« J'ai besoin de plus d'argent pour pouvoir repartir. »
Seol se tenait devant la station Nonhyeon, réfléchissant à ce qu'il allait faire avant de prendre une décision. Il était apparemment entouré d'ennemis de tous les côtés, mais il y avait une personne vers laquelle il pouvait toujours se tourner pour obtenir de l'aide.
L'alarme sonna bruyamment. Il était 5 h 30 du matin. Yoo Seonhwa ouvrit les yeux et s'étira après une nuit de sommeil réparateur.
Les rayons du soleil traversèrent la fenêtre et illuminèrent un cadre posé sur son tiroir. Ce dernier contenait une photo de sept personnes, dont Yoo Seonhwa et sa petite sœur. En la regardant, un léger sourire se dessina sur le visage de la jeune femme.
Il y avait papa Seol, qui pouvait sembler coincé vu de l'extérieur, mais qui était en soi plus chaleureux et plus attentionné que n'importe qui d'autre ; son épouse, qui traitait toujours Yoo Seonhwa comme sa propre fille et veillait à ce qu'elle mange correctement.
Mais il n'y avait pas que ces deux-là sur la photo. Il se trouvait également le fils aîné du couple, Seol Wooseok, qui avait l'air froid et rigide, mais possédait un cœur tendre ; la cadette, Seol Jinhee, qui était ouverte et extravertie ; et enfin...
Au milieu des deux, il y avait un jeune homme au sourire doux. Et puis, elle était là, appuyée sur son épaule et souriant radieusement.
« ... »
En observant la photo, une pointe d'inquiétude se glissa sur le teint de Yoo Seonhwa. Lorsqu'elle consulta son téléphone pour voir l'heure, l'ombre sur son visage s'assombrit.
« Tu t'en vas déjà ? Pourquoi tu ne restes pas pour une tasse de café ? »
« Haa, j'en ai aussi envie, mais il faut vraiment que je me dépêche. Je dois impérativement finir ce travail et le rendre demain. »
« Tu n'as rien oublié ? Tu es prête à partir ? »
« Bien sûr ! Je ne suis pas une gamine. Bon, j'y vais maintenant ! À tout à l'heure ! »
La porte d'entrée se referma et les légers pas s'éloignèrent. Restée seule, Yoo Seonhwa termina son petit déjeuner avec un mince sourire. Le visage lumineux de sa petite sœur l'avait rendue énergique elle aussi. Elle n'avait été qu'heureuse ces derniers jours, à tel point qu'elle se demanda si tout allait bien.
C'est vrai, elle était réellement épanouie. Enfin, si elle ne tenait pas compte d'une légère chose.
Après avoir terminé son repas, elle commença à préparer son déjeuner avec les restes. Lorsqu'elle discerna des pas se rapprocher de la porte, elle ricana.
Toc, toc
Des coups précipités se firent entendre sur la porte, elle alla rapidement la déverrouiller, comme si elle savait que cela arriverait.
« Tu vois ? Je ne t'avais pas dit de revérifier chaque... »
Yoo Seonhwa s'apprêta à sermonner sa petite sœur, mais se figea sur place.
« Tu m'as prise pour Seunghae ? »
La personne qui se tenait devant elle n'était pas sa petite sœur. L'homme qui portait des vêtements vieux d'au moins deux jours empestait comme s'il avait nagé dans des eaux usées. Il y avait des poches sombres sous ses yeux démontrant un réel manque de sommeil.
« Tu... Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Yo, ça fait un bail. Tu t'en sors bien ? Wow, cet endroit est toujours impeccable, quel que soit le moment où j'arrive. »
Seol entra dans l'appartement et jeta un coup d'œil. Lorsqu'il aperçut les restes sur la table de la cuisine, il tendit ses mains sales, les enfourna dans sa bouche et hocha la tête en signe d'approbation.
« C'est délicieux. Je commençais à avoir faim, alors c'est parfait. Fais-moi un petit déjeuner. »
« ... »
« Allez, dépêche-toi. »
« Qui t'a autorisé à entrer ? »
Les yeux du jeune homme s'écarquillèrent sous l'effet d'une voix pleine d'hostilité.
« C'est quoi le problème ? »
« C'est ma maison, pas la tienne. Tu es au courant qu'entrer de force chez quelqu'un d'autre est un crime ? »
« Tu racontes quoi ? En quoi cet endroit t'appartient ? Je sais très bien que c'est mon père qui a payé la caution. »
« Je l'ai déjà remboursé il y a longtemps. Pourquoi t'en parles maintenant ? De plus, même si c'était juste, tu n'as pas le droit de venir ici. »
« ... Hé, ne sois pas comme ça. Entre nous ? »
« Entre nous ? Vraiment ? »
La voix de Yoo Seonhwa devint plus aiguë et plus glaciale.
