Chapitre 370. Pénitence (1)

Une chose que Seol Jihu remarqua alors qu’il marchait sur le Chemin de l’Âme, c’est que cet endroit connaissait aussi les quatre saisons.

Il faisait extrêmement chaud quand il était arrivé, mais à présent, une brise fraîche effleurait doucement sa peau.

C’était l’automne.

Mais le changement de saison ne modifia en rien sa routine.

Seol Jihu restait toujours bloqué au premier sentier de montagne, à tenter de pousser le rocher immobile vers le sommet.

Heureusement, il avait tout de même progressé. Il ne lui restait plus que dix-huit pas pour atteindre le premier sommet, et ce nombre diminuait lentement mais sûrement.

Quand la fin de l’automne passa, l’air se rafraîchit jour après jour.

Seol Jihu pouvait voir son propre souffle.

L’hiver était arrivé, accompagné d’un froid mordant.

En vérité, le froid n’était pas un réel problème, puisque son corps fumait à force d’escalader la montagne.

Une fois, il neigea pendant sept jours consécutifs.

Et quand la neige se solidifia, la pente gela elle aussi.

Pousser le rocher était déjà difficile. Mais maintenant que Seol Jihu devait aussi faire attention à ne pas glisser, il frôlait la folie.

S’habituer à la pente glacée fut douloureux, mais voir les dix-huit pas restants grimper à cinquante fut encore plus désespérant.

Pris de frustration, il abandonna l’épreuve durant plusieurs jours et se concentra à briser la glace du chemin avec la Lance de Pureté.

Mais il réalisa vite que c’était inutile, car il neigeait presque chaque jour.

Il entendit aussi Seol Jihu en armure noire dire : « Aha, donc même face à un Commandant de l’Armée, tu vas dire, eh, c’est glissant, alors arrêtons de nous battre et nettoyons le sol un peu avant de reprendre. Ou bien on combattra quand il fera meilleur. »

Alors Seol Jihu se tut et retourna simplement pousser le rocher.

Au final, une saison de plus passa avant qu’il ne s’habitue au sol gelé et réduise la distance à moins de vingt-cinq pas.

La température se réchauffa, et la montagne se débarrassa de son manteau blanc.

Bien qu’il n’y eût ni arbres ni fleurs sur la montagne, un parfum frais et vivifiant emplit les lieux.

C’était le printemps.

Avec le sol dégelé, l’obstacle disparut. La distance jusqu’au sommet devait revenir à dix-huit pas.

Bien sûr, compte tenu des efforts fournis durant l’hiver, il s’attendait à grimper encore un peu, mais pas de beaucoup.

Il se trompait.

Un pas, deux pas, quatre pas, huit pas… quinze pas.

La graine plantée en hiver avait enfin fleuri.

Son attribut de force n’était pas encore passé à Élevé (Faible), mais il sentait le changement opéré.

Ses bras et jambes tremblaient de plus en plus à chaque pas, mais le rocher continuait d’avancer, même lorsqu’il pensait qu’il s’arrêterait.

Seol Jihu escaladait la pente, avec difficulté certes, mais il avançait. Lui-même fut surpris par ses progrès.

Mais alors qu’il n’était plus qu’à un pas du sommet, le rocher grinça.

Il ne s’arrêta pas. Il vacilla, allant d’avant en arrière juste avant le dernier pas, comme une pierre branlante. Comme s’il se moquait de lui.

Seol Jihu n’abandonna pas. Il planta ses talons dans le sol et creusa une petite encoche dans la pente.

C’était une technique qu’il avait apprise durant l’hiver, réduisant un peu le poids supporté.

Fixant ses pieds dans les encoches, Seol Jihu reprit son souffle un instant.

Le rocher continuait de vaciller, et son cœur tanguait avec lui.

Bientôt, Seol Jihu retint son souffle et foudroya le rocher du regard.

