VOLUME 1 CHAPITRE 14

C’était quelques minutes après que Kyoko Kirigiri eut disparu du toit.

Bzzzzzzzzzzzt.

Un son étrange, comme si l’air lui-même se déchirait à la manière d’une feuille de papier, retentit dans la cour du quartier est.

« Tadaaa ! Pistolet Taser ! » s’exclama la lycéenne en brandissant un objet en forme de pistolet dans les mains. Ses yeux étaient rivés sur les deux gardes effondrés, gisant devant elle. Tous deux étaient allongés face contre terre, et chacun avait une fine aiguille plantée dans le dos. Un fil reliait chaque aiguille au pistolet que tenait la jeune fille.

« Prends ça ! » s’écria-t-elle en pressant de nouveau la gâchette.

Bzzzzzzzzzzzt, bzzzzt, bzzzzzzzzzt.

Les corps des deux hommes, déjà inconscients, tremblèrent et furent secoués de spasmes au rythme du violent bruit.

« … Ahaha ! »

Un rictus dément et extatique apparut sur le visage de la jeune fille tandis qu’elle les observait.

Junko Enoshima.

Elle bâilla bruyamment. Elle n’était pas maquillée, comme si elle venait tout juste de sortir du lit. Elle tenait bel et bien un taser dans les mains — en appuyant sur la gâchette, une fine aiguille et son fil jaillissaient de l’arme vers le corps de la cible pour y délivrer un intense courant électrique. En temps normal, une arme de ce genre n’était pas assez puissante pour tuer sa cible, mais comme elle l’avait modifiée pour envoyer un courant bien plus fort… il n’aurait rien eu d’étonnant à ce que quelqu’un en meure pour de bon.

En vérité, ce n’était là qu’un moyen de toujours garder le dessus. Son arme d’autodéfense bien à elle, vouée au désespoir.

Junko Enoshima continua à jouer avec le taser pendant un court moment, mais elle s’en lassa vite. Elle arracha les fils du corps des gardes à mains nues, les jeta dans un sac plastique, puis balança nonchalamment le sac dans une poubelle voisine.

« Bon, voilà qui règle la question. Il semblerait que la petite Miss Kindaichi ait elle aussi disparu on ne sait où… Upupu… Je me demande si on finira par se retrouver face à face ? »

Elle poussa un soupir de soulagement théâtral et traversa la cour d’un pas majestueux, en direction de la tour de l’horloge. Elle ne fit pas la moindre tentative pour se dissimuler — bien au contraire : elle dégageait une présence qui semblait hurler aux gens de la regarder. Et cette présence laissait aussi planer la sinistre menace qu’en s’y risquant, ils pourraient bien en mourir.

« Cela dit, je ne m’attendais pas à ce que la Détectivette Conan vienne fourrer son nez dans mes affaires. C’est clairement la faute de ce directeur qui se mêle de tout… Mais mes plans pour ce scénario ne la prévoyaient pas du tout, alors que suis-je censée faire ? Enfin, c’est vrai qu’il est intéressant de l’avoir dans les parages, mais il se pourrait aussi qu’elle vienne se mettre en travers de mon plan si magnifiquement orchestré — Hé, attendsattendsattendsattendsattends ? »

Elle s’arrêta net, comme sur le point de trébucher en avant, et fixa l’amas de pupitres fracassés devant elle. À l’instant où elle le vit, le rictus cruel collé sur son visage fondit.

« … Il n’y a pas de cadavre. » Les mots s’écoulèrent de sa bouche, lourds comme du plomb. « Encore une fois… ? C’est à vous donner le désespoir, putain… Tellement à donner le désespoir que c’en est comme un rêve délirant… »

Pourtant, un sourire reparut sur son visage.

En riant, elle décocha un coup de pied à la chaise tubulaire qui gisait à ses pieds. Elle ne sembla pas y mettre beaucoup de force, et pourtant le siège vola sur quelques mètres, heurta un lampadaire qui se trouvait sur sa trajectoire, et fut propulsé dans les airs comme une balle de ping-pong.

Puis, tandis que le son réverbéré se dissipait de la cour…

… la silhouette de Junko Enoshima disparut elle aussi, s’évanouissant comme une ombre.