Chapitre 242. Couper l’eau avec une lame

Le campement était inhabituellement silencieux, une atmosphère sérieuse y flottait, tendue comme si elle pouvait se rompre à tout instant.

« Sors de là. »

Kim Hannah, qui regardait autour d’elle d’un air perplexe, entendit une voix. Elle se retourna et vit Phi Sora, un seau dans chaque main.

« Mademoiselle Phi Sora ? »

Kim Hannah l’interpella, mais cette dernière ne lui jeta même pas un regard. Elle se contenta de la fixer avec une expression glaciale.

« Qu’est-ce que tu regardes ? Où est tout le mo— »

« Silence. »

Une voix tranchante la coupa net. Phi Sora poursuivit, les yeux rivés au même endroit.

« J’ai presque fini, alors reste là. Et essaie de bouger si tu peux. »

« …Pardon ? »

Alors que Kim Hannah allait demander ce qui se passait…

Fiou ! Un éclair doré, accompagné d’un violent coup de vent, passa en trombe devant elle.

Tzzzt ! Des crépitements intenses frappèrent les oreilles de Kim Hannah, terrifiée.

Le souffle qui suivit fit voler sa jupe et ses cheveux. Au même moment, Phi Sora lança le contenu des seaux qu’elle tenait.

Quand Kim Hannah tourna ses yeux écarquillés…

« Bleu ! »

Elle vit Seol Jihu enveloppé d’une décharge électrique, brandissant sa lance vers un amas de pierres tombant sur lui.

Boum, boum, boum, boum ! À chaque mouvement de sa lance, des détonations retentissaient.

Kim Hannah assista à un spectacle stupéfiant : le jeune homme ne visait que les pierres bleues parmi des dizaines de pierres multicolores. Mais soudain, elle fronça les sourcils.

Elle avait vu une pierre bleue tomber dans son dos alors qu’il retirait sa lance.

Alors qu’elle pensait : Il ne l’a pas vue ?, Seol Jihu lança brusquement son bras en arrière.

Une Lance de mana jaillit de sa main et transperça la pierre. Il ne s’était même pas retourné. Voyant la poussière se disperser dans l’air, Seol Jihu sourit.

Jang Maldong ferma la bouche et baissa légèrement la tête, une petite habitude qu’il avait quand il n’avait rien à redire.

« … »

Le vent se calmant peu à peu, la bouche de Kim Hannah resta entrouverte. Elle venait de réaliser que tout ce qu’elle avait vu s’était déroulé en un éclair, avant même que sa jupe ne retombe.

« Alors ? Tu as bien progressé ? »

L’entraînement infernal était terminé. L’équipe de formation nettoya le campement, puis monta dans le carrosse que Kim Hannah avait amené pour retourner à Haramark.

« On dirait que tu es devenu bien plus fort. »

Kim Hannah demanda cela en donnant un petit coup de coude à Seol Jihu.

Celui-ci se contenta d’un faible sourire, visiblement épuisé. Son corps réclamait du repos après un entraînement mené jusqu’à la dernière seconde.

Mais il se sentait également incroyablement bien. Non seulement il avait assouvi son désir de s’entraîner, mais il avait aussi accompli beaucoup de choses.

Le sourire de Seol Jihu s’élargit alors qu’il contemplait sa Fenêtre de statut.

[Fenêtre de statut]

[1. Informations générales]

Date d’invocation : 16 mars 2017

Grade de la Marque : Or

Sexe/Âge : Homme/26

Taille/Poids : 180,5 cm/72,8 kg

État actuel : En bonne santé

Classe : NV 5. Lance de Némésis

Nationalité : Corée (Zone 1)

Affiliation : Carpe Diem

Alias : Petit malin, L’Adversaire, Premier au classement, Fatigant, Première étoile, Farceur, Pleurnicheur, Cinglé des nichons, Héros de guerre d’Haramark, Masochiste de l’entraînement

[3. Niveau physique]

Force : Intermédiaire (Intermédiaire)

Endurance : Intermédiaire (Faible)

