Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi !?
Les cris dénués de raison de Roe Scheherazade, la colère accumulée qui avait explosé, se transformèrent en un écho qui martelait sans cesse les oreilles de tous.
Elle serra les poings et haleta un moment.
Lorsqu’elle finit par relever la tête…
« …Je sais. »
Elle regarda Seol Jihu et esquissa un pâle sourire.
« Bien sûr que je sais. Je me comporte comme une enfant qui fait une crise de colère. »
« Vous n’avez rien fait de mal, Représentant Seol. »
« Vous ne m’avez simplement pas choisie. »
Lorsque Seol Jihu rencontra Roe Scheherazade cette nuit-là, elle lui avait bel et bien donné un indice. Sans rien dire directement, elle lui avait demandé pourquoi il avait laissé Sinyoung debout.
Aurait-il agi différemment s’il avait connu l’histoire de Roe Scheherazade ? Même après la signature du contrat ?
Seol Jihu ne parvenait pas à trouver une réponse aisément.
« Ce n’est pas comme si j’aurais pu dire : “Je coopérerai avec les Parasites si vous ne détruisez pas Sinyoung !” »
Roe Scheherazade ricana et repoussa ses cheveux en arrière.
« Je sais que ce n’est pas juste de vous en vouloir. Je le sais, mais on ne peut pas s’empêcher de ressentir ce qu’on ressent. »
« Une fois que tu tombes dans l’abîme et que tu te noies longtemps dans le marécage du désespoir… »
« Tu finis par tout haïr, sans raison. »
Roe Scheherazade se redressa lentement.
« Mon ennemi juré est juste devant moi, vivant et en pleine forme, et pourtant je ne peux rien faire. »
« Je suis déchirée chaque jour, mais aucun homme ni aucun dieu n’est prêt à m’aider. »
« Nation ? Peuple ? En quoi cela me concerne-t-il quand je suis sur le point de mourir de frustration !? »
« Hein… ? Mais soudain, je vois de l’espoir. Vraiment ? Vraiment ? »
« Ah… au final, rien n’a changé. Je dois continuer à vivre comme ça… »
Désespérée, encore et encore.
« Ah, quelle vie de merde. »
« Pourquoi dois-je vivre comme ça ? »
« Parce que c’est le monde dans lequel je vis ? »
« Ah, c’est donc ça ? Je vois. Alors… »
Au bout de son désespoir sans fin…
« Ce monde maudit, qu’il aille en enfer. »
Il ne resta plus que la haine.
« Fufu, fufufu… »
Roe Scheherazade gloussa silencieusement.
Après avoir déliré comme une folle, son expression devint féroce, telle celle d’une démone maléfique qui n’existerait plus jamais sous le Ciel.
« Aujourd’hui, je suis enfin un pas plus proche de la réalisation de mon rêve. »
Le visage allégé, elle parla joyeusement.
« Le Serment Impérial est divisé en trois stèles…. Même si je n’ai pas encore obtenu celle à l’intérieur de Gorad Boga, les cinq Commandants ici présents ont dit que la retirer ne poserait aucun problème s’ils joignaient leurs forces. Les Parasites possèdent déjà une stèle… »
Ainsi, les Parasites avaient sécurisé deux des trois stèles.
« Alors, où pourrait bien se trouver la dernière~ ? »
Roe Scheherazade parla d’un ton moqueur, le sourire aux lèvres.
« Eh bien, ce n’est pas grave même si vous ne me le dites pas. »
Elle secoua ensuite le collier qu’elle tenait dans sa main.
Comprenant ce qu’elle insinuait, Seol Jihu serra les dents.
« Je voulais ordonner aux dieux de m’apporter la dernière stèle… »
Roe Scheherazade jeta un regard au collier et haussa les épaules.
« Mais il s’avère que c’est impossible, car la stèle a été créée par le Dieu Suprême, dont le rang est supérieur à celui des Sept Péchés. »
Bien sûr, cela ne signifiait pas qu’elle ne pouvait rien faire.
« Mais je suis certaine qu’ils peuvent me dire où la dernière stèle est cachée. »
Les yeux de Baek Haeju s’écarquillèrent.
