Chapitre 397. Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous (1)

Enfin, le jour de l’annonce de Valhalla fut révélé. Il s’agissait de leur première déclaration officielle depuis leur retour à Eva.

Combinée au fait que Roberto Servillo et les captifs allaient être présentés comme témoins, comme l’avait révélé le journal d’information de la Guilde des Assassins, l’annonce suscita une grande attention du public.

Autant dire que la place centrale d’Eva était noire de monde le jour dit, au point qu’il n’y avait plus d’espace pour se déplacer.

Bientôt, la foule amassée comme des nuages se mit à bruire. C’était parce qu’on avait aperçu Seol Jihu s’avancer vers la place au loin.

Ce n’était pas tout.

Ils n’en avaient jusque-là que discuté entre eux, mais l’évêque et Kishi Yukino marchaient bel et bien en direction de la place, sous l’escorte de la Garde d’Eva.

À en juger par les vérités derrière les affaires révélées récemment, la plupart des agences de renseignements avaient prédit que l’évêque servirait de bouc émissaire et endosserait toute la faute.

La raison en était qu’ils pensaient qu’il était irréaliste de punir les 24 organisations, et ce, quelle que soit la puissance qu’avait acquise Valhalla de manière indépendante.

De plus, à moins que lesdites organisations ne soient stupides, il n’y avait aucune chance qu’elles admettent leurs actes et elles balayeraient probablement toutes les accusations d’un « nous ne savions pas ».

Bien sûr, certains pensaient que l’évêque ne se laisserait pas faire et faisaient remarquer qu’une querelle de chiens éclaterait entre le temple de Luxuria et le reste des organisations.

Les membres de Valhalla commencèrent leur annonce peu après être arrivés au centre de la place.

Un instant plus tard, Roberto Servillo et Kishi Yukino, le regard vide et errant, montèrent d’un pas tremblant sur l’estrade préparée à l’avance.

Et les aveux qui s’échappèrent de leurs bouches peu après surprirent toute l’assistance, la plongeant dans un état de choc.

Toutes les prédictions faites par les agences de renseignements étaient complètement à côté de la plaque.

« La personne qui a comploté avec nous est… le directeur des ressources humaines de Sinyoung, Jung Minjong… »

L’évêque ne dit pas ce à quoi ils s’attendaient. Il s’agissait plutôt d’une annonce ahurissante, s’il en est.

Il reconnut tous ses crimes et témoigna de la vérité de l’incident sans la moindre once de mensonge.

Qu’il s’agisse de leur objectif de prouver leur valeur à la Reine des Parasites, des complices qui l’avaient aidé dans le plan qu’il avait conçu, et même du fait qu’ils avaient remis un cristal de communication aux Parasites pour communiquer avec Sung Shihyun en cas de pépin, l’évêque déballa tout.

Et lorsqu’il mentionna que lui et le directeur des ressources humaines de Sinyoung avaient contacté secrètement chacune des organisations pour rassembler leurs troupes d’élite, l’atmosphère sur la place atteignit son paroxysme.

Au moment où la confession touchait à sa fin, Roberto Servillo et Kishi Yukino commencèrent à bégayer tandis que la sueur ruisselait de leur corps comme de la pluie.

Personne ne trouva cela étrange au vu de la situation à laquelle ils faisaient face.

Seol Jihu monta sur scène pour faire descendre les deux personnes avant de parler d’une voix basse.

« Je vais maintenant prendre les questions. »

Dès que l’autorisation fut donnée, les questions jaillirent comme un déluge.

« Qu’arrivera-t-il à l’évêque ? »

« Puisqu’il a conservé son dernier fil de conscience, nous ne le tuerons pas. »

« Nous ne voyons qu’un seul captif, alors qu’est-il arrivé aux quatre autres ? »

« Malgré le fait que tout ait été mis en lumière, certains ont maintenu leur loyauté tout en sachant ce que cela impliquait. »

En réalité, leurs esprits avaient été détruits lorsque Charlotte Aria et Odelette Delphine s’étaient trompées pendant leur entraînement, mais Seol Jihu mentit effrontément sans même s’humecter les lèvres.

Le chaos ne dura qu’un instant.

« Les 24 organisations accusées gardent le silence ! Il semble que les choses vont changer après l’annonce d’aujourd’hui, alors qu’avez-vous l’intention de faire exactement ? »

La place se tut instantanément après qu’on eut crié cette question.

Bien qu’elle ait été posée indirectement, c’était celle qui attisait le plus la curiosité de la foule.