Il se pencha en avant et mobilisa chaque once de sa force.

Trois issues possibles. Son bras allait céder, ses pieds glisseraient et il serait écrasé par le rocher, ou bien…

S’il te plaît, s’il te plaît… !

Alors que son visage se tordait comme un masque hahoe…

Soudain, le poids disparut.

La pression qui partait de ses bras fit vaciller tout son corps.

« …Hein… »

Dans un slosh, il sentit avec retard quelque chose passer au-dessus de ses mains.

Ébranlé par la disparition soudaine de la charge, Seol Jihu parvint de justesse à se stabiliser et avança d’un pas.

Lorsqu’il retrouva l’équilibre, il ne vit plus de pente devant lui, mais un terrain plat.

Son pied gauche venait de franchir le premier sommet.

« Ah ! »

Il n’avait pas besoin de réfléchir plus longtemps.

Seol Jihu bondit immédiatement sur le premier sommet.

[Vous avez réussi la première épreuve.]

[La restriction sur la classe et les compétences diverses est levée.]

[La restriction sur le mana est levée.]

[Tous les artéfacts sont déverrouillés.]

Plusieurs messages apparurent.

Il en avait déjà vu certains, mais le premier était nouveau.

Il avait enfin passé la première épreuve.

« Uwaaaah… »

Un gémissement s’échappa de sa bouche, mais son expression rayonnait de bonheur.

Seol Jihu fixa le rocher, sauta sur place, puis se retourna.

Il pouvait voir la pente abrupte s’étirer en contrebas.

Ce n’est que maintenant qu’il ressentit pleinement la distance parcourue.

Dans son esprit, il chantait « Je l’ai fait, je l’ai fait », mais il resta silencieux extérieurement. Il s’assit sur le sommet et contempla la pente d’un air hébété.

Une brise printanière souffla à point nommé, rafraîchissant son corps en surchauffe.

Je n’aurais jamais cru que ce jour viendrait…

Avec du recul, la première épreuve ressemblait à son service militaire obligatoire.

Il ne pouvait même pas parler quand il était soldat de seconde classe. Il se sentait pris au piège d’un gouffre sans fond en tant que première classe. Le temps semblait couler incroyablement lentement quand il était soldat principal, et il hallucinait même être coincé dans une Salle de l’Esprit et du Temps quand il atteignit le dernier rang. [1]

Mais le jour où il fut démobilisé — le moment où il franchit la porte du poste de garde — le monde lui parut différent.

Tout comme maintenant.

Seol Jihu sourit en regardant le sentier de montagne imprégné de son sang et de sa sueur.

Il était à la fois fier et reconnaissant.

Malgré les difficultés, il était fier d’avoir serré les dents et d’être monté jusqu’ici.

« Iyaaaaaaaaa ! »

Porté par un sentiment d’accomplissement indescriptible, Seol Jihu leva les bras et hurla de toutes ses forces.

Le poids sur sa poitrine éclata enfin, et un courage neuf jaillit du fond de son cœur. Il se sentait capable de tout accomplir.

« …Pfou… »

Jusqu’à ce qu’un profond soupir vienne jeter de l’eau froide sur lui.

« 352 jours pour grimper au premier sommet… Est-ce que j’étais aussi nul que ça à l’époque ? Je ne pensais pas être si mauvais. Ah, pourquoi est-ce que j’ai honte d’un coup ? »

Seol Jihu tourna la tête.

Le Seol Jihu en armure noire était accroupi au sol, mâchouillant une touffe d’herbe comme si c’était une glace.

« Bon, on va dire que ça t’a pris 35 jours. Ce sera moins triste comme ça. Ce n’est pas totalement faux non plus, puisque c’est le temps qui s’est écoulé au Paradis. »

Seol Jihu resta bouche bée devant le ton sérieux de son double.

