Chapitre 334. Promesse (4)

Revenons trente minutes en arrière, au moment où Marcel Ghionea se préparait à tirer et où Seol Jihu, avec le reste de l’équipe expéditionnaire, faisait tout pour gagner du temps face à Bonté pervertie.

La grande guerre dans le Monde du Milieu marqua alors une courte pause.

Avec l’arrivée inattendue des renforts humains, un silence tendu s’abattit sur la Forteresse de Tigol.

Gabriel avançait lentement, avec une extrême prudence. Elle posa ses mains sur les remparts de la forteresse et fixa l’horizon.

Elle cligna des yeux, mais le paysage au loin ne changea pas. Ce qu’elle voyait devant elle, c’était bien les troupes montées de l’humanité.

C’était bel et bien réel.

Quelle qu’ait été leur raison, l’humanité avait choisi d’abandonner sa neutralité historique.

À vrai dire, elle ne s’attendait pas à ce que la situation actuelle change brusquement avec l’arrivée des renforts humains. Elle savait que la force principale des Parasites restait puissante et que les forces combinées de la Fédération et de l’humanité étaient plus faibles en comparaison. C’était un fait connu de tous.

Mais elle s’en moquait.

Ce qui comptait réellement, c’était que, avant qu’il ne soit trop tard, avant que le train n’arrive à destination, cette gare appelée désespoir… l’humanité avait répondu à l’appel à l’aide de la Fédération.

« …Ils sont vraiment venus. »

Murmura Gabriel tout bas, les poings serrés. Et, au même moment, un rugissement de joie éclata dans la Forteresse de Tigol.

« Waaaaaaaaaa ! »

Les Fées du Ciel levèrent leurs arcs, les Fées des Cavernes levèrent les bras au ciel en hurlant de joie. Même les Hommes-Bêtes se joignirent à eux, secouant les bras de haut en bas.

L’aide qui arrive au moment où l’on en a le plus besoin touche toujours plus personnellement. La forteresse étant au bord de l’effondrement, jamais ils n’avaient été aussi heureux de voir des renforts.

« Waaaaaa ! Waaaaaa ! »

Leurs cris et leurs acclamations résonnaient sans fin sur le champ de bataille silencieux.

Pendant ce temps…

Teresa, debout sur la crête de la montagne, abaissa lentement le regard.

« … »

Bien qu’elle ait d’abord voulu évaluer la situation, ce qu’elle vit sur le champ de bataille la laissa sans voix.

Et on ne pouvait pas lui en vouloir — la première chose qu’elle aperçut, c’était un amoncellement de cadavres au pied des remparts. La montagne de corps lui donna une idée précise de la brutalité des combats. Et ce n’était qu’une des nombreuses montagnes semblables éparpillées un peu partout.

De plus, le sol était entièrement calciné, noirci, par le nombre incalculable de Tonnerres qui avaient dû être déclenchés.

Le vent lui apportait une chaleur imprégnée de l’odeur du sang. Tous ces éléments réunis suffisaient à comprendre à quel point les Parasites avaient attaqué avec férocité, et à quel point la Fédération avait désespérément tenu bon.

« Keuf. »

Teresa toussota doucement. Soudain, elle perçut un changement dans l’atmosphère.

Des murmures s’élevèrent parmi les soldats qui levaient les yeux vers le ciel. Lorsqu’elle les imita, elle vit — sous les nuages sombres cachant le soleil — une immense silhouette holographique flotter dans les cieux assombris.

Les yeux de Teresa se plissèrent sous son casque.

« Reine des Parasites… »

L’hologramme vacillant montrait une immense silhouette assise sur un siège, le menton posé dans les mains. Visiblement indifférente à l’arrivée des renforts, la Reine gardait les yeux rivés sur la Forteresse de Tigol.

En contemplant le paysage en contrebas, Teresa pouvait comprendre l’assurance de la Reine des Parasites, qu’en d’autres circonstances on aurait pu prendre pour de l’arrogance.

« Oho, elle ne fait pas les choses à moitié. »

Une voix paresseuse se fit soudain entendre.

Cinzia venait d’apparaître de nulle part. Elle fixait le ciel, admirative face à l’ennemie.

Il semblait qu’elle avait utilisé le sort de Téléportation pour se placer à ses côtés.

« Donc c’est elle, la Reine des Parasites… C’est la première fois que je la vois en personne. Montrer sa véritable apparence, même en hologramme… Elle prend cette guerre très au sérieux. »

Teresa partageait entièrement cette opinion.