Tous avaient vu les preuves de leurs propres yeux et les témoins s’étaient présentés. Ainsi, les organisations étaient incapables de rentrer ou de sortir à leur guise.

« Nous devrons d’abord entendre ce que le directeur des ressources humaines de Sinyoung, Jung Minjong, a à dire. »

Seol Jihu parla d’une voix monotone, mais claire.

« Je suis sûr qu’il y a des personnes qui se sentent lésées. Il peut y en avoir qui n’avaient réellement aucune idée de cet incident puisqu’il s’agissait des actions de certains individus et organisations. Tout comme Kishi Yukino de la Fédération des Entreprises du Japon, que l’évêque avait appelée personnellement. »

Seol Jihu balaya lentement du regard les personnes qui l’écoutaient en retenant leur souffle, en prenant des notes, ou en regardant son image à travers un cristal de communication.

« Mais si quelqu’un se sent lésé, il peut simplement prouver son innocence. Toutefois, nous n’accepterons pas de paroles creuses. Après tout, nous ne savons pas si les gens ignoraient vraiment tout ou s’ils ont choisi de se taire tout en sachant. »

Il marqua une pause avant d’abaisser soudain la voix.

« Cependant, ceux qui seront incapables de prouver leur innocence ou tenteront d’échapper à leurs responsabilités seront dûment punis pour leurs actes. »

La foule recommença à bourdonner après cette déclaration concise.

« Je ne parle pas seulement de cet incident. Qu’il s’agisse de l’embuscade à Haramark ou de la tentative de salir ma réputation il y a plusieurs années, nous veillerons à rendre à tous les impliqués avec intérêts. »

Bien entendu, il n’oublia pas d’ajouter une remarque à la fin.

« Ici, au Paradis, on ne peut pas simplement laisser les insectes qui manigancent dans l’ombre, n’est-ce pas ? »

L’annonce de Valhalla prit fin.

La déclaration officielle de Seol Jihu provoqua une nouvelle onde de choc à travers le Paradis, avant même que l’on ne se remette du dernier incident, et les agences de renseignements commencèrent à produire des titres à la chaîne.

— Roberto Servillo, confession choc ! ‘J’ai travaillé avec le directeur des ressources humaines de Sinyoung, Jung Minjong.’ Complice révélé.

— Déclaration de vendetta sanglante de Valhalla… Le Rubicon est franchi !

— Le représentant de Valhalla « écoutera d’abord ce que Sinyoung a à dire ».

— Une chance de vivre ? Le représentant de Valhalla : « Prouvez votre innocence. Nous ne croyons pas aux paroles creuses. »

« Putain de merde ! »

Un homme, assis derrière son bureau à lire un article, explosa de colère.

Il froissa le journal avant de le lancer sur le jeune homme qui le lui avait apporté.

Le jeune homme innocent, soudain victime de cet accès de rage, jeta un coup d’œil à l’homme furieux, ne sachant que faire.

Giovanni Greco. C’était un Guerrier de Niveau 4 et le représentant ‘d’Ill Destino’, une force armée relevant de Sicilia qui s’était fait un ennemi à Haramark.

Il était aussi l’un des impliqués dans le récent incident.

« Merde, merde, merde, merde ! »

Giovanni Greco martela son bureau et cria encore et encore.

Non seulement ses plans avaient échoué, mais il avait perdu l’unique Haut-Rang de son groupe. Par-dessus le marché, il faisait face à toutes sortes d’accusations du public.

Les accusations n’étaient que temporaires, il pouvait les endurer. Le problème, c’était que Valhalla ne cessait d’enfler l’affaire. Parce qu’ils attisaient le feu avant que le tumulte précédent ne s’apaise, il ne semblait pas que les choses se calmeraient de sitôt.

À ce stade, il commençait à craindre que les flammes n’embrasent toute la maison. Cela se voyait aux quelques membres qui avaient déjà commencé à quitter son groupe sous prétexte de cet incident.

Bien sûr, tout bien considéré, y compris l’ancienne affaire de l’Alliance d’Eva, tout le monde savait qu’ils se retiraient uniquement par peur de la lance de Valhalla.

« Ce foutu bâtard ! Nous aurions fait un pas en arrière s’il avait fait les choses modérément, mais il veut aller jusqu’au bout ? »

Giovanni Greco grinça des dents avant de lever soudainement le regard.

Le jeune homme tressaillit, sentant son regard.

« Toujours pas d’appel de Sinyoung ? »

« Non. Ils semblent être en pleine réunion quotidienne… Ils nous ont dit d’attendre pour l’instant… »

« Leur DRH n’est-il pas complice ? Alors ils ne devraient pas ficeler une nouvelle histoire ou présenter leur défense ? Sinon, bordel ! Ils veulent dire qu’ils ont une autre queue à couper ? »

Le jeune homme claqua la langue.