« Arrête de rêver. C'est fini entre nous. Toi et moi, nous ne sommes plus rien. Plus maintenant. »
Ses mots n'étaient pas seulement froids, ils étaient aussi venimeux. Seol roula des yeux et poussa un profond soupir. Puis, avec un gémissement, il s'allongea sur le sol.
« Je meurs de faim, alors prépare-moi à manger. Je suis épuisé d'avoir marché jusqu'ici. »
« Hé ! Je ne vais plus laisser libre cours à tes caprices ! Lève-toi. Lève-toi et pars avant que j'appelle la police ! »
Seol ricana. Mais lorsque Yoo Seonhwa sortit son téléphone portable, il se releva précipitamment.
« Allez quoi, on ne peut pas en discuter ? Je suis venu parce que j'avais quelque chose à dire. Pour de vrai. »
« Ça ne m'intéresse pas. Si tu veux me parler, va au casino et demande-leur de t'interdire d'entrer. Alors j'y réfléchirai. »
« Wow~ Pourquoi t'es si sensible aujourd'hui ? »
Yoo Seonhwa avait l'impression qu'elle allait exploser de frustration. Elle ferma les yeux, baissa la tête et prit une grande inspiration.
« ... Sors. »
« Allez, tu vas vraiment être comme ça ? »
Avant qu'il ne puisse terminer, un cri perçant retentit. Yoo Seonhwa finit par exploser de rage.
« Tu crois que je ne sais pas pourquoi t'es là ? C'est encore pour me demander de l'argent ! »
Seol tressaillit, car elle avait visé juste.
« Hé, hé, de quoi tu parles... »
Il sourit d'un air gêné, essayant d'éluder le sujet, mais Yoo Seonhwa avait déjà de l'expérience. Ce n'était ni la première ni la deuxième fois que cela se produisait.
Il y a à peine quatre mois, elle s'était dit qu'elle devait lui faire confiance une dernière fois, après qu'il se soit agenouillé et ait imploré son pardon pendant plusieurs heures.
En voyant le sourire de Seol qui s'enlaidit, une répulsion jamais ressentie auparavant se mit à bouillir en elle.
« Je ne peux pas te donner un seul centime. Non, je ne le ferai pas. Quoi ? Tu veux recommencer à zéro ? Je suis folle ? Parce-que ce n'était pas assez que tu aies fait sauter notre caution la dernière fois !? »
Après avoir évacué la colère qui l'habitait, Yoo Seonhwa prit une grande inspiration. Elle toussa même sous l'effet des violents cris.
Seol se tenait là, hébété. Il semblait ne pas savoir quoi dire face à sa position catégorique, mais un sourire cruel était accroché à ses lèvres tordues.
« J'ai été patient et c'est comme ça que tu agis ? Sale pute... »
Les pensées de Yoo Seonhwa, qui se demandait si elle avait dépassé les bornes, ne durèrent qu'une brève seconde. Elle ne put s'empêcher de douter de ses propres oreilles.
« Qu'est-ce que tu viens de dire ? »
« Quoi, tu as les oreilles bouchées maintenant ? Tu me prends pour un taré ? Putain. »
C'était la première fois que Yoo Seonhwa entendait Seol jurer aussi ouvertement. Elle resta interdite sous l'effet du choc mental soudain.
« Toi, de toutes les personnes, n'as pas le droit de me faire ça. Tu t'es accrochée à moi quand les choses étaient difficiles pour toi, mais maintenant tu me fais ça ? J'aurais préféré éviter de devoir évoquer de vieilles histoires, car c'est mesquin, mais tu as oublié que j'ai pris soin de toi au collège et au lycée ? Tu courais tous les jours en chialant parce que tu voulais voir ton père et ta mère. Les fois où ta petite sœur venait me chercher en pleurant parce que tu avais disparu, c'est toujours moi qui partais à ta rescousse. »
Un sentiment de dégoût et de nausée s'empara de la gorge de Yoo Seonhwa. Elle essaya de se retenir, mais ses yeux devinrent humides et brûlants sous l'effet de la trahison.
« Et quand tu voulais aller étudier à l'étranger, mais n'en avais pas les moyens ? C'est pas moi qui ai reporté ma propre scolarité pour te soutenir ? J'ai même travaillé à temps partiel pour t'envoyer de l'argent afin que tu ne meures pas de faim là-bas ! »
Tout cela était vrai. Yoo Seonhwa désirait partir à l'étranger pour poursuivre son rêve, mais la réalité lui rendait la tâche difficile. Elle se morfondait en secret, car elle ne pouvait parler de ses problèmes à personne, et c'est alors que le jeune qui se trouvait devant elle se manifesta. Quand il retarda son retour à l'université pour l'aider à payer ses frais de scolarité, elle ne put décrire à quel point elle était reconnaissante et désolée.