La taille de son armée suffisait à prouver la détermination de la Reine. Une armée de cadavres, de Parasites, de Nids, et cinq armées menées par des Commandants d’armée… les formes grisâtres et noires s’étaient répandues sur la terre comme si le pandémonium avait envahi le Monde du Milieu.

Il y en avait tant qu’on pouvait dire sans exagération qu’ils pouvaient avaler la majestueuse Forteresse de Tigol sans difficulté. Ce qui importait, c’est que Teresa allait bientôt devoir plonger dans cet enfer, avec la conscience que tous ses efforts pourraient être vains.

La peur de mourir fit grogner doucement les Horus. Teresa se mordit les lèvres, caressant le cou de son Horus effrayé. Ce serait mentir de dire qu’elle n’avait pas peur.

Et elle n’était pas la seule.

La peur se lisait sur tous les visages des soldats qui faisaient face à l’armée parasite.

Il n’y a aucune chance qu’on gagne…

Soudain prise de vertige, Teresa baissa la tête. Une nausée intense, provoquée par la pression écrasante, menaça de la faire tomber de cheval.

C’est alors.

« ! »

Elle ressentit une chaleur soudaine sur sa poitrine. Elle fouilla rapidement sous sa cape et en sortit un morceau de papier, fronçant les sourcils.

« Ah… »

Observatio Vitae. Ce morceau de papier était un contrat divin qui représentait la vie de son contractant.

« Encore… »

Le contrat brûlait. Plus de la moitié avait déjà disparu, et ce qu’il en restait se consumait rapidement.

Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : Seol Jihu était en danger de mort.

« Non… »

Murmura Teresa, abasourdie.

« Non… ! »

Comme pour répondre à son cri désespéré, les flammes s’arrêtèrent enfin. Il ne restait désormais qu’un fragment si petit qu’on aurait pu à peine le saisir entre deux doigts.

En vérité, ce n’était pas la première fois que cela arrivait. Elle avait déjà vécu de nombreux moments semblables pendant l’avancée. Le précédent incident était passé tout près, mais le contrat avait survécu. Et bien que ce qui venait de se produire fût le plus grave de tous, le contrat n’avait finalement pas disparu.

Il résistait, même réduit à un minuscule fragment.

La ténacité du contractant bouleversa Teresa. Face à ce contrat luttant désespérément, Teresa reprit ses esprits.

Ce n’était pas le moment de se laisser envahir par la peur.

Seol Jihu était sûrement là-bas, en train de combattre, en ce moment même où elle hésitait. Il devait risquer sa vie, franchissant encore et encore la frontière entre la vie et la mort, livré à un combat sanglant.

Tout cela dans un seul but, en croyant en ceux qui étaient restés dans le Monde du Milieu.

Teresa sentit son cœur se serrer en voyant le fragment de papier trembloter comme une bougie sur le point de s’éteindre. Finalement, elle ferma les yeux.

« …Enfin, c’est bien naturel. »

Cinzia lança un regard à Teresa, la tête baissée.

« C’est la première fois que l’humanité est témoin d’une armée de Parasites d’une telle envergure. Même moi, j’ai un peu peur. »

C’était sa manière à elle de la réconforter.

Mais Teresa resta silencieuse. Elle ouvrit la bouche, poussa un long soupir, puis tendit le papier à Cinzia.

« Hmm ? »

Cinzia prit le papier d’un air nonchalant. Soudain, une lueur passa dans ses yeux.

« C’est… »

« Observatio Vitae, un contrat qui permet d’observer la vie. »

« … »

« Le contractant, c’est… »

« Le représentant de Valhalla. »

Cinzia leva la tête et agita légèrement le papier.

« Et donc ? Pourquoi tu me donnes ça ? »

Teresa soupira à nouveau.

« Je voulais juste que tu le saches… »

Elle poursuivit, la tête toujours baissée.

« C’est le dernier espoir qui nous reste. »

Cinzia haussa un sourcil. Elle ne dit rien, se retourna, toujours le papier à la main.

« Nous vous rejoindrons dès que le contrat sera exécuté… Je te souhaite bonne chance. »

Un cercle magique entoura Cinzia, et elle disparut dans l’instant.

Teresa leva lentement la tête. Elle ouvrit les yeux et fixa l’horizon. Les Parasites se mettaient en marche. Il n’y avait plus une seconde à perdre.

Teresa leva son épée vers le ciel, s’appuyant sur la chaleur résiduelle du contrat dans sa main.

« Ooooooh ! Ooooooh ! »

Les soldats poussèrent de féroces cris de guerre. Pour étouffer leur peur, ils frappaient le sol du plat de leurs armes en criant.

