Seol Jihu regarda Baek Haeju, stupéfait.
Slurp ! Sluuuuurp !
Il lui avait proposé de goûter un peu, mais la voir la tête presque enterrée dans le bol de ramen le laissa sans voix. Elle avait enroulé la totalité des nouilles sur ses baguettes.
« Euh, est-ce que vous pourriez m’en laisser un peu… ? »
Il essaya de l’arrêter, mais Baek Haeju resta de marbre. Sourd à tout ce qu’il disait, elle termina les nouilles puis but le bouillon jusqu’à la dernière goutte.
« Aheuuu… »
Baek Haeju laissa alors échapper un gémissement de satisfaction avant de tourner les yeux vers Seol Jihu. En léchant ses lèvres couvertes de soupe de ramen, elle lui lança un regard brûlant.
« … »
Seol Jihu était loin d’être ravi de la situation.
Je lui ai dit d’en prendre un peu, pas de m’arracher tout le bol ! Elle a feint l’indifférence pour mieux me piéger. Elle est pire que ces voleurs d’une bouchée ! Une sorcière à double visage !
Tout en fulminant intérieurement, il sortit un autre paquet de ramen de sa ceinture. Mais dès qu’il eut fini de le préparer, Baek Haeju le lui prit sans même un mot de remerciement, et y replongea le visage une fois de plus.
Il voulut lui faire une remarque mais se retint. Après tout, elle avait été d’une grande aide pendant la guerre.
Bon… autant bien l’accueillir et lui laisser une bonne impression. Comme ça, elle sera peut-être plus encline à m’aider la prochaine fois.
Essayer de se rapprocher de l’Impératrice Sacrée avec juste du ramen était sans doute présomptueux, mais Seol Jihu avait confiance en ses talents culinaires.
« Euh, vous voulez ça aussi… ? »
Il sortit donc du riz instantané et du kimchi frit de sa ceinture. Baek Haeju lui jeta un rapide coup d’œil et les lui arracha immédiatement des mains.
Elle laissa juste la quantité parfaite de nouilles et de soupe, y ajouta le kimchi et le riz, puis engloutit une grande cuillerée.
La voir manger de cette manière effrénée, en transpirant, calma un peu la colère de Seol Jihu.
Elle sait manger, au moins.
Hochant la tête d’approbation, il sortit un autre paquet de ramen.
Mais il soupira en voyant de nouveaux convives, que personne n’avait invités, arriver un à un.
« Aaah, l’odeur du ramen… »
Attirée par l’odeur, Phi Sora sortit la tête de sa tente. Et elle n’était pas la seule.
« Argh, je dormais si bien… Maintenant j’ai faim… »
Chung Chohong se réveilla aussi.
« Espèce de salaud ! Comment oses-tu répandre une odeur aussi impie dans notre terrain sacré de camping ? Refais-en un ! Je le ferai disparaître en un clin d’œil, comme ça tu y réfléchiras à deux fois avant d’en refaire un ! »
Hoshino Urara surgit en criant.
Trois rôdeuses affamées et à moitié endormies se rapprochèrent une à une.
« Ramen~ Ramen~ Ramen~ ! »
Les trois frottaient leurs baguettes en bavant tandis que Seol Jihu transférait le ramen dans un bol.
« …Hein ? »
Il cligna rapidement des yeux.
Une main délicate se glissa discrètement et attrapa le bol de ramen à l’instant où Seol Jihu le posa. Un mouvement naturel et fluide.
« Q-Quoi ? »
« Il a disparu ? »
Chohong et Hoshino Urara restèrent la bouche ouverte.
Phi Sora aussi. Les yeux écarquillés, elle tourna lentement la tête vers Baek Haeju, son expression se crispant.
« C’était quoi, ça ? »
Slurrrrrrrrrp !
La réponse de Baek Haeju fut un incroyable bruit d’aspiration.
« Allô ? Tu en as déjà eu ! Pourquoi tu prends encore celui-là ? »
Slurp, slurp !
« Oh là là ! Regardez-moi ça ! Elle mange tout en ignorant le monde ! Où est passée ta conscience ? »
Gloups, gloups !
« Oh ? Ooooh ? »
Phi Sora s’approcha rapidement, l’air abasourdi.
