La chasse au trésor avait commencé.
Après l’augmentation de la difficulté, Kim Hannah ne quitta plus le Tutoriel des yeux. On pouvait dire qu’il s’agissait d’une urgence. Après tout, le représentant de Valhalla pouvait mourir à la moindre erreur.
La raison pour laquelle Kim Hannah ne priait pas désespérément comme Chohong, ou ne piaillait pas pour qu’on la laisse entrer comme le petit poussin, était qu’Eun Yuri s’en sortait étonnamment bien.
Elle est maligne.
C’était l’évaluation que Kim Hannah fit d’Eun Yuri deux heures après le début de la seconde étape. Sachant que Kim Hannah ne distribuait pas les compliments à la légère, cela pouvait être perçu comme un grand éloge.
Berner Park Woori et Yoo Yeolmu pour qu’ils rejoignent son camp et se servir du groupe de survivants qui tentait de l’attaquer était une performance brillante, même en prenant en compte l’expérience passée d’Eun Yuri.
Mais ce n’était pas tout. Pour répondre aux attentes de Seol Jihu, Eun Yuri devait obtenir des outils utiles aussi rapidement que possible. Une erreur fréquente chez les survivants était de ne pas prendre en compte le temps nécessaire pour insérer les pièces dans la machine à gacha.
Il fallait étonnamment beaucoup de temps pour les insérer une à une. Comme Eun Yuri était expérimentée, elle parvint à minimiser ce temps avec succès.
La méthode qu’elle choisit fut de tout faire simultanément. D’abord, elle nota les zones difficiles d’accès mentionnées dans le journal. Ensuite, Yoo Yeolmu, porteur de cette liste, rejoignait le groupe de survivants qui le suivait à distance, et ils cherchaient ensemble les pièces.
Il suffisait de regarder ce qui se jouait pour s’en rendre compte.
— Vous les avez toutes trouvées ?
— Tiens. Y en a 201 en tout.
— Tu caches rien, hein ? Si cette garce commence à se douter de quelque chose, on est foutus.
— Non, non. Tu peux les compter si tu veux.
— Moi non, mais elle, oui. Elle le montre pas, mais elle compte les piles des yeux à chaque fois que je lui apporte des pièces.
— Quelle fille tatillonne… Au fait, combien de gens je dois encore recruter ? J’essaie d’en convaincre dès que j’en croise. J’en ai rassemblé environ seize, là.
Une fois les pièces collectées, Yoo Yeolmu rejoignait Eun Yuri, puis bifurquait discrètement pour retrouver Park Woori, qui utilisait la machine à gacha, et lui remettait les pièces.
— Alors ? On en a tiré quelque chose de bon ?
— J’sais pas. Une armure en cuir et deux boules de sorts… Grand frère Yeolmu, vous croyez que ça suffit ? Probablement pas, hein ?
— J’en sais rien. C’est dur à dire.
— Ça me rend fou. Ce serait mieux pour nous et pour la m’dame si ça sortait plus vite… Tsk. Il nous reste combien de pièces ?
— On en a trouvé un peu plus de la moitié. Donne-les-moi. Non, laisse, je m’en occupe. Toi, continue à tirer.
— D’accord. Ah, laissez les pièces ici.
— Évidemment. La m’dame a dit qu’on ferait mieux de bouger après en avoir quelques-uns. Ça pourrait croiser la route de la prochaine recherche.
— Vraiment ? Vous pouvez me montrer la carte une seconde ? Pour que vous puissiez venir facilement… Je vais bouger vers la machine du nord-ouest. On se retrouve là-bas la prochaine fois.
Ensuite, Yoo Yeolmu mettait les objets obtenus par Park Woori dans son sac et repartait voir Eun Yuri, qui cherchait les pièces plus faciles d’accès dans une station de montagne.
— Voici les objets.
— …Ça ne suffira pas.
— Alors on va devoir continuer à tirer. Vite.
— Voilà la liste des emplacements et les pièces trouvées dans la station. Trente-deux exactement.
— J’y vais tout de suite.
— Merci. À notre prochain point de rendez-vous.
Yoo Yeolmu, avec la liste et les pièces remises par Eun Yuri, reprenait contact avec le groupe de survivants. Et ainsi, le cycle continuait, sans fin, jusqu’à ce qu’ils obtiennent tout ce qu’ils voulaient ou qu’ils aient utilisé toutes les pièces.
Elle s’en sort mieux que prévu, mais…
C’était impressionnant qu’elle ait conçu le trajet le plus efficace et donné des ordres avec autant de calme dans une situation aussi critique. À cause de cela, Kim Hannah commença à s’intéresser au tempérament et à l’aptitude d’Eun Yuri.