« Mais j’ai réussi. »

« Je sais, je vois bien que t’as réussi. Mais merde… t’as pas un peu honte ? »

Le Seol Jihu en armure noire baissa la tête et poussa un profond soupir.

Seol Jihu renifla. Même s’il ne voulait pas être félicité, était-ce nécessaire de dire ça ?

« Au fait, tu savais ? »

Le Seol Jihu en armure noire tourna lentement la tête.

« Que la première épreuve a un seuil de réussite assez bas. »

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Par exemple, si tu peux obtenir jusqu’à 100 points à la première épreuve, tu peux la réussir avec 60. »

« …Tu veux dire que j’ai réussi de justesse ? »

« Je n’irais même pas jusque-là. C’est plus comme si tu avais eu 59,5 et que ça avait été arrondi à 60. »

Le Seol Jihu en armure noire pointa du doigt les deux petites encoches dans le sol.

« Quoi qu’il en soit, un succès reste un succès. Ce que t’as fait reste dans les limites acceptables, donc féli-putain-citations. »

« …Ouais, merci beaucoup. »

« Me prends pas mal. Pense un peu à ma position. J’ai dû rester là à te regarder pendant un an. »

Le Seol Jihu en armure noire soupira d’un air abattu, puis arracha une autre touffe d’herbe qu’il mit en bouche.

« Bon… courage. La deuxième épreuve te laissera même pas la chance d’arrondir. »

En entendant cela, Seol Jihu chercha du regard le rocher.

Avant même qu’il ne le remarque, celui-ci était déjà posté devant la pente menant au deuxième sommet.

Il semblait l’attendre.

Quand Seol Jihu, nerveux, se plaça devant lui, une alerte retentit à ses oreilles.

[Suivez le sentier et grimpez jusqu’au deuxième sommet de la montagne.]

[1. Escalader en poussant le rocher : vous devez amener le rocher au sommet sans qu’il ne subisse la moindre éraflure.]

[2. Escalader sans pousser le rocher : vous devez atteindre le sommet avant l’apparition de rochers sur le sentier et aux croisements.]

[Aucun raccourci ne sera autorisé durant cette procédure. Pour que l’épreuve soit considérée comme réussie, vous devez poser le pied sur le deuxième sommet par votre seule force.]

« Au fait, les éraflures causées en roulant le rocher jusqu’au sommet comptent. »

La voix du Seol Jihu en armure noire retentit.

« Si tu veux l’empêcher d’être éraflé, tu dois recouvrir sa surface de mana. Il ne sera pas facile d’utiliser d’autres compétences de haut niveau tout en maintenant cet état. Une restriction équitable, vu que tu peux à nouveau utiliser le mana, tu ne trouves pas ? »

Seol Jihu resta silencieux un long moment.

Ce n’était pas qu’il ne comprenait pas les messages ou ce que son double lui disait. C’était plutôt qu’il ne savait absolument pas comment aborder cette épreuve.

Tout d’abord, le deuxième sentier semblait plusieurs fois plus long que le premier.

Et la pente, elle, était bien plus raide.

Se souvenant que des rochers étaient apparus soudainement sur le sentier et aux croisements, il ne savait pas comment il pourrait faire monter le sien sans la moindre éraflure.

La deuxième méthode ne semblait pas plus simple. Elle disait qu’il fallait atteindre le sommet avant que les rochers n’apparaissent, mais ce n’était pas une distance qu’il pouvait franchir d’un trait, même en utilisant Tonnerre Éclair et la Boucle d’Oreille Festina avec triple empilement.

« Pas simple, hein ? Iya, je me demande combien de temps tu mettras pour celle-ci. Comme la première t’a pris un an… deux ans ? Trois ? Ah, attends, faut recalculer avec le temps du Paradis. 73 jours ? 110 jours ? »

Les remarques moqueuses de Seol Jihu en armure noire résonnèrent.