Baek Haeju se retourna et se mit à manger encore plus vite.
« Argh, tu fais vraiment ça !? »
Phi Sora tenta d’arracher le bol de ramen de force, mais recula en hurlant lorsqu’une aura terrifiante émana du corps de Baek Haeju. Celle-ci la foudroya même du regard.
C’était exactement comme le dit l’expression : c’est celui qui a pété qui se fâche. Phi Sora protesta, révoltée.
« T’es cinglée ou quoi ? »
« Tais-toi. »
« Q-Quoi ? »
« Je t’ai dit de te taire. Tu sais depuis combien de temps je… hua, huaaa… »
Face à l’irritation de Baek Haeju, Phi Sora dut reculer.
Pendant ce temps, Baek Haeju continuait de boire la soupe de ramen comme si elle refusait d’en perdre une seule goutte.
N’ayant pas l’assurance de surmonter un écart de trois niveaux entiers, Phi Sora resta plantée là, bouche bée.
« Hiiing… »
Elle renifla, les yeux rougis. Finalement, elle se tourna vers Seol Jihu avec des larmes scintillant aux coins des yeux.
« Mon cher… cette personne… »
Seol Jihu secoua la tête et mit de l’eau à bouillir.
Qui aurait cru qu’un jour, Phi Sora viendrait me voir en pleurant ? Mon ramen est si bon que ça ?
Il se fit alors une promesse :
La fin est peut-être proche. Si tous les problèmes du Paradis sont réglés… j’ouvrirai un restaurant de ramen.
Un petit restaurant miteux dans une ruelle.
Temps terrestre, année 2018.
Au Paradis, les forces alliées de la Fédération et de l’humanité avaient vaincu les Parasites qui avaient lancé une guerre totale à la Forteresse de Tigol.
Quatre des cinq Commandants d’armée furent contraints de libérer leur divinité, la moitié des Nids fut détruite, et la Reine des Parasites, apparue dans les derniers instants de la guerre, reçut une blessure grave et fut repoussée dans l’Empire.
De plus, la Septième Commandante d’armée fut forcée de battre en retraite du Royaume des Esprits, et le Quatrième Commandant d’armée périt.
Il ne fallut pas deux jours pour que cette nouvelle se répande à travers tout le territoire humain.
Peut-être à cause de cela, une immense foule accueillit les troupes à leur retour à Eva.
Et il ne s’agissait pas que des habitants d’Eva. De nombreux Terriens se mêlaient à la foule.
Ils étaient venus voir Seol Jihu, tant l’événement paraissait incroyable.
Dès qu’il franchit les portes de la ville, un tonnerre d’acclamations éclata. Si fort que Seol Jihu grimaça malgré lui.
Maudit soit le moment où j’ai accepté de passer devant.
Seol Jihu maugréa intérieurement, se souvenant qu’on lui avait demandé de monter un Horus pour ouvrir la marche.
« Comment tu te sens ? »
Teresa gloussa, le suivant sur son propre Horus.
« Tu es enfin de retour à Eva. Tu ne veux pas dire quelques mots à la foule ? »
À la foule ?
Seol Jihu leva la tête vers le ciel. Puis, il murmura d’une voix basse :
« …J’ai l’impression que je vais exploser. »
« Exploser ? D’émotion ? »
« Non, pas vraiment… »
Seol Jihu répondit avec un air des plus sérieux :
« J’ai envie de faire une farce… »
« …Pardon ? »
Teresa cligna des yeux.
« Tu veux dire… que ta malice est sur le point d’exploser ? »
« Oui. Ça fait longtemps que je n’ai pas fait de farces, j’étais trop occupé par la guerre… Maintenant, ça me démange partout… »
Qu’est-ce que ça veut dire ?
Qu’est-ce que cet homme essaie de dire en plein défilé triomphal ?
Il veut plaisanter ?
Non, vu son visage, il n’a pas l’air de blaguer.
Teresa fit une grimace embarrassée avant de forcer un sourire.
Une cérémonie de victoire ne se présentait pas tous les jours, et il y avait quelque chose qu’elle rêvait de faire.