« Parce que même les dieux ne peuvent pas défier le Serment Royal ! »
Après avoir crié ces mots pour que tout le monde les entende, Roe Scheherazade s’inclina modestement.
« Eh bien, j’ai fait tout ce que je voulais faire et dit tout ce que je voulais dire. C’est tout pour moi. »
« … »
« Je ne sais pas combien de temps il faudra pour extraire la stèle, mais j’ai hâte de voir vos visages quand cela arrivera. »
Elle s’éloigna du mur en ricanant.
« …Ah. »
Elle s’arrêta soudainement et tourna la tête à moitié.
« Ce serait dommage de se dire au revoir ainsi… alors pourquoi ne pas vous donner une dernière chance ? »
Un large sourire se dessina sur son visage.
« Peut-être qu’un acte de bonne foi pourrait encore me faire changer d’avis… Qui sait ? Peut-être que je changerai d’humeur et retarderai l’utilisation du Serment Royal. »
« …Un acte de bonne foi ? »
« Oui. Par exemple, offrir à ces salauds des morts qui dépassent l’humiliation que j’ai subie. Les faire mourir d’une manière atroce et terrifiante. »
« … »
« Bien sûr, tuer cette salope, l’ancienne directrice exécutive, et les cadres qui m’ont violée ne suffira pas. Loin~ de là. Si vous pouvez faire subir la même chose que moi à tous ceux liés à Sinyoung… non, à chacun des membres de leurs familles… »
Roe Scheherazade se lécha la lèvre supérieure en regardant Yun Seohui.
« Alors peut-être que mon cœur sera un peu apaisé. Eh bien, il y a tout le temps nécessaire, alors j’attendrai tranquillement. »
En clair, elle voulait que Sinyoung soit détruit aussi bien au Paradis que sur Terre.
« Hohohohohohoho ! »
Roe Scheherazade éclata soudainement de rire et s’éloigna.
« Bah, merde, je sais que les femmes sont réputées pour être capricieuses, mais tu ne vas quand même pas faire ce que cette femme veut, hein ? »
Sung Shihyun, accroupi à côté d’elle, bondit sur ses pieds.
« Sérieusement. Pour utiliser un Serment Royal, il faut une autorité légitime, à savoir en être le propriétaire légitime. Comme le transfert de propriété n’est reconnu que lorsque le propriétaire agit sans contrainte, laver le cerveau du détenteur ne sert à rien. On ne peut rien faire si elle change vraiment d’avis. »
Il épousseta ses fesses en feignant l’inquiétude.
Malgré tout, s’en prendre aux familles des cadres était tout simplement absurde. Elles ne savaient probablement même pas que le Paradis existait.
« Bref, faites de votre mieux. Ah, et laissez-moi vous donner un conseil. Ne restez pas plantés ici. À moins que vous ne vouliez que les cinq autres villes se fassent aussi raser. »
Sung Shihyun ricana puis se retourna.
Les autres Commandants de l’Armée commencèrent à se retourner un à un et descendirent de la muraille.
Baek Haeju lança un regard féroce à Sung Shihyun qui descendait les escaliers. Le Sung Shihyun qu’elle connaissait aurait été trop nerveux pour ne pas essayer de leur parler, à elle ou à Seo Yuhui. Pourtant, il ne leur accorda pas le moindre regard.
Ses yeux étaient uniquement fixés sur Seol Jihu.
Du début à la fin.
C’est cela qui inquiétait Baek Haeju.
Parce que son regard de tout à l’heure était le même que lorsqu’il avait élaboré le Plan d’Expulsion de la Reine des Parasites et pris celle-ci par surprise.
*
L’incident prit fin.
Avec le départ de Roe Scheherazade et des Commandants de l’Armée des Parasites, la ville devint oppressivement silencieuse.
Personne n’osait prononcer un mot.
« …Putain ! »
Kwang ! Chohong lâcha une injure et abattit l’Épine d’Acier. Bien que l’arme eût reçu un renforcement x8, elle ne laissa pas la moindre égratignure sur la barrière entourant la ville.