« Bon… au moins, ce sera plus palpitant que la première. La prise de décision instantanée jouera un rôle clé pour déterminer la vie ou la mort, tu vois. Décider vite et agir vite, voilà ce qui sera essentiel pour réussir cette épreuve. »

Seol Jihu écouta les conseils de son double en armure noire tout en raffermissant sa volonté de se battre.

Il n’y avait aucune raison d’avoir peur aussi tôt.

C’était pareil un an plus tôt.

Même si la fin semblait désespérément lointaine, n’avait-il pas fini par réussir ?

Oui, autant y aller de front. Il finirait bien par en comprendre les ficelles en expérimentant différentes approches.

Il ignorait combien de temps cela prendrait, mais d’ici à ce qu’il vienne à bout de cette épreuve…

« Ma technique devrait être complète dans une certaine mesure, non ? »

« Hmm ? »

Les yeux du Seol Jihu en armure noire s’écarquillèrent.

« La première épreuve se concentrait sur mon corps. »

« C’est vrai que la deuxième se concentre sur ta technique… mais pourquoi tu demandes ça ? »

« Pour me fixer un objectif. »

Répondit Seol Jihu avec détermination.

« J’ai remarqué que ça m’aidait d’avoir un objectif personnel. Je me suis dit que réussir cette épreuve équilibrerait mon corps et ma technique dans une certaine mesure. »

« …Quoi ? »

À cet instant.

Le Seol Jihu en armure noire fronça très légèrement les sourcils.

Seol Jihu ne comprit pas pourquoi, mais son double paraissait légèrement contrarié.

« …Putain de merde ! Encore ces conneries de corps, esprit et technique. Juste quand je pensais qu’il était sur la bonne voie… »

Il marmonna pour lui-même, mais Seol Jihu l’entendit clairement.

Il cligna des yeux, confus.

« Hé. »

Le Seol Jihu en armure noire cracha l’herbe qu’il mâchouillait et se leva d’un bond.

« Faut que je demande. Est-ce que tu sais vraiment ce que ça veut dire, avoir un corps, une technique et un esprit équilibrés ? »

« Eh bien— »

« Épargne-moi tes conneries, s’il te plaît. »

Le Seol Jihu en armure noire agita la main d’un geste las.

« Je te demande si tu peux expliquer clairement ce que cela signifie d’avoir harmonisé l’esprit, la technique et le corps. »

Seol Jihu fixa son alter ego sans détour. Il ne comprenait pas pourquoi il devenait aussi agressif tout à coup.

« Alors ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

« Je ne sais pas. »

Répondit le Seol Jihu en armure noire.

« J’en ai aucune idée non plus. Je n’y suis jamais parvenu. Merde, je n’en ai entendu parler qu’en théorie. »

« … »

« Tsk, tsk. Tout ça, c’est la faute du Maître Jang, ce vieil homme. Il t’a rempli le crâne avec ces beaux discours creux. »

Seol Jihu se sentit offensé. Qu’on le critique, passe encore, mais qu’on critique Jang Maldong ? Inacceptable.

En voyant son expression changer, le Seol Jihu en armure noire haussa les sourcils.

« Ne me regarde pas comme ça. J’ai le droit de dire ça. »

C’était une déclaration plutôt arrogante…

Mais Seol Jihu se rappela les paroles de Jang Maldong :

[Gamin, ne te permets pas de les ridiculiser tant que tu n’auras pas exploré ton propre domaine indépendant et que tu ne pourras pas te tenir à leur niveau.]

[Je peux critiquer les Hauts-Rangs parce que j’en suis un moi-même.]

[Mais les Rangs Uniques… ce sont comme les étoiles dans le ciel. Je ne pourrais jamais les atteindre, même en tendant la main, alors comment pourrais-je oser les évaluer ?]

Seol Jihu ravala sa colère.

Même Jang Maldong distinguait les Hauts-Rangs véritables des autres. Qui pouvait dire que le Seol Jihu en armure noire n’en faisait pas autant ?