« Erm, et si tu leur faisais signe de la main ? »
« C’est embarrassant. »
« Qu’est-ce qu’il y a d’embarrassant là-dedans ? Regarde tous ces gens ! Ils sont là pour voir le visage du héros ! »
« Héros ? Ce n’est pas comme si j’avais tout fait tout seul. »
« Eii, fais pas ton timide. Regarde, tout le monde agite la main. »
En effet, les membres de Valhalla derrière lui avançaient d’un pas fier et majestueux. Ils savouraient pleinement le défilé, marchant sur un chemin fleuri par des jeunes filles vêtues de robes cérémonielles blanches.
« Allez. Tu t’es battu pour cette victoire. Tu mérites pleinement cet honneur. »
Seol Jihu regarda autour de lui, pressé par Teresa.
Je préférerais quelque chose de plus calme…
Il sourit avec amertume. Il ne détestait pas vraiment cela, mais il trouvait cela embarrassant. De nature, il n’aimait pas les grands tumultes.
Alors qu’il faisait claquer ses lèvres, hésitant, il aperçut soudain un petit garçon.
Il tenait d’une main le bas des vêtements de sa mère, une fleur dans l’autre, et fixait Seol Jihu intensément.
Un sourire se dessina sur les lèvres de Seol Jihu en voyant le garçon se mettre sur la pointe des pieds pour mieux le voir.
Les yeux de l’enfant s’agrandirent quand Seol Jihu se tourna vers lui et leva légèrement la main. Il avait l’air incrédule, comme s’il ne pouvait pas croire que Seol Jihu le regardait.
Au moment où Seol Jihu leva la main plus haut pour saluer—
Whaaaaaaaaaaah !
Les acclamations déjà assourdissantes redoublèrent, atteignant un niveau propre à faire éclater les tympans.
Parfait !
Teresa sourit, satisfaite. Elle dirigea discrètement son Horus à la gauche de Seol Jihu, afficha un sourire tendre et salua la foule elle aussi.
Ainsi, cela donnait l’image d’un roi et d’une reine accueillis ensemble par leur peuple.
— Vive le Représentant Seol !
— Vive la famille royale d’Haramark !
« Ehe, ehehehe. »
Entendant les slogans qu’elle espérait, Teresa frétilla des lèvres de joie.
Mais sa satisfaction fut de courte durée.
« Ohohoho~ ! »
Voyant Teresa rire main sur la bouche, Charlotte Aria amena son Horus du côté droit de Seol Jihu.
Les acclamations changèrent aussitôt.
— Vive le Représentant Seol !
— Vive Sa Majesté la Reine ! Hourra ! Hourra !
Le visage de Teresa se figea.
Elle lança un regard noir à la jeune fille blonde à deux couettes, qui répondait aux acclamations tout en s’agrippant délicatement aux vêtements de Seol Jihu.
Mais cela ne dura qu’un instant. Elle afficha de nouveau un sourire, agitant la main avec encore plus d’énergie.
Puis, elle baissa la voix et murmura :
« Sale gamine, tu ne peux pas comprendre quand on t’envoie des signaux ? »
« Je les ai très bien compris. C’est pour ça que je suis ici. »
« Hoho, tu veux qu’on règle ça ? Une pleurnicheuse comme toi ? »
« Je salue ton courage, mais n’oublie pas qu’on est à Eva. »
Des mots acérés fusèrent entre les deux jeunes femmes, tout sourire et saluant sans relâche.
Bien sûr, leur échange mordant fut noyé sous les acclamations tonitruantes.
Il n’y avait pas de fin à la foule venue les accueillir.
Elle s’étendait tout le long de la route depuis les portes de la ville, et s’était même amassée devant le bâtiment de Valhalla. Ce ne fut donc qu’en atteignant le palais que Seol Jihu put enfin respirer.
Mais bien sûr, arriver au palais ne signifiait pas la fin des festivités.
Après avoir reçu les félicitations officielles de Charlotte Aria et remercié les membres de l’expédition qui rentraient chez eux, une grande fête à l’échelle de la ville fut organisée par Sorg Kühne.
Ce fut alors que Seol Jihu mena les membres de Valhalla pour s’éclipser discrètement du palais. Il aimait les fêtes, mais tout a ses limites.