Mais comme elle faisait simplement de son mieux dans les circonstances données, certains problèmes persistaient.
« Bon sang, ça veut pas sortir. »
Oh Rahee marmonna en regardant Park Woori insérer pièce après pièce dans la machine à gacha. Il n’était pas chanceux. C’était aussi l’unique inquiétude de Kim Hannah, mais il n’y avait rien à faire : les machines à gacha dépendaient de la chance.
Les gens pouvaient planifier leurs actions, mais seuls les cieux décidaient.
Comme la moitié des pièces n’avait pas encore été utilisée, Kim Hannah décida de continuer à observer un moment.
Yoo Yeolmu revint. Eun Yuri soupira en regardant les objets dans le sac. C’était un nouvel échec.
Ce n’était pas qu’ils n’avaient fait aucun progrès. Ils avaient obtenu quelques objets utiles comme des potions, des boules de sorts, une armure en cuir. Mais si on lui demandait s’ils pouvaient vaincre l’Homoncule en frénésie avec ça… Eun Yuri hésiterait. Elle n’avait tout simplement pas confiance.
Qu’est-ce que je dois faire…
Seol Jihu lui avait demandé de trouver une solution solide. Mais dans cette situation, rien ne garantissait qu’ils la découvriraient via la machine à gacha.
Yoo Yeolmu prit la parole en voyant l’hésitation se peindre sur le visage d’Eun Yuri.
« Ne vous en faites pas trop. »
« … »
« Ce n’est pas comme si on n’avait plus de pièces, et les machines à gacha, c’est vraiment une question de chance. Il comprendra. »
Eun Yuri leva les yeux vers Yoo Yeolmu, qui parlait d’une voix grave. C’était lui qui souffrait le plus. Cela se voyait à ses vêtements trempés de sueur.
Il devait être exténué par les allers-retours, mais au lieu de se plaindre, il la réconfortait. Même si elle restait prudente, Eun Yuri lui était sincèrement reconnaissante.
« Vous avez raison. Je vais continuer à essayer. »
« Très bien. Vous pouvez me passer ça. »
« Et là-bas ? Ils ne se doutent de rien ? »
« Pour l’instant, ça va. Je sors une excuse chaque fois qu’ils posent une question. Je vous tiendrai au courant si je vois un comportement suspect. »
Yoo Yeolmu quitta la station peu après avoir reçu la note et les pièces. Une fois qu’elle entendit la porte se refermer, Eun Yuri secoua la tête.
Il devrait s’en sortir. Il a dit qu’il s’enfuirait si ça devenait trop dangereux.
Comme l’Homoncule ne faisait pas de ravages sur l’île, il était peu probable que Seol Jihu ait été vaincu. Et de toute manière, Eun Yuri n’avait ni le temps de s’inquiéter ni celui d’être fatiguée.
En cet instant même, Seol Jihu devait risquer sa vie pour retenir l’Homoncule.
Allons-y.
Eun Yuri s’élança avec énergie.
Puis, elle courut.
L’île entière baignait dans une lueur dorée alors que le soleil se couchait. La deuxième étape du Tutoriel ayant commencé autour de midi, un temps considérable s’était écoulé.
« Merde, merde, merde, merde… »
Park Woori se débattait toujours avec la machine à gacha. Il insérait frénétiquement les pièces.
« Pitié, pitié. Sors, maintenant. Pitié. »
Des milliers de pièces avaient déjà été insérées, des dizaines d’objets obtenus. Il était temps qu’une arme utile tombe, mais la majorité des objets étant inutiles, Park Woori en devenait désespéré.
Mais plus que tout, c’était le fait de ne pouvoir insérer qu’une seule pièce à la fois qui le rendait fou.
« Putain… J’veux voir la tronche du salaud qui a inventé cette machine. »
Quel sadique avait pu créer un engin pareil ?
« Pourquoi on peut pas en mettre dix ou cent d’un coup ? Raaah, ma main me fait mal. »
Il fronça les sourcils et se massa le pouce. Ses empreintes étaient remplacées par les motifs des pièces.
« J’sais pas qui a fait ça, mais c’est un putain de connard. Putain, il mérite de retirer les pièces de cette machine une par une pour toucher sa paie. Ça lui fera les pieds. »
Ignorant que les Sept Dieux ne touchaient aucun salaire, Park Woori serra les pièces en râlant.