Comme l’avait dit Giovanni Greco, le cerveau qui avait planifié et dirigé tout l’incident gardait le silence.

Bien sûr, ils pouvaient aussi élaborer des contre-mesures pour répondre à la situation délicate dans laquelle ils se trouvaient, mais il était indéniable qu’on ne pouvait pas laisser les choses ainsi.

Il n’y avait aucune chance que Valhalla accepte le seul directeur des ressources humaines de Sinyoung comme bouc émissaire.

Il était possible que Sinyoung cherche une autre victime sacrificielle pour satisfaire Valhalla afin de régler cet incident, et personne ne savait sur quelle organisation cela tomberait.

Pour le dire crûment, ce n’était pas la première fois que ce genre de choses arrivait en Paradis.

« Hum… »

Le jeune homme, qui hésita un moment, prit la parole.

« Pourquoi ne pas faire le premier pas, tant qu’on en est là ? »

« Premier pas ? »

« Oui, oui. Puisque nous sommes dans une position assez particulière… »

Il faisait allusion au fait qu’Ill Destino relevait techniquement de Sicilia, et non de Sinyoung, du moins en surface.

« … Continue. »

Ayant saisi ce point, Giovanni Greco parla d’une voix un peu plus posée.

Un instant plus tard, quand l’explication du jeune homme fut terminée, il eut l’air dubitatif.

« Eh bien. Ça n’a pas l’air trop mauvais mais… pouvons-nous faire ça ? »

« Nous n’allons pas dénoncer Valhalla, donc ça devrait aller, non ? De toute façon, on devrait se frayer une voie de survie, non ? Pour être franc, si Sinyoung… »

Le jeune homme s’interrompit, mais Giovanni Greco put deviner ce qu’il voulait dire.

« Si Sinyoung cherche à trouver un bouc émissaire, il est très probable que nous devenions leur première cible. »

Encore une fois, compte tenu de la taille d’Ill Destino, il n’était pas déraisonnable de s’inquiéter de ce qui pouvait arriver au cas où.

« Bordel. Choisir un camp de travers pourrait nous foutre en l’air… »

« N’étions-nous pas déjà en train de choisir un camp ? Ce n’est pas une mauvaise idée d’embarquer complètement d’un côté cette fois. »

Le jeune homme suggéra encore une fois. Giovanni Greco fut partagé un moment avant de finir par hocher la tête avec difficulté.

« … Assure-toi d’écrire un foutu bon article. »


Deux jours après l’annonce officielle de Valhalla, l’une des 24 organisations ayant participé au raid sortit pour présenter sa version pour la première fois.

Une organisation appelée Ill Destino, d’Haramark, publia un article de manière indépendante.

— … Giovanni Greco a clarifié leur position comme suit. Il n’était pas au courant des événements récents et il s’agissait d’une action indépendante de « Matia Moretti », dont l’identité a été confirmée parmi les morts.

Ils se plaignirent que c’était injuste, décrivant comment Ill Destino était de toute façon une force relevant de Sicilia, de sorte qu’ils ne pouvaient être liés ni à Sinyoung ni au temple de Luxuria, et insistèrent sur le fait que Matia Moretti avait agi de sa propre initiative.

Tandis que Giovanni Greco admettait que cent excuses ne suffiraient pas pour la mauvaise gestion de son subordonné, il questionna prudemment si « l’évêque n’essayait pas d’entraîner d’autres avec lui ».

Avec la publication de l’article, les dés furent jetés.

Comme le dit le proverbe, « qui se sent morveux se mouche ». Tout en ayant lancé l’article avec désespoir, Giovanni Greco prêta une attention aiguë à la réponse de Valhalla.

Pendant qu’il attendait, un invité inattendu se présenta chez Ill Destino. À l’annonce, Giovanni Greco se précipita vers le salon de réception.

« Qu’est-ce que cela signifie ? »

C’est ce qu’il entendit dès qu’il ouvrit la porte.

Il vit le dos d’une femme drapée d’un manteau rouge, assise sur une chaise.

Ce n’était autre que la chef de Sicilia, Taciana Cinzia.

« C-Comment puis-je vous aider ? »

« Non, je ne parle pas de cet incident. »

Cinzia abaissa l’un de ses bras sans se retourner vers eux.

Un morceau de papier glissa entre son index et son majeur avant d’atterrir devant le pied de Giovanni Greco.