À ce stade, il voulait tout laisser tomber et simplement se reposer. La fatigue accumulée depuis son retour à la ville venait enfin d’exploser.
Il était à deux doigts de pleurer lorsqu’il atteignit enfin le bâtiment de Valhalla.
« Ça faisait longtemps. »
Kim Hannah vint les accueillir à l’entrée. Elle souriait, tenant une veste de costume sur le bras.
« Bon travail à tous. Bienve— »
« Oi, pousse-toi un peu. On veut rentrer. »
« Ehew, enfin de retour. Oublie la guerre, j’ai cru que j’allais crever là-bas. »
« À qui le dis-tu. C’est quoi cette fête qui finit jamais ? Je n’en ai pas vu la fin. »
Tap, tap. Tout le monde passa devant Kim Hannah sans vraiment répondre à son accueil.
La plupart montèrent directement à leur chambre, d’autres descendirent aux sources chaudes.
Kim Hannah cligna plusieurs fois des yeux avant de rire devant leur état lamentable.
Elle lança un sourire éloquent à Seol Jihu, qui se tenait comme un moine ayant atteint le Nirvana.
« Iya~ Tu as réussi à revenir vivant encore une fois. »
« Tu dis ça comme si tu n’espérais pas que je revienne. »
« Mais non. J’ai prié pour ton retour sain et sauf chaque jour depuis ton départ. »
« Waouh~ Merci, maman de Jinah. »
« Maman de Jinah ? »
« C’est le nom de notre fille dans le futur. En prenant “Ji” de Seol Jihu et “Nah” de Kim Hannah… Aïe, aïe, désolé, désolé, ne me frappe pas. »
Seol Jihu recula aussitôt en s’excusant.
« À peine revenu et tu lances déjà des blagues ? »
Kim Hannah reposa le pied qu’elle avait déjà à moitié levé.
« Désolée de t’embêter alors que tu viens juste de rentrer, mais j’ai quelques rapports à te faire. Bon… Tu devrais te reposer pour aujourd’hui. La fatigue se lit sur ton visage, on dirait que tu vas t’effondrer d’un moment à l’autre. »
Elle n’avait pas tort, mais Seol Jihu secoua la tête.
« Tu as des nouvelles de grande sœur Yuhui ? »
« Mademoiselle Seo Yuhui est… »
Le visage de Kim Hannah s’assombrit légèrement.
« Tu le sais peut-être déjà, mais elle est retournée sur Terre quelques jours après son arrivée à Eva. Le temple ne pouvait rien faire pour elle pour l’instant. »
Renvoyer un blessé sur Terre. C’était une méthode de dernier recours, réservée à des cas très particuliers.
La raison était simple. Pour cela, le blessé devait être conscient et vivant en entrant dans le temple et en utilisant son portail.
De plus, la cause directe de l’effondrement de Seo Yuhui était une surexploitation de son pouvoir sacré. Puisque le serment des dieux faisait disparaître les capacités de quiconque retournait sur Terre, ce pouvoir sacré déchaîné disparaîtrait évidemment lui aussi.
Une fois la cause directe écartée, le corps se remettrait lui aussi avec le temps.
Même si, bien sûr, tout reviendrait au moment de son retour au Paradis.
« J’ai entendu dire qu’elle allait être hospitalisée, mais… »
Kim Hannah observait Seol Jihu tout en parlant. Connaissant sa personnalité, il aurait dû s’agiter nerveusement, comme un chien pressé de faire ses besoins. Mais non. Il hochait la tête calmement, écoutait avec attention… bien plus posé qu’elle ne l’aurait cru.
En vérité, Seol Jihu cogitait sérieusement.
Le fait que grande sœur soit repartie sur Terre sans rester au Paradis… Cela veut dire que ce problème ne se réglera pas de sitôt.
Elle cherchait sans doute à ferrer le gros poisson, en prenant son temps.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Je pensais que tu serais en train de péter un câble. »
« …Parce que je l’ai appris il y a deux jours. Et de toute façon, je ne peux rien faire pour elle immédiatement. Autant rester calme et faire ce que je peux. »
« Tu veux dire… rassembler des offrandes ? »
« Ça, et d’autres choses… »
Seol Jihu resta vague, éludant une réponse claire.