Teresa se remémora sa dernière rencontre avec Seol Jihu, le dos tourné aux clameurs des soldats.

Il lui avait promis de revenir vivant.

Et elle lui avait promis de lui faire gagner du temps.

Teresa serra les dents.

« … »

Rien n’avait changé devant elle. Elle avait toujours aussi peur. Sa main qui tenait l’épée tremblait, et c’en était la preuve.

Est-ce que… j’en suis capable ?

Le doute traversa son esprit, mais elle l’écarta d’un coup. Elle n’avait pas le choix. C’était une chose qu’elle devait faire.

Seol Jihu tiendrait sa promesse, c’était certain. Alors elle devait tenir la sienne. Et l’instant était venu.

PPOOOOOO— !

C’est alors que la trompette retentit. Les yeux de Teresa s’emplirent de détermination.

« … »

…C’est vrai, peu importait si elle devait finir en bouclier de chair. Peu importait si elle mourait en vain sans avoir pu donner un seul coup d’épée.

Tant qu’elle pouvait faire une chose.

La chose que Seol Jihu désirait plus que tout.

Lui faire gagner le temps qu’elle lui avait promis… !

PPOOOOOO— !

Son épée longue argentée, brillant sous les rayons du soleil, s’abaissa pour pointer droit vers les Parasites. Au même moment, elle enfonça ses éperons dans les flancs du Horus et ouvrit grand la bouche.

Et puis…

« PRÊÊÊÊTS… ! »

Teresa cria alors qu’elle dévalait la crête sur son Horus.

« CHARGEEEEEEEZ ! »

« « « WAAAAAAAAAAH ! » » »

D’innombrables voix s’unirent en un unique rugissement qui la poursuivit.

Enfin, la cavalerie humaine chargea l’armée parasite !

Seol Jihu ne comprenait pas ce qu’il se passait.

Pourquoi Furieuse Tempérance avait-il interrompu son attaque ? Et pourquoi son pendentif brillait-il ainsi ?

Une chose était sûre, cependant : quelque chose avait changé à l’intérieur de Furieuse Tempérance.

C’était indéniable. Tandis que la lumière extérieure s’apaisait, les ténèbres qui emplissaient l’intérieur devenaient de plus en plus confuses.

Seol Jihu voyait bien à quel point Furieuse Tempérance était désorienté.

[C’est ça. Tempérance… !]

À cet instant, une masse de fumée noire fonça sur Seol Jihu.

C’était Flone.

[Oui. Tempérance… C’était Tempérance !]

« …Flone ? »

Murmura Seol Jihu, les yeux perdus sur Flone, dont le regard allait et venait entre le géant et le pendentif. Mais Flone ne l’écoutait pas.

[Ô vénérable Tempérance !]

Elle joignit les mains dans une prière et leva les yeux vers le géant, ses pupilles chargées de désespoir.

[Veuillez me répondre si vous entendez ma voix !]

« Keuu… »

[Bien que les Rothschears ne vous aient pas servi, vous devez vous souvenir que Rhetinhen nous a transmis la Promesse de Tempérance !]

La Promesse de Tempérance ?

Seol Jihu fronça les sourcils, cherchant à se rappeler où il avait déjà entendu cette expression.

[Beaucoup de temps a passé, mais la Promesse reste intacte ! Et il n’y a pas si longtemps, le propriétaire de cette Promesse en a transféré les droits à un autre homme !]

Flone pointa Seol Jihu du doigt.

[Cet homme, c’est lui !]

« Keuuuu… ! »

[Mon grand-père a reconnu cet homme comme le propriétaire légitime de la Promesse ! C’est envers lui que vous devez tenir votre promesse !]

Flone continua avec ferveur. Même si Seol Jihu ne savait pas de quoi elle parlait, l’effet était visible à l’œil nu.

À chaque fois qu’elle mentionnait la promesse, la lumière gagnait en éclat. Le pendentif de Seol Jihu se mit lui aussi à irradier une vive lueur.

Et ce n’était pas tout. Avant même que Seol Jihu s’en aperçoive, le géant avait retiré ses bras. Lentement, il leva les deux mains pour se tenir la tête.

« Keeuuuak ! Keeuuaaaaak ! »

Tout à coup, il se mit à hurler, son corps ondulant dans tous les sens. Il souffrait clairement.

Face à cette scène, Seol Jihu se souvint soudain de la fois où il avait visité la villa de l’ancien empereur.