« Ceci. Je parle de ceci. »

C’était l’article publié par Ill Destino.

« En vérité, vous avez bien fait. C’était plutôt opportun. »

Alors que la voix de Cinzia se poursuivait, Giovanni Greco, d’abord décontenancé, vit son teint s’éclaircir un peu.

La complimentait-elle pour sa réaction rapide ? Au moment même où il le pensait et s’apprêtait à pousser un soupir de soulagement…

« Il semble que les prédictions du représentant Seol étaient complètement justes. Il a dit qu’il y aurait un groupe ou deux qui sauteraient sur l’occasion pour tirer parti du chaos. »

Giovanni Greco, qui s’était assis face à elle, se figea. Il ne comprit pas ce qu’elle disait sur le moment.

« Je n’aurais jamais imaginé que cela viendrait d’Haramark, cependant. »

Cinzia fit une remarque désagréable en mordant sa cigarette.

« Quoi qu’il en soit, je devrais peut-être vous remercier d’avoir créé un prétexte pour que je m’implique. C’était un article assez intéressant à lire, mais Sicilia ne peut pas laisser passer cette occasion. »

« Ça… Qu’entendez-vous par là… »

« Vous avez vu le film il y a quelques jours, non ? »

« Le film ? Vous parlez de ce film-là ? »

Cinzia esquissa un sourire en coin alors que Giovanni Greco demandait avec un air éberlué.

« Oui. Ce film. Il y aura bientôt une suite. Mais le réalisateur, qui se trouve aussi être l’acteur principal, a mentionné qu’il avait quelques soucis. »

« Oui ? »

« Le premier a peut-être été un succès, mais il arrive souvent que la suite ne soit pas à la hauteur des attentes du public. C’est peut-être pour cela qu’il réfléchit autant à la séquence d’ouverture… »

Cinzia jeta subrepticement un coup d’œil.

Giovanni Greco avait toujours un visage qui disait qu’il n’avait aucune idée de ce qu’elle racontait.

« Ce que je veux dire, c’est que. »

Cinzia expliqua lentement tout en allumant sa cigarette.

« Une certaine organisation a profité des relations amicales de Sicilia avec l’ancienne identité de Valhalla, Carpe Diem, pour bricoler une explication… Que diriez-vous d’utiliser la destruction de cette organisation comme séquence d’ouverture ? »

« Une certaine… organisation ? »

« Ouais. Une certaine organisation. »

Cinzia haussa les sourcils et hocha légèrement la tête.

« Par exemple, cette certaine organisation semblait être affiliée à Sicilia en surface, mais en réalité, elle était alliée à Sinyoung et l’espionnait en secret pour son compte. Ce serait une sacrée scène si Sicilia, prise de rage, faisait exploser cette organisation. Qu’en pensez-vous ? »

Giovanni Greco cligna des yeux.

« Qu’est-ce que vous— ! »

Au moment même où il écarquilla les yeux et frappa la table des deux mains pour se lever de son siège…

Crac !

« Aaaah ! »

… Il poussa un cri en même temps que le bruit de verre brisé avant de retomber dans son siège.

On voyait une flèche plantée dans le dos de la main de Giovanni Greco.

Le jeune homme qui était entré dans la pièce avec lui cria également de douleur avant de s’effondrer au sol.

Un éclat pouvait être vu sur le toit d’un bâtiment lointain dans la direction de la fenêtre brisée.

Il n’y en avait pas qu’un.

Devant, derrière, à gauche et à droite.

Par toutes les fenêtres autour d’eux, on voyait quelque chose scintiller au soleil au loin.

Ils étaient complètement encerclés.

« Que voulez-vous dire par… Aaaaahhh ! »

Giovanni Greco hurla de douleur en plein milieu de sa phrase. Cinzia avait saisi le fût de la flèche et l’enfonçait plus profondément dans sa main.

« Sinyoung vous l’a ordonné ? »

Cinzia se pencha en avant pour demander.

« Non, ce n’est pas ça. Sinyoung ne serait pas si stupide. Je parie que vous vous êtes senti coupable de quelque chose et avez voulu faire le premier pas. »

Giovanni Greco secoua frénétiquement la tête en grinçant des dents.

Mais Cinzia l’ignora et se pencha plutôt davantage.

« Quoi qu’il en ait été — en fait, je me moque de ce que vous pensez. »

Les yeux de Cinzia brillèrent.

« Ce qui importe maintenant, c’est que nous avons besoin d’un sacrifice. Un sacrifice, pour montrer ce qui arrive quand on encourt la colère de Valhalla. »

Alors que Cinzia parlait calmement à une distance où leurs nez se frôlaient presque, Giovanni Greco se mit à trembler visiblement.