Agilité : Intermédiaire (Élevé) ↑1

Vigueur : Intermédiaire (Élevé) ↑1

Mana : Élevé (Élevé)

Chance : Intermédiaire (Intermédiaire)

Points de capacité restants : 6

[4. Capacités]

  1. Capacités innées (1)
  2. – Neuf yeux jaugeurs de l’avenir (Grade inconnu)
  3. Capacités de classe (5)
  4. – Qi de l’épée (Intermédiaire)
  5. – Techniques de base de la lance : Poussée (Élevé), Frappe (Élevé), Coupe (Élevé)
  6. – Lance de mana – Multiple (Élevé)
  7. – Tonnerre fulgurant [Intermédiaire (Élevé)]
  8. – Cœur vertueux (Intermédiaire)
  9. Autres capacités (2)
  10. – Circuit renforcé (Élevé)
  11. – Intuition [Intermédiaire (Élevé)]

Sa Fenêtre de statut semblait plus remplie qu’avant, comme un coussin enfin garni à bloc.

Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il se sentit vraiment un Haut Rang.

« Alors, tu penses pouvoir te considérer comme un Haut Rang maintenant ? »

Kim Hannah insista, le harcelant de questions. Seol Jihu réfléchit un instant avant de répondre :

« Hm… non. »

« Non ? »

« Oui. Je dirais que je suis… à 4,6 ? »

Kim Hannah afficha un air abasourdi face à cette évaluation.

« Pas 4, pas 5, même pas 4,5. C’est quoi ce chiffre flou ? »

Jang Maldong, assis en face dans le carrosse, laissa échapper un rire.

Il se considère comme niveau 4,6 ?

Si tout le monde se basait sur ce standard, tous les Terriens du Paradis devraient revoir leur niveau à la baisse.

Jang Maldong eut envie de lui dire d’arrêter les blagues, mais il garda le silence. À ses yeux, il valait mieux sous-estimer sa force que la surestimer.

Et il savait très bien que Seol Jihu avait encore une immense marge de progression.

Tellement vaste qu’il ne pouvait en voir le bout, même maintenant qu’il était devenu un Haut Rang…

Avant de retourner à Haramark, l’équipe de Carpe Diem fit un arrêt à Eva pour vérifier l’état du bâtiment en construction.

Lorsqu’il arriva sur le terrain qu’il avait acheté quelque temps auparavant, Seol Jihu resta sans voix.

Il avait simplement demandé à Kim Hannah de bâtir un quartier général pour l’organisation, mais, mettant de côté la taille, elle avait carrément fait ériger un édifice médiéval digne d’une université prestigieuse.

Elle parlait d’une collaboration exquise entre l’architecture romane et baroque.

Seules dix personnes vont y vivre pour le moment… pourquoi est-ce aussi gigantesque… ?

Il peinait à décrire à quel point l’édifice était imposant, trônant au milieu de ce terrain encore vide. Il paraissait qu’il possédait également dix étages.

[Il s’est passé quelque chose d’étrange pendant la construction ?]

« Non, rien du tout. Les ouvriers étaient surpris. »

[Fufu, ces gamins… Je devrai leur offrir une récompense plus tard.]

Seol Jihu fixa l’édifice sans mot dire avant de s’adresser à Kim Hannah, occupée à bavarder avec Flone.

« Je peux entrer ? »

« Ce devrait aller, mais c’est encore en construction. Tu ne préfères pas attendre que ce soit terminé pour visiter ? »

« D’accord. Au fait, combien ça a coûté tout ça ? »

« … »

« Kim Hannah ? »

Cette dernière esquiva habilement la question, promettant un rapport budgétaire complémentaire ultérieurement.

Ce n’est qu’à son retour à Haramark que Seol Jihu apprit la vérité. Et ses yeux faillirent sortir de leurs orbites.

Mon Dieu, Kim Hannah avait apparemment dépensé six pièces d’or rien que pour la construction !

« Qu’est-ce que tu as bien pu faire pour dépenser six pièces d’or ? »

« Tu sais, je voulais que tout soit parfait. J’ai acheté les meilleurs matériaux, et il faut payer pour louer un espace de stockage au temple, ou pour aménager une salle de points de contribution… »

« Quand même ! »

« Et pour te dire la vérité, j’ai engagé un Alchimiste… »

« Un Alchimiste ? Tu as engagé un Magicien ? Pour quoi faire ? »

« Pour aider à la construction… et aussi pour créer la source thermale… »

Kim Hannah termina sa phrase à voix basse tout en enroulant distraitement une mèche de cheveux autour de son doigt. Elle fuyait également le regard de Seol Jihu. Elle savait qu’elle y était allée un peu fort.

Seol Jihu s’était douté que les choses prenaient une tournure excessive lorsqu’il l’avait vue sauter des repas pour travailler sur les plans. Et voilà, Kim Hannah avait fini par faire des siennes.

Enfin, ce n’est pas vraiment un problème…

Compte tenu de l’argent qu’elle lui avait fait économiser lors de l’achat du terrain, Seol Jihu décida de passer l’éponge. Après tout, ce n’était pas comme si elle avait utilisé cet argent pour son intérêt personnel.

« Préviens-moi juste la prochaine fois, d’accord ? »

« Mais je l’ai fait. »

« Quand ? »

« Quand tu dormais. »

Kim Hannah afficha un sourire ambigu.

Dès leur retour d’entraînement, Carpe Diem se mit à préparer le déménagement dès le lendemain.

Même si on se dépêche, il faudra au moins trois ou quatre jours pour atteindre Eva.

Seol Jihu voulait partir dans les trois jours pour arriver à Eva au moment de la fin des travaux.

Mais il n’y avait en réalité pas grand-chose à emporter. Kim Hannah ayant entièrement meublé les lieux avec du mobilier neuf, il ne leur restait qu’à emporter leurs affaires personnelles.

Seol Jihu décida de récupérer ses effets personnels et ses richesses dans le dépôt du temple le dernier jour.

Ils décidèrent de laisser intact l’ancien bâtiment du groupe Carpe Diem, sans rien en retirer ni y rapporter.

Connaissant Kim Hannah, Seol Jihu s’attendait à ce qu’elle propose de vendre l’immeuble pour obtenir des fonds supplémentaires. Mais elle déclara, contre toute attente, avoir d’autres projets.

Quand Seol Jihu lui demanda des précisions, elle répondit que rien n’était encore décidé et que Maître Jang Maldong lui en parlerait plus tard.

À part cela, l’unique fait notable fut sa visite à la Guilde des Assassins pour discuter de ce qu’il adviendrait du contrat les liant.

En rangeant ses affaires et en réglant ces derniers détails, il sentit enfin qu’il quittait véritablement Haramark, surtout après avoir réservé des carrosses pour le jour du départ.

Pour la première fois depuis longtemps, Seol Jihu profitait de journées paisibles et reposantes. La préparation du déménagement étant quasiment achevée, il n’avait plus grand-chose à faire.

Ce jour-là, il se leva tôt comme d’habitude et pratiqua son Cœur vertueux. Il but ensuite une tasse de thé que Seo Yuhui avait personnellement préparée, tout en lisant le journal que la Guilde des Assassins lui avait apporté.

S’il avait appris une chose en rentrant, c’était que le déménagement de Carpe Diem avait attiré l’attention du public.

Des rumeurs circulaient sur la construction d’un bâtiment au cœur d’Eva et l’enregistrement du groupe en tant qu’organisation officielle, ce qui donnait lieu à toutes sortes d’articles spéculatifs.

En même temps, puisque les Triades déménageaient avec eux, rien d’étonnant à ce que cela fasse autant de bruit.

Mais ce n’était pas tout.

Depuis son retour à Haramark, Seol Jihu ressentait une étrange anxiété. Il avait l’impression d’avoir oublié quelque chose de très important, sans parvenir à mettre le doigt dessus.

En y repensant, dès son premier jour de retour…

—Crétin ! Idiot ! Meurs… Non, ne meurs pas. Bref, j’espère que tu te feras écraser à l’entraînement !

Il avait vu un mot portant ces phrases. Il l’avait ignoré, pensant à une farce de quelqu’un en mal d’attention.

Ce ne fut que la veille du départ qu’il comprit d’où venait cette émotion indescriptible.

Tout cela à cause d’un homme venu rendre visite à Carpe Diem à l’heure du dîner.

« J’ai entendu dire que tu étais revenu il y a deux jours. »

Une voix grave s’éleva.

L’auteur de cette visite surprise n’était autre que Jan Sanctus. Mais pour une raison inconnue, il semblait avoir mauvaise mine.

D’ordinaire impassible, affichant un air si dur qu’on aurait dit qu’aucune goutte de sang n’en sortirait même s’il se faisait poignarder, son visage était aujourd’hui marqué par la fatigue.

« Général Sanctus ? Que nous vaut votre visite… ? »

« L’ambiance au palais n’est pas bonne en ce moment. Non, soyons francs. Elle est exécrable. »

À ces mots, Seol Jihu adopta une expression grave.

« Il a dû se passer quelque chose de grave. »

« On peut dire ça comme ça. Pardonne mon impolitesse, mais pourrais-tu venir au palais sans poser de questions ? Je t’en prie. »

Jamais Seol Jihu n’avait vu ce général, d’ordinaire imperturbable, supplier qui que ce soit. Il partit donc immédiatement avec lui. À en juger par son attitude, le palais royal de Haramark devait être en grand danger.

En effet, les Parasites sont étrangement silencieux dernièrement.

Même s’il partait pour Eva, il n’avait pas l’intention d’ignorer les dangers menaçant Haramark.

Il se passa vraiment quelque chose, car l’atmosphère était lugubre dès l’entrée.

Autrefois, l’endroit s’illuminait dès que Teresa accourait à sa rencontre avec un sourire.

Mais ces trois derniers mois, le palais avait pris des airs de manoir hanté. À peine Jan Sanctus avait-il annoncé la visite de Seol Jihu que le roi Prihi en personne se précipita à sa rencontre.

Il n’avait même pas mis de chaussures, visiblement en grande hâte.

« Aigoo, mon garçon ! Pourquoi tu viens seulement maintenant ? »

Les cernes bien visibles, il attrapa les mains de Seol Jihu.

« Comment peux-tu être aussi froid ? Tu aurais dû venir plus tôt. »

« Pardon ? Non, euh, je reviens tout juste de mon entraînement. »

« Quand même. Ça fait quoi… trois mois que tu es revenu de l’expédition ? Tu as du culot, jeune homme. »

Le roi l’entraîna à l’intérieur en le réprimandant. Il n’eut pas le temps de souffler…

« Allez, vite. Tu es le seul à pouvoir régler ce problème. Ces temps-ci, les couloirs du palais sont comme une fine couche de glace. »

Seol Jihu fut poussé dans le bureau administratif.

Lorsqu’il reprit ses esprits, il vit Teresa assise bien droite à un bureau, en train d’écrire à la plume.

Elle devait avoir entendu le vacarme, mais ne leva même pas les yeux vers lui.

Seol Jihu s’empressa de parler.

« Euh… Princesse ? »

« Oui. »

Teresa répondit sans détourner les yeux de ses documents.

Seol Jihu demanda avec un air perplexe :

« Le roi m’a soudainement traîné jusqu’ici… »

« Pourquoi me demandes-tu ça ? »

Sa voix était glaciale.

« Je travaille, comme tu peux le constater. Et tu n’as même pas pris rendez-vous. »

Et son ton aussi professionnel que tranchant.

Seol Jihu resta interdit. Teresa n’était pas dans son état habituel. Cela lui fit un petit pincement au cœur.

N’étaient-ils pas des camarades depuis la bataille de la vallée d’Arden et l’évasion du laboratoire ?

Elle est comme ça parce qu’on déménage à Eva… ?

En pensant ainsi, il ressentit une certaine amertume.

« Je ne sais pas pourquoi tu es venu, mais je suis très occupée pour le moment. Si tu veux me parler, passe par les procédures adéquates. »

Mais dans le fond, ce que disait Teresa n’était pas faux. Seol Jihu tenta de ravaler sa déception et choisit de se retirer poliment.

« Oui. Désolé de vous avoir dérangée. Excusez-moi. »

Il s’inclina et se retourna d’un air abattu. Mais il ne parvint pas à faire un seul pas. Car il sentit un regard acéré lui transpercer le dos.

En se retournant discrètement, il vit Teresa détacher enfin les yeux des documents et le fusiller du regard. Son expression disait clairement : Je te défie de faire un seul pas hors de cette pièce.

« …Princesse ? »

Teresa serra les dents et se leva. Après avoir quitté son siège d’un pas rageur, elle s’assit sur une chaise à sa gauche. Tang ! Elle leva la main et la frappa sur la table devant elle.

« Viens t’asseoir ici. »

Seol Jihu sursauta.

« Parlons. »

Il déglutit. Il connaissait très bien cette phrase.

Il l’avait souvent entendue de la bouche de Yoo Seonhwa, juste avant qu’elle ne le réprimande.

Bref, conscient qu’une fuite ne ferait qu’empirer la situation, Seol Jihu traversa lentement la pièce et s’assit en face de Teresa.

…Pour être honnête, il se sentait coupable.

Il avait proclamé haut et fort qu’il la convaincrait, puis était parti pendant plusieurs mois sans donner de nouvelles. Bien sûr, il avait ses raisons, mais cela ne justifiait pas son silence.

Dans tous les cas, il se dit qu’il valait mieux commencer par s’excuser, et ouvrit prudemment la bouche.

« Euh… Princesse. »

« Oui. »

Teresa entrelaça ses doigts et inclina légèrement la tête. Elle semblait dire : Bien, voyons ce que tu as à dire.

« Pard— »

« Pardon de quoi ? »

Elle l’interrompit d’une voix tranchante avant qu’il ne puisse terminer.

« Dis-moi. De quoi es-tu désolé ? »

Un air désemparé traversa le visage de Seol Jihu.

« Tu vois, tu ne penses même pas avoir fait quelque chose de mal. Tu dis juste “désolé” pour la forme. »

Teresa renifla et tourna la tête sur le côté. Seol Jihu rassembla ses pensées embrouillées et répondit :

« Je suis désolé d’avoir mis autant de temps à vous contacter. »

« Oh, donc tu sais ? »

Son ton n’avait rien d’aimable. En réalité, elle cherchait clairement la confrontation.

« Je t’ai demandé quelque chose d’extraordinaire ? C’était si dur d’envoyer un peu de mana dans un cristal de communication ? »

Les choses prenant cette tournure, Seol Jihu commença à se sentir mal à l’aise. Il était venu ici en s’inquiétant, et voilà que Teresa le traitait comme un criminel. Il en était si troublé qu’il en perdit ses mots.

« Princesse. » Il lâcha ces mots sans s’en rendre compte, d’un ton sec. « Oui, oui, je suis vraiment désolé sur ce point. »

En entendant cela, les yeux de Teresa s’écarquillèrent, clignotant rapidement.

« Tu es en train de t’énerver contre moi ? »

« Je ne m’énerve pas. J’étais juste très occupé avec l’organisation et tout le reste. Ce n’est pas comme si je m’amusais. »

« Tu t’énerves bel et bien contre moi ! Ha ! »

« Je vous assure que non. Et si c’était vraiment urgent, vous auriez pu me contacter en premier — »

« Et c’est qui qui a crié si fièrement qu’il me convaincrait ? »

Alors qu’ils s’échangeaient ainsi des piques, Seol Jihu resta soudain sans voix.

Elle ne l’a pas oublié…

« J-Je suis là maintenant, non ? »

Il bégaya, pris de court par cette contre-attaque.

« Ah~ Oui~ Tu es là~ Cela fait deux jours que tu es revenu, mais je suis tellement ravie que tu te sois enfin décidé à venir ! »

À en juger par son expression furieuse et son ton acerbe, il avait visiblement appuyé là où ça faisait mal.

Seol Jihu humidifia ses lèvres en vain. Il ne comprenait même pas pourquoi ils en étaient là. Pris de vertige, il se massa le front et soupira.

« Oh, allez… »

« Quoi ? Qu’est-ce que tu viens de dire ? “Oh, allez” ? »

Les sourcils de Teresa se dressèrent. Ses doubles sourcils menaçants lui faisaient peur, mais Seol Jihu ne recula pas.

« J’étais occupé à préparer le déménagement après mon retour. »

« Waouh~ Monsieur est débordé~ »

« Pourquoi devez-vous toujours parler de manière aussi sarcastique ? Soyons honnêtes, ce n’est pas comme si j’étais parti en vacances. Je reviens d’un entraînement infernal ! »

« Oh mon Dieu, qu’est-ce que tu racontes ? Est-ce que je t’ai réprimandé ? Tout ce que je dis, c’est — »

« Je travaille dur, vraiment dur ! Ce n’est pas comme si je n’avais qu’un ou deux trucs à gérer. Jusqu’où faut-il que j’aille pour que vous me compreniez ? »

Seol Jihu s’emporta. Il laissa échapper un « ah » aussitôt après, mais c’était trop tard.

Teresa le fixa, pétrifiée, clairement sous le choc. Ses cils tremblaient, ses lèvres frémissaient.

Après un court silence… Haa, un soupir discret se fit entendre.

Teresa déglutit, croisa les bras et tourna la tête.

« Je ne sais pas. »

« P-Princesse. »

« C’est bon. Tu es toujours comme ça, de toute façon. »

Seol Jihu mordilla sa pauvre lèvre. Il voulut dire quelque chose, mais se tut en voyant Teresa au bord des larmes.

« Je suis tellement contrariée. »

Elle renifla et s’essuya les yeux du revers de la main.

« Je veux dire, est-ce que j’ai demandé quelque chose de fou ? Je ne t’ai pas demandé de m’appeler tous les jours. C’est si difficile que ça de prendre un tout petit moment pour appeler une seule fois ? »

Elle continuait de marmonner sans discontinuer, assez fort pour qu’il l’entende, tout en essuyant des yeux pourtant secs.

Je préférerais encore affronter Diligence impérissable…

Seol Jihu se gratta la tête, poussa un long soupir et hocha la tête.

« …Désolé. C’est moi qui suis en tort. »

« De quoi tu es désolé ? »

Et les voilà revenus au point de départ.

Seol Jihu ferma les yeux.

Mon Dieu…

Ce fut la deuxième fois qu’il chercha Dieu depuis son arrivée au Paradis.

Pendant ce temps, le Dieu que Seol Jihu cherchait…

[Comme c’est mignon~]

…observait la dispute entre l’homme et la femme avec un air amusé.

[Un petit accrochage adorable… L’ambiance est survoltée… Ah, les joies de la jeunesse~]

Superbia poussa un petit « Kyaa~ » en se tenant les joues rougies.

[Ce chenapan, je ne comprends pas pourquoi il s’est énervé.]

[Je le comprends. Ce n’est pas comme s’il glandait. Peut-on vraiment lui en vouloir d’avoir l’esprit ailleurs ? C’est un humain, après tout.]

[Il y a des choses qu’on peut oublier, et d’autres non. Je lui ai répété encore et encore de bien la traiter. Il devrait être à genoux en train de supplier son pardon, et pourtant… Tsk.]

[Oh ? Tu dis des choses bien intéressantes, madame Gula. À genoux ? Mon bébé a-t-il commis un crime si grave ?]

Pendant ce temps, Gula et Luxuria se disputaient dans un coin.

[Ce n’est pas ton enfant, c’est le mien.]

Gula grogna, sa voix solennelle résonnant dans l’espace.

[Je ne peux pas laisser passer ça. Je vais le convoquer bientôt et lui passer un sacré savon…]

Luxuria posa les mains sur ses hanches et protesta avec colère.

[Oh, voyons — Mon bébé était occupé ! Pourquoi veux-tu briser son élan ?]