« Ehew… t’as raison, c’est pas la faute du vieil homme. Comment aurait-il pu savoir que tu possédais une capacité comme la Vision du Futur ? C’est ma faute, rien que la mienne. »

Le Seol Jihu en armure noire secoua la tête.

« J’aurais pas dû m’attendre à ce que tu me ressembles. T’y piges rien aux domaines indépendants. »

« …Tu vas un peu loin. »

« Quoi ? »

« Si c’est Ne faire qu’un avec la lance, moi aussi je— »

« Putain, quel connard. »

Lorsque Seol Jihu tenta de se défendre, le Seol Jihu en armure noire grimaça.

« Haa, voilà pourquoi on dit que ceux qui ignorent tout mais ont une conviction sont les plus effrayants. T’as vraiment le don de foutre les nerfs. Allô ? Monsieur Seol Jihu ? Vous écoutez, j’espère. »

Il continua avec un ricanement vide.

« Le domaine que j’ai atteint à mes vieux jours, ce n’est pas Ne faire qu’un avec la lance, mais Perfection sans pareille, qui vise la perfection absolue. Ne faire qu’un avec la lance n’est pas le seul domaine indépendant, et pour être franc, c’est à peine si on peut appeler ça un domaine indépendant. Pigé ? »

La façon dont il parlait… c’était comme s’il disait : Qu’est-ce que tu sais des domaines indépendants ?

« Tant qu’on y est, laisse-moi te poser une question. »

Le Seol Jihu en noir posa la main sur l’épaule de Seol Jihu.

« Explique-moi ce que signifie ne faire qu’un avec la lance. Mais ferme-la si c’est pour me sortir une connerie du genre “ma lance fait partie de mon corps”. »

Seol Jihu referma la bouche.

Les yeux du Seol Jihu en noir se plissèrent.

« Tu ne sais pas, hein ? »

« … »

« Bien sûr que tu ne sais pas. Comment tu pourrais savoir ? Ce n’est pas un résultat que tu as obtenu à force d’entraînement ardu et d’expérience. À la place… »

Le Seol Jihu en noir pointa du doigt vers le sol.

Whoosh ! Accompagnée d’un vent violent, la Lance de Pureté vola vers lui.

« Elle t’a été remise par ce truc. Tu ne connais que la sensation que ça fait. Évidemment que tu es incapable de l’expliquer clairement. »

« … »

« Et tu oses dire quoi ? Tu peux encore parler comme ça sans avoir ce machin à tes côtés ? »

Le Seol Jihu en noir jeta un regard plein de pitié avant de tourner son attention vers la Lance de Pureté.

« J’ai surtout de la peine pour ce gars. C’est une arme divine, bon sang. Tu te rends compte comme il doit se sentir misérablement ? Ah ! Je suis si puissant ! J’ai tant de force ! Alors pourquoi mon propriétaire ne parvient-il pas à bien m’utiliser ? Pourquoi il ne se sert pas de moi comme il faut ? Je lui ai offert mon cœur et mon âme, alors pourquoi il ne me traite pas comme je le mérite ? Il n’existe aucun mal que je ne puisse incinérer, tant qu’il m’utilise comme il faut~ »

[La Lance de Pureté te parle depuis que tu l’as éveillée. Même pendant le combat précédent, elle hurlait et criait de désespoir.]

[Mais tu n’as jamais rien entendu.]

Et après ce qu’il avait entendu de la part de Petit Poussin, il n’avait effectivement rien à répondre.

« C’est ça. Si tu as ne serait-ce qu’un soupçon de conscience, tu ne diras rien. »

Le Seol Jihu en noir lui tapota l’épaule.