« Agh… »
Hugo afficha une expression rarement troublée.
« Je ne suis pas sûr de tout comprendre, mais… »
Il se frotta durement le front et soupira.
« On est un peu dans la merde, non ? »
En effet, ils étaient dans une situation particulièrement pourrie.
Pour sécuriser la stèle, ils devaient reprendre Scheherazade. Mais non seulement cinq Commandants d’Armée tenaient la place, mais en plus, la ville se trouvait en plein territoire ennemi.
Il y avait une chance de succès si la Fédération et l’humanité unissaient leurs forces pour assiéger la ville et lancer une attaque totale, mais l’activation de Gorad Boga rendait toute attaque impossible.
Ils ne pouvaient rien faire pour empêcher les Parasites de récupérer la stèle à l’intérieur de Gorad Boga.
« Très bien, abandonnons. Puisque c’est foutu pour cette stèle, autant l’oublier et élaborer un nouveau plan. Mais avant ça… »
Huu, huu. Hugo inspira profondément pour calmer la montée de sa tension. Puis il pointa sa hallebarde droit devant lui.
« Occupons-nous d’abord de cette pute. »
Il gronda férocement en fixant Yun Seohui.
« Cette salope est-elle seulement humaine ? »
« … »
« Comment peut-on faire une chose pareille à une veuve ? Ah, c’est vous qui avez tué son mari en premier lieu. Comme si ça ne suffisait pas, vous avez forcé une reine à servir de l’alcool lors de soirées arrosées ? Et vous l’avez droguée pour lui faire faire quoi devant le portrait de son mari décédé ? »
« … »
« Est-ce qu’un être humain ferait ça ? Même une bête ne ferait pas une chose pareille ! »
« Je suis d’accord. »
Kazuki intervint. Il se tenait habituellement à l’écart de ce genre d’affaires, mais il semblait incapable de contenir sa rage cette fois-ci.
Même si c’était peut-être trop orienté sur le résultat, l’opportunité unique sur un million d’entraver l’invasion des Parasites avec Gorad Boga et de lancer une contre-attaque avait été anéantie.
D’une certaine manière, Sinyoung avait fait la même chose que Furieuse Tempérance.
« En y repensant, ce n’est pas seulement cet incident. Il n’y a pas eu un seul incident où Sinyoung n’était pas impliqué. Ils sont la racine de tout le mal. »
Kazuki poursuivit d’une voix froide.
« Bien sûr, Sinyoung a été détruit avec la chute de Scheherazade, mais ce n’est pas comme s’ils avaient été éradiqués. Il vaut mieux s’en débarrasser une bonne fois pour toutes avant qu’ils ne causent davantage de dégâts. Avant qu’il ne soit trop tard. »
« C’est ce que je dis ! Qu’en dis-tu, Seol !? »
Hugo cria en se tournant sur le côté. Puis il s’arrêta net.
Seol Jihu se tenait là, silencieux. Il semblait plongé dans ses pensées, mais à en juger par ses yeux tendus et ses mains tremblantes, ce n’était peut-être pas le cas.
Une fois de plus…
Phi Sora déglutit.
L’interrupteur de Seol Jihu venait d’être actionné.
Sachant ce qui arrivait chaque fois que cet interrupteur s’enclenchait, Phi Sora ne put s’empêcher de se tendre.
« Sssspp… »
Une profonde inspiration se fit entendre.
« Wheeeeew… »
Suivie d’une longue expiration.
Puis…
« …Des nouvelles des autres villes ? »
Une voix basse, emplie d’une rage contenue, s’échappa de la bouche de Seol Jihu.
Phi Sora et les autres sortirent précipitamment leurs cristaux de communication.
« Eva arrive à toute vitesse avec des membres de la Fédération. Ils devraient être là demain matin… »
« Haramark dit qu’ils arriveront tard dans la nuit. »
« Odor est… »
Kim Hannah semblait avoir bien fait son travail, car la plupart des villes semblaient proches d’arriver.
