Jihu s’affala sur la colline.

Ensuite, il ne bougea plus.

Son pied, qu’il avait levé avec une difficulté extrême, ne termina pas son pas.

Petit Poussin resta figé une seconde. Après avoir douté de ses yeux, il se précipita en redescendant.

« H… Hey ! »

Il bégaya.

« Hey… ! »

Aucune réponse.

« …Partenaire ! »

Seol Jihu ne bougea pas d’un millimètre.

Une onde vacillante remua dans ses pupilles. Son bec convulsa aussi.

« Hé, toi… ! »

À cet instant, Petit Poussin referma brusquement son bec au milieu de ce qu’il allait crier. Il serra si fort qu’on aurait dit qu’il allait se briser les dents.

« Keuk… ! »

Son visage se tordit d’une manière indescriptible, et il baissa la tête.

Bientôt, une faible lumière commença à s’élever du corps de Petit Poussin.

…En vérité, Petit Poussin le savait déjà.

Il savait ce qui arriverait bien avant de trouver Seol Jihu.

Même si l’Esprit Arcus était un phénix immortel, sa vie n’était pas éternelle. Il rencontrerait sa fin, avec la mort de son partenaire de toute une vie, et retournerait sous forme d’œuf pour attendre un nouveau maître.

Petit Poussin connaissait l’état de son propre corps pendant la recherche. Il ne voulait simplement pas y croire.

Parce que… parce que…

« Lève-toi… »

Petit Poussin se recroquevilla et trembla de tout son corps.

« Lève-toi… espèce de salaud… ! »

Des larmes coulèrent de sa tête baissée.

« Tu t’es toujours relevé… ! Toujours… ! Sans faute… ! »

Seol Jihu ne répondit toujours pas.

Un sourire restait accroché à ses lèvres, comme s’il faisait un rêve heureux.

Je suis…

Seulement…

Rentré…

Une voix rauque et somnolente s’écoula faiblement.