« Un objectif, hein ? Très bien, c’est bien. Un rêve ? Ce n’est pas mal de rêver en grand. »

« … »

« Mais mec, à ce stade, tu dois être plus réaliste. »

« … »

« Te concentrer uniquement sur la tâche à accomplir devrait te prendre tout ton temps. Tu viens à peine d’apprendre à marcher et tu ne sais même pas encore courir, alors comment peux-tu rêver de voler et de t’envoler vers les cieux ? »

« … »

« Aigoo~ C’est tellement frustrant. On dirait que je lis un roman avec une progression incroyablement frustrante. »

Le Seol Jihu en noir jeta la Lance de Pureté au sol et fit volte-face.

« Réveille-toi, mon vieux~ »

Chantonnant les paroles d’une vieille chanson, il repartit en traînant des pieds, avant de jeter un regard en arrière.

Seol Jihu restait planté là, l’air impassible.

« … »

Depuis le départ de Baek Haeju, Seol Jihu avait travaillé dur pendant huit mois, sans se plaindre une seule fois.

Il venait tout juste de réussir la première épreuve après tout cela. Le Seol Jihu en noir reconnaissait donc qu’il avait peut-être été un peu dur.

Seol Jihu se retourna doucement. Il s’approcha du rocher et posa ses mains dessus avec abattement. Même s’il essayait de faire bonne figure, il était facile de voir à quel point il était abattu.

Le Seol Jihu en noir soupira.

« Mec, tu déprimes juste pour ça ? Autant t’arracher la bite. »

Il reprit la parole alors que Seol Jihu essayait de pousser le rocher.

« C’est quoi ton plan, là, en essayant de pousser ce rocher ? Tu veux juste te faire écraser par les blocs qui roulent ? »

Ce n’est qu’à ce moment-là que Seol Jihu tourna lentement la tête.

Le Seol Jihu en noir leva les mains.

« Oups, ma faute. C’était vraiment pas malin de ne rien dire. »

Puis, il croisa les bras.

« Bon, utilise un peu ton cerveau. T’as pas vu les messages qui décrivaient les règles de la deuxième épreuve ? Tu peux choisir l’une des deux méthodes. Il suffit d’en réussir une pour passer. Ça fait 50 points sur 100. Et quoi ? Harmoniser l’esprit, la technique et le corps ? Tu n’arrives même pas à avoir 100, alors pourquoi tu vises 10 000 ? Ce test n’est pas si difficile. »

Vise les 50 points vu que tu n’as pas les capacités. Seol Jihu ne pouvait pas contredire ces mots.

« C’est la deuxième épreuve, pas la première. C’est bien d’avoir un objectif, mais choisis-en un raisonnable. Ne raconte pas n’importe quoi du genre “Oh ! Affrontons cette épreuve de front comme la première !” Comment tu veux que je ne sois pas énervé, hein ? Hmm ? »

Le Seol Jihu en noir s’approcha encore de Seol Jihu.

Il s’arrêta devant lui et le fixa intensément.

Après un court silence, il dit :

« … Hé. »

Seol Jihu ferma instinctivement les yeux au moment où il s’apprêtait à répondre.

Quand il les rouvrit, il vit les index et majeur du Seol Jihu en noir juste devant ses globes oculaires.

Le Seol Jihu en noir s’était arrêté juste avant de lui enfoncer les doigts dans les yeux.

« Alors ? »

Demanda le Seol Jihu en noir.

« Tu m’as vu essayer de t’aveugler ? »

« Non. »

Seol Jihu secoua la tête.

« Tu ne l’as pas vu, hein ? Alors pourquoi t’as fermé les yeux ? »

« … Je ne sais pas. C’était un réflexe. »

« Exactement. C’est ça. »

Le Seol Jihu en noir continua.

« Ton cerveau a perçu un danger et a envoyé des neurotransmetteurs pour dire à ton corps de se protéger. Ce n’est pas comme si tu avais vu en mode “Ah, ce connard essaie de me crever les yeux. Je dois les fermer.” Si ça avait été le cas, tu aurais essayé d’esquiver. »

« J’imagine, oui. »

« Pas vrai ? Alors si tu veux parler de ne faire qu’un avec la lance, fais-le quand tu pourras bouger ta lance de manière intuitive, comme tu as bougé tes yeux. Sinon, j’aurai même pas envie de t’écouter. »

Seol Jihu regarda son alter ego avec un regard renouvelé.