Même Miss Foxy ignorait les détails exacts de l’état de Seo Yuhui. Elle devait donc agir en secret absolu. Il pourrait toujours en parler à Kim Hannah une fois que Seo Yuhui reviendrait.
« Oh, au fait, où est Mademoiselle Eun Yuri ? »
« Elle dort. Apparemment, elle est passée à un cheveu de la mort. Mais on m’a aussi dit qu’elle serait bien plus forte une fois remise. C’est ce qu’a dit la Magicienne nommée Roselle. »
« On peut faire confiance à Lady Roselle. C’est une bonne nouvelle. »
Seol Jihu poussa un soupir de soulagement.
« On parlera du reste demain. Je suis à bout de forces… »
Il se remit en route, gémissant.
Il a l’air en forme.
Kim Hannah sourit en le voyant boiter vers les escaliers. Elle avait entendu dire que la bataille avait été plus violente que jamais, la Reine des Parasites elle-même y étant apparue. Mais, loin de montrer le moindre signe de traumatisme, Seol Jihu avait l’air de sortir d’un bar du coin, et se comportait comme tel. Comme toujours.
« Représentant. »
Kim Hannah l’arrêta alors qu’il s’apprêtait à passer devant elle.
S’inclinant respectueusement, elle termina la phrase qu’elle n’avait pas pu dire plus tôt.
« Bon retour parmi nous. »
Seol Jihu tressaillit.
« …Ouais. »
Il tourna légèrement la tête et esquissa un petit sourire.
« Je suis de retour. »
Il donna un petit coup de coude au bras de Kim Hannah, un peu gêné, et se traîna jusqu’au hall du rez-de-chaussée.
Kim Hannah le suivit du regard alors qu’il montait les escaliers, avant de soupirer légèrement.
« Je suis soulagée. »
Même si deux membres avaient été gravement blessés, tout le monde était revenu vivant.
Le bâtiment, silencieux comme un monastère bouddhiste jusque-là, allait enfin retrouver sa joyeuse agitation.
Kim Hannah laissa échapper un petit rire.
« Au fait… Maman de Jinah ? Hilarant. »
Il n’a pas changé, même après une guerre pareille.
Elle secoua la tête tout en enfilant sa veste… puis s’interrompit.
« …Hein ? »
Elle était sur mon bras, non ?
La veste avait disparu sans qu’elle s’en rende compte.
Kim Hannah fronça les sourcils, regardant son bras gauche, déconcertée. Puis elle se rappela Seol Jihu, grimpant les marches en tenant quelque chose entre ses mains jointes.
Il lui avait aussi donné un petit coup de coude avant de partir…
« …Ce type. »
Kim Hannah monta les escaliers en courant et ouvrit la porte de sa chambre d’un coup sec.
« Hé ! »
Mais personne à l’intérieur.
Une idée lui vint. Elle alla jusqu’à sa propre chambre… et trouva Seol Jihu profondément endormi sur son lit.
Naturellement, il utilisait sa veste comme couverture.
« … »
Kim Hannah resta un instant figée, avant de croiser les bras et de lâcher un rire sarcastique.
« …Bonjour, Monsieur le Pervers ? »
« ? »
« Ne fais pas l’innocent. Tu sais très bien ce que tu fais. Seigneur, moi qui pensais que tu t’étais assagi… T’es allé à la guerre pour faire des farces H24 ? T’as embêté la Reine des Parasites comme ça, elle aussi ? »
« Madame, madame. »
« Madame mon cul. Lève-toi ! »
« C’est comme ça qu’on parle à son mari qui rentre du boulot, exténué ? »
« T’es défoncé ou quoi ? »
Kim Hannah entra dans la pièce d’un pas furieux.
Main ouverte, elle grogna :
« Espèce de salaud ! »
Chak, chak ! Elle lui claqua sans pitié le dos et les fesses. Seol Jihu hurla et se roula sur le dos.
« C’est ça que t’as appris à la guerre ? T’as perdu la tête ou quoi ? Hein ?! »
« Stop ! »
« Héros ? C’est ça le grand héros qui a sauvé le Royaume des Esprits et battu la Reine des Parasites ? T’as pas honte !? Lève-toi !! »
« Argh ! Ça fait mal ! »
Seol Jihu se tortilla violemment et tira la veste de Kim Hannah jusqu’au-dessus de sa tête.