« Informez les autres villes de ce qui s’est passé ici, sans omettre le moindre détail. Contactez aussi la Fédération. »
Après avoir donné ses ordres avec calme, Seol Jihu ferma les yeux. Les paroles d’Ian lui traversèrent soudain l’esprit.
Ce n’est pas surprenant quand on y pense, qu’un choix aussi insignifiant puisse complètement changer ton destin !
Comme il l’avait dit, un seul choix apparemment anodin avait mené à cet événement.
S’il avait choisi Roe Scheherazade à l’époque, s’il avait fait un choix différent, les choses auraient-elles tourné autrement ?
Impossible de le savoir, mais il y avait une chose dont il était sûr.
Il faisait de nouveau face à un choix crucial.
Yun Seohui était toujours assise par terre. Elle semblait complètement hébétée.
« Mademoiselle Yun Seohui. »
Lorsqu’il prononça son nom, ses yeux, qui fixaient le sol dans le vide, se relevèrent.
Seol Jihu s’agenouilla silencieusement pour se mettre à sa hauteur.
« Je vais vous poser quelques questions. »
« … »
« J’aimerais que vous y répondiez honnêtement. Non, vous ferez mieux. »
Quand leurs regards se croisèrent, la gorge de Yun Seohui trembla. Puis elle hocha à peine la tête.
« Premièrement. »
Seol Jihu enchaîna aussitôt.
« Connaissiez-vous la situation de Roe Scheherazade ? »
« …Oui. »
Yun Seohui mordit sa lèvre inférieure, mais acquiesça.
« Est-ce vous qui l’avez ordonné ? »
« Absolument pas. »
« Vous ne l’avez pas ordonné, mais vous étiez au courant. Pourquoi ne l’avez-vous pas arrêté ? »
« …Parce que j’avais peur. »
C’était une réponse attendue.
« Vous voulez dire que vous aviez peur d’exposer les crimes de votre famille ? »
« Non, plutôt que ça… je savais ce qui m’arriverait si je le faisais. »
« Que voulez-vous dire ? Vous êtes la directrice exécutive de Sinyoung. »
« Vous dites ça uniquement parce que vous ne connaissez pas mon père ni le fonctionnement interne de Sinyoung. »
Yun Seohui avala sa salive.
« Père m’a confié toute l’autorité et s’est retiré… mais ça ne voulait pas dire que l’influence liée à son nom avait disparu. »
« Empoisonner Gairos Scheherazade et faire ces choses à Roe Scheherazade… Oui, c’est mon père qui était derrière tout ça. »
« Cela ne faisait pas longtemps que j’étais devenue directrice exécutive de Sinyoung. Certainement pas assez pour avoir le même niveau d’influence que mon père. Pensez-vous vraiment que mon père serait resté silencieux si j’avais remis en question ce qu’il avait fait ? »
« Ce n’est pas seulement Père. Des dizaines de cadres de haut niveau étaient impliqués. Si Père intervenait et obtenait leur soutien, se débarrasser de moi ne poserait aucun problème. »
Autrement dit, elle ne pouvait rien faire, et par peur de perdre son poste de directrice exécutive, elle était restée silencieuse.
« Deuxièmement. »
Seol Jihu passa à la question suivante sans s’attarder sur ses paroles.
« Avez-vous planifié l’Incident de l’Attaque de Valhalla ? »
« Je crois avoir déjà répondu. Non seulement je ne l’ai pas planifié, mais je n’en savais rien. »
« Troisièmement. »
Seol Jihu poursuivit sans la moindre pause.
« Êtes-vous celle qui m’a envoyé des messages sur Terre en utilisant le numéro de Mademoiselle Yun Seora ? »
« …Oui. »
« Pourquoi ? »
À cette question, Yun Seohui baissa le regard, désemparée.
« Parce que j’étais curieuse. »
« ? »
« Je voulais savoir ce que vous pensiez de moi et ce que vous comptiez faire de moi. C’est pour ça. »
« Je me souviens du message demandant à se rencontrer pour parler. Que vouliez-vous faire ? »
« Exactement ça. Parler. »
Yun Seohui serra les dents.