[Et l’entraînement sur les rondins, hein !? T’as déjà oublié !? Je t’ai dit de ne pas frapper après avoir vu, perçu, puis réfléchi ! Frappe dès que tu vois ! Bouge par instinct !]

[Un véritable expert placera une attaque avant même que tu aies eu le temps de la percevoir ! Au moment où tu essaieras de réagir, ta tête sera déjà en train de voler !]

Même si ça pouvait être une coïncidence, tout ce que disait le Seol Jihu en noir semblait être en phase avec les enseignements de Jang Maldong.

« Bref… tu veux atteindre un royaume supérieur rapidement, pas vrai ? »

« Bien sûr. Mais je ne vais pas être gourmand. »

« Non, à quoi bon blablater ? Il faut que tu l’apprennes par l’expérience. Très bien, sois aussi gourmand que tu veux. Si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, tu auras quand même appris quelque chose. »

Le Seol Jihu en noir parlait avec un coin de la bouche retroussé.

On aurait dit qu’une idée lui était venue.

« Il y a bien un moyen. »

« Hein ? »

« Tu veux apprendre ne faire qu’un avec la lance comme compétence passive, n’est-ce pas ? Évidemment, ça dépendra de tes performances, mais je peux te dire une bonne méthode. C’est ce que j’ai utilisé à l’époque. Et comme tu as l’Intuition, ce sera peut-être un peu plus facile. »

Les yeux de Seol Jihu s’écarquillèrent.

« C’est quoi ? »

« Réduire la difficulté de l’épreuve. »

« Hein ? Je croyais que je ne pouvais pas changer le contenu des épreuves. »

« Tu ne peux pas, mais quand on veut, on peut. »

Sur ces mots, le Seol Jihu en noir leva les yeux.

« Que faire… que faire… C’est une méthode vraiment débile. Je pense que tu vas faire la grimace au milieu. »

« Je ne le ferai pas. »

« Non, je ne te fais pas confiance. Je suis toi, après tout… Ah, au final, même si tu te plains, c’est pas grave. Je n’aurai qu’à te frapper jusqu’à ce que tu te taises. »

Le Seol Jihu en noir cracha une menace avant de devenir soudainement sérieux.

« Tu vas vraiment faire ce que je dis ? »

Seol Jihu acquiesça.

« Alors enlève tous tes artéfacts. Tu peux garder la Lance de Pureté. »

Seol Jihu ôta docilement sa Boucle d’oreille Festina et sa Bénédiction du Circum.

« Tu as dit que tu le ferais. »

Demanda une nouvelle fois le Seol Jihu en noir.

« Oui, je vais le faire. Mais c’est quoi, en fait… ? »

Après avoir aussi retiré sa cape, Seol Jihu s’interrompit.

Le Seol Jihu en noir se tenait toujours devant lui, les doigts pointés vers ses yeux.

« Bien. Dans ce cas… »

Avant même que Seol Jihu ait le temps de ressentir que quelque chose clochait, le Seol Jihu en noir afficha un sourire en coin.

« On commence ? »

Et au même moment, ses doigts s’enfoncèrent dans les yeux de Seol Jihu.

Piit !

Du sang jaillit de ses pupilles.

« Aaack… ! »

Et un cri retentit, avec un temps de retard.


[1] Pour le service militaire obligatoire, les citoyens passent par des « grades d’enrôlé » qui ne sont pas de véritables grades militaires, car ils sont considérés comme des sous-officiers. Un soldat passe par quatre grades — soldat deuxième classe, soldat première classe, soldat supérieur et soldat maître — avant d’être libéré.