Là-bas, il avait rencontré le grand-père de Flone, et…

[Faveur… Collier… Serment… Changement…]

[Promesse avec la Tempérance des Sept Vertus… autrement dit… à égalité avec le Serment impérial…]

Est-ce que… ?

Seol Jihu tourna les yeux.

« Flone, qu’est-ce que tu entends par Promesse ? »

[C’est le pacte que chaque famille de l’Empire a passé avec un dieu. Tu te souviens ? Les Rothschears servaient Castitas, la déesse de la chasteté.]

Répondit Flone à toute vitesse, et Seol Jihu acquiesça.

« Donc cette Promesse, c’est une sorte de souhait ? »

[Ce n’est pas un simple souhait, non.]

Flone secoua la tête.

[C’est une bénédiction et un serment qu’une famille reçoit en échange d’une vie de dévotion au service d’un dieu. Tant qu’elle reste loyale, même un dieu ne peut rompre cette Promesse !]

Elle leva les yeux vers Furieuse Tempérance.

[Dépêche-toi ! Mes cris n’auront aucun effet sur lui ! En ce moment, tu es le propriétaire légitime de la Promesse… !]

À cet instant, Seol Jihu savait instinctivement ce qu’il devait faire. Il lui restait encore des questions, mais il les mettrait de côté pour l’instant.

Une promesse que même un dieu ne peut briser… !

Seol Jihu serra le pendentif dans sa main. Fixant Furieuse Tempérance qui hurlait toujours, il formula un vœu intense au fond de son cœur.

« …Mais qu’est-ce qu’il fait ? »

Bonté pervertie fronça les sourcils. Elle avait dressé la scène pour Furieuse Tempérance, respectant sa décision de libérer sa divinité malgré ses effets secondaires. Mais au lieu d’anéantir l’équipe expéditionnaire, il était là, à se débattre tout seul.

Bonté pervertie claqua la langue et réajusta ses plans. Même si elle ne voulait pas s’approcher d’une entité divine devenue folle, il se passait quelque chose d’anormal.

« Qu’est-ce que tu fabriques ? »

Elle s’approcha et cria, mais Furieuse Tempérance resta sourd à son appel.

« Je t’ai demandé ce que tu fabriquais ! Dépêche-toi et… ? »

À ce moment-là, elle remarqua le changement.

Furieuse Tempérance semblait dans un état étrange. Tandis que la lumière extérieure était contenue, les ténèbres cessèrent de bouillonner et refluèrent rapidement. C’était comme si l’énergie était maîtrisée.

Furieuse Tempérance était-il en train de contrôler sa divinité… ?

Impossible.

Elle jeta rapidement un regard vers l’équipe expéditionnaire, et son regard se figea sur Seol Jihu.

« Ça, c’est… »

Le pendentif lumineux attira immédiatement son attention. Lors de leur combat, ce n’était qu’un simple collier.

Attends.

Elle cligna des yeux.

Ce n’était pas un pendentif ordinaire. Elle pouvait maintenant sentir un lien puissant entre ce pendentif et Furieuse Tempérance. Une loi de causalité irrésistible, que même un dieu ne pouvait défier, était en train de retenir le corps puissant du géant !

Ne me dis pas… !

Se rappelant pourquoi la Reine des Parasites ne pouvait pas quitter le Trône corrompu, Bonté pervertie laissa échapper un grognement sourd.

Et ce n’était pas le seul souci. Furieuse Tempérance avait perdu la raison — il ne lui restait que ses instincts.

Alors que se passerait-il si l’ennemi parvenait à contrôler même ces instincts ?

Ce n’est pas le moment de s’embarrasser de petites manigances !

Même si elle ignorait ce qui se passait exactement, Bonté pervertie prit une décision froide et rapide.

Elle devait détruire ce pendentif. Si elle ne le faisait pas, elle avait le fort pressentiment que quelque chose d’inimaginable se produirait.

Mais alors qu’elle allait bouger, elle tressaillit.

Furieuse Tempérance avait cessé de grogner.

« … »

Il tourna la tête et fixa Bonté pervertie, suspendue dans les airs.

Et à cet instant précis, elle ressentit une intention meurtrière à peine perceptible dans ce regard fixe—

La bouche de Furieuse Tempérance s’ouvrit largement.

De sa gorge béante, une lumière aveuglante jaillit.

Les yeux de Bonté pervertie s’écarquillèrent.

Une attaque totalement inattendue, sans le moindre signe annonciateur, s’élança soudain !

Kwaaaaaaaaa !

En une fraction de seconde, un rayon lumineux déchira les airs, balayant Bonté pervertie !