Alors qu’il se préparait à insérer une autre pièce…
« … »
Il cligna des yeux. Pencha la tête.
« Euh… j’en étais à combien, déjà ? »
Il avait oublié. En fait, il ne comptait plus depuis le moment où il avait retiré ses mains de la machine. Insérer des pièces sans fin l’avait convaincu qu’il comptait encore.
« Ah, merde. J’en mettais ou pas ? J’ai tiré un objet ? »
Il tenta de se remémorer, mais échoua et grogna.
« Tant pis. Je dirai que j’ai fait une erreur. »
Pensant qu’on ne le tuerait pas pour une étourderie, il recommença. Mais un nombre énorme de pièces avait déjà été inséré.
Sans le savoir, Park Woori en avait mis près de deux cents en râlant. En en ajoutant une centaine, la machine totalisa trois cents pièces.
Et la machine à gacha proposait un objet à 300 pièces.
« Ouf. »
Park Woori actionna le levier, visiblement fatigué. Il n’attendait plus rien de cette machine, ayant perdu tout espoir.
Clunk ! Mais à la sortie de l’objet, ses yeux s’écarquillèrent. Il ne l’avait encore jamais vu.
« …Oh ? »
Sa mâchoire tomba lorsqu’il lut la description.
Le problème survint alors qu’ils atteignaient le seizième site. Non, rien ne s’était encore passé, mais quelque chose semblait se préparer.
Alors que Yoo Yeolmu s’apprêtait à repartir après avoir collecté les pièces, le jeune homme l’interpella :
« Je sais qu’il reste des pièces, mais on ne devrait pas y aller, maintenant ? »
Il parlait en regardant ses camarades, assis non loin.
« Moi, je continuerais bien à tirer des objets, mais beaucoup en ont marre. Tout le monde est crevé après des heures de recherche. »
Ce n’était pas surprenant. Au départ, les gens coopéraient sincèrement, ignorant quand le monstre allait frapper, mais à force de pièces trouvées, certains changeaient d’avis.
« Bref, je voulais ton avis. »
Yoo Yeolmu remarqua que les survivants écoutaient. Il devait répondre judicieusement. Un refus net pourrait éveiller les soupçons. Mais il devait aussi gagner du temps pour s’éclipser.
« Hmm… On dit qu’ils le retiennent grâce à leur privilège bonus, mais j’en ai pas été témoin. »
Il continua en feignant la réflexion :
« J’imagine qu’y aller tant qu’on peut, c’est pas une mauvaise idée. »
« Donc tu es d’accord. »
« Plutôt indifférent, en fait. Vous avez déjà décidé ? »
« Non, pas encore. On a plusieurs opinions. »
Le jeune homme secoua la tête.
« Je trouve ça dommage. Il reste au moins 800 pièces. Si on les collecte pas, on aura tous 50 de moins. »
« C’est vrai. »
Yoo Yeolmu acquiesça lentement, puis ajouta :
« De toute façon, ça ne changera rien une fois qu’on aura mis notre plan à exécution. On connaît déjà la route que cette garce va emprunter. La seule question, c’est quand. »
« Exact. »
« Alors faisons comme ça. Je vais la voir pour savoir ce qu’elle fait. En attendant, vous discutez entre vous et vous prenez une décision d’ici mon retour. Si on continue la recherche, on cherchera avec la note que je ramène, et si on décide d’arrêter, on pourra frapper tout de suite. »
« D’accord. Donc peu importe pour toi ? »
« Ouais. En tout cas, ne vous battez pas, discutez-en calmement. On touche au but, pas la peine de se disputer. »
Yoo Yeolmu tourna les talons après cette supplique sincère. Il accéléra le pas, son visage tendu.
S’ils décident de continuer la recherche, on aura un peu de répit… mais ça devient risqué.
Fuir semblait sage, mais seule Eun Yuri pouvait décider.
Yoo Yeolmu se précipita vers Park Woori pour le prévenir et lui remettre les pièces. Mais en arrivant à la machine, il resta sans voix.
Park Woori, d’ordinaire râleur, était en train de ranger son sac.
« Oh ! Grand frère, vous voilà ! »
Il semblait ravi de le voir.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi… »
« C’est sorti ! Enfin ! J’l’ai enfin eu ! »
« On l’a eu ? »
Les oreilles de Yoo Yeolmu se dressèrent.
« Tu es sûr ? »
Park Woori sourit de toutes ses dents, puis se leva avec son sac. Levant l’objet qu’il tenait dans la main gauche comme pour l’exhiber, il brandit le pouce. Puis il cria :
« Oui ! »