Il commença à tout regretter.

Il avait renversé de l’eau pour éteindre le feu, mais il s’était avéré que c’était un verre d’essence plutôt que d’eau.

« Il ne croira pas aux paroles creuses et rendra à tous les impliqués avec intérêts. Puisque le représentant de Valhalla l’a dit si clairement, nos actions seront justifiées. En tant qu’allié irremplaçable de Valhalla, bien sûr. »

De la fumée blanche s’échappa de la bouche de Cinzia.

Giovanni Greco, qui plissait les yeux à cause de la fumée, les rétrécit soudain.

Une lumière vive entra dans sa vision.

Lorsqu’il baissa machinalement les yeux, il trouva un cercle magique émettant une pâle lueur violette sous lui et le jeune homme.

La bouche de Giovanni Greco s’ouvrit en grand.

« Adios, amigo. »

Au même instant où Cinzia leur adressa ces adieux, des valkyries jaillirent des cercles magiques pour transpercer la gorge des deux hommes avec leurs lances.

Les deux convulsèrent ensemble, empalés au mur.

Et lorsqu’ils vomirent du sang et que leurs corps devinrent flasques, Cinzia activa sans la moindre hésitation sa magie de téléportation.

Lorsqu’elle réapparut à l’extérieur, elle trouva Agnes les bras largement étendus vers le bâtiment d’Ill Destino.

Cinzia passa devant elle sans rien dire.

« Boss ? »

Elle se contenta d’agiter la main à la question d’Agnes, comme pour lui dire de s’en occuper elle-même avant que cela ne devienne pénible.

Recevant le signal, Agnes fit circuler son mana et appuya fermement des mains sans la moindre hésitation.

Ce faisant, des centaines de milliers de fils invisibles qui entouraient le bâtiment s’enfoncèrent dans les murs et les découpèrent.

Un instant plus tard, l’édifice fut tranché comme un gâteau en parts avant de glisser.

Grondement !

Kwang, kwang, kwang, kwang !

Accompagnée d’un fort grondement, la structure s’effondra tel un château de sable.

Il ne fallut pas longtemps pour que l’immense bâtiment soit complètement réduit à néant.

C’était une démonstration de force digne d’une Rang Unique.

Il ne restait plus qu’à nettoyer les restes.

Sous les ordres d’Agnes, les membres de Sicilia qui attendaient déjà se ruèrent tous vers le bâtiment effondré.

Des flammes aux colonnes de fumée noire engloutirent bientôt tout.

« Qu’en dites-vous, représentant de Valhalla ? »

Cinzia parla en observant la scène de loin.

« C’est notre cadeau pour notre précédente rencontre. Ça vous plaît ? »

— … C’est excellent.

Une voix grave se fit entendre à travers le cristal transparent qui émettait une lueur ténue dans la main de Cinzia.

— Je viens justement de finir de lire l’article. Je me préparais à agir, mais vous m’avez épargné cette peine… Mais Mademoiselle Agnes ne semble-t-elle pas un peu trop en colère ?

« Il y a le dicton “tel maître, tel élève”, mais Agnes a toujours eu un fort esprit de compétition. Elle n’a pas pu dormir correctement depuis notre retour. »

Cinzia rit légèrement.

« … Vous savez. »

Elle approcha le cristal de communication avant de demander subtilement :

« Si nous avions agi après l’incident d’il y a 3 ans comme nous l’avons fait aujourd’hui, pensez-vous que nous aurions pu être un peu plus proches ? »

— Je nous ai toujours considérés comme proches, mais un peu plus que ça, hein… Dans ce cas, ne pourrions-nous pas apprendre à mieux nous connaître à partir de maintenant ? Il y a un dicton qui dit que bien commencer, c’est à moitié fait. Quoi qu’il en soit, j’ai bien reçu votre cadeau.

« Bien commencer, c’est à moitié fait, hein. Il me faudra faire des efforts pour connaître votre autre moitié, alors. »

— Il faudra bien vous préparer dans ce cas.

« Rien n’est trop difficile s’il y a des bénéfices de part et d’autre. Je compte sur vous, mon nouvel amigo. »

Cinzia esquissa un large sourire, comme si la réponse de Seol Jihu la satisfaisait.

Ce jour-là, un grand incendie embrasa Haramark. Quand les gens s’en rendirent compte et accoururent, tout était déjà terminé.

Le bâtiment qui avait autrefois été le fief d’Ill Destino avait disparu sans laisser de trace.

Il ne restait plus que des cendres.