Seol Jihu se réveilla le lendemain matin pile à l’heure.
Évidemment, pas dans sa propre chambre, mais dans celle de Kim Hannah.
Il avait dû entendre toutes sortes d’insultes allant de « lève ton cul » à « dégage », mais il avait résisté jusqu’à ce qu’elle abandonne.
La chambre de Kim Hannah était remplie de plantes dégageant une senteur rafraîchissante.
Seol Jihu sourit en regardant les pots de fleurs à côté du lit.
Malgré ses reproches, elle avait pris la peine de les préparer pour qu’il passe une bonne nuit.
Seol Jihu sauta du lit, jeta la veste de Kim Hannah sur ses épaules et sortit sur la terrasse.
Le plaisir de fumer une cigarette en profitant du soleil matinal ne pouvait être décrit par des mots.
« Quelle paix… »
Il était heureux d’avoir participé à cette guerre. Sinon, la Forteresse de Tigol serait tombée, et l’humanité serait à présent en train de trépigner devant ses maisons en flammes.
La paix qu’il savourait maintenant était le fruit des bonnes décisions qu’il avait prises au bon moment.
« … »
Pour être honnête, il avait encore du mal à y croire.
Mais malgré tout, il avait franchi un grand obstacle.
Et plus la barrière est difficile à franchir, plus la récompense est grande.
Le moment était venu de savourer les fruits de son labeur.
Et comme toujours, la première chose à faire, c’était manger.
Seol Jihu traîna son estomac affamé jusqu’à la cafétéria. Il voulait se remplir l’estomac avant toute autre chose.
Une invitée était déjà là.
Phi Sora était affalée sur une chaise, se frottant le ventre rond comme si elle venait de vivre un festin merveilleux.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Lorsqu’il l’appela, Phi Sora releva à peine la tête, puis la reposa.
« Je suis juste assise là. Tu sais, je profite de la vie. »
« Depuis quand t’es philosophe ? »
« Comment je ne le serais pas ? J’ai combattu jusqu’à m’en casser le dos. Non, en fait, ce n’était même pas un combat. Je me suis juste fait tabasser. Bref, toi aussi tu devrais prendre un moment pour réfléchir à la précieuse valeur de la vie. »
« C’est ce que je faisais justement. Le désespoir passé rend la paix présente encore plus précieuse, non ? »
Phi Sora sursauta. Elle releva de nouveau la tête et fixa Seol Jihu avec un regard nouveau.
« Je ne m’attendais pas à entendre ça de ta bouche. On dirait que tu peux dire de belles choses de temps en temps. »
« Qu’est-ce que tu veux dire, de temps en temps ? »
« Tu poses vraiment la question ? Tu passes ton temps libre à embêter les gens, à courir après les seins des filles comme un bébé, et tu te transformes complètement dès que tu te mets en colère. On dirait un cas extrême de trouble bipolaire. Ah, par contre, tu fais un ramen de malade. »
« …Méchante. »
Seol Jihu se frotta les côtes, meurtri par ces vérités cinglantes.
« Je taquine pas tant que ça. »
« Ferme-la. Je me souviens encore de “Phi-diote”. Ah, j’enrage rien que d’y penser. »
Phi Sora grogna, puis se redressa soudain avec un « Ah ! ».
Seol Jihu, qui était assis en face d’elle, la regarda avec curiosité.
« Au fait, c’est pour quand ? »
« Quoi donc ? Aller au temple ? »
« Ei~ Tu sais très bien de quoi je parle. »
Phi Sora se leva d’un bond et fit le tour de la table avec excitation. Elle se laissa tomber à côté de Seol Jihu, se colla contre son épaule et rapprocha son visage.
« Le temple, on peut y aller quand on veut. Moi je parle de ça. Tu as dû ramasser plein de bonnes choses dans le Royaume des Esprits et à la Forteresse de Tigol. »
Elle le chatouilla du coude en haussant les sourcils.
« Tu ne vas pas tout garder pour toi, hein ? »
À cet instant, les yeux de Seol Jihu brillèrent.