VOLUME 1 CHAPITRE 8

Précognition ?

C’est probablement ce qu’il pense. Mais une telle chose n’existe pas, bien sûr. Dans les rêves, peut-être, mais on a beau implorer une chose pareille dans la vraie vie, on n’éveille pas comme ça des pouvoirs psychiques à un moment critique. Ce genre de choses n’arrive que dans les bandes dessinées.

Non, ce n’est rien d’aussi extravagant que la précognition, en réalité.

Ce ne sont que… des prédictions.

J’analysai rapidement ses pensées, ses actes et ses mouvements. C’est ce que mon cahier m’avait appris être mon talent, après tout.

L’Ultime Analyste.

Grâce à cette capacité, j’étais en mesure d’analyser les schémas de comportement de Madarai et sa façon de penser dans son ensemble. À partir de là, je me contentais de prédire les mouvements qu’il ferait ensuite. C’est tout.

Cela dit, ce genre d’analyse statistique nécessite une grande quantité de données. Sans données, je ne peux rien prédire du tout. Mais c’est précisément à cela que sert le "Cahier de mémoire de Ryoko Otonashi" !

Je prélevais des schémas dans son discours et ses actes, et je les consignais de manière exhaustive dans mon cahier sous forme de données exploitables. Le combat entre Madarai et Enoshima était une source de données particulièrement importante : elle attaqua Madarai en recourant à diverses techniques, et se laissa peut-être même toucher volontairement. Maintenant que j’y pense, elle essayait probablement de me montrer autant de ses schémas d’attaque qu’elle le pouvait. J’ignore totalement pourquoi quelqu’un comme Enoshima ferait une chose pareille pour moi, mais il ne fait aucun doute que c’est précisément pour cela que je parvins à prédire son comportement aussi parfaitement.

Néanmoins, je ne pouvais évidemment pas tout prévoir à son sujet en me basant sur quelques minutes de données seulement. C’est juste que mon seul objectif, à ce moment-là, était de prédire comment il allait se comporter dans une situation de poursuite — et pour cela, j’en avais plus qu’assez. C’est ainsi que je connaissais le timing, les angles et les techniques qu’il allait utiliser pour essayer de m’attraper.

Mais d’après mes prévisions actuelles, il ne va pas abandonner tout de suite.

Je suis sûre qu’il est un peu déconcerté après avoir vu mon talent se déployer ainsi. Ce n’est qu’une prédiction de plus, mais je parierais que, très vite, il comprendra que la source de mon nouveau pouvoir, c’était mon cahier. Il est probable qu’il me poursuive bien plus sérieusement à partir de maintenant. Si c’est le cas, il y a une limite au temps pendant lequel je pourrai conserver la même stratégie.

Alors, que dois-je faire… ?

Je prédis… que la réponse va probablement me venir bientôt.

Je continuais mes prédictions mentales, me fiant à la grossière carte de la place centrale dessinée dans mon cahier pour me guider. Sous peu, je dépassai la zone envahie par les arbres et arrivai à une clairière. Comme je l’avais prévu, il y avait un petit bâtiment. C’était là ma destination. À l’instant où je le vis, la peur et le courage commencèrent à s’entremêler dans ma tête.

Mais je n’ai pas le choix.

Je dois oublier toute peur et toute anxiété. Je dois le faire.

Je dois le faire si je veux voir Matsuda.

Je dois le faire. Je suis sûre que je peux le faire !

Au fait… ce n’était pas une prédiction, à l’instant. C’était juste un élan d’optimisme enthousiaste !