« Je voulais essayer de vous parler. Pas entourée d’autres personnes, mais juste vous et moi, en tant que personnes. »
« … »
« C’est pour ça que je vous ai envoyé un message avec le numéro de Seora. Je pensais que vous refuseriez si je vous demandais directement de me voir. C’est tout. »
« …Très bien. Quatrièmement. »
Seol Jihu n’approfondit pas davantage et passa à la question suivante dès qu’il eut une réponse.
« Pourquoi avez-vous tiré sur ma sœur ? »
« …Quoi ? »
La voix de Yun Seohui s’éleva pour la première fois.
« Je ne me répéterai pas. »
« Je ne l’ai pas fait. Je ne l’ai pas ordonné non plus. »
« Ce n’était pas vous ? »
« Oui ! Ce n’était vraiment pas moi. Vraiment ! »
Elle protesta comme si c’était la seule chose qu’elle ne pouvait absolument pas reconnaître.
Des ricanements s’élevèrent autour d’eux.
« La revoilà. »
« Bien sûr que ce n’était pas vous~ »
Les sourcils de Yun Seohui se levèrent. Elle regarda à gauche et à droite, puis leva les yeux vers Seol Jihu avec une expression lésée.
« Vous me croyez folle ? Une psychopathe ? J’irais rendre visite à quelqu’un que j’ai essayé de tuer à l’hôpital et je ferais même des efforts pour l’arranger ? »
« Vous pourriez, puisque vous avez échoué. »
« Hah ! »
Yun Seohui s’exclama puis lança à Seol Jihu un regard acéré.
« Soyons clairs. Après avoir signé ce contrat, j’ai appelé le directeur des ressources humaines Jung Minjong. Voici ce que je lui ai dit. Je suis désolée pour toi. Mais je veux que tu saches que j’ai fait de mon mieux, puisque j’ai aussi décidé d’enlever mon uniforme avec toi. Bref, je voudrais que tu prennes tes responsabilités avec moi, puisque les choses ont tourné ainsi. »
« Et Jung Minjong a disparu après ça ? »
« C’est exact. J’admets que votre sœur a été blessée parce que Sinyoung n’a pas su gérer Jung Minjong correctement. »
Yun Seohui renifla.
« Bien sûr, il est possible que quelqu’un au sein de Sinyoung ait comploté sans que je le sache. Mais au minimum, je peux dire honnêtement que je n’ai jamais ordonné à qui que ce soit de faire du mal à la famille du Représentant Seol ! »
« Hah, tu es vraiment désespérée de vivre, hein. »
Phi Sora ricana. Quand Yun Seohui se tourna vivement de côté et la fixa d’un regard tranchant, Phi Sora soutint son regard.
« Salope, de quoi tu es si fière ? Arrête de me regarder comme ça, ou je t’arrache ces yeux. »
« …Tu ne me crois pas ? »
« Bien sûr que non. J’ai l’air d’être née hier, peut-être ? Si tu étais à ma place… hein ? »
C’est alors que…
Pendant que Phi Sora répliquait sèchement, Yun Seohui commença soudainement à fouiller dans ses poches. Phi Sora se précipita en avant, craignant qu’elle ne tente quelque chose, mais s’arrêta à mi-chemin.
Ce que Yun Seohui sortit était une feuille de papier. Elle sortit également un stylo et se mit à écrire dessus.
En y regardant de plus près, la feuille était un contrat doté du pouvoir divin.
Yun Seohui se leva et tendit le contrat à Seol Jihu. Il le prit et le lut lentement, découvrant que tout ce qu’elle venait de dire y était consigné.
Elle avait même écrit qu’elle subirait une punition divine et mourrait sur-le-champ s’il y avait le moindre mensonge dans ses paroles.
« Vous avez fini de lire ? Il n’y a pas de problème, n’est-ce pas ? »
Phi Sora, qui lut le contrat par-dessus l’épaule de Seol Jihu, écarquilla vivement les yeux.
Yun Seohui arracha le contrat des mains de Seol Jihu et signa son nom avant que quiconque ne puisse l’arrêter. Elle se mordit même le doigt et y apposa son empreinte digitale.
Pas une fois, mais plusieurs fois.
Aucune punition divine ne tomba du ciel.
« Alors ? »
Yun Seohui écarta les bras.
« Vous me croyez maintenant ? »
À présent, les membres de Valhalla commençaient à douter. Ils étaient convaincus que Yun Seohui était derrière tout ça… mais ils restaient sans voix en la voyant aller aussi loin pour prouver son innocence.
Tous, à l’exception d’Eun Yuri.
« Seol, est-ce que tu… »
Eun Yuri s’interrompit avant de dire tu te souviens de ce que je t’ai dit la dernière fois ?
Parce que Seol Jihu leva la main. Il lui murmura quelque chose à l’oreille, et Eun Yuri recula en hochant la tête.
« Vous pensez que je suis désespérée de vivre ? Non, de toute façon, tout est fini. Pourquoi ne pas simplement me tuer ? »
Malgré tout, Yun Seohui continua.
« Je l’admets. Cet incident est arrivé parce que j’ai négligé Roe Scheherazade pour sécuriser ma position de directrice exécutive, et c’est aussi ma faute de ne pas avoir correctement surveillé mon subordonné. D’accord, je ne me sentirai pas trop lésée si je meurs à cause de ça. »
Les yeux embués, Yun Seohui poursuivit avec un grand mais.
« Mais comme je l’ai dit lors de la réunion et encore à l’instant… je jure que je n’ai jamais rien fait pour nuire au Représentant Seol. Pas une seule fois. »
« … »
« Je n’étais pas derrière l’Incident de l’Attaque de Valhalla ni derrière l’attaque contre un membre de la famille du Représentant Seol… Si vous n’alliez pas me croire, pourquoi m’avez-vous sauvée en premier lieu ? »
Yun Seohui s’affala, comme si elle ne pouvait plus continuer à parler. Son nez rougi renifla.
« Pourquoi ? »
Après avoir mâchonné sa pauvre lèvre inférieure un moment, Yun Seohui demanda d’une voix étouffée :
« Pourquoi le Représentant Seol me déteste-t-il autant ? »
« … »
« Pourquoi… »
Elle laissa ensuite retomber ses bras et sa tête. Des perles de larmes tombèrent au sol.
En voyant les épaules tremblantes de Yun Seohui, Chohong secoua la tête et marmonna :
« Sérieusement, toi et cette autre salope, vous faites vraiment un sacré numéro aujourd’hui. »
Pendant ce temps, Seol Jihu regardait calmement Yun Seohui pleurer en silence.
Ses yeux s’illuminèrent faiblement.
[Fenêtre de Statut de Yun Seohui]
Date d’Invocation : 2013. 03. 22
Grade de Marquage : Argent
Sexe/Âge : Femme / 26
Taille/Poids : 167,2 cm / 49,6 kg
État Actuel : Nerveuse
Classe : Nv 5. Salvatrice
Nationalité : Corée (Zone 1)
Affiliation : Sinyoung
Alias : Directrice exécutive de Sinyoung, L’Impératrice, Être Humain Artificiel, Oratrice Brillante
[2. Traits]
[5. Niveau de Cognition]
Modéré (actions et pensées sensées ; travailleuse) / Pleine d’Espoir / Poupée Artificielle (personne immature et irréfléchie qui ne fait qu’avoir l’apparence d’un être humain)
Pleine d’espoir…
Seol Jihu inspira légèrement après avoir confirmé le niveau de cognition de Yun Seohui. Le second emplacement reflétait l’état émotionnel actuel.
Qu’espérait donc Yun Seohui à ce stade ?
La vie ? Ou autre chose ?
Et ce n’était pas tout.
Il y avait une autre différence depuis la fois où il l’avait vue lors de la cérémonie d’ouverture de Valhalla.
Sa couleur…
Elle était passée de cinq à un.
Ce phénomène ne pouvait signifier qu’une chose.
Le carrefour avait été franchi à un moment donné et son avenir avait été décidé. Autrement dit, Yun Seohui avait fait son propre choix.
Bien sûr, il n’était pas impossible que sa couleur change à nouveau. Malgré tout… Seol Jihu ferma les yeux et tendit calmement la main.
« ! »
La Yun Seohui pitoyablement en pleurs sursauta soudain en sentant une sensation chaleureuse sur sa tête.
Seol Jihu avait doucement posé sa main sur sa tête.
Sa main glissa ensuite du sommet de sa tête vers sa joue, de sa joue à son bras, puis de son bras à sa main.
C’était une sensation d’une douceur glaciale.
Puis, après avoir atteint la main de Yun Seohui…
« Ah. »
La main se déroba.
Yun Seohui cligna des yeux.
Elle s’était attendue à ce que Seol Jihu l’aide à se relever.
Non, en y repensant maintenant, on aurait dit qu’il avait étalé quelque chose sur elle.
Elle releva la tête en tâtonnant son visage. Elle vit alors Seol Jihu hocher la tête, le visage détourné.
Au moment où Yun Seohui déplaça son regard derrière lui, Eun Yuri termina le sort qu’elle préparait à l’avance.
En faisant tournoyer son index dans les airs, le champ de vision de Yun Seohui se mit lui aussi à tourner.
« Eh… »
Après avoir hoché la tête une ou deux fois comme quelqu’un qui somnole, Yun Seohui s’effondra au sol, incapable de résister à la soudaine somnolence qui l’envahissait.
« Je m’en vais aussi. »
Quand Seol Jihu hocha la tête, Eun Yuri récita un autre sort et s’effondra à son tour. Elle s’était lancée un sort de sommeil.
Les autres membres avaient l’air confus. Ce n’est que lorsque Eun Yuri se réveilla qu’ils comprirent l’intention de Seol Jihu.
« Seol, Maîtresse a dit qu’il faudrait plus de temps…. Sa volonté est apparemment plus forte que prévu… »
Seol Jihu hocha la tête comme si cela n’avait aucune importance.
Il lui avait donné une chance.
Mentirait-elle jusqu’au bout, ou avouerait-elle la vérité en montrant des remords ?
Bien sûr, Yun Seohui avait même signé un contrat pour prouver sa prétendue innocence, mais cela ne suffisait pas à convaincre Seol Jihu. C’était parce qu’il se souvenait de la conversation passée avec Eun Yuri.
Les mots ont des pouvoirs mystiques.
Une réponse douce détourne la colère. Parfois, le même mot change de sens selon le contexte. Tu dis une chose, et les autres l’interpréteront de centaines de façons différentes.
Il en était convaincu après avoir vu la fenêtre de statut de Yun Seohui.
Yun Seohui était une oratrice éloquente, quelqu’un capable de créer et de modifier l’état des choses par les mots.
À présent, il était temps de découvrir les véritables intentions de Yun Seohui. Peu importe son talent avec les mots, elle serait comme une enfant face à Roselle et à sa magie.
…En vérité, il connaissait déjà la réponse.
Combien de temps passa ?
Les yeux de Seol Jihu s’illuminèrent tandis qu’il fixait sans expression le corps inerte de Yun Seohui.
Les paupières de Yun Seohui tressaillirent. Bientôt, elle ouvrit lentement les yeux et regarda à gauche et à droite.
Eun Yuri se réveilla immédiatement après.
Il semblait que la magie mentale avait réussi, mais Eun Yuri transmit aussi le message de Roselle indiquant que cela ne durerait pas longtemps et qu’il devait se dépêcher.
« …Levez-vous. »
À l’ordre de Seol Jihu, Yun Seohui se leva docilement comme une poupée. Engourdie par le sommeil, elle avait l’air de rêver.
« Mademoiselle Yun Seohui. »
Seol Jihu s’éclaircit la gorge.
« Comment vous sentez-vous en ce moment ? »
Demanda-t-il d’une voix basse.
« … »
Yun Seohui ne répondit pas tout de suite. Elle cligna des yeux un moment, l’air hébété.
Puis, à l’instant où elle leva les yeux vers Seol Jihu sans expression…
« …Heh. »
Son visage auparavant désespéré tressaillit légèrement…
« Comment je me sens… ? »
Et le coin de sa bouche se releva imperceptiblement.