C'était le genre d'homme qu'il était, un qui la soutenait et se souciait d'elle plus que n'importe qui d'autre. Quand ils entrèrent dans la même université et qu'il se confessa à elle, elle eut l'impression d'avoir décroché la lune. Lorsqu'il lui promit leur avenir, elle l'aimait tellement qu'elle crut en mourir.
Mais comment les choses ont-elles pu tourner ainsi ? Comment a-t-il pu se ruiner à ce point ?
Yoo Seonhwa se tenait là et tremblait comme une feuille isolée sur un arbre. Elle renifla, puis releva la tête. Elle semblait s'être un peu calmée, mais ses yeux et son nez étaient teintés de rouge.
« ... Fils de pute. »
« Q-Quoi ? »
La colère de Seol s'estompa tandis qu'il bégayait. Plutôt que de s'énerver, il avait l'air abasourdi. Il savait à quel point Yoo Seonhwa détestait les insultes. Elle n'avait jamais juré de sa vie.
« Combien c'était ? »
Sa voix larmoyante était résolue, comme si elle avait enfin pris sa décision.
« Hein ? »
« Combien c'était ? Le montant que tu m'as passé quand je suis partie à l'étranger. »
« Euh... Les frais de scolarité s'élevaient à 5 millions, et je t'ai envoyé 2 millions supplémentaires en travaillant à temps partiel. »
« Je rembourserai les frais de scolarité à ton père. Tu m'as donné l'argent, mais c'était le sien au départ. Quant au reste, je te les rends maintenant. »
Yoo Seonhwa parla comme si elle avalait quelque chose à plusieurs reprises. Elle décrocha son portable.
« Voilà, je l'ai envoyé. C'est 2 millions exactement, alors vérifie. »
Seol laissa sortir une toux sèche et prit son téléphone. Après avoir vérifié son compte en banque, il sourit.
« Wow, tu as beaucoup d'argent maintenant. Combien tu as sur ton compte ? »
« C'est bon ? C'est fini ? »
Sa voix larmoyante s'échappa de sa gorge comme si elle essayait d'en extraire tous les mots. En entendant cette voix inquiétante, la joie de Seol disparut dans un sursaut de surprise.
Il regarda Yoo Seonhwa et haussa les épaules.
« Hé, je ne t'ai jamais demandé de me donner de l'argent. Si quelqu'un écoutait, il penserait que je te l'ai volé ou un truc du genre. »
« J'ai payé toutes mes dettes maintenant, pas vrai ? »
« Euh... oui, j'imagine. »
« Si c'est en ordre, pars. Toi et moi on ne se doit plus rien. Pas même une dette. »
« Encore ça ? »
Finalement, Yoo Seonhwa ne put se retenir et tomba à genoux. La voyant essayer désespérément de contenir ses larmes, le jeune homme se gratta les cheveux gras.
« Très bien, très bien, je m'en vais. »
Seol, encore chaussé, quitta précipitamment l'appartement comme un cambrioleur pris en flagrant délit de vol. Son sentiment d'accomplissement rafraîchissant ne dura qu'un instant.
Huuuuunng…
Lorsqu'il entendit les gémissements retenus derrière la porte fermée, il se sentit soudain sale.
Il sortit en courant et leva les yeux vers le ciel. Le ciel du matin était d'un bleu, d'une couleur d'une clarté insolente.
La fatigue qu'il avait oubliée s'engouffra dans la brèche. Seol rentra dans son appartement après avoir rempli son estomac vide dans une supérette voisine. Après avoir activé l'interrupteur de la lumière, il s'allongea sur la couverture poussiéreuse.
Au bout d'un certain temps, le soleil de midi dépassa l'horizon occidental et l'obscurité commença à se teinter de la lueur orangée du crépuscule.
Bzzzz !
Un petit bourdonnement retentit et des ondulations circulaires se formèrent dans l'air. Ces dernières se rassemblèrent progressivement en un seul point avant de se transformer instantanément en un fragment bleu. Le fragment tomba et se posa doucement sur le front de Seol, comme un baiser d'amour.
Bientôt, il coula lentement, comme s'il s'enfonçait dans l'eau.
Tressaillement
Le corps immobile et endormi de Seol tressaillit.
« ! »
Et ses yeux s